Protéger la nature, changer des vies : les parcours de Mohamed et Nassabia
7 juillet 2026
Il y a neuf ans, Mohamed Rachid parcourait les villages côtiers du Parc National Cœlacanthe pour sensibiliser les communautés à la protection de leur environnement. À plusieurs dizaines de kilomètres de là, Nassabia Mohamed faisait ses premiers pas au sein du Parc National Karthala, découvrant avec curiosité un univers qui lui était encore inconnu.
Tous deux avaient des parcours différents. Mais ils partageaient une même conviction : contribuer à préserver le patrimoine naturel exceptionnel des Comores.
Aujourd'hui, leurs histoires témoignent de l'impact durable du projet de renforcement du réseau national d'aires protégées (RNAP II), mis en œuvre avec l'appui du PNUD et du Fonds pour l'environnement mondial (FEM). Au-delà de l'extension et de la consolidation des aires protégées, le projet a investi dans les femmes et les hommes qui les font vivre au quotidien, en renforçant leurs compétences, leur leadership et leur capacité à travailler avec les communautés pour préserver durablement les écosystèmes.
Apprendre sur le terrain
Lorsque Mohamed Rachid rejoint le Parc National Cœlacanthe en 2017 comme écogarde, ses journées sont rythmées par les patrouilles, les campagnes de sensibilisation et les échanges avec les communautés. « Mon objectif était simple : contribuer à la sauvegarde de la nature tout en participant au développement durable des communautés », raconte-t-il.
À la même période, Nassabia Mohamed intègre le Parc National Karthala. Diplômée en agriculture, elle découvre un nouveau domaine qui va progressivement devenir sa passion. « J'étais enthousiaste, mais aussi consciente que j'avais beaucoup à apprendre. Chaque sortie sur le terrain était une nouvelle découverte », se souvient-elle.
Comme beaucoup de jeunes professionnels, ils arrivent avec leurs connaissances académiques, mais c'est sur le terrain qu'ils vont véritablement se former.
Au contact des communautés, des forêts, des récifs et des écosystèmes qu'ils contribuent à protéger, ils développent progressivement une compréhension plus profonde des enjeux environnementaux et humains liés à la conservation.
Les nombreuses formations, les échanges d'expériences et l'accompagnement technique proposés dans le cadre du projet RNAP II leur permettent d'acquérir des compétences en suivi écologique, gouvernance participative, restauration des écosystèmes et gestion des ressources naturelles.
Grandir avec les Parcs Nationaux
Au fil des années, les responsabilités évoluent. Grâce aux formations, à l'accompagnement technique et à l'expérience accumulée, Rachid gravit progressivement les échelons. Celui qui était écogarde supervise aujourd'hui les activités environnementales du Parc National Cœlacanthe et coordonne le travail des équipes sur le terrain. « Lorsque je regarde le chemin parcouru, je suis fier de l'évolution réalisée. Les opportunités de formation et la confiance accordée par l'administration des Parcs m'ont permis de progresser et de développer de nouvelles compétences », explique-t-il.
Pour Nassabia, l'évolution est tout aussi remarquable. Peu à peu, elle se spécialise dans le suivi écologique, l'analyse des données et l'utilisation des outils de cartographie. « Cette immersion dans la nature a profondément changé ma vision des choses. J'ai appris à mieux comprendre les espèces, leurs comportements et les écosystèmes. Cela a renforcé mon engagement envers la conservation », confie-t-elle.
Au-delà des compétences techniques, les deux agents ont développé des capacités de leadership qui font aujourd'hui d'eux des références au sein des acteurs clés de la mise en œuvre des activités du réseau national d'aires protégées.
Comprendre que la conservation est avant tout une histoire humaine
Avec l'expérience, Mohamed et Nassabia ont découvert une réalité essentielle : protéger la nature ne consiste pas seulement à préserver les espèces ou les écosystèmes.
La réussite de la conservation repose avant tout sur les femmes et les hommes qui vivent au sein de ces territoires.
