Appel à une action urgente pour « valoriser l’eau »

 

En cette Journée mondiale de l’eau 2021, le thème « valoriser l’eau » jette un coup de projecteur sur le rôle essentiel que jouent les écosystèmes sains dans le maintien de l’approvisionnement en eau à travers le monde. En pleine crise de l’eau, de la nature et du climat, il nous faut pleinement prendre conscience de la relation réciproque entre l’eau et les écosystèmes, et y consacrer des fonds.

La sécurité de l’eau a pris un « retard alarmant »

L’appel en faveur de la sécurité de l’eau – ou celui en faveur de la protection des écosystèmes naturels sur lesquels elle repose – n’a jamais été aussi impérieux. L’édition 2020 du Cadre mondial d’accélération de la réalisation de l’ODD 6 a révélé que la progression vers les cibles liées à l’eau de l’ODD 6 avait pris un « retard alarmant ». Aujourd’hui, 2,2 milliards de personnes – environ un quart de la population mondiale – ne disposent toujours pas d’un accès sûr à de l’eau potable, la demande d’eau mondiale devrait augmenter de 55 % d’ici à 2050, on prévoit un déficit hydrique de 40 % d’ici à 2030, et les pertes liées à l’eau pourraient faire chuter le PIB de 6 % dans certaines régions à l’horizon 2050.

Des écosystèmes naturels menacés au cœur de la solution

Les forêts, les zones humides, les prairies et les mangroves fournissent des services écosystémiques précieux dans le domaine de l’eau. Elles protègent et filtrent naturellement les eaux de source, elles régulent le débit des cours d’eau au fil du temps et elles protègent les populations contre les catastrophes liées à l’eau, qui s’intensifient en raison des changements climatiques. Mais ces écosystèmes sont gravement menacés. Quelque 420 millions d’hectares de forêts ont été déboisés à l’échelle mondiale depuis 1990 et 87 % des zones humides qui recouvraient la Terre en 1700 ont aujourd’hui disparu.

Des solutions fondées sur la nature mises en place par les populations autochtones

Les populations autochtones et locales montrent la voie en adoptant des solutions fondées sur la nature pour résoudre la triple crise de l’eau, de la biodiversité et du climat. L’initiative Équateur du PNUD offre des exemples inspirants de cette démarche :

·       Dans le bassin hydrographique de l’Ing, dans le nord de la Thaïlande, la préservation des 483 hectares de forêts des zones humides de Boon Rueang a permis de maintenir des services écosystémiques estimés à 4 millions USD par an, dont l’approvisionnement en eau destinée à la consommation humaine et à l’agriculture, la réalimentation des nappes souterraines et la protection contre les crues. Les forêts des zones humides constituent également un puissant puits de carbone, qui contribue à l’atténuation des changements climatiques.

·       Dans la partie indonésienne de Bornéo, les gardiens de la forêt de Sungai Utik ont milité pendant 40 ans pour préserver une forêt coutumière de 10 087 hectares, qui protège l’eau consommée par la population en aval et utilisée à des fins agricoles. Cette forêt assure actuellement la séquestration d’environ 1,31 million de tonnes métriques de carbone.

·       Dans les Andes équatoriennes, un partenariat public-privé dirigé par les populations autochtones œuvre à la préservation de plus de 33 000 hectares de prairies (Páramo). Grâce à cette initiative, quelque 600 000 personnes disposent d’une eau naturellement filtrée en aval.

Il est temps d’investir

Il faut incontestablement investir dans des solutions fondées sur la nature pour assurer la sécurité de l’eau. Les infrastructures bâties (ou « infrastructures grises ») conventionnelles ont longtemps été privilégiées pour les investissements liés à l’eau, et pourtant, les solutions fondées sur la nature offrent d’importants retours sur investissement. En voici quelques exemples :

·       La protection des forêts, le reboisement et l’amélioration des méthodes agricoles en amont pourraient permettre d’améliorer la qualité de l’eau dans environ quatre grandes villes sur cinq.

·       Les marais salants et les mangroves pourraient coûter jusqu’à cinq fois moins cher que les structures artificielles pour la protection des littoraux contre les inondations et l’érosion.

·       La restauration des forêts et des bassins hydrographiques pourrait permettre aux compagnies des eaux de 534 des plus grandes villes au monde d’économiser environ 890 millions USD par an.

Un appel à agir d’urgence lancé à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau

Pour pouvoir assurer la sécurité de l’eau, il nous faut rapidement promouvoir les solutions fondées sur la nature dans les programmes d’action nationaux et mondiaux liés à l’eau, ainsi que déployer les solutions locales à plus grande échelle. Pour ce faire, nous exhortons les décideurs politiques à :

·       Utiliser les nouvelles données spatiales disponibles pour repérer les endroits où il convient de prendre des mesures. Le PNUD et ses partenaires ont fait œuvre de précurseurs en mettant en place un processus de cartographie des zones essentielles à la vie (« Essential Life Support Areas »), y compris pour l’eau. Ce système est utilisé en Colombie dans le but d’assurer l’approvisionnement en eau de plus de 15 millions de personnes.  

·       Protéger les droits fonciers des populations autochtones et tirer parti de leurs connaissances écologiques. Les populations autochtones sont les gardiennes de 80 % de la biodiversité mondiale toujours présente sur Terre, mais elles ne disposent d’aucun titre de propriété officiel sur la majeure partie de leurs terres. Il est impératif de protéger les droits fonciers des populations autochtones, afin qu’elles puissent continuer d’assurer la gestion de la nature pour l’eau – une fonction qu’elles exercent depuis des siècles.

·       Mobiliser des financements pour investir dans des solutions fondées sur la nature et des approches mixtes associant des infrastructures grises et vertes. Environ 6 700 milliards USD d’investissements seront nécessaires pour atteindre les objectifs liés à l’eau à l’horizon 2030. Les solutions fondées sur la nature restent cruellement sous-financées : elles ne représentent que 1 % à 5 % des investissements consacrés aux ressources en eau. Les financements mixtes, les obligations vertes et les mécanismes de paiement des services rendus par les écosystèmes sont autant de solutions qui pourraient permettre de surmonter cet obstacle financier.

·       Mobiliser le secteur privé. L’insécurité hydrique et les pertes qui y sont associées dans la nature représentent des menaces de taille pour les entreprises, en particulier celles qui dépendent d’importantes chaînes d’approvisionnement agricole. Et pourtant, le rôle que pourrait jouer le secteur privé n’a pas encore été clairement défini. Nous devons engager les chefs d’entreprise à investir dans la nature dans le cadre de leurs plans de gestion durable de l’eau.

Un point d’inflexion pour des investissements dans la nature

Tandis que nous envisageons les investissements dans la relance post-COVID et le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, nous devons donner la priorité aux investissements dans la nature. L’eau est au confluent de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de la santé humaine, du développement économique, de la stabilité climatique et de la paix. Les solutions fondées sur la nature dans le domaine de l’eau peuvent permettre d’obtenir d’excellents résultats dans le cadre de plusieurs instruments multilatéraux, dont un éventail de cibles du Programme de développement durable à l’horizon 2030, la Convention de l’ONU sur les changements climatiques et le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe.

En cette Journée mondiale de l’eau, souvenons-nous que « toute l’eau est générée par les écosystèmes ». Traçons une nouvelle voie avec la nature pour garantir à tous la sécurité de l’eau.