Discours de l'Administrateur du PNUD à l’occasion de la première session ordinaire du Conseil d’administration 2026
3 février 2026
Seul le prononcé fait foi.
1. Introduction
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’administration,
C’est un honneur pour moi de m’adresser à vous pour la première fois en tant qu’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Je remercie le Secrétaire général de l’ONU et les États membres de la confiance qu’ils m’ont témoignée en me confiant la direction du PNUD à ce moment critique.
Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude à mon prédécesseur, Achim Steiner, à l’Administrateur associé, Haoliang Xu, et à vous, membres du Conseil d’administration, pour vos conseils et votre soutien.
J’assume cette fonction à un moment qui mettra à l’épreuve et définira la crédibilité et le bien-fondé du multilatéralisme.
Les conflits se propagent plus vite que la diplomatie.
Les chocs climatiques s’intensifient et deviennent plus coûteux.
Les inégalités demeurent importantes et les progrès en matière de réduction de la pauvreté dans le monde sont au point mort.
Il ne s’agit pas de perturbations passagères. Ce sont des fractures structurelles qui mettent les sociétés à rude épreuve, fragilisent les institutions et remettent en cause notre capacité collective à réagir.
Tous ces facteurs affaiblissent un principe plus fondamental : la confiance.
La confiance en notre aptitude à résoudre les problèmes mondiaux. La conviction que la coopération internationale continue d’avoir un impact concret sur la vie des gens. Soyez sûrs que notre avenir commun repose sur la solidarité et les valeurs partagées.
Parallèlement, les attentes envers les Nations Unies et le PNUD n’ont jamais été aussi élevées, alors même que leurs ressources sont soumises à une pression croissante.
Rétablir cette confiance est sans doute le plus grand enjeu de notre génération.
Il définit la tâche qui nous incombe.
Notre responsabilité ne se limite pas à produire des résultats en matière de développement.
Elle consiste à rétablir la confiance dans la capacité de la coopération multilatérale à s'adapter et à agir de manière équitable et efficace, là où cela compte le plus.
La question fondamentale qui se pose à nous est donc claire : comment honorer cette confiance et susciter l'espoir pour l'avenir ?
Pour y répondre, je considère le Conseil d'administration non seulement comme un organe de contrôle, mais aussi comme un partenaire stratégique, contribuant à ce que le PNUD reste concentré sur ses objectifs, responsable et à l'écoute des États membres et des populations que nous servons.
2. Bilan : Le PNUD a tenu ses promesses
Avant de nous tourner vers l'avenir, permettez-moi de faire un bref bilan.
À la fin de l'année dernière, nous avons finalisé le Plan stratégique 2022-2025. Et je peux l'affirmer clairement : le PNUD a tenu ses engagements en matière d'Objectifs de développement durable (ODD).
• Concernant la pauvreté et les inégalités, le PNUD a soutenu des réformes dans des pays abritant plus de cinq milliards de personnes, en ciblant les systèmes qui déterminent les revenus, les perspectives et l'accès aux services.
En collaboration avec les pays, le partenariat entre le PNUD et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme aurait permis de sauver environ 4,7 millions de vies.
• En matière de gouvernance, le PNUD a soutenu la participation de plus de 911 millions d'électeurs inscrits à 78 élections dans 51 pays.
• Concernant la résilience, le PNUD a renforcé les capacités de prévention des conflits dans plus de 80 pays et a apporté son soutien à plus de 19 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. Il convient également de noter qu'au cours de la dernière décennie (2015-2025), le PNUD a contribué à débloquer 2,2 milliards de dollars de fonds pour la stabilisation, bénéficiant à plus de 20 millions de personnes.
• En matière d'environnement, grâce à notre Engagement pour la nature, le PNUD a contribué à protéger et à restaurer 43 millions d'hectares d'écosystèmes.
• Dans le domaine de l'énergie, nous avons aidé les pays à accélérer la transformation de leurs systèmes énergétiques, à renforcer les moyens de subsistance et à stimuler une croissance durable, en nous appuyant sur notre action qui a touché directement plus de 82 millions de personnes et indirectement plus de 100 millions.