Pour Rachid, l'un des changements les plus marquants observés depuis 2017 est l'évolution du regard des communautés sur les aires protégées. « Au début, certaines personnes voyaient les parcs comme une contrainte. Aujourd'hui, beaucoup participent activement aux actions de restauration, de nettoyage ou de sensibilisation. Elles comprennent davantage les bénéfices de la préservation des ressources naturelles. »
Pour Nassabia, une rencontre particulière a profondément marqué son parcours. Lors d'une mission de terrain, son équipe est confrontée à un bûcheron qui se montre particulièrement hostile à leur présence. « Sur le moment, j'ai ressenti de l'inquiétude. Mais en discutant avec lui, j'ai compris qu'il n'était pas motivé par l'agressivité. Il craignait simplement de perdre son activité et les revenus qui permettaient de faire vivre sa famille. »
Cette expérience a changé sa perception de la conservation. « J'ai compris que protéger la biodiversité ne pouvait pas se faire sans tenir compte des réalités économiques et sociales des populations. Derrière chaque arbre coupé ou chaque pratique à risque, il y a souvent une histoire humaine qu'il faut comprendre avant de proposer des solutions. »
Cette approche est aujourd'hui au cœur des interventions du projet RNAP II, qui associe les communautés à la gestion des aires protégées, soutient les initiatives locales et développe des activités génératrices de revenus compatibles avec la conservation.
Des résultats visibles pour la nature et les communautés
Neuf ans après la création des Parcs Nationaux, les résultats sont visibles. Au Parc National Cœlacanthe, Rachid observe une amélioration de l'état de certains écosystèmes et une meilleure adhésion des communautés aux efforts de conservation. « Aujourd'hui, nous constatons davantage d'engagement de la part des communautés et une meilleure compréhension de l'importance de préserver les ressources naturelles pour les générations futures. »
Au Parc National Karthala, Nassabia est particulièrement fière d'avoir accompagné plusieurs groupes communautaires dans leur structuration en coopératives. « Ces organisations sont aujourd'hui capables de mobiliser des financements et de développer des activités génératrices de revenus. Cela montre que la conservation peut aussi créer des opportunités économiques pour les populations. »
Ces avancées démontrent qu'il est possible de concilier préservation de la biodiversité et amélioration des conditions de vie lorsque les communautés sont pleinement associées aux solutions.
Une nouvelle génération d'acteurs du changement
Les défis n'ont pas manqué. Rachid a dû apprendre les techniques de suivi scientifique et renforcer ses compétences dans des domaines nouveaux pour lui. Nassabia a dû s'adapter à un secteur éloigné de sa formation initiale.
Mais grâce aux formations, à l'accompagnement et à leur détermination, ils ont transformé ces défis en opportunités. Aujourd'hui, Rachid se considère comme un acteur engagé pour la protection de l'environnement, tandis que Nassabia voit dans son métier une responsabilité envers la biodiversité et les générations futures.
Tous deux partagent la même ambition : voir les Parcs Nationaux devenir des institutions toujours plus solides, proches des communautés et capables de contribuer durablement au développement des Comores.
Leur histoire rappelle une vérité souvent oubliée : derrière chaque forêt protégée, chaque récif restauré et chaque espèce préservée, il y a des femmes et des hommes qui consacrent leur énergie, leur passion et leur engagement à défendre le patrimoine naturel de leur pays.
En investissant dans leurs compétences et leur leadership, le projet RNAP II a fait bien plus que protéger la biodiversité. Il a renforcé les institutions, accompagné les communautés vers une gestion plus durable des ressources naturelles et fait émerger une nouvelle génération de professionnels qui façonnent aujourd'hui l'avenir de la conservation aux Comores. Les parcours de Mohamed et de Nassabia illustrent parfaitement cette ambition : démontrer qu'en protégeant la nature, on crée aussi des opportunités, des compétences et un avenir plus résilient pour les populations.