Former les acteurs locaux à l’adaptation climatique à Médéa

Atelier de Médéa : Organisée par le PNUD en partenariat avec le ministère de l’Environnement - Entretien réalisé par Hamza Rekheila

4 mars 2026

PNUD Algérie / A.A

Intervieweur et interviewees

Mme Khadidja Dehilis, Cheffe de Service de la Protection du Patrimoine Végétal et Animal au niveau de la Conservation des Forêts de la wilaya de Médéa

PNUD Algérie / A.A

La wilaya de Médéa a récemment accueilli une formation spécialisée sur l’adaptation aux changements climatiques, réunissant des cadres et responsables locaux. L’objectif principal de cette session était de renforcer les capacités des acteurs sur le terrain afin de mieux prévenir et gérer les risques environnementaux, tout en protégeant le patrimoine végétal et animal.

Entretien avec Mme Khadidja Dehilis, Cheffe de Service de la Protection du Patrimoine Végétal et Animal au niveau de la Conservation des Forêts de la wilaya de Médéa :

Question 1 : Après votre participation à cette formation, quels sont les principaux enseignements ou points qui vous ont marqué ?

La wilaya de Médéa, à l’instar des autres wilayas du pays, est confrontée à des risques environnementaux majeurs, tels que les inondations et les incendies de forêt, qui nécessitent une réponse rapide et coordonnée. Au cours de cette formation, nous avons pu constater l’importance d’une approche participative et intégrée impliquant tous les acteurs locaux : la direction de l’environnement, les services agricoles, la protection civile, les municipalités et les collectivités locales.

Cette coordination interinstitutionnelle est essentielle pour anticiper et gérer efficacement les risques. Elle souligne que la protection de l’environnement et des ressources naturelles est une responsabilité collective, nécessitant une action concertée et continue de tous les partenaires concernés.

Question 2 : Quel est, selon vous, l’état actuel du patrimoine végétal et animal face aux changements climatiques ?

Nos observations sur le terrain montrent que les changements climatiques, et en particulier la sécheresse, ont un impact négatif significatif sur le couvert végétal, ce qui se répercute directement sur le patrimoine animal. À Médéa, près de 800 hectares de forêts sont touchés par le dépérissement des arbres et des plantes, affectant ainsi les animaux qui dépendent de ces espaces comme refuge naturel, notamment les oiseaux, les mammifères et les reptiles.

Ces constats mettent en évidence la nécessité de mettre en œuvre des stratégies de protection efficaces et intégrées, incluant la surveillance continue, l’intervention précoce et la sensibilisation de tous les acteurs locaux.
Mme Dehilis a également souligné que cette formation permet aux cadres locaux de jouer un rôle actif et concret dans la protection des ressources naturelles, en appliquant les connaissances acquises et en développant des plans opérationnels pour l’adaptation aux changements climatiques et la sauvegarde du patrimoine végétal et animal.
 

Mme Nesrine Sahnoun, chargée de la formation et de la vulgarisation agricole à la Direction des Services Agricoles de la wilaya de Médéa

PNUD Algérie / A.A

Entretien avec Mme Nesrine Sahnoun, chargée de la formation et de la vulgarisation agricole à la Direction des Services Agricoles de la wilaya de Médéa :

Question 1 : Après votre participation à cette formation, quels sont les principaux enseignements que vous en retenez ?

Cette formation sur l’adaptation aux changements climatiques, et plus particulièrement sur leur intégration dans les plans locaux, a été une expérience très enrichissante. Avant d’y participer, ma vision de cette problématique était principalement centrée sur le secteur agricole et sur les impacts que les changements climatiques peuvent avoir sur les activités agricoles.

Cependant, au cours de la formation, j’ai pu constater que ces changements affectent de nombreux autres secteurs, bien au-delà de l’agriculture. Cette prise de conscience met en évidence la nécessité d’adopter une approche transversale et coordonnée, impliquant l’ensemble des services et des administrations locales.
La formation a ainsi permis de mieux comprendre l’importance d’une coopération étroite entre les différents acteurs territoriaux afin d’élaborer des plans locaux efficaces, capables de répondre aux défis posés par les changements climatiques.

Question 2 : Pensez-vous qu’il est possible de mettre en pratique les enseignements tirés de cette formation dans votre travail quotidien ?

Je suis convaincue que cela est tout à fait possible. La volonté et l’engagement des acteurs locaux jouent un rôle déterminant dans la réussite de ce type d’initiatives. Cette formation a d’ailleurs rassemblé une forte participation de jeunes cadres, ce qui est particulièrement encourageant pour l’avenir.

Les travaux de groupe réalisés pendant la formation ont illustré la richesse des échanges et le niveau élevé des discussions. Par exemple, un groupe a travaillé sur les risques liés à l’augmentation des températures, en identifiant les dangers principaux et secondaires qui peuvent en découler. Un autre groupe s’est penché sur les enjeux liés à la hausse du niveau des eaux et aux risques d’inondation.

Ces exercices ont permis un véritable partage d’expériences et de connaissances entre les participants. En tant que jeune cadre représentant la Direction des Services Agricoles, cette dynamique m’a particulièrement motivée et convaincue que les idées et les solutions discutées peuvent être concrètement mises en œuvre sur le terrain.
En effet, toute initiative ou programme de développement efficace commence au niveau local. Lorsque les cadres et les institutions locales sont pleinement engagés et souhaitent apporter une réelle valeur ajoutée, les conditions sont réunies pour réussir et générer un impact positif.
 