• En matière de climat, grâce à notre initiative « Promesse pour le climat », le PNUD a aidé plus de 90 % des pays en développement à concevoir et à mettre en œuvre d’ambitieuses contributions déterminées au niveau national (CDN). Cet encadrement a récemment été salué par le Secrétaire général de l'ONU, qui a chargé le PNUD de piloter l'effort du système des Nations Unies pour soutenir les pays dans la prochaine phase cruciale de la mise en œuvre de ces plans.
• En matière d’égalité des sexes : grâce à des initiatives telles que la Plateforme pour la justice de genre avec ONU Femmes, nous avons soutenu plus de 40 pays dans la prévention et la lutte contre les violences sexistes et le renforcement du leadership des femmes — car le développement sans le respect des droits des femmes n’est en aucun cas un développement.
Nous avons également contribué à mobiliser plus de 920 milliards de dollars pour les ODD, en débloquant des financements publics et privés, en accélérant les investissements durables et en générant des recettes pour les priorités nationales.
Et point essentiel, le PNUD ne se contente pas de répondre uniquement aux crises actuelles. Nous anticipons celles de demain, en nous attaquant aux risques qui touchent à la nature, au climat, à la paix et à la prospérité.
Nous aidons également le système des Nations Unies à être plus efficace grâce à nos partenaires.
• L’année dernière, plus de 17 000 Volontaires des Nations Unies ont œuvré auprès des communautés dans 172 pays grâce au programme des Volontaires des Nations Unies.
• En tant qu’outil du système des Nations Unies, le Bureau du Fonds d’affectation spéciale multipartenaires a décaissé plus de 860 millions de dollars à 41 entités des Nations Unies et 111 pays en 2025.
• Par l’intermédiaire du Bureau des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud, point focal mondial des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud et triangulaire, et par l’intermédiaire du PNUD lui-même, nous avons aidé les pays à déployer à plus grande échelle des solutions issues d’expériences partagées et ancrées dans l’appropriation nationale. Le Bureau des Nations Unies pour la coopération Sud-Sud (UNOSSC) a notamment facilité la mise en œuvre de projets de fonds fiduciaires de coopération Sud-Sud et triangulaire dans 50 pays en développement.
• En 2025, le Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU) a achevé une importante restructuration et est redevenu le fonds de réduction des risques du système des Nations Unies pour les pays et les marchés les plus défavorisés. Un FENU revitalisé répondra à un appel urgent à l’action : mobiliser des capitaux publics et privés et amplifier l’impact du système des Nations Unies pour le développement là où le financement est le plus difficile et les besoins les plus criants.
Sur le plan financier, le PNUD a maintenu ses activités de mise en œuvre en 2025 malgré un contexte de financement exceptionnellement tendu et en constante détérioration dans l'ensemble du secteur du développement.
Les contributions totales devraient atteindre 4,77 milliards de dollars, tandis que les dépenses liées à l'exécution des programmes devraient s'élever à 4,78 milliards de dollars, un montant légèrement supérieur à l'objectif.
Cependant, le financement de base demeure un point de tension.
Les contributions de base devraient atteindre 442 millions de dollars. Pour 2026, le PNUD prévoit de nouvelles coupes drastiques dans son financement de base, déjà faible qui représente 11 %. Cette année, les ressources correspondantes devraient être inférieures de 188 millions de dollars à celles de 2024.
Sans un renversement de cette érosion du financement de base, le PNUD ne pourra pas maintenir le niveau de qualité, d'intégrité et de responsabilité que les États membres exigent légitimement. Or, ce point est crucial, car les ressources de base permettent au PNUD de remplir son mandat principal et d'intervenir là où les risques sont les plus élevés et les besoins les plus importants.
Nous avons déjà pris des mesures difficiles, mais nécessaires, pour nous adapter. Si la situation perdure, d'autres mesures seront nécessaires.
Le PNUD a agi rapidement sur trois fronts interdépendants : la gestion budgétaire, l’adéquation des effectifs et le redéploiement des services, afin de garantir la continuité des prestations et de maintenir une discipline financière rigoureuse. Parallèlement, nous restons tournés vers l’avenir grâce à des investissements stratégiques et à la mobilisation de ressources.
En 2025, nous avons réduit notre budget institutionnel et celui du programme de base de plus de 80 millions de dollars.
Pour 2026, nous estimons une réduction supplémentaire de 113 millions de dollars, et nous réexaminerons notre budget tout au long de l’année en fonction des revenus de base et autres que de base.
