Remise en question ou sortir des sentiers battus Lab Congo

13 septembre 2019

Remise en question ou sortir des sentiers battus ? Pourquoi ne pas essayer de faire autrement ? « Think outside the box » comme disent les anglophones … Et l’idée séduit pour explorer l’infinité de solutions aux défis de développement pays du Congo !

Le PNUD lance l’initiative Accelerator Lab. Le Congo fait partie des 60 pays à bénéficier de cette initiative. Mais alors comment le bureau pays peut-il construire au niveau national un partenariat autour de cette initiative pour en faire un outil indispensable et incontournable au service du développement. Dans ce post nous partageons notre vision. Celle-ci met en lumière la nécessité de s’appuyer sur l’expertise locale tout en revisitant notre manière de valoriser l’innovation et explorer davantage nos possibilités afin d’asseoir un partenariat solide au service du pays.

“Think outside the box” disent-ils- ok pourquoi ne pas “think deeply inside the box” ; Autrement dit revisiter nôtre façon d’explorer et de valoriser les innovations locales, endogènes afin d’entrevoir de manière illimitée les possibilités.

Vous nous direz comment ? En réfléchissant plus heuristique, innovations, en aiguillant notre curiosité. Cela permet de générer une multitude d’idées nouvelles, souvent à portée de main, source d’innovation et qui appellent à exploiter systématiquement le champ des possibles pour apporter des réponses pragmatiques aux besoins des populations vivant dans un monde en constante mutation.

Le Congo fait partie de 60 pays dans le monde à lancer l’initiative Accelerator lab. Cette initiative repose sur 4 fondements, ou encore appelés protocoles : sens-making ; intelligence collective ; cartographie des solutions ; portefeuille de solutions. Le concept ? Exploiter les capacités/compétences locales pour trouver des solutions pragmatiques aux défis quotidiens des populations et aux problèmes de développement pays.

Mais comment concrétiser cette initiative et la mettre au service de développement du Congo ? Le brainstorming entre en jeu. Mais là il convient de dépasser le traditionnel remue-méninge et se diriger vers l’heuristique ! quoi ? Oui ! c’est simple, on questionne le commun, les habitudes et on s’interroge sur les théories traditionnelles du développement et on se dit suffisent-elles à répondre aux défis du 21e siècle ?

Apporter une réponse à cette interrogation n’est pas évident du tout ! En effet une réponse devrait être argumentée avec une série d’analyse scientifiquement prouvées, etc.   Mais bon aux vues des défis actuels de développement dans notre pays, une bribe de réponse semble s’imposer et cela ressembler à : « ces approches traditionnelles ont certes un impact mais elles ne sont pas suffisantes, il faut penser « outside the box ». Ah bon ? revisiter notre manière de brainstormer pour explorer les possibles solutions aux défis de développement du 21es, est-ce-là penser « outside the box ? » Mais alors avec quels types de partenariats et comment faire ?

La réponse semble être trouvée : l’initiative Accelerator lab Congo, qui nous conduit vers des partenariats innovants pour une intelligence collective mis au service du développement durable et inclusif du pays.

C’est en quelque sorte une manière d’adresser des solutions concrètes aux défis de développement du Congo sans rien laisser échapper et sans laisser personne de côté. L’heuristique nous permet en effet de passer en revue un portefeuille de solutions, autant de source d’opportunités pour répondre aux problèmes politiques, sociaux et environnementaux de notre pays. Lorsqu’une solution se démarque et s’impose comme réponse évidente à un problème critique de développement, on fait émerger cette solution innovante  

Le sens-making du lab- vous vous rappelez un des quatre protocoles ! - nous dit que la solution au développement durable et inclusif est locale. Des solutions concrètes naissent dans des universités ou incubateurs et au niveau des ménages, des communautés locales, mais ont du mal à s’imposer comme solutions pragmatiques correspondant au mieux aux besoins des populations congolaises. Ce donc pour faire émerger ces solutions que l’Accelerator lab Congo trouve toute sa justification. Il entend faire de chacun de nous des heuristiques, en langage plus courant des acteurs de notre environnement qui cartographient et accompagnent des solutions qui font sens et répondent aux défis de développement du Congo.

Comme on voit, c’est donc l’expertise locale congolaise qui est mis au centre des solutions pour résoudre les problèmes de développement pays. Cette expertise est privilégiée car elle propose déjà des idées innovantes qui améliore le bienêtre et le quotidien des populations. On n’oublie pas l’éclair de génie, il a sa place mais circonscrite dans une vision globale qui prend la forme d’un portefeuille de solutions. Finalement, tout est paradoxe ! on disait tantôt « think outside the box », mais l’évidence aujourd’hui nous conduit à affirmer que c’est des solutions existantes que viennent les bonnes idées à explorer, d’où on fait quoi ? On continue à penser « deeply inside the box », ça marche?

