Soumaila Kamaian assure la maintenance de la station solaire de Soufouroulaye, un village de la région de Mopti, dans le centre-sud du Mali. Le PNUD travaille sur plusieurs fronts – la jeunesse, la gouvernance et les énergies renouvelables – selon l'approche "Build Back Better". PNUD Afrique/Aurélia Rusek

 

L’Afrique a beau se trouver parmi les régions les plus épargnées par le coronavirus, la crise n’en a pas moins de graves répercussions au Sahel, l’une des régions les plus fragiles du continent africain. Selon les Nations unies, environ 30 millions de ses habitants, soit 9 % de la population, ont basculé cette année dans la pauvreté, en raison des fermetures de frontières et de la diminution de l’activité. Et ce, alors que la moitié de la population vit déjà dans le dénuement. Pas moins de 24 millions de Sahéliens ont aujourd’hui besoin d’aide humanitaire et de protection, soit un million de plus qu’en 2019. Derrière les chiffres, toujours abstraits, il y a des drames humains, alors que les violences et l’insécurité alimentaire et physique continuent de pousser des personnes à l’exil et au déracinement.

Il faut être réaliste : une régression est possible en termes de développement, en particulier dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD). Depuis son lancement en 2017, le PNUD a soutenu l'Alliance Sahel en tant que membre fondateur et partenaire en vue de fédérer et de coordonner l'engagement pour un Sahel prospère, résilient, inclusif et dynamique pour ses populations. Aussi, à l’heure où l’Alliance Sahel dresse le bilan de trois ans d’existence dans la région, le Burkina Faso, le Tchad, le Mali et le Niger, figurent toujours parmi les dix derniers pays de l’Indice du développement humain (IDH). En effet, le dernier IDH en date, paru fin 2020 avec le 30e Rapport sur le développement humain, « La prochaine frontière : le développement humain et l'Anthropocène », fait ressortir une nouvelle vision du monde, proposant une évaluation moins optimiste, mais plus claire du progrès humain, car les nouvelles mesures sont ajustées aux pressions planétaires.

Ainsi, avec la crise Covid-19, tout est-il à reprendre dans ces États fragiles du Sahel ? La pandémie a révélé à quel point le numérique peut être source de solutions, en permettant au travail de se poursuivre à distance. Dans cinq des dix pays du Sahel, des « Laboratoires d’accélération » ont été mis sur pied, afin de canaliser la créativité de la jeunesse locale et de trouver des solutions concrètes de développement, notamment dans les zones rurales, et en vue de les reproduire ailleurs. Le numérique demeure cependant inaccessible à beaucoup de personnes. De plus, il ne suffira pas à lui seul à redresser des économies, prévenir les conflits, stabiliser, transformer et soutenir.

Reconstruire en mieux

Que faire ? Le PNUD intervient sur plusieurs fronts – la jeunesse, la gouvernance et l’énergie renouvelable – dans la philosophie qui consiste à « reconstruire en mieux » (en anglais, « Build Back Better »). Ce mot d’ordre a été inventé par la délégation japonaise qui participait à la conférence des Nations unies sur la réduction des risques de désastres naturels, en 2015, puis popularisé par les démocrates, aux États-Unis. L’idée est de retourner une catastrophe en avantage, en s’en servant comme point d’appui pour reconstruire… en mieux.

Avec 1 200 personnes réparties entre dix pays et un budget de 250 millions de dollars pour 2020, sur les 5,6 milliards estimés nécessaires sur la période 2020-25, le PNUD se donne pour priorité de stabiliser les zones de conflit. En d’autres termes, il vise un retour à une vie normale dans le bassin du lac Tchad, le centre du Mali et la zone du Liptako-Gourma, à la frontière du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Grâce aux principaux donateurs du PNUD , cet objectif se traduit au nord du Nigeria par des opérations très concrètes : construction de maisons, d’emplacements de marché, de cliniques et d’écoles, afin de restaurer le contrat social à un niveau local. À la coopération civile et militaire s’ajoute le projet de créer une alternative pour les jeunes, avec des revenus à la clé, afin d’empêcher leur recrutement par des groupes armés.

Répercussions mondiales

Ailleurs, la prévention passe par des programmes urgents de développement communautaire, menés par les autorités locales et nationales. Au Sénégal, ce type de projet a permis d’atteindre plus rapidement 16 des 17 ODD, en construisant des routes, par la construction de routes et le raccordement au réseau d’électricité de 2 millions de personnes vivant en zones rurales. La réouverture du corridor commercial entre le Cameroun et le Nigeria en 2019, après cinq ans de fermeture, a bénéficié aux deux pays, mais aussi au Tchad, à la République centrafricaine et à la République démocratique du Congo (RDC).

Une action à la fois urgente et complète est nécessaire au Sahel, avec une approche différenciée en fonction des pays et de leurs propres trajectoires de développement. L’ampleur des défis exige des changements majeurs, ardemment espérés et déjà largement portés par les communautés dans la région, notamment les femmes et les jeunes. Aucune entité n’étant en mesure de tout résoudre, seul le travail acharné sur le terrain, les partenariats et l’innovation nous permettront un retour au progrès dans la réalisation des ODD. Face au risque de contagion des conflits armés – groupes terroristes et milices d’auto-défense – vers d’autres pays dans le Golfe de Guinée, investir dans le capital humain, la gouvernance locale, la paix et la prospérité paraît plus urgent que jamais. Car les répercussions de la situation au Sahel ne sont pas seulement africaines, mais bien mondiales. 

 

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