Le cas échéant, nous prendrons des décisions dès le début de l’année, comme nous l’avons fait en 2025.
Bien que 91 centimes de chaque dollar investi dans le PNUD soient déjà directement consacrés aux programmes et aux services, nous savons que nous devons rester concentrés et rigoureux, et de maintenir notre action ancrée dans les réalités locales des populations et des communautés que nous servons.
Depuis début 2025, ces mesures ont été mises en place dans le cadre d’un effort plus large visant à renforcer l’efficacité organisationnelle du PNUD face à la diminution de ses ressources de base. Ensemble, ces mesures nous permettent d’exécuter le Plan stratégique 2026-2029 approuvé par le Conseil d’administration avec réalisme et résilience.
Le PNUD évolue également vers un modèle de centre mondial décentralisé. New York demeure notre pôle d’ancrage mondial, garant de la direction institutionnelle, de l’engagement multilatéral et de la coopération à l’échelle du système. Notre mandat, notre présence universelle et notre engagement envers les pays de programme restent inchangés.
Parallèlement, nous renforçons notre présence dans d’autres sites stratégiques, notamment Bonn et Madrid, dont nous remercions les gouvernements allemand et espagnol. Nous avons également transféré des postes de New York vers nos bureaux régionaux. Aujourd’hui, 88 % du personnel du PNUD est basé dans les pays de programme et les centres régionaux.
Cette initiative de relocalisation poursuit trois objectifs.
Premièrement, elle renforce les partenariats en rapprochant les fonctions de conseil et d'opérations des pays de programme et des partenaires clés.
Deuxièmement, elle assure une structure de coûts plus durable en transférant les fonctions vers des lieux d'affectation moins coûteux, ce qui permet de réaliser des économies d'environ 17 à 20 % par poste, tout en réduisant les frais de déplacement.
Troisièmement, elle garantit la continuité des services en réinvestissant les économies réalisées pour maintenir l'appui aux bureaux de pays, préserver les capacités essentielles et favoriser l'innovation ciblée.
Soyons clairs : le PNUD s'adaptera, mais ne reculera pas. Les contraintes sont bien réelles, mais les opportunités le sont tout autant.
3. Un paysage du développement en mutation et notre réponse stratégique
Le Plan stratégique que vous avez approuvé définit une orientation claire pour un contexte de développement en pleine mutation. L’enjeu ne consiste plus à le réaffirmer, mais à le mettre en œuvre et à saisir les opportunités qui se présentent.
La priorité absolue est de remettre le développement au cœur des décisions internationales.
L’agenda géopolitique actuel est dominé par les conflits et l’extrémisme. Il ne s’agit pas de défis isolés, mais des symptômes de défaillances plus profondes du développement : institutions fragiles, manque d’opportunités, exclusion et érosion de la confiance.
Les risques systémiques augmentent fortement. Aucun pays, riche ou pauvre, développé ou en développement, n’y échappera.
Cela ne diminue en rien le rôle du développement. Au contraire, cela le rend fondamental.
Si nous voulons briser ces cycles, nous devons cesser de traiter les symptômes et nous attaquer aux causes profondes, rapidement, à grande échelle et avant que les risques ne dégénèrent en crise. Le développement ne doit pas être une question secondaire, mais une priorité, un premier rempart.
Mis en œuvre rapidement, le développement durable prévient l’instabilité au lieu de la gérer.
Bien mené, il renforce les institutions avant qu’elles ne s’effondrent.
Ensemble, nous créons des opportunités avant que le désespoir ne se transforme en déplacement forcé ou en extrémisme.
C’est pourquoi le Plan stratégique place la prévention et la résilience au cœur de ses priorités, notamment dans les contextes fragiles et à haut risque, où le coût de l’inaction est le plus élevé.
Car, une fois les institutions effondrées, leur reconstruction prend des générations.
Une fois les familles déplacées, leur avenir est bouleversé, parfois irrémédiablement.
Et une fois la crise déclenchée, toute réponse devient plus lente, plus coûteuse et moins efficace. Dans les contextes fragiles, l’attentisme n’est pas synonyme de prudence. L’attentisme est synonyme d’échec et représente le choix le plus coûteux que nous puissions faire. La fragilité, où qu’elle soit, alimente l’insécurité partout.
