©ONU Femmes/Allison Joyce

Nairobi et New York – Alors que les pays s'efforcent de faire face aux conséquences sociales et économiques dévastatrices de la pandémie  de Covid-19, il importe de prendre en compte l'inégalité entre les sexes qui façonne l'expérience de la crise, ainsi que les perspectives de résilience et de reprise.

Un nouveau rapport multi-agences,  intitulé « Genre, climat et sécurité : Soutenir une paix inclusive en première ligne du changement climatique » [Gender, Climate & Security: Sustaining Inclusive Peace on the Frontlines of Climate Change - en anglais], publié par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), ONU Femmes, le PNUD et le Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix des Nations Unies (UNDPPA) souligne les liens étroits entre le genre, le climat et la sécurité et révèle que les femmes, qui sont en première ligne de l'action pour le climat, jouent un rôle essentiel dans la prévention des conflits et dans une paix durable et inclusive.

La crise climatique s'étend bien au-delà du climat

Les communautés touchées par les conflits et le changement climatique sont confrontées à une double crise. La pandémie aggrave encore les effets du changement climatique sur la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance, la cohésion sociale et la sécurité.

Les femmes et les filles sont confrontées à des charges économiques disproportionnées en raison des différents types de marginalisation ; les attentes sexospécifiques peuvent mener les hommes et les femmes à recourir à la violence lorsque les moyens de subsistance traditionnels échouent ; et d'importants changements socio-économiques peuvent résulter de la modification des schémas de migration.

« L'inégalité d'accès à la propriété foncière, aux ressources financières et au pouvoir de décision peut créer un stress économique pour des ménages entiers en temps de crise, laissant les femmes exposées de manière disproportionnée aux risques sécuritaires liés au climat », a déclaré Inger Andersen, la Directrice exécutive du PNUE. « La crise climatique s'étend bien au-delà du climat, et pour l'affronter efficacement, il faut des réponses qui tiennent compte des liens entre le genre, le climat et la sécurité - nous devons nous assurer que personne n'est laissé pour compte », a-t-elle ajouté.

Ainsi au Tchad, la violence sexiste et les inégalités structurelles limitent la capacité des communautés à s'adapter aux chocs climatiques. Au Soudan, la rareté croissante des terres fertiles due aux sécheresses prolongées et à la fluctuation des précipitations est marquée par l'augmentation des conflits locaux entre les agriculteurs et les groupes nomades. De nombreuses personnes - principalement des hommes - ont quitté les villages à la recherche de moyens de subsistance alternatifs dans le cadre de grands projets agricoles ou dans les mines avoisinantes, laissant aux femmes un fardeau économique plus lourd.

D'autres exemples mettent en évidence les risques de sécurité liés au climat pour les femmes dans les zones urbaines, en particulier dans les établissements informels.

Des recherches menées au Pakistan et en Sierra Leone suggèrent que les pénuries d'eau, les vagues de chaleur et les événements climatiques extrêmes peuvent créer de nouveaux risques de violence sexiste et aggraver les inégalités généralisées.

Donner des possibilités aux femmes

Le rapport indique clairement qu'il est urgent de prendre des mesures tenant compte de la dimension de genre pour faire face à ces crises liées. Les interventions concernant les ressources naturelles, l'environnement et le changement climatique, par exemple, offrent des opportunités importantes pour le leadership politique et économique des femmes et renforcent leur contribution à la paix.

« L'inégalité entre les sexes, la vulnérabilité climatique et la fragilité des États sont étroitement liées - nous savons, par exemple, que les pays ayant des valeurs plus élevées dans l'un de ces domaines ont tendance à obtenir de meilleurs résultats dans les deux autres », a déclaré l'administrateur du PNUD, Achim Steiner, deplorant toutefois que « l'aide ciblant les initiatives qui renforcent l'autonomie des femmes et promeuvent l'égalité des sexes reste très faible ».

Pour le chef de l'appui à la consolidation de la paix de l’ONU, Oscar Fernández-Taranco, le renforcement du rôle des femmes dans la gestion des ressources naturelles crée également « des possibilités pour elles d'agir en tant que bâtisseuses de paix et de gérer les conflits de manière non violente ».

Les considérations de genre devraient également être pleinement prises en compte dans les politiques et programmes émergents sur les risques de sécurité liés au climat - non seulement pour renforcer la prise de conscience et la compréhension, mais aussi pour mettre en évidence les possibilités de leadership et d'inclusion des femmes et des groupes marginalisés dans les processus de décision

Les agences onusiennes jugent nécessaire d'investir davantage dans l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes dans les États fragiles, y compris les implications sur la mobilité humaine, et en particulier dans les secteurs liés aux ressources naturelles, où elle est particulièrement faible.

« Reconstruire en mieux avec une perspective de genre signifie s'assurer que nos économies post-Covid s'attaquent aux inégalités fondamentales de la société et mettent fin à la violence contre les femmes », a déclaré la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka.

« Les femmes sont une force puissante pour reconstruire les sociétés de manière plus sûre, qu'il s'agisse de fournir de la nourriture et un abri, de générer des revenus vitaux ou de conduire un changement durable », a conclu la Directrice d’ONU Femmes.

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