COP30 : Écouter la Terre avant qu’elle ne se taise

11 novembre 2025
Graphic of two hands holding Earth above jungle foliage, COP30 logo.

Belém, nichée sur les rives de l’Amazone, n’est pas seulement la ville hôte de la COP30 : c’est un lieu où la sagesse du passé rejoint l’urgence du présent. Elle incarne le savoir, la résilience et le sens du devoir dont l’humanité aura besoin pour affronter un monde qui se réchauffe. Depuis des générations, les communautés autochtones y vivent en harmonie avec les forêts et les rivières, nous rappelant que les solutions au changement climatique peuvent s’enraciner dans la connaissance locale, le respect et le soin porté à la Terre.

La COP30 n’est pas une négociation comme les autres. C’est un moment de transformation et de réflexion.

L’Afrique est prête à saisir cette dynamique : développer des économies vertes et une transition énergétique juste, créer des emplois, gérer les ressources de manière responsable et transformer l’espoir en action. C’est l’occasion de montrer que l’action climatique n’est pas un idéal lointain, mais une force concrète pour le développement, l’égalité et la sécurité.

Partout sur le continent, les communautés prennent déjà les devants. Des villages construisent des micro-réseaux d’énergie renouvelable. Des agriculteurs réinventent l’agriculture grâce à des techniques adaptées au climat. Des innovateurs transforment les défis locaux en solutions capables d’inspirer le monde. La COP30 doit reconnaître, soutenir et amplifier ces initiatives, et intégrer pleinement l’innovation, le savoir et le leadership africains dans les cadres mondiaux. L’avenir ne sera pas écrit par les plus lents à agir, mais par ceux qui passent à l’action. L’Afrique avance avec détermination, vision, unité et engagement.

Les priorités de l’Afrique pour une planète vivable sont profondément ancrées dans les réalités que vivent les communautés au quotidien.

Tout d’abord, l’Afrique appelle à un renforcement décisif du financement de l’adaptation : le tripler afin de combler le déficit annuel de 84 milliards de dollars du continent. Ce serait l’investissement le plus sûr pour la stabilité mondiale, avec des fonds circulant par le biais de systèmes dirigés par les pays, permettant aux communautés de renforcer leur résilience de manière adaptée à leur contexte local.

Les pays s’accordent à dire que l’énergie est au cœur de la transformation de l’Afrique. Étendre l’accès aux énergies renouvelables à 300 gigawatts d’ici 2030 permettrait non seulement d’alimenter les foyers et les industries, mais aussi de stimuler l’innovation et les opportunités sur tout le continent. Débloquer des mécanismes de financement dirigés par l’Afrique générerait 50 milliards de dollars par an et favoriserait la croissance, tout en soutenant l’entrepreneuriat des jeunes et le transfert de technologies.

Pourtant, les progrès resteront limités sans équité dans le système financier mondial. Les règles actuelles punissent souvent les pays en développement pour des risques qu’ils n’ont pas créés. Les réformer, via des instruments concessionnels mixtes, des notations de crédit équitables et une tarification juste des risques, est essentiel pour sortir des pièges de la dette qui freinent la croissance. De même, les marchés du carbone doivent fonctionner avec transparence et intégrité, en veillant à ce que chaque tonne échangée se traduise par des bénéfices réels pour les populations et la planète.

La vision climatique de l’Afrique dépasse l’économie. Il s’agit de protéger des vies et de garantir la dignité. Renforcer les systèmes de santé et d’alerte précoce, inscrire une transition juste et inclusive qui valorise les femmes, les jeunes et les travailleurs, et relier l’action climatique à la paix et à la sécurité : voilà les fondations d’une résilience durable.

Enfin, la nature elle-même doit être considérée non pas comme un simple décor, mais comme un pilier du progrès. Les forêts, zones humides et savanes africaines sont vitales non seulement pour le continent, mais pour notre planète entière. Reconnaître et investir dans des solutions fondées sur la nature n’est pas optionnel ; c’est la voie la plus rationnelle pour l’avenir.

Ce ne sont pas des objectifs abstraits ; ce sont des impératifs concrets et réalisables pour une planète sur le grill.

En effet, les enjeux n’ont jamais été aussi cruciaux. L’Afrique ne produit que moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais elle subit de plein fouet les inondations, les sécheresses et les pertes de récoltes. Pourtant, le continent possède 40 % du potentiel mondial en énergies renouvelables et les minerais essentiels à la transition verte. Chaque dollar investi dans l’adaptation rapporte quatre dollars en pertes évitées. Chaque mégawatt d’énergie renouvelable construit en Afrique accélère la décarbonation mondiale. Chaque emploi vert créé renforce la stabilité des sociétés. Ne pas investir en Afrique n’est pas seulement injuste : c’est stratégiquement imprudent.

Dans un contexte géopolitique en mutation, l’Afrique négociera avec détermination : en construisant des alliances quand cela est possible, en exigeant l’équité et en refusant de troquer l’adaptation contre l’atténuation ou l’accès à l’énergie contre l’allègement de la dette. Le message est clair et non négociable : les solutions africaines sont centrales pour la survie de la planète.

Les voix des jeunes d’Afrique se font entendre avec force et urgence. « Nous ne voulons pas hériter de solutions climatiques endettées pour réparer les erreurs d’hier », disent-ils. « Nous voulons des emplois verts, pas seulement dans le solaire, mais aussi dans l’économie circulaire, la tech climatique et la résilience numérique. » « Nous voulons une vraie place à la table, pas des consultations symboliques. » La jeunesse africaine représente une opportunité stratégique pour accélérer l’adoption et le déploiement des technologies climatiques grâce à l’innovation, à l’entrepreneuriat et au développement des compétences. Leurs demandes ne sont pas idéalisées ; elles sont pragmatiques, concrètes et basées sur la réalité : l’Afrique décidera de son propre avenir, quel que soit le résultat de la COP30.

La COP30 doit y répondre. De la Déclaration de Nairobi en 2023 à Addis-Abeba en 2025, le continent a clairement exprimé ses ambitions : mobiliser 50 milliards de dollars par an pour l’action climatique, développer massivement les énergies renouvelables, relier financement climatique et paix, et intégrer le leadership des jeunes et des femmes dans la gouvernance climatique.

Le défi maintenant est de concrétiser ces engagements : transformer les promesses en financements effectifs et contraignants, faciliter le transfert de technologies et soutenir une gouvernance inclusive. La réussite de l’Afrique est essentielle pour toute la planète.

La COP30 doit garantir un financement équitable, développer massivement les énergies renouvelables, soutenir l’adaptation locale, alléger la dette, promouvoir l’égalité des genres et l’inclusion des jeunes, investir dans des solutions basées sur la nature et relier l’action climatique à la paix. Combler l’écart entre le risque perçu et le risque réel est essentiel pour libérer les investissements climatiques en Afrique, où les opportunités de rendements durables à fort impact sont souvent sous-estimées. Il ne s’agit pas de charité. Il s’agit de justice. Il s’agit d’opportunité.

Et peut-être est-ce là la leçon que Belém offre au monde : le chemin à suivre ne se trouve pas dans les seules déclarations, mais dans l’écoute, l’écoute véritable, de ceux qui ont vécu le plus près de la Terre. De l’Amazonie au Sahel, des gardiens autochtones aux jeunes innovateurs africains, sagesse et courage sont déjà à l’œuvre. La COP30 peut choisir de faire résonner leurs voix ou de les ignorer. Mais l’histoire se souviendra du chemin que nous avons pris : celui qui suivait les murmures de la Terre, ou celui qui nous a conduits au silence.