C’est pourquoi le Plan stratégique recentre son attention sur l’amont. Le développement est envisagé comme une vision prospective, non rétrospective, comme une prévention, non comme une réparation, comme une responsabilité, non comme une réaction.
Le développement n’est pas une dépense. C’est un investissement dans la stabilité, la dignité humaine, la paix et la prospérité sur une planète habitable. Le négliger a de réelles conséquences humaines, politiques et sécuritaires. Sans sécurité humaine, la sécurité nationale ne peut s’enraciner.
Trop longtemps, le développement a été considéré comme secondaire, un problème à régler une fois les crises déclenchées. Sans le développement au cœur de la géopolitique, nous sommes réduits à réagir aux symptômes au lieu d’obtenir des résultats.
La deuxième priorité est de saisir les opportunités à venir en créant les conditions propices à une participation inclusive du secteur privé.
Les finances publiques demeurent essentielles et les gouvernements doivent jouer un rôle moteur. Toutefois, à elles seules, elles ne permettront pas d’atteindre l’ampleur, la rapidité, ni la durabilité requises par les enjeux actuels.
Le PNUD travaille déjà en étroite collaboration avec le secteur privé. Mais nous pouvons faire beaucoup plus. Les capitaux ne manquent pas dans le monde. Trop souvent, ils n’atteignent pas les régions où les opportunités sont les plus nombreuses, car les risques sont perçus comme trop élevés pour que les investisseurs privés s’engagent sans un solide partenariat public.
Essentiellement, notre approche pour mobiliser les capitaux privés vise à renforcer les objectifs du secteur public, et non à privatiser les résultats du développement.
C’est là que le développement fait toute la différence.
En renforçant la gouvernance, en améliorant le climat d’investissement et en réduisant les risques, nous pouvons mobiliser des capitaux privés pour soutenir les priorités nationales. Cela contribue directement à la réalisation des objectifs du Plan stratégique en matière de prospérité pour tous, de gouvernance efficace et de résilience face aux crises.
Tel est le rôle du PNUD. Nous ne remplaçons pas les marchés. Nous améliorons les conditions de leur fonctionnement. Nous les rendons viables. Nous contribuons à créer un environnement favorable et à réduire les risques en réunissant les gouvernements, les entreprises et les institutions financières, afin que les investissements se traduisent par des emplois, une résilience accrue et une valeur partagée.
Grâce au FENU, nous disposons également d'un moyen unique de mobiliser des capitaux privés au moyen d'instruments d'absorption des risques, rendant ainsi possible l'investissement sur les marchés émergents où les besoins de développement sont les plus criants et où le financement est le plus difficile à mobiliser.
Car ce sont les marchés qui créent des emplois. L'innovation naît de l'esprit d'entreprise. Et la croissance n'est durable que si les économies locales et les pratiques durables sont intégrées aux chaînes de valeur.
C'est pourquoi le développement du secteur privé n'est pas un simple complément. C’est le moteur essentiel d'un développement durable.
Mais les marchés n'émergent pas spontanément, surtout là où les risques sont les plus élevés et les marges les plus faibles.
C'est ainsi que l'accélérateur de financement durable du Plan stratégique permet aux ressources publiques d’avoir un impact bien plus important sur le développement.
La troisième priorité est de saisir les opportunités actuelles en exploitant le numérique et l’innovation comme accélérateurs de croissance, d’inclusion et de confiance.
La transformation numérique n'est plus une option. Des infrastructures publiques numériques à l'intelligence artificielle, la technologie remodèle déjà les économies, les institutions et les relations entre États et citoyens, que nous soyons prêts ou non.
Bien utilisée, la technologie numérique accélère le développement. Elle réduit les coûts. Elle met au jour la corruption. Elle permet d'atteindre les populations que les systèmes et services traditionnels n'ont pas pu atteindre.
Les identités numériques peuvent faciliter l'accès à la protection sociale. Les paiements numériques peuvent atteindre les populations les plus reculées. Les données et l'IA peuvent aider les gouvernements à anticiper les crises au lieu d'y réagir.
Mais il est incontestable que la technologie n'est pas neutre. Et l'innovation, si elle n'est pas maîtrisée, peut aussi bien aggraver l'exclusion, concentrer le pouvoir et éroder la confiance que la renforcer.
