Une ville profondément humaine, malgré les difficultés
Octobre urbain : Port-au-Prince
26 octobre 2026
Ce qui caractérise la capitale d'Haïti, Port-au-Prince, c'est sa capacité extraordinaire à continuer d'avancer.
Octobre urbain est une campagne d’un mois consacrée à l’urbanisation durable et à la résilience des villes. Alors que nos sociétés s’urbanisent de plus en plus et que les effets du changement climatique s’intensifient, le PNUD œuvre partout dans le monde pour rendre les villes plus agréables à vivre pour l’ensemble de leurs habitants.
Chaque matin, avant de commencer ma journée de travail, je regarde la ville s'éveiller. Malgré tout ce qu'elle traverse, Port-au-Prince continue de vivre.
Les marchandes installent leurs étals. Les motocyclettes sillonnent les rues. Les enfants, lorsqu'ils le peuvent, se pressent vers l'école. Les gens se saluent, échangent quelques mots et reprennent leur routine. Cette scène peut sembler ordinaire, mais ici, elle ne l'est pas. Chaque journée qui commence est déjà une victoire.
Lorsque l'on parle de Port-au-Prince à l'international, les images qui viennent souvent à l'esprit sont celles de l'insécurité, de l'instabilité et des crises successives. Ces réalités existent et affectent profondément notre quotidien. Elles ont bouleversé des quartiers, déplacé des familles et changé la manière dont nous vivons notre ville.
Mais ces images ne racontent pas toute l'histoire.
La ville que je connais est aussi celle des femmes qui se battent chaque jour pour nourrir leur famille. Celle des jeunes qui poursuivent leurs études malgré les difficultés. Celle des entrepreneurs qui refusent d'abandonner leurs projets. Celle des communautés qui se mobilisent pour aider leurs voisins lorsque les temps sont durs.
Ce qui définit Port-au-Prince, ce n'est pas seulement ce qu'elle endure. C'est sa capacité extraordinaire à continuer d'avancer.
Port-au-Prince est une ville de contrastes. Une ville où les blessures sont visibles, mais où l'espoir l'est tout autant. Une ville où les défis du quotidien côtoient l'énergie incomparable de ses habitants. Malgré les difficultés, la vie ne s'arrête jamais vraiment. Les marchés restent animés. Les conversations continuent sur les trottoirs. Les familles trouvent encore des raisons de célébrer les petites victoires du quotidien.
Ce qui m'impressionne le plus, c'est la résilience de la population. Les Haïtiens ont cette capacité remarquable à trouver des solutions lorsque les circonstances semblent les plus difficiles. Ici, la solidarité n'est pas seulement une valeur, c'est un mode de vie. Lorsqu'une famille traverse une épreuve, les voisins se mobilisent. Lorsqu'une communauté est touchée, tout le monde cherche à contribuer, même modestement.
À travers mon travail au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), j'ai eu l'occasion de découvrir encore davantage cette force qui caractérise Port-au-Prince. J'ai rencontré des femmes déterminées à prendre leur avenir en main. J'ai rencontré des jeunes remplis d'ambition qui refusent de laisser les difficultés définir leurs limites. J'ai rencontré des leaders communautaires qui consacrent leur temps à améliorer leur quartier et à renforcer la cohésion sociale.
J'ai également eu le privilège d'observer l'impact concret des projets du PNUD dans les communautés. Derrière chaque initiative se trouvent des histoires humaines. Il y a ces femmes qui acquièrent de nouvelles compétences et développent des activités génératrices de revenus leur permettant de gagner en autonomie. Il y a ces jeunes qui trouvent des espaces pour s'engager positivement et devenir des acteurs du changement. Il y a ces citoyens qui participent aux efforts de dialogue, de prévention de la violence et de consolidation de la paix.
Les actions visant à renforcer les institutions démocratiques et à soutenir les processus électoraux sont également essentielles. Dans un contexte parfois marqué par l'incertitude, elles contribuent à préserver la confiance, à encourager la participation citoyenne et à construire les bases d'un avenir plus inclusif et plus stable.
Ce travail est souvent discret. Il ne fait pas toujours la une des journaux. Pourtant, son impact est réel. Il se reflète dans le regard d'une femme qui retrouve confiance en elle grâce à son activité économique.
Il se voit dans l'enthousiasme d'un jeune qui découvre de nouvelles possibilités pour son avenir. Il se ressent lorsqu'une communauté retrouve l'espoir et la confiance nécessaires pour continuer à avancer.
Ce sont ces moments qui me marquent le plus.
Car malgré les difficultés, Port-au-Prince reste une ville profondément humaine.
Une ville de créativité.
Une ville de solidarité.
Une ville de culture.
Une ville d'entrepreneurs, de rêveurs et de bâtisseurs.
Lorsque je pense à l'avenir de ma ville, je ne pense pas seulement aux infrastructures ou aux bâtiments. Je pense aux personnes. Je pense à tous ceux qui, chaque jour, choisissent le courage plutôt que le découragement et l'espoir plutôt que la résignation.
Je rêve d'une ville où chaque enfant peut aller à l'école en toute sécurité. D'une ville où les femmes disposent de toutes les opportunités nécessaires pour réaliser leur potentiel. D'une ville où les jeunes peuvent s'épanouir, trouver des emplois décents et contribuer pleinement au développement de leur pays. D'une ville où les institutions sont fortes, inclusives et au service de tous.
Je crois profondément que cet avenir est possible.
Non pas parce que les défis sont petits, mais parce que le courage de la population est immense.
Port-au-Prince est souvent racontée à travers ses blessures.
Moi, je préfère raconter sa force.
Parce qu'au-delà des gros titres, au-delà des crises et des difficultés, il existe une ville qui refuse de renoncer. Une ville portée par la résilience de ses habitants. Une ville qui continue de croire en elle-même. Une ville qui, malgré tout, garde les yeux tournés vers l'avenir.
Et c'est pour cela que je suis fière de l'appeler mon chez-moi.