Déplacées de Kori-Kori, 50 femmes reconstruisent leurs moyens de subsistance grâce à une formation en saponification soutenue par le PNUD.
Au Mali, à Bandiagara, le savon change des vies
2 octobre 2026
Djeneba Djiguiba, 28 ans, déplacée de Kori-Kori, présente des boules de savon fabriquées après sa formation en saponification soutenue par le PNUD à Bandiagara.
À 28 ans, Djeneba Djiguiba est mère de trois enfants. Déplacée de Kori-Kori en raison de l’insécurité, elle vit aujourd’hui à Bandiagara. Avant d’apprendre à fabriquer du savon, elle avait peu de possibilités pour gagner un revenu.
Ses journées commençaient par les tâches ménagères, avant de partir à la recherche de bois qu’elle revendait. Les bons jours, elle pouvait gagner entre 4 000 et 5 000 francs CFA, une somme qui servait principalement à acheter du riz et du mil pour sa famille.
Puis l’insécurité l’a contrainte, avec d’autres habitants de Kori-Kori, à fuir son village.
En mai 2026, des attaques à Kori-Kori et dans des localités voisines ont provoqué de nouveaux déplacements dans la région de Bandiagara. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 2 912 personnes originaires de Kori-Kori, Gomossagou et Ganassagou ont été déplacées à la suite d’attaques de groupes armés non étatiques.
Pour des femmes comme Djeneba, le déplacement signifiait non seulement quitter leur foyer, mais aussi perdre leurs moyens de subsistance habituels.
Une participante façonne à la main des boules de savon. C’est l’une des étapes de production apprises pendant la formation.
« Je n’avais aucune activité », se souvient-elle. « Mon quotidien consistait à me réveiller tôt le matin, cuisiner, manger, puis aller chercher du bois pour le vendre. »
Du déplacement à une nouvelle activité génératrice de revenus
Avec l’appui du Bureau des crises du PNUD, 50 femmes de la communauté de Kori-Kori ont reçu des kits et une formation en fabrication de savon afin de développer une activité génératrice de revenus.
La formation associait théorie et pratique. Les femmes ont appris à fabriquer le savon, à le commercialiser et à développer progressivement leur activité. Les sessions ont été dispensées dans la langue locale, facilitant ainsi la compréhension et la mise en pratique des connaissances acquises.
Mais cette formation avait une particularité : leur formateur, Mouctar Kassogué, 32 ans, avait lui-même été bénéficiaire d’un appui du PNUD.
Autrefois sans emploi, Mouctar a bénéficié d’une formation qui lui a permis d’apprendre la savonnerie. Avec l’expérience, il a commencé à développer sa propre petite activité de production et de commercialisation de savon. Il est ensuite devenu formateur à son tour, transmettant aux autres les compétences qui lui avaient permis de développer sa propre activité.
« Lorsqu’on m’a proposé d’être formateur, cela a vraiment été une fierté pour moi », explique-t-il.
Cette fois, il transmettait ses connaissances à des femmes de sa propre communauté.
« Former les femmes de notre communauté, c’est contribuer au développement local. C’est aussi leur permettre de subvenir à leurs besoins », souligne-t-il.
Apprendre un métier et retrouver confiance
Pour Djeneba, la formation était avant tout pratique. Les femmes ont appris les différentes étapes de la fabrication du savon, de la préparation des ingrédients et du mélange jusqu’au moulage du produit fini et à sa commercialisation. Elles ont également reçu les équipements nécessaires pour poursuivre la production après la formation.
Aujourd’hui, Djeneba explique que les femmes utilisent ces équipements et réinvestissent une partie des revenus générés par leurs ventes dans leur activité. « Nous avons à présent une activité génératrice de revenus », affirme-t-elle. « Nous parvenons également à acheter quelques vivres. »
Les bénéfices permettent aussi de soutenir leurs familles. Pour Djeneba, les revenus tirés de la vente du savon l’aident notamment à acheter des fournitures scolaires pour ses trois enfants, tout en contribuant à l’achat de vivres pour le foyer. Pour ces femmes qui reconstruisent leur vie après le déplacement, l’importance de cette activité dépasse la fabrication du savon. « Cela nous a sauvées », dit Djeneba. « Nous aimons beaucoup ce métier et nous y gagnons dignement notre vie. »
Quand les bénéficiaires deviennent à leur tour des formateurs
L’histoire de Kori-Kori montre également ce qui peut se produire lorsque les compétences et les opportunités sont transmises d’une personne à une autre.
Mouctar continue d’accompagner les femmes après la formation, notamment en les mettant en contact avec des fournisseurs d’intrants tels que l’huile et la soude, et en les conseillant lorsqu’elles rencontrent des difficultés. La relation est également devenue bénéfique pour les deux parties. Mouctar raconte qu’une importante commande de savon dépassait sa propre capacité de production. Les femmes qu’il avait formées l’ont alors aidé à honorer la commande.
« Ces 50 femmes ont beaucoup aidé à compléter cette commande. Elles ont pu produire ce que moi-même je n’étais pas capable de produire. Nous avons ainsi pu atteindre l’objectif », raconte-t-il.
Pour Djeneba, l’ambition est désormais d’aller plus loin. « Mon rêve, pour moi et pour mes enfants, c’est de développer mon activité de saponification et de collaborer avec d’autres personnes », explique-t-elle.
Elle espère également que, lorsque ses enfants auront terminé leurs études, ils pourront à leur tour l’aider dans son activité. Son parcours illustre une dimension essentielle du relèvement : reconstruire les moyens de subsistance ne consiste pas seulement à fournir du matériel. Il s’agit aussi de donner aux personnes les compétences, la confiance et les opportunités nécessaires pour poursuivre leur activité au-delà de l’appui initial.
Elle a surtout créé une chaîne de transmission : d’un bénéficiaire devenu formateur, du formateur aux femmes, et des femmes à leurs familles.
Pour Djeneba, cette nouvelle activité représente surtout une possibilité de regarder l’avenir avec davantage de confiance : développer son entreprise, offrir de meilleures opportunités à ses enfants et, peut-être un jour, les voir participer à leur tour à l’activité qu’elle est en train de construire.
À Bandiagara, le savon n’est donc pas seulement devenu un produit à vendre. Pour ces femmes déplacées de Kori-Kori, il est devenu un moyen de reconstruire, de transmettre et d’espérer.