C'est pourquoi la question n'est pas de savoir si les pays vont se numériser, mais comment, pour qui et selon quelles règles.
C'est là qu'intervient le PNUD.
Les pays nous demandent de les aider à tirer parti des avantages de la transformation numérique tout en gérant ses risques. Cela implique de construire des systèmes numériques inclusifs par nature et centrés sur l’être l'humain : fondés sur la transparence, la responsabilité et les droits de la personne, et guidés par les priorités nationales.
Des systèmes qui renforcent l'innovation et les capacités de l'État, au lieu de les contourner. Des systèmes qui protègent les droits et les données, au lieu de les exploiter. Des systèmes au service des citoyens, et non l'inverse.
C'est pourquoi le Plan stratégique considère la transformation numérique, l'égalité des genres et la finance durable, comme un accélérateur essentiel permettant à l'innovation d’élargir les perspectives au lieu de creuser les inégalités.
Ensemble, ces trois priorités forment une réponse systémique et intégrée, pleinement conforme au Plan stratégique que vous avez approuvé, qui associe réduction de la pauvreté, emploi, gouvernance, action climatique et environnementale et transformation numérique en une approche de développement unique et cohérente pour un monde en mutation.
4. Comment nous nous adaptons : UN80
S’adapter à un monde en mutation implique d’adapter le système multilatéral lui-même.
Afin qu’il réponde aux réalités actuelles, qu’il soit au service des populations qu’il est censé servir et qu’il reste fidèle aux buts et principes de la Charte des Nations Unies.
Le choix est clair : réforme ou risque de devenir obsolète.
La Charte nous appelle à promouvoir la paix, à favoriser le développement, à défendre la dignité humaine et à coopérer pour résoudre les problèmes mondiaux. Ce mandat n’a pas faibli avec le temps. Au contraire, il est devenu plus urgent que jamais. C’est pourquoi le PNUD soutient pleinement l’initiative UN80 du Secrétaire général.
UN80 est bien plus qu’une simple réforme. Il s’agit de garantir que l’ONU puisse remplir ses obligations constitutionnelles dans un monde en mutation, en gagnant en efficacité, en souplesse et en responsabilité, et en optimisant l’utilisation de ressources de plus en plus limitées.
Nous partageons la détermination du Secrétaire général de l’ONU à bâtir une Organisation des Nations Unies plus forte : une organisation qui œuvre pour les populations, défend ses valeurs et gagne la confiance par ses résultats.
Le véritable risque aujourd’hui n’est pas le changement. C’est une dérive, un manque d’intérêt pour les résultats, leur pertinence, et pour les populations que nous servons.
UN80 est l’occasion de renouveler notre engagement commun envers ce mandat universel et de montrer que les Nations Unies peuvent s’adapter sans perdre leur âme, s’intégrer sans perdre leur raison d’être et se réformer sans compromettre les principes de la Charte.
Pour le PNUD, un principe est non négociable : la réforme doit être opérationnelle. Nous sommes une organisation d’exécution. Sur le terrain, dans plus de 170 pays et territoires, plus de 22 000 collaborateurs œuvrent chaque jour, souvent dans des contextes fragiles et à haut risque, pour traduire les idéaux de la Charte en changements concrets et en nouvelles perspectives pour les populations.
Nous ne pouvons pas interrompre nos actions pour effectuer des réformes. Nous devons réformer tout en agissant, ce qui implique une continuité pour les pays et les communautés. D’autre part ces réformes doivent être fondées sur des données probantes et axées sur les résultats. Et il en résultera des changements qui en renforceront les retombées au lieu de les compromettre.
Ce principe guide notre approche visant tous les efforts de réforme, notamment le projet de fusion PNUD-UNOPS.
4. Écouter. S'associer. Réaliser.
Excellences,
En matière de développement, notre manière de travailler est aussi importante que les résultats obtenus. Nos méthodes indiquent clairement qui est entendu, qui influence les décisions et qui, en fin de compte, en bénéficiera.
C’est pourquoi, dès le premier jour, j’ai clairement défini l’approche que j’adopterai en tant qu’Administrateur du PNUD.
Nous serons à l’écoute.
