Océan Indien : les douanes, première ligne de défense contre la pollution chimique

Océan Indien : les douanes, première ligne de défense contre la pollution chimique

21 avril 2026

Aux Comores et dans les dans les Etats insulaires de l’Océan Indien, le contrôle aux frontières constitue un levier essentiel pour prévenir les risques environnementaux et sanitaires liés aux produits chimiques et aux produits dangereux. Grâce au projet ISLANDS, le PNUD/GEF renforce les capacités des douanes pour mieux protéger les écosystèmes et les populations. 

Un conteneur mal contrôlé peut suffire à contaminer durablement les sols, les nappes et les littoraux. Pour prévenir ce risque, le projet ISLANDS océan Indien renforce les capacités des douanes des Comores, de Maurice, des Seychelles et des Maldives, acteurs trop souvent oubliés de la protection environnementale.

Souvent associée à la collecte de taxes, la douane joue en réalité un rôle bien plus large : elle constitue une première ligne de défense environnementale et sanitaire. À chaque port, aéroport ou zone franche, ses agents peuvent intercepter des substances toxiques, des déchets dangereux ou des marchandises non conformes avant qu'elles n'entrent sur le territoire. Ce travail de contrôle contribue directement à l'application des accords environnementaux internationaux, comme les conventions de Bâle, de Stockholm et de Rotterdam.

Dans les Petits États insulaires en développement (PEID), ce rôle prend une dimension stratégique « Les autorités douanières constituent la première ligne de défense contre la pollution chimique », rappelle Nancy Isarin, spécialiste des crimes environnementaux. « Une fois qu'un flux dangereux franchit la frontière sans être détecté, son contrôle devient particulièrement complexe, notamment dans un contexte insulaire où les capacités de traitement et d'élimination sont restreintes. »

Et les produits à risque sont nombreux : équipements électriques et électroniques en fin de vie, véhicules hors d'usage, pneus et batteries usagés, plastiques contaminés, produits chimiques périmés ou interdits, ou encore déchets issus des navires de croisière. « Les biens de seconde main constituent un défi particulier : des déchets peuvent être dissimulés sous l'apparence de produits réutilisables, alors même qu'ils sont proches de la fin de vie ou contiennent des substances dangereuses », détaille l'experte.

La vulnérabilité des PEID tient à une combinaison de facteurs structurels qui amplifient chaque incident :

  • une forte dépendance aux importations, qui multiplie les flux entrants ;

  • des administrations aux ressources humaines et techniques limitées ;

  • des infrastructures de gestion des déchets insuffisantes, voire inexistantes pour certaines catégories dangereuses ;

  • une sensibilité écologique élevée, avec des écosystèmes marins et côtiers particulièrement fragiles ;

  • une disponibilité foncière restreinte, qui rend tout stockage ou enfouissement problématique.

Lorsqu'un flux dangereux entre sans être intercepté, les conséquences peuvent être durables : contamination des sols et des eaux souterraines, atteintes aux zones côtières, risques sanitaires pour les populations. Dans des économies où le tourisme, la pêche et les services écosystémiques jouent un rôle central, ces perturbations peuvent affecter durablement les moyens de subsistance.

Sur le terrain : prévenir plutôt que réparer

Au port de Moroni par exemple, un agent de douanes examine un conteneur déclaré comme transportant des équipements de seconde main. En analysant les documents et le contenu, il identifie des appareils électroniques proche de la fin de vie, contenant des substances potentiellement dangereuse.

Cette intervention, discrète, permet d’éviter l’introduction des déchets toxiques sur le territoire. Aucun incident n’est signalé, aucune pollution n’est visible. Pourtant, c’est cette prévention silencieuse qui illustre l’efficacité du contrôle douanier. Comme le rappelle l’experte en criminalité environnementale, le succès du contrôle douanier se mesure ainsi à ce qui ne se produit pas : pollution évitée, coûts de dépollution prévenus, risques sanitaires réduits, pollution marine épargnée

Renforcer les capacités grâce au projet ISLANDS

Pour répondre à ces enjeux, le projet ISLANDS océan Indien, financé par le GEF et mis en œuvre par le Pnud, accompagne les administrations des Comores, de Maurice, des Seychelles et des Maldives. Ces formations spécialisées ont permis de renforcer la capacité des agents, identifier les produits chimiques dangereux, contrôler les importations de déchets et appliquer les accords multilatéraux sur l'environnement dans leur pratique quotidienne. « Les programmes de formation transforment les obligations juridiques en outils d'application concrets au quotidien », explique Nancy Isarin, qui a animé les sessions. 

Entretien : « Le contrôle aux frontières est essentiel pour prévenir les risques liés aux substances dangereuses » 

Témoignage de Mme Assufati, agente des douanes aux Comores.

Sur le terrain, ces efforts se traduisent par une évolution tangible des pratiques. Aux Comores, les agents de douanes renforcent leur rôle de première ligne de défense.

« Le contrôle aux frontières est essentiel pour prévenir les risques liés aux substances dangereuses et protéger à la fois l’environnement et la santé publique »

Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face ?

Les défis sont à la fois réglementaires, opérationnels et institutionnels. De nombreux produits transitent sous des codes génériques, ce qui rend leur identification difficile, et la connaissance des conventions internationales reste inégale d'un agent à l'autre. Sur le terrain, les moyens de détection sont limités, les procédures perfectibles, et les risques pour la santé des agents bien réels. Enfin, la coordination entre institutions demeure insuffisante ce qui peut conduire, in fine, à l'entrée de substances dangereuses sur le territoire.

Qu'est-ce que la formation a changé concrètement ?

La formation a renforcé les capacités des institutions, en améliorant la compréhension des risques, la maîtrise des obligations internationales et les compétences en identification, classification et contrôle des substances. Elle a également renforcé la coordination entre acteurs. Des formateurs relais ont été formés sur les trois îles de l'archipel (Grande Comore, Anjouan, Mohéli), pour assurer la diffusion des compétences et poser les bases d'un changement durable dans les pratiques.

Quels outils utilisez-vous aujourd’hui ?

Les agents utilisent des listes de contrôle, vérifient systématiquement les documents réglementaires autorisations, fiches de sécurité, conformité et analysent les étiquetages selon les normes internationales. Les contrôles reposent désormais davantage sur une approche fondée sur le risque, qui consiste à concentrer les inspections sur les cargaisons jugées les plus suspectes plutôt qu'à contrôler au hasard. Cette méthode permet de détecter plus efficacement les anomalies et d'empêcher les importations non conformes.

Pourquoi ces contrôles sont-ils cruciaux pour la protection des PEID ?

Les Comores, fortement dépendantes des importations, sont particulièrement vulnérables. Le contrôle aux frontières est essentiel pour prévenir les risques liés aux substances dangereuses et protéger à la fois l'environnement et la santé publique.

A propos du projets ISLANDS océan Indien

Financé par le Fonds pour l'environnement mondial (GEF) le projet ISLANDS océan Indien - mis en œuvre par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avec le soutien de la Commission de l’océan Indien (COI) et de Business Mauritius (BM) couvre quatre PEID de l'Indianocéanie : l'Union des Comores, les Maldives, Maurice et les Seychelles. Son objectif est de protéger la santé humaine et l'environnement des effets nocifs des produits chimiques et des déchets dangereux.