À Bol, le football rapproche deux communautés autrefois éloignées par des années de tensions
Un match. Deux communautés. Un but : la paix.
6 avril 2026
Adam Abakar Moussa, de la communauté Matafo vivant à Bol, incarne à travers le football un espoir partagé de cohésion, de dialogue et de paix.
Par un après-midi ensoleillé à Bol, dans la province du Lac, deux communautés, longtemps éloignées par les déplacements, les tensions et les malentendus, se sont retrouvées. Non pas autour d’une table, mais sur un terrain de football.
Ce match de cohésion sociale, organisé dans le cadre du projet de promotion des initiatives de consolidation de la paix menées par les OSC dans le Bassin du Lac Tchad, a réuni des jeunes de la Commune de Bol et de Matafo. Pendant quatre-vingt-dix minutes, une seule bataille comptait : celle du ballon.
Le maire de Bol donne le coup d’envoi du match
Une ville sous pression, des liens à reconstruire
Située au bord du lac Tchad, dont les eaux ont fortement reculé, Bol est passée d’un centre de pêche prospère à une zone d’accueil pour des centaines de familles déplacées, dans une province marquée par des tensions intercommunautaires. Parmi elles, plus de 700 membres de la communauté de Matafo vivent désormais aux côtés des populations hôtes. Dans ce contexte, cohabitation et besoins humanitaires ont parfois créé des frictions.
C’est dans ce contexte que le projet du PNUD s’ancre, en s’appuyant sur les OSC pour transformer des espaces et des passions partagés (comme le sport) en leviers de paix.
Un geste simple, mais chargé de sens : chaque passe rapproche un peu plus les communautés.
90 minutes pour renverser la situation… ensemble
Le match n’était pas une compétition, mais une conversation. Autour du terrain, leaders communautaires, femmes, jeunes et autorités locales se sont rassemblés. L’atmosphère, autrefois marquée par la méfiance, s’est transformée au rythme du jeu. À l’unisson, les équipes et les spectateurs ont mis les tensions hors-jeu.
Aujourd'hui, à travers ce match de football, nous ne faisons pas que jouer, nous nous retrouvons. En tant que membres de la communauté Matafo vivant ici à Bol, nous partageons le même espace avec d'autres communautés, et ce type d'activité nous permet de nous voir comme un seul peuple.Adam Abakar Moussa, résident de Matafo
Installé à Bol depuis plusieurs années, Adam résume un sentiment largement partagé : un besoin d’appartenance que les cadres formels peinent à créer, mais que le sport rend possible.
« Avant, il y avait des tensions et des malentendus », continue-t-il. « Mais aujourd'hui, nous échangeons, nous parlons, nous construisons des liens. Le football a créé un espace où les jeunes peuvent se rencontrer, se respecter et vivre en paix. Ça montre que même de petites initiatives peuvent apporter un véritable changement à notre communauté. »
À la mi-temps, le coach rallume l’énergie du groupe et rappelle que le match se joue aussi dans l’esprit d’équipe.
Un engagement partagé pour la cohésion
Pour les autorités locales, ce match est le symbole d’un engagement concret en faveur de la cohésion sociale, confirmant que la consolidation de la paix est une responsabilité partagée.
« Nous savons que Bol est plus fort quand toutes ses communautés sentent qu'elles ont leur place ici. Le match d'aujourd'hui prouve que le football crée de l'espace pour le dialogue. » - Maire de Bol
Pour le maire, ce match traduit également l'engagement municipal en faveur de la cohésion sociale, dans une ville qui navigue depuis longtemps dans un équilibre précaire entre communautés hôtes et personnes déplacées.
« Quand je vois des jeunes de Bol et de Matafo échanger des poignées de main et rire ensemble sur ce terrain, je vois l'avenir prometteur de notre communauté. » - Résident de Bol.
Les deux équipes se disputent le ballon lors du match de cohésion sociale organisé à Bagasola.
Après le coup sifflet final
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique régionale couvrant le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria, dans le cadre de la Stratégie régionale de stabilisation (RS-SRR). Ce qui rend ce match significatif, ce n’est pas le score final, mais les liens qu’il a commencé à recréer. Le sport, en favorisant des expériences partagées, renforce l’empathie, réduit les préjugés et crée des espaces de dialogue.
Une petite initiative, un changement réel
Au coup de sifflet final, les joueurs des deux camps se sont retrouvés au centre du terrain : poignées de main, rires, bouteilles d’eau partagée. Dans une province marquée par les déplacements, le choc climatique et l’insécurité, ces moments comptent.
Et ce jour-là, à Bol, le score importait peu : ce qui comptait, c’était le lien recréé grâce à un effort collectif.