Des États membres.
Des dirigeants nationaux et locaux.
Et surtout, des communautés dont notre travail vise à améliorer la vie.
Nous nous associerons.
Car aucun pays, aucune institution, aucun secteur ne peut assurer seul un développement durable. Nous travaillerons avec les gouvernements, le secteur privé, la société civile, les institutions financières internationales et l’ensemble du système des Nations Unies, en unissant nos forces autour des priorités définies par les pays.
Et nous réaliserons concrètement.
Un dialogue qui mène à des changements concrets sur place.
Un engagement qui se traduit en résultats.
Des données probantes qui produisent des résultats.
Un développement visible, digne de confiance et fiable.
Écouter. S’associer. Réaliser.
Telle est la promesse du PNUD : rendre des comptes aux États membres et avoir un impact concret sur les populations que nous servons.
6. Appel à l'action : rétablir la confiance par la mise en œuvre, grâce à une base solide
Excellences,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d'administration,
J'ai commencé mon intervention en évoquant la confiance. Son érosion et les enjeux actuels pour le multilatéralisme.
La question qui se pose à nous est simple : comment restaurer cette confiance ?
Non pas par de simples déclarations, ni par de bonnes intentions, mais par des réalisations concrètes, visibles, mesurables et fiables.
Car la confiance dans la coopération internationale se reconstruit sur le terrain, lorsque les institutions fonctionnent, lorsque les services essentiels atteignent les populations exclues et lorsque les perspectives se multiplient.
Notre crédibilité repose sur notre capacité à intervenir rapidement, à maintenir notre engagement et à aider les pays à passer de la crise à la stabilité, des plans au progrès, des ambitions aux résultats. Non pas par des transactions à court terme, mais par des partenariats programmatiques durables qui renforcent les institutions, élargissent les perspectives et perdurent au-delà de tout projet ou cycle de financement.
Des moments comme celui-ci mettent les institutions à l'épreuve. Ils révèlent si nous nous retirons ou si nous nous évoluons. Le PNUD a fait son choix.
Nous nous adaptons sans renoncer à nos valeurs. Nous réformons sans perdre de vue les personnes que nous servons. Et nous obtenons des résultats, même dans les moments difficiles. Car je suis convaincu que le rétablissement de la confiance et la réalisation du Pacte pour l'avenir commencent par des actions concrètes et des résultats tangibles.
Aujourd'hui, mon appel à ce Conseil d'administration est clair et direct : soyez un partenaire encore plus engagé dans cette mission qui change des vies.
Un élément crucial de cet effort repose sur un financement équilibré.
Des contributions de base flexibles, prévisibles et, idéalement, pluriannuelles constituent le fondement de l'action du PNUD. Elles nous permettent de remplir notre mandat principal.
Le financement de base nous donne la capacité d'agir rapidement, d'être présents lorsque d'autres ne le sont pas et d'intervenir là où les risques et les besoins sont les plus importants, avant que les crises n'éclatent et que les coûts ne s'envolent.
Aux États membres qui continuent d'apporter ce soutien : merci.
Votre encadrement est plus important que jamais.
Parallèlement, nous constatons des signes encourageants de changement.
De plus en plus de pays en développement financent eux-mêmes leur développement. De nouveaux partenaires et des donateurs non traditionnels choisissent d'investir par l'intermédiaire du PNUD, s'appuyant sur notre présence locale et notre expertise pour garantir la mise en œuvre et l'obtention de résultats concrets sur le terrain.
C'est un signe fort de confiance dans notre rôle et dans notre efficacité. Et cette confiance s'accompagne de responsabilités.
Si nous désirons un système performant, nous avons besoin d'un financement prévisible, d'un partage équitable des charges et d'une responsabilité mutuelle entre les États membres et le système des Nations Unies pour le développement. C’est précisément l’ambition du Pacte de financement 2.0.
Honorons donc ces engagements et bâtissons un système multilatéral de développement plus solide, plus efficace et fondé sur la responsabilité et la confiance.
Je vous exhorte à continuer de défendre des réformes qui renforcent notre capacité d’action — non pas des réformes pour le simple plaisir de réformer, mais des réformes qui améliorent l’impact et renforcent l’efficacité sur le terrain.
Ensemble, nous pouvons y arriver.
Merci.