Mais comment répertoriez ces solutions et les inscrire dans un projet de développement ? Et comment penser autrement et amener les congolais vers une approche valorisant davantage l’innovation ? Le brainstorming traditionnel n’est plus suffisant pour exploiter l’ensemble des idées novatrices, donc à nous de faire !

 On se fait tout de même un petit brainstorming et on s’interroge comment revisiter « think deeply inside the box » pour en faire un concept dans l’air du temps et qui apporte des solutions concrètes à nos défis du 21es ?

Finalement on a pensé au niveau du bureau pays que pour revisiter « think deeply inside the box », il convenait dans le cadre du lab :

1.      Convenir avec le partenaire gouvernemental d’une vision commune incluant une approche novatrice pour un développement durable et inclusif

Favoriser l’innovation pour apporter des réponses aux défis de développement du Congo, est un objectif que se sont fixés le Gouvernement et l’Accelerator lab lors d’un échange fructueux où les méninges ont été secouées.

A l’issue de cet échange, le Gouvernement comprend qu’il est indispensable d’aller vers une collaboration d’un nouveau genre afin de développer l’écosystème congolais de l’innovation et de faire émerger les compétences locales congolaises.

C’est quoi une collaboration d’un nouveau genre ? c’est tenir compte des solutions qu’apportent les congolais à leurs problèmes quotidiens pour en faire des vraies solutions au service de la réflexion sur le développement au Congo.

Mais alors, comment faire pour aller vers cette méthodologie ? et surtout comment éviter les travers du passé (les projets qui n’aboutissent pas) et faire en sorte que le concept novateur d’Accelerator lab se généralise et apporte des résultats concrets ?

Une réponse à laquelle le Gouvernement semble être respectif s’est imposée : heuristique ! C’est-à-dire exploiter les possibles compétences et expertises locales pour des portefeuilles de solutions possibles qui permettront l’élaboration de politiques pragmatiques répondant aux réalités sociales, économiques et environnementales du Congo

Cette réponse conduit de facto le Gouvernement à réviser son Brainstorming traditionnel.

Face à ce constant, une appréciation positive de l’initiative Accelerator Lab. Pourquoi ? tout simplement, parce la rencontre a permis aux partenaires nationaux de saisir l’opportunité que l’Accelerator lab offre de mettre en valeur l'expertise et les solutions locales, en somme de valoriser le savoir-faire congolais en matière de solutions aux défis de développement pays

Mais comment faire concrétiser tout cela avec nos partenaires ?

Une réponse sous forme d’interrogations des principaux concernés : :

-  Ancrage institutionnel de l’accélérateur lab 

- Utilisation concrète et application du laboratoire ;

- Renforcement des capacités et responsabilisation en ce qui concerne l’application des protocoles du laboratoire ;

- Nécessité de former des experts techniques des ministères.

2.      Convenir avec le secteur privé d’un partenariat gagnant-gagnant 

 

L’innovation est une bonne chose. La rencontre avec le secteur privé congolais a permis de brainstormer autrement et de les ouvrir au champ des possibles qu’offrent l’expertise locale. Le secteur privé congolais, a conscience que le monde dans lequel il évolue devient de plus en plus complexe car interconnecté. Comment faire pour survivre ?

Pour répondre à cette question, le secteur privé a compris que la priorité est désormais à capter l’innovation pour mieux se réinventer/ se (re) positionner sur le marché et tirer profit des compétences locales. C’est donc le sens du partenariat que l’Accelerator lab et le secteur privé congolais entendent nouer

Quoi de neuf ?

L’Accelerator lab a réussi à faire comprendre au secteur privé qu’un partenariat devrait lui permettre de bénéficier d’un cadre d’expérimentation qui l’exempte de la prise de risque ; en effet celle-ci est supportée par le lab lorsqu’il s’adonne à l’expérimentation des solutions cartographiées. Ainsi, le partenariat gagnant-gagnant lab Congo/secteur privé ne peut que conduire à des investissements à impact dans des solutions viables, pragmatiques et solvables car répondant aux défis de développement pays.

L’idée séduit, mais le secteur privé se questionne : comment

-  Créer et encourager l'utilisation de l'intelligence collective dans le secteur privé ;

- Aider le secteur privé à reconnaître, à capter les signaux, à identifier et à comprendre la dynamique de problèmes complexes ;

- Renforcement les capacités du secteur privé pour relever ces défis

Par exemple, Les institutions de microfinance, largement représentées lors de cette rencontre, ont souhaité comprendre les défis des monnaies virtuelles et de la blockchain sur l'avenir de leurs activités et comment le lab Congo peut les accompagner à relever ces défis.

