Renforcement des compétences des acteurs locaux en matière d’analyse des risques et des vulnérabilités climatiques- Entretien réalisé par Hamza Rekheila
Voix locales pour l’Adaptation Climatique : Agriculture, eau et gouvernance territoriale
12 février 2026
Lors de l'interview avec Hafsa Echaib – Représentante de la Direction de l’Agriculture.
Atelier à Timimoun du 12 - 12 Février 2026
Question 1 : Qu’avez-vous retiré de votre participation à cette formation, au-delà de vos acquis préalables sur l’adaptation au changement climatique ?
Cette formation a été pour moi un véritable complément à mes connaissances. Elle m’a permis de découvrir des aspects que je ne maîtrisais pas auparavant, notamment en ce qui concerne l’identification des risques climatiques, les moyens de les anticiper et les solutions permettant d’en réduire les impacts. J’ai également mieux compris les actions concrètes que chacun, à son niveau, peut mettre en œuvre pour limiter ces risques. Il est évident que nous ne pouvons pas empêcher totalement certains phénomènes, mais nous pouvons en réduire l’intensité et les conséquences grâce à une meilleure préparation.
Question 2 : Quelles actions concrètes envisagez-vous d’appliquer dans votre domaine professionnel ?
Je travaille dans le domaine agricole, au sein d’un bureau d’orientation et d’accompagnement des agriculteurs. Notre rôle est de les conseiller sur le terrain. Avec les changements climatiques actuels, nous constatons que les agriculteurs ont tendance à augmenter l’usage de produits chimiques ou à pratiquer une irrigation excessive pour compenser les pertes liées à la chaleur et à la sécheresse. Or, cette “sur-irrigation” entraîne un gaspillage important d’eau, particulièrement problématique dans les régions sahariennes où les ressources hydriques sont limitées. Il devient donc essentiel de promouvoir des méthodes d’irrigation plus rationnelles et plus durables.
Question 3 : Quelle est la situation de l’eau dans la région de Timimoun et quels défis pose-t-elle ?
Dans notre région, l’eau constitue un enjeu majeur. Nous dépendons principalement du système traditionnel des foggaras ainsi que des forages artésiens. Avec la baisse des ressources et l’intensification des prélèvements, certaines foggaras s’assèchent, poussant les agriculteurs à creuser plus profondément, ce qui fragilise davantage l’équilibre hydrique des oasis. Dans un contexte de faibles précipitations et d’absence de barrages, la gestion durable de l’eau devient cruciale pour préserver l’agriculture et éviter l’épuisement des nappes.
Question 4 : La sensibilisation suffit-elle à changer les pratiques agricoles ?
La sensibilisation est essentielle, notamment auprès des petits agriculteurs, qui peuvent adapter plus facilement leurs pratiques. En revanche, pour les grandes exploitations agricoles, les enjeux sont plus complexes en raison des volumes de production visés et des superficies importantes. Néanmoins, l’accompagnement technique et la formation restent des leviers indispensables pour encourager une gestion plus responsable de l’eau et des ressources naturelles.
Entretien avec Noureddine Ouled Hammadi – Représentant de la commune de « Tinerkouk », guide touristique et membre de la société civile
Question 1 : Vous portez plusieurs responsabilités au niveau local. Pouvez-vous nous rappeler vos différents rôles et nous dire ce que vous avez retenu de cette formation ?
Je suis engagé depuis plusieurs années dans la vie locale, à la fois au niveau communal et dans le tissu associatif, notamment dans l’animation touristique. Je suis très heureux d’avoir participé à cette journée consacrée à l’adaptation au changement climatique.
Cette formation m’a apporté trois enseignements majeurs. D’abord, l’importance du lien entre la communauté locale et les autorités supérieures : ce sont les habitants qui vivent les phénomènes climatiques au quotidien et qui peuvent remonter les difficultés réelles. Ensuite, j’ai compris qu’aucune solution durable ne peut être envisagée sans partir de la base, c’est-à-dire des acteurs locaux et des collectivités. Enfin, j’ai réalisé que la concertation locale est essentielle, car les populations connaissent mieux que quiconque les spécificités de leur territoire.
Question 2 : En tant qu’acteur local, quelles mesures concrètes pourriez-vous proposer au niveau communal ?
L’un des points essentiels évoqués durant la formation est l’intégration de l’adaptation climatique dans les plans communaux de développement. Pour cela, il faut d’abord identifier clairement les phénomènes qui touchent notre région : hausse des températures, modification des régimes de précipitations, raréfaction de l’eau.
Parmi les mesures que je considère prioritaires, il y a la diversification des cultures agricoles afin de les adapter aux conditions locales et de lutter contre la désertification. Il est également important d’encourager les campagnes de reboisement de manière régulière et organisée. Le soutien à la recherche scientifique locale constitue un autre levier essentiel, car elle permet d’étudier précisément les réalités du territoire et d’apporter des solutions adaptées. Enfin, la sensibilisation doit être renforcée, notamment dans les écoles et les mosquées, qui restent des espaces d’influence majeurs dans notre région, afin d’ancrer une véritable culture de prévention et de responsabilité environnementale.