La Tunisie : la CDN 3.0 trace une voie ambitieuse vers décarbonation, adaptation et inclusion
1 juin 2026
La CDN 3.0 de la Tunisie résulte d’un processus de consultation structuré, piloté par le Ministère de l’Environnement (via l’Unité nationale de coordination sur les changements climatiques) et soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement en Tunisie. En parfaite synergie avec le Plan national de Développement 2026-2030, elle marque un tournant historique dans l’action climatique du pays. Elle affirme la volonté de la Tunisie de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, de renforcer la résilience face aux impacts climatiques et de conduire une transition juste, impliquant pleinement les territoires et les communautés locales.
Une méthodologie d'élaboration participative, transparente et ancrée dans les territoire
L’atout de cette CDN 3.0 réside avant tout dans la rigueur de sa méthodologie. Son élaboration a reposé sur une démarche hautement participative, mobilisant des groupes de travail sectoriels et l'ensemble des parties prenantes : institutions publiques, secteur privé, société civile, experts et recherche scientifique. Des dialogues approfondis ont été menés à travers les cinq districts du pays pour s'assurer que les objectifs climatiques s’alignent avec les réalités économiques et les vulnérabilités locales. Enfin, cette démarche s'inscrit dans un cadre institutionnel en pleine mutation, marqué par les travaux en cours sur la future Loi Climat et l’opérationnalisation du Cadre de Transparence (CTR) de la Tunisie. Ces avancées permettront de renforcer le rôle de l’action climatique en tant qu’outil de coordination, avec un suivi rigoureux assurant précision et transparence.
Une première historique : le découplage absolu entre économie et carbone
En matière d’atténuation, la Tunisie s’engage à réduire son intensité carbone de 62 % d’ici 2035 par rapport l’année de référence 2010, avec un objectif intermédiaire de 46,2 % en 2030. Cet effort de 62 % repose sur un partage équitable : 31 % d'efforts inconditionnels (financés par l'État, prouvant un engagement national accru) et 31 % conditionnés au soutien international.
Pour y parvenir, le pays prévoit un déploiement massif des énergies renouvelables visant à atteindre 50 % du mix électrique (avec 5 960 MW installés d’ici 2030 et 10 200 MW d’ici 2035). Au-delà du secteur électrique, des actions massives sont prévues :
Dans l’industrie, la réduction du « clinker » dans le ciment et la limitation des émissions de N₂O et de gaz fluorés devraient éviter 2,4 millions de tonnes de CO₂ entre 2026 et 2035.
Dans l’agriculture et l'affectation des terres : la restauration de 855 000 hectares de paysages dégradés, l'agriculture biologique et la maîtrise des feux de forêt permettront de réduire ou d'absorber 22 millions de tonnes de CO₂ (dont 14,2 millions grâce aux puits de carbone).
Pour les déchets, le recyclage, la valorisation énergétique et l'assainissement permettront d'éviter 5,4 millions de tonnes de CO₂.
Une adaptation territorialisée, quantifiée et alignée sur l'Objectif Mondial sur l'Adaptation
L’adaptation est au cœur de la CDN 3.0. La Tunisie subissant de plein fouet les stress hydriques et thermiques, la planification repose sur une approche territoriale (au niveau des 5 districts du pays) et s'aligne de manière proactive sur les cibles du Cadre de l'Objectif Mondial sur l'Adaptation (GGA). Cet alignement se traduit par des actions concrètes assorties d'indicateurs quantifiés visant à renforcer la résilience des systèmes clés. Par exemple :
Résilience de l'eau : face à la rareté des ressources, la CDN mise sur le dessalement et vise un taux ambitieux de réutilisation des eaux usées traitées atteignant 50 % d'ici 2035.
Alimentation et écosystèmes : le développement de cultures résistantes à la sécheresse et l'extension des techniques agroécologiques s'accompagnent d'un objectif majeur de restauration de 855 000 hectares de terres et d'écosystèmes dégradés.
Infrastructures, santé et alerte précoce : le pays prévoit la protection d'au moins 22 km de zones côtières particulièrement vulnérables (dont l'île de Djerba et le Golfe de Tunis) et la réhabilitation de 670 hectares de zones humides associées. Les infrastructures critiques (hôpitaux, réseaux électriques) seront renforcées contre les inondations et les vagues de chaleur, avec un accent sur le déploiement de systèmes d'alerte précoce multirisques pour protéger les populations.
La CDN 3.0 place aussi les personnes vulnérables dans ses priorités Elle intègre le concept de transition juste à travers la lutte contre la précarité énergétique, la prise en compte des pertes et préjudices climatiques, et l'intégration transversale de la dimension genre. La jeunesse n'est pas en reste, avec la mise en place d'un groupe dédié dans le cadre de l’Initiative Jeunesse 3.0, les impliquant directement dans la planification et la mise en œuvre des actions climatiques (atténuation, adaptatation) locales.
Mobilisation financière et nouveaux mécanismes
La mise en œuvre de cette feuille de route repose sur un besoin de financement estimé à environ 55 milliards USD pour la période 2026‑2035 (répartis à 47 % pour l'atténuation et 53 % pour l'adaptation, incluant le renforcement des capacités et le transfert technologique).
Pour relever ce défi, la Tunisie compte s'appuyer sur la diplomatie climatique, les investissements concessionnels, et l'engagement du secteur privé. Le pays mise activement sur les instruments de tarification carbone notamment l’Article 6 de l'Accord de Paris) pour stimuler les investissements sur les projets "bas carbone".
La CDN 3.0 de la Tunisie constitue ainsi une feuille de route complète et pionnière, alliant décarbonation absolue, protection des populations face aux risques, et développement durable, pour un avenir plus vert, résilient et inclusif.