De l’Albanie à la Côte d’Ivoire : Pourquoi le monde a plus que jamais besoin de l’ONU

24 octobre 2025
Photo : UN Photo/Mark Garten

Par Blerta Cela

Il y a quatre-vingts ans, le monde sortait des ravages de la guerre avec une idée radicale : que les nations puissent s’unir, non seulement pour prévenir les conflits, mais aussi pour bâtir un avenir fondé sur la paix, la dignité et les opportunités. Cette vision est devenue l’Organisation des Nations Unies.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons le 80e anniversaire de l’ONU, cette vision est plus menacée que jamais. Les dangers pour la paix – du changement climatique aux pandémies, des guerres à la pauvreté et aux inégalités – ne connaissent pas de frontières. Aucun pays, aussi puissant, grand ou riche soit-il, ne peut les résoudre seul. L’ONU demeure la seule table où chaque nation a une voix et où la paix, les droits humains et le développement durable sont défendus comme des valeurs universelles.

Un parcours façonné par l’ONU

Ma foi en l’ONU n’est pas abstraite ; elle est ancrée dans une expérience vécue.

J’ai grandi en Albanie, l’un des pays les plus pauvres d’Europe, à une époque où la démocratie était fragile et les institutions faibles. En 1997, la chute de pyramides financières a plongé le pays dans le chaos. Les familles, y compris la mienne, ont tout perdu. Lorsque l’État ne pouvait plus protéger ses citoyens, c’est l’ONU qui a aidé à restaurer la confiance et à reconstruire.

Pendant le conflit du Kosovo, j’ai fait du bénévolat dans des camps de réfugiés. J’ai vu les conséquences de la guerre dans leur forme la plus brute et la plus douloureuse : meurtres, viols, déplacements et chagrin gravés sur chaque visage. L’ONU a travaillé à reconstruire les communautés, à rétablir les services de base et à créer des espaces où les gens pouvaient à nouveau commencer à se faire confiance. Les femmes, qui avaient porté les charges les plus lourdes de la guerre, ont été habilitées à diriger les efforts de relèvement. La société civile a été relancée, donnant aux gens une voix dans la construction de leur propre avenir. La présence de l’ONU n’était pas seulement une question de reconstruction, c’était aussi une question de guérison d’une nation blessée et de plantation des graines d’une paix durable.

Depuis, ma carrière m’a conduite à travers les continents. Dans chaque pays, j’ai vu l’ONU transformer le désespoir en résilience avec des résultats réels et tangibles :

  • Au Bangladesh : Des femmes autrefois piégées dans l’extrême pauvreté sont devenues maires de leurs villes, mettant en place des changements positifs et prouvant que lorsque les femmes dirigent, c’est toute la communauté qui progresse.
  • En Europe de l’Est et Turquie : De jeunes femmes façonnent non seulement les parlements mais portent également des politiques climatiques audacieuses au niveau local.
  • Au Sahel et bassin du lac Tchad : Les efforts de stabilisation ont permis à plus de 500 000 personnes déplacées de rentrer chez elles. Des villes entières autrefois abandonnées ont été reconstruites avec des écoles, des centres de santé et des marchés. La confiance envers les autorités locales s’est renforcée à mesure que les services publics ont été rétablis et que les populations ont pu retrouver leurs moyens de subsistance.
  • En Ukraine : Au milieu de la guerre et des réformes, j’ai vu l’ONU livrer pour la première fois des médicaments vitaux à des patients qui en avaient été privés. En réformant les systèmes d’approvisionnement et les institutions, l’ONU a contribué à préserver la dignité dans les moments les plus difficiles.
  • En Côte d’Ivoire : Aujourd’hui, je vois la jeunesse créer des emplois, les femmes diriger des communautés et l’ONU aider à renforcer la résilience face aux chocs climatiques et aux crises mondiales.

Chaque endroit est différent, mais la leçon est la même : partout, les gens aspirent à la dignité et aux opportunités, et l’ONU contribue à les rendre possibles, en travaillant directement aux côtés des communautés, en fournissant le soutien, les ressources et la confiance nécessaires pour qu’elles utilisent leurs propres voix, forces et idées pour leur développement et leur résilience durable.

Photo : PNUD Côte d'Ivoire

Pourquoi l’ONU, à 80 ans, compte encore

L’ONU est loin d’être parfaite. Elle lutte contre la bureaucratie, les divisions politiques et des ressources limitées. Mais même en s’efforçant de surmonter ces défauts, elle demeure la meilleure tentative de l’humanité pour dépasser les intérêts étroits et agir pour le bien commun.

Les réalisations sont indéniables : éradiquer la variole, faire progresser les droits des femmes, soutenir les États nouvellement indépendants, répondre aux conflits, stimuler l’innovation et définir des objectifs de développement qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté.

Mais surtout, l’ONU ne concerne pas seulement les réussites passées – elle concerne la possibilité. À une époque où le nationalisme et la polarisation progressent, où la confiance dans les institutions s’effrite et où les plus vulnérables risquent d’être laissés pour compte, l’ONU n’est pas facultative. Elle est indispensable.

Un appel à l’action

Quatre-vingts ans plus tard, nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons nous replier dans l’isolement et la peur. Ou nous pouvons nous réengager dans l’esprit de 1945 : humanité partagée, objectif commun et espoir collectif.

Je choisis la seconde voie. Je choisis l’ONU – non pas comme une bureaucratie distante, mais comme une force vivante du changement qui a façonné mon parcours de l’Albanie à la Côte d’Ivoire et qui continue de façonner la vie de millions de personnes.

En cette Journée des Nations Unies, honorons le passé. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, mais investissons-y ensemble, en tant que planète unie. Car aujourd’hui, plus que jamais, le monde a besoin des Nations Unies.

"Je choisis l’ONU – non pas comme une bureaucratie distante, mais comme une force vivante du changement qui a façonné mon parcours de l’Albanie à la Côte d’Ivoire et qui continue de façonner la vie de millions de personnes."
Blerta Cela, Représentante Résidente PNUD Côte d'Ivoire