Youcef, Benkhaoua Inspecteur principal en hygiène, salubrité publique et environnement (Wilaya de Médéa),

PNUD Algérie / A.A

Entretien avec Youcef, Benkhaoua Inspecteur principal en hygiène, salubrité publique et environnement (Wilaya de Médéa), Vice-président de l'association de l'environnement et du milieu vert de Médéa, membre de comité nationale de coopération au sein de Scout Musulman Algérien et enseignant vacataire au département Biologie et écologie université Dr. Yahia fares de Médéa.

Question 1 :  Compte tenu de vos multiples responsabilités et de votre engagement à différents niveaux, vous abordez la question de l’adaptation sous plusieurs angles. En quoi cette formation a-t-elle enrichi votre compréhension ou renforcé vos capacités d’action sur ce sujet ?

Au fil de mes différentes expériences professionnelles et associatives, je suis arrivé à une conclusion importante : le changement climatique n’est pas une notion abstraite ou distante, mais une réalité qui concerne directement nos sociétés et nos modes de vie.

À travers mon engagement au sein d’une association œuvrant dans le domaine de l’environnement et de la protection des espaces verts, j’ai eu l’opportunité de travailler avec différentes catégories de la société, notamment le grand public. L’un de mes principaux objectifs était de transmettre des messages environnementaux accessibles et compréhensibles.

Dans ce cadre, j’ai cherché à simplifier des concepts scientifiques souvent complexes afin de les transformer en gestes simples que chaque citoyen peut adopter dans sa vie quotidienne pour contribuer à la protection de l’environnement.

Par ailleurs, mon engagement dans le mouvement associatif ainsi qu’au sein des Scouts Musulmans Algériens m’a permis de développer des actions de sensibilisation auprès des jeunes et des enfants. Ces initiatives visent à renforcer la conscience environnementale et à encourager les nouvelles générations à comprendre les défis futurs liés aux changements climatiques et à s’impliquer dans leur préservation.

Question 2 : Quel rôle peuvent jouer les collectivités locales dans la réponse aux défis climatiques ?

Mon expérience au niveau de la commune m’a également permis de constater que la municipalité constitue le premier point de contact entre l’administration et les citoyens. Les services publics locaux sont donc appelés à répondre directement aux besoins de la population, lesquels évoluent également sous l’effet des impacts du changement climatique sur la vie quotidienne.

Aujourd’hui, l’ensemble de ces expériences se rejoignent dans le cadre de cette formation consacrée à l’élaboration des plans locaux d’adaptation aux changements climatiques, organisée dans la wilaya de Médéa avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec le ministère de l’Environnement.

Cette formation nous a permis d’approfondir notre compréhension des concepts clés tels que l’adaptation, la résilience et l’atténuation des effets du changement climatique. Elle a également offert un espace de réflexion collective permettant aux participants de contribuer à l’élaboration d’une première vision d’un plan local d’adaptation spécifique à la wilaya de Médéa.

Question 3 : À la lumière de cette expérience, quel message principal souhaitez-vous transmettre aux différents publics avec lesquels vous travaillez, qu’il s’agisse des cadres communaux, des acteurs de la société civile ou encore des jeunes, notamment les scouts ?

Pour répondre à cette question, j’aimerais d’abord en poser une autre : constatons-nous aujourd’hui le même régime saisonnier que celui que nous avons connu durant notre enfance ? Lorsque l’on parle de régime saisonnier, il s’agit bien sûr de l’alternance entre les différentes saisons – l’hiver, le printemps, l’été et l’automne – ainsi que des caractéristiques climatiques qui les accompagnent.

La réponse, dans la plupart des cas, est non. Même si ces changements ne sont pas toujours immédiatement visibles ou perceptibles de manière directe, il est clair que le climat évolue progressivement. Ses effets commencent déjà à se faire sentir dans notre quotidien, que ce soit à travers les vagues de chaleur, les épisodes de sécheresse ou encore l’irrégularité des précipitations.

Ces constats nous rappellent que les changements climatiques ne constituent pas un phénomène lointain, mais bien une réalité qui affecte nos sociétés et nos territoires.

Question 4 : Quel rôle la gouvernance et la coopération entre acteurs peuvent-elles jouer pour répondre à ces défis ?

La réponse à ces défis repose largement sur le principe de la bonne gouvernance, ou good governance, qui s’appuie sur trois piliers fondamentaux.

Le premier pilier est celui de l’administration publique. Les institutions publiques, dont nous faisons partie, ont un rôle essentiel à jouer dans l’intégration de solutions efficaces face aux différents défis auxquels nos sociétés sont confrontées, y compris les changements climatiques. Cela implique notamment d’adapter les politiques publiques et les services aux besoins évolutifs des citoyens.

Le deuxième pilier est celui du secteur privé. Les entreprises ont également une responsabilité importante dans la promotion d’un développement local durable. À travers des pratiques écoresponsables et socialement engagées, elles peuvent contribuer aux efforts d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques. Aujourd’hui, plusieurs entreprises ont déjà commencé à intégrer ces principes dans leurs stratégies.

Enfin, le troisième pilier, et sans doute l’un des plus déterminants, est celui de la société civile. Celle-ci joue un rôle central dans l’expression des attentes des citoyens, mais aussi dans la sensibilisation et la mobilisation des communautés autour des enjeux environnementaux.

Lorsque ces trois piliers – l’administration publique, le secteur privé et la société civile – travaillent de manière coordonnée, il devient possible de construire une gouvernance capable de répondre efficacement aux défis actuels, notamment ceux liés aux changements climatiques.

En conclusion, le message est simple : les changements climatiques concernent tout le monde et n’épargnent personne. La protection de l’environnement et l’adaptation à ces transformations sont donc une responsabilité collective qui implique l’ensemble des acteurs de la société, qu’il s’agisse des institutions publiques, du secteur privé ou des citoyens.