3.     Et les jeunes dans tout cela ?

Beaucoup de jeunes congolais conçoivent l’innovation comme le produit d’une révolution technologique. L’innovation est fortement liée aux technologies de l’information et de la communication. Beaucoup également, férus d’informatique et développeurs pour la plupart d’entre eux, s’interrogent sur le devenir de leur application/ découverte et innovation. Et enfin d’autres s’interrogent sur le soutien technique et financier que l’initiative lab peut mettre à leur service pour les accompagner dans la maturation de leurs idées.

Au début de la rencontre, les jeunes sont quelque peu dubitatifs : quoi de nouveau ? et surtout beaucoup se déplacent dans l’idée d’attirer l’attention afin de recevoir un soutien pour financer/ accompagner la finalisation de leur invention.

Et pourtant, cette rencontre avec la jeunesse congolaise s’est agréablement inscrite à un autre niveau. Au-delà de les amener à se questionner sur leur perception et compréhension de l’innovation, la rencontre a également été l’occasion pour les jeunes congolais d’enrichir leur conception de l’innovation, de réfléchir à la manière d’appréhender autrement leur environnement afin de saisir les opportunités offertes qui peuvent les conduire à évoluer vers des projets innovants qui répondent au mieux aux besoins des populations congolaises.

A cette finalité, l‘idée de réaliser une cartographie des solutions locales a été accueillie avec beaucoup d’attention. Toutefois, les jeunes quelque peu sceptiques se sont demandés comment amener la population et les jeunes en particulier à avoir le réflexe de penser qu’ils peuvent être utiles au développement du pays grâce à des solutions quotidiennes et pratiques auxquelles ils ont naturellement pensé pour faciliter leur quotidien sans pour autant les classifier comme innovations et comment créer le déclic pour considérer autrement les solutions traditionnelles révélées dans des communautés locales et les intégrer dans leur réflexion centrée sur le nouvelles technologies ?

Un autre sujet de discussion a été celle de la propriété intellectuelle. La propriété intellectuelle est une préoccupation pour les jeunes et constitue un outil important pour libérer la créativité, promouvoir le partage des connaissances et rendre plus efficace la cartographie des solutions. Un questionnement qui à ce stade n’a pas trouvé réponse mais qui nous interpelle fortement.

4.      Revisiter « think deeply inside the box » c’est aussi mesurer les capacités et les compétences locales en capitalisant sur l’existant et en saisissant les opportunités offertes

Vouloir réviser le brainstorming national c’est également tisser des liens avec les praticiens congolais de l’innovation pour un partenariat gagnant-gagnant. Il s’agit pour le laboratoire de l’innovation du PNUD de tirer profit des connaissances et de l’expertise locale et pour les praticiens de l’innovation de bénéficier de ce nouvel élan voire souffle qu’apporte l’Accelerator lab.

Pour ces praticiens congolais de l’innovation, l’heuristique est à la fois dérangeant et captivant. Il emmène les gens à aller au-delà de leur réflexion, au-delà de leur manière de faire et d’appréhender l’innovation afin de s’ouvrir à l’inconnue en acceptant que l’inimaginable puisse devenir possible, le futile puisse avoir un sens et être considéré comme de l’innovation.

Déconcertant ! oui l’innovation n’est pas forcément un grand bond dans la technologie, l’innovation peut se concevoir comme un pas en arrière voire un constat présent qui valorise ce qui est une solution pour le développement du pays.

Captivant parce qu’il pousse à s’interroger, à se questionner, in fine la curiosité est attisée et la nécessité de faire partie du voyage Accelerator lab devient presque une évidence.

Penser hors des chantiers battus, tel est le contrat qui lie désormais le PNUD et ces associations de praticiens. Tout le challenge est maintenant de leur faire accepter de revisiter leur brainstorming pour s’acheminer vers un logiciel de l’innovation beaucoup plus déconcertant mais fortement ouvert à une panoplie de possibilités.

On se rend compte que cette inconnue attire. Et c’est ainsi que l’association PRATIC après s’être alliée au PNUD dans le cadre du salon de l’innovation au Congo Brazzaville en avril 2019, a accepté d’accompagner l’Accelerator lab dans la cartographie des solutions et de mettre ses compétences à profit pour accompagner les futurs champions de l’innovation dans le processus de maturation de leurs projets.

5.      Quels sujets émergent quand on parle d’innovation au Congo Brazzaville et qui pourraient orienter la réflexion au niveau du lab. Congo ?

Réfléchir sur les projets sociaux y compris l’éducation, l’infrastructure numérique, projets d’éco-tourisme, développement d'écosystèmes et identification de niches y compris en matière de monnaies virtuelles et la blockchain sur l'avenir de leurs activités

Pour cela, il convient de mener des actions appropriées en matière de :

  • Sécurité des personnes et de leurs biens ;
  • Agriculture et accès au crédit ;
  • Protection de la propriété intellectuelle ;
  • Implication des nouvelles technologies en microfinance (Crypto, monnaie, blockchain…)

                                                       OUEDRAOGO Mariam Chargée de Communication PNUD