En Équateur, la baisse de la demande de mahi mahi, principalement due à l'effondrement complet du tourisme, a entraîné une diminution des prix rendant l’activité non rentable. Photo: Jason Richeux/Shutterstock.com

 

Outre son effet généralisé sur les emplois, les économies et les pays, le ralentissement économique mondial engendré par la pandémie COVID-19 a aussi considérablement touché les écosystème terrestres et marins.

C’est plutôt un impact positif à court terme, au vu de la diminution de la pollution, de la surpêche, de la perte d'habitats marins, de l'introduction d'espèces envahissantes ou encore des impacts du changement climatique sur les océans. Cependant, si on y regarde de plus près, ce sont les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire de dizaines, voire de centaines de millions de personnes qui se retrouveront gravement affectés.

Il y a déjà des preuves de ce ralentissement dand les secteurs de la pêche, du transport maritime, du tourisme et du développement côtier ou même de l'extraction de pétrole et de gaz. Dans un sondage récent mené par The Economist (lien en anglais), les participants ont classé les secteurs liés à l’océan suivants comme les plus touchés par le COVID-19 : le tourisme (70,7%), la pêche (10,4%), le pétrole et gaz offshore (7,2%), le transport maritime (6,2%), les énergies renouvelables offshore (2,9%) et l'aquaculture (2,6%).

Une étude récente du projet du PNUD et du Fond Mondial de l’Environnement sur le financement mondial des chaînes d'approvisionnement durables pour les produits marins (lien en anglais) a montré une baisse considérable de la demande de crevettes, poulpes, crabes, vivaneaux, mérous, calmars et mahi-mahi. Cette baisse ne fait que suivre celle des marchés d'exportation et est la conséquence des difficultés d’appliquer des mesures sanitaires sur les bateaux de pêche, de celles d’assurer un approvisionnement, ou encore de la pénurie de main-d'œuvre. Aux États-Unis par exemple, les deux tiers des poissons commerciaux finissent normalement dans les restaurants, dont la fermeture pour cause de pandémie entraîne une chute de la demande. En Floride, les ventes de homard ont diminué en raison de la perte des marchés en Chine. Plus au sud, en Équateur, la baisse de la demande de mahi mahi, principalement due à l'effondrement complet du tourisme, s’est accompagnée de celle des prix – rendant l’activité non rentable.

Dans ces conditions, la pression moindre exercée par la pêche sur les espèces marines pourrait-elle conduire à la reconstitution des stocks épuisés ? Pas vraiment. La plupart des études suggèrent que 10 à 15 ans de réduction de la pêche sont nécessaires pour permettre aux stocks épuisés de se reconstituer. En l'absence de réformes de gouvernance et de gestion, de telles « régénérations » semblent peu probables. Il existe également un risque que certains pays renforcent leurs subventions à la pêche destructrice pour soutenir la relance du secteur.

COVID-19 a également eu un effet dramatique sur le transport maritime international. Bien qu'à court terme, les quantités totales de fret n'aient que légèrement diminué (d’environ 5% en glissement annuel en mars 2020) et que les ports soient restés opérationnels, une baisse de 10% du commerce de conteneurs est tout de même prévue pour 2020 (lien en anglais), soit le plus important jamais enregistré. En outre, de nombreux navires sont cooptés pour le stockage en mer des réserves excédentaires de pétrole tant sa demande a chuté. Enfin, les changements d'équipage étant rendus presque impossibles en raison des restrictions de voyage, quelques 150 000 marins ont été bloqués à bord au cours des derniers mois, au détriment de leur bien-être physique et mental.

Il y a tout de même un aspect positif : la réduction du trafic maritime diminuera les émissions de gaz à effet de serre d’environ 2,5% des émissions de gaz à effet de serre. Si cette baisse est bénéfique à l'océan en ralentissant le rythme de l'acidification, du réchauffement et de la désoxygénation, sa courte durée ne risque que d’aboutir sur un impact global modeste. Il y a également le risque que la baisse persistante du prix du pétrole finisse par décourager l'industrie dans ses engagements de transition à une empreinte carbone beaucoup plus faible grâce à une meilleure efficacité énergétique dans l'exploitation et la conception des navires.

Le tourisme, quant à lui, est au point mort en raison des restrictions sur les voyages internationaux. Cette baisse à court terme aura sans aucun doute certains avantages sur les écosystèmes côtiers avec la levée de la pression exercée par des activités telles que la navigation de plaisance et la plongée, ou encore par la diminution du rejet des eaux usées par des hôtels côtiers largement inoccupés. Néanmoins, les impacts socio-économiques d'une activité touristique considérablement amoindrie sur les emplois et les entreprises touristiques côtières sont sans précédent. Reste à savoir comment l’industrie se rétablira à moyen et à plus long terme.

Le secteur du pétrole et du gaz subit l'une des plus importantes corrections de son histoire, en raison d'une réduction de l'activité économique combinée à l’initiative de l'OPEP de limiter sa production. La demande a chuté et le prix du baril de pétrole est même passé en négatif à un moment. La chute de la consommation de combustibles fossiles se traduit déjà par la baisse des émissions de gaz à effet de serre et les prévisions dont d'une diminution de 5% ou plus des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2020. La façon dont le secteur des combustibles fossiles émergera du « lockdown » revêt d'une importance considérable, non seulement pour l'océan, mais pour tout l'agenda du changement climatique. Certains prévoient même que le « pic de demande de pétrole » tant attendu pour 2030 pourrait arriver en 2020. Toute aussi importante sera la manière dont les gouvernements réagiront en faveur des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique.

Avec ses partenaires, le PNUD soutient la relance des pays face aux changements dans la pêche, l'aquaculture, la navigation et le tourisme résultants de la crise COVID-19. Notre travail sur la gouvernance des océans, qui vise à aider les pays en développement à faire évoluer leurs économies vers une utilisation intégrée, durable et respectueuse des écosystèmes et qui s’intègre aux cadres politiques, règlementaire et institutionnels régionaux, guide ce soutien.

 

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