Un bon début pour résoudre les défis multidimensionnels de la nature et du développement serait de s'engager à investir massivement dans l'agroforesterie, l'agriculture régénérative et la restauration des mangroves, comme ici au Cambodge. Photo : PNUD Cambodge / Manuth Buth

 

J'ai assisté à l'une des grandes réunions de planification sur la biodiversité en février, initialement prévue en Chine, mais relocalisée à Rome. Le jour de mon arrivée, il y avait trois cas de COVID-19 dans le nord de l'Italie. Deux jours plus tard, il y en avait 21, et 229 cinq jours plus tard. Je suis repartie sans même assister au premier séminaire. Je craignais alors d'avoir réagi avec précipitation, mais ma formation en santé publique me faisait soupçonner qu'un tsunami imparable allait bientôt s'écraser sur le monde. Quelques semaines plus tard, l’ampleur d'une crise qui menace de bouleverser toutes les sociétés de la planète était devenue évidente.

2020 devait être une « super année pour la nature » avec un Congrès mondial de la nature, une Conférence des Nations Unies sur l'océan et un Sommet des Nations Unies sur la nature (en anglais) - le tout aboutissant à une conférence mondiale sur la biodiversité qui conviendrait d'un « Cadre de biodiversité après-2020 » valable pour une décennie. C'était censé être l'année qui lancerait la Décennie de la restauration (en anglais) et qui placerait finalement les solutions fondées sur la nature au cœur des négociations sur le climat. Mais le coronavirus avait d'autres plans en tête.  

 

Le virus expose les faiblesses de nos sociétés

Nos systèmes complexes et interconnectés ne sont aussi forts que leurs maillons les plus faibles. COVID-19 a mis en évidence les faiblesses de nos sociétés, que ce soit en matière de soins de santé ou d'inégalités.

Si j'ai eu le luxe de rentrer tôt de Rome pour m'acheter un petit stock de produits de première nécessité et me mettre à l’abri, 80% de l'humanité vit avec moins de 10 USD par jour et fera face à cette pandémie sans aucune sorte de sécurité économique ou sociale.  

Le changement peut être complexe et imprévisible, c'est pourquoi nos réactions doivent être intelligentes et proactives. Alors que je voyais le nombre de cas augmenter à Rome, il était clair qu'il s'agissait d'une courbe de croissance exponentielle, un schéma que nous avons tendance à sous-estimer. Il était également clair qu'il y avait des points de basculement : une action rapide a des avantages exponentiels, tandis qu'une réponse tardive ou inexistante peut avoir peu ou pas d'avantages du tout. Les pays ayant appliqué des mesures fermes et précoces pour « aplatir la courbe » de la pandémie connaissent les taux de mortalité les plus bas. Le facteur temps a donc une importance cruciale.

Une crise comme le COVID-19 remet aussi en question la dynamique du statu quo. Des actions qui semblaient impossibles hier deviennent probables aujourd'hui et inévitables demain. Un confinement comme celui mis en place à Wuhan semblait impossible en Italie ; et que dire de  la ville de New York ? Désormais, confinement et fermetures semblent inévitables dans les villes du monde entier.

Alors, comment appliquer ces leçons à la biodiversité ?

  1. Il faut créer un filet de sécurité planétaire basé sur la nature en renforçant les maillons les plus faibles de nos systèmes globaux. Notre système alimentaire mondial, par exemple, est vulnérable à la perte de biodiversité : si nos pollinisateurs disparaissent, il en va de même pour 35% de nos cultures mondiales. Face à un million d'espèces menacées d'extinction, nous nous devons de renforcer et consolider les écosystèmes naturels.
  2. Nous devons être aussi efficaces que possible pour résoudre simultanément les défis multidimensionnels de la nature et du développement. Il y a déjà un appel pour des plans d’intervention écologiques face au COVID-19. Un bon début serait de s'engager dans des investissements massifs et inclusifs dans l'agroforesterie, l'agriculture régénérative, la restauration des mangroves, etc. De telles solutions contribueraient à endiguer notre perte de biodiversité, à atténuer plus d'un tiers des gaz à effet de serre, à prévenir les catastrophes et à protéger les plus de deux milliards de personnes vivant dans la pauvreté et dépendant directement de la nature pour leur survie.
  3. Agir dès maintenant. Nous devons être disposés à prendre des mesures stratégiques et défier les puissants intérêts qui résistent au changement. Nous devons écouter la science, comprendre et éviter les points de non-retour de la nature. Cela signifie utiliser les meilleures données spatiales disponibles pour prendre des décisions éclairées sur l'utilisation des terres. Comme pour COVID-19, prendre des mesures drastiques pour empêcher l'extinction des espèces et l'effondrement écologique risque de sembler excessif, jusqu'a ce que cela devienne ' trop peu, trop tard'.
  4. Élaborer un Plan Marshall audacieux pour la nature. Nous devons agir comme une seule planète et investir suffisamment dans la protection, la restauration et la gestion durable de la biodiversité pour repositionner la nature au cœur du développement durable. Faire moins signifierait succomber à une lente crise aux conséquences bien pires pour l'humanité que le COVID-19.

Comme pour tout le reste, les événements de cette année sur la biodiversité ont été largement reportés, la plupart même à l’année prochaine. Néanmoins, s’il arrive que nous tirions les leçons du COVID-19 et que nous les appliquions à la perte de la biodiversité, 2020 pourrait après tout s'avérer être une « super année » pour la nature.

 

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