Pour améliorer la résilience au changement climatique, des techniques simples comme l’agriculture de contour sont préconisées par le Programme de petites subventions du FEM.

 

La pandémie de COVID-19 a permis à l’île Maurice de réaliser qu’elle a tout à gagner à devenir plus auto-suffisante sur le plan alimentaire. Aussi, pendant les 70 jours de confinement bon nombre d’entre nous ont eu recours à des expériences agricoles à domicile pour faire passer le temps. Cet enthousiasme renouvelé de la population est-il le signe annonciateur de la « révolution agricole » qui nous permettra de devenir plus autosuffisants sur le plan alimentaire ?

Bien que Maurice produise des légumes dans des conditions assez favorables, le pays importe 77% de ses aliments. Cette forte dépendance vis-à-vis des importations peut s’expliquer en partie par des ressources foncières limitées et des difficultés à innover et à faire face aux incertitudes imposées par la nature à l’agriculture et à l’élevage. Avec l’impact croissant du changement climatique, travailler la terre devient de plus en plus compliqué.

Les humeurs du temps et leurs impacts

Les agriculteurs et leurs terres ont été considérablement touchés par les effets des changements climatiques au cours des dernières années. Les dommages causés aux cultures par les pluies torrentielles ont été estimés à 80% dans certaines régions, avec un impact significatif sur la disponibilité et le prix des légumes locaux.

Étonnamment, les actions pour assurer la résilience face aux conditions climatiques changeantes sont peu nombreuses, et les producteurs locaux continuent de cultiver les terres de façon traditionnelle. Bon nombre d’entre eux restent étrangers à des techniques simples telle que l’agriculture de contour qui permet de réduire l’impact des crues sur les terres agricoles et les semences.

Le Dr. Georges Félix a rencontré des agriculteurs mauriciens en 2018 dans le cadre d'un projet financé par le Programme de petites subventions du FEM. Photo : Programme de petites subventions du FEM

 

Place à l’innovation

À Maurice, l’agriculture industrielle a favorisé la monoculture. Elle a impacté négativement la biodiversité, modifié le comportement des insectes nuisibles et des pathogènes, détérioré la biologie des sols et réduit la résilience climatique des systèmes de production agricole. Pour améliorer la résilience au changement climatique, des systèmes agricoles intégrés tels que l’agroforesterie ou l’agroécologie sont proposés par l’Institut de Vulgarisation de la Recherche Alimentaire et Agricole (FAREI).

Les pratiques agroforestières, qui combinent la culture d’espèces vivaces et d’espèces annuelles, pourraient apporter de nombreux bénéfices écosystémiques aux communautés agricoles de l’île Maurice. Cela comprend la réduction des pertes de sol et une augmentation des stocks de carbone en surface et en sous-sol. De façon plus générale, l’application des principes de conception de l’agroécologie peut contribuer à améliorer la productivité des petits systèmes agricoles en intégrant les cultures mixtes, en s’appuyant sur l’habitat des cultures et en améliorant la biodiversité de la flore et de la faune. Le Programme de petites subventions du FEM mis en œuvre par le PNUD a contribué à l’introduction de pratiques agro-écologiques et à l’utilisation de rigoles biologiques en tant que « nouveaux » systèmes de drainage basés sur la topographie des champs. Ces techniques seront testées sur 3 sites pilotes de l’île Maurice, à savoir La Chaumière, Britannia et Plaine Sophie.

Attirer la nouvelle génération d’agriculteurs

Alors que la population des cultivateurs mauriciens vieillit, des questions sur l’avenir de l’agriculture locale doivent être abordées. Depuis l’apparition de la COVID-19 et ses effets perturbateurs sur les moyens de subsistance, il est devenu urgent de consolider les bases de l’agriculture de demain. Cela implique d’attirer de nouveaux agriculteurs désireux d’utiliser des techniques et des approches agricoles innovantes pour améliorer durablement leurs rendements et renforcer leur résilience.

Cette nouvelle génération d’agriculteurs devra composer avec celles qui l’ont précédé pour repenser l’avenir des systèmes de production alimentaire mauriciens en s’appuyant sur des solutions innovantes tout comme sur des connaissances écologiques traditionnelles. Le soutien des institutions gouvernementales et non gouvernementales à ces initiatives est crucial.

Vers des solutions numériques

L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) affirme que « les technologies numériques émergentes ont le potentiel de changer l’agriculture au-delà des espérances ». Le document ‘Disruptive Technologies Brief on Digital Agriculture : Feeding the future’ postule « qu’une révolution agricole numérique pourrait permettre à l’agriculture de répondre aux besoins de la population mondiale à l’avenir.» De nombreuses innovations numériques simples et abordables sont déjà développées par des agriculteurs mauriciens de la nouvelle génération à Farmcity. Il est désormais possible de contrôler l’irrigation d’un champ via une application mobile simple d’utilisation.

Même si l’agriculture numérique progresse à Maurice, on sait déjà que la « révolution agricole » souhaitée nécessitera davantage que d’enthousiastes jardiniers du dimanche et des solutions numériques automatisées pour produire des fruits de façon durable.

L’amélioration de l’autosuffisance et de la qualité alimentaires exigera également des changements dans les pratiques de consommation alimentaire, ainsi que des politiques visionnaires et la capacité de combiner le meilleur des approches agricoles traditionnelles et modernes. Cette « révolution agricole » dépendra en particulier des agriculteurs de la nouvelle génération et de leur capacité à innover et de mettre en œuvre des méthodes durables.

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