Octobre urbain : Gaza

Restaurer les conditions essentielles d'une vie digne à Gaza

30 octobre 2026

Le Programme du PNUD pour des quartiers communautaires transitoires inclusifs offre aux familles déplacées des hébergements temporaires leur permettant de retrouver des conditions de vie dignes.

Photo : UNDP PAPP

Octobre urbain est une campagne d’un mois consacrée à l’urbanisation durable et à la résilience des villes. Alors que nos sociétés s’urbanisent de plus en plus et que les effets du changement climatique s’intensifient, le PNUD œuvre partout dans le monde pour rendre les villes plus agréables à vivre pour l’ensemble de leurs habitants.

La première fois que je suis retourné dans ma maison en bord de mer, à Gaza, pendant un cessez-le-feu en mars 2026, j’ai emmené avec moi ma fille Mariam, âgée de neuf ans. Elle avait insisté pour venir : elle voulait revoir sa chambre et retrouver quelques-uns de ses ours en peluche. 

Pendant des années, cette maison avait été le décor de ma vie et de l’enfance de ma fille. C’était là qu’elle avait grandi, que nous partagions nos repas, fêtions les anniversaires, nous disputions pour des broutilles et riions de choses qui n’étaient sans doute pas si drôles. C’était une maison familiale ordinaire, mais elle abritait toute notre vie et tous nos souvenirs. 

« Où est ma chambre, papa ? » m’a-t-elle demandé. « Où est notre maison ? »

Je l’ai regardée en songeant à l’étrangeté de cette situation : l’endroit où sa vie avait commencé était devenu un lieu qu’elle ne reconnaissait plus comme son foyer. 

Pour beaucoup, avoir un chez-soi va tellement de soi au quotidien qu’on n’en mesure vraiment la valeur qu’une fois qu’on l’a perdu. À Gaza, des générations de familles ont connu le déplacement. Pour les réfugiés déplacés il y a plusieurs décennies comme pour les personnes déplacées plus récemment, rien n’est plus urgent que de trouver un lieu sûr et digne où se sentir chez soi. 

Pendant des années, j’avais aidé d’autres familles à rentrer chez elles. Entre 2009 et 2014, j’ai dirigé à Gaza des projets de relèvement du secteur du logement qui ont permis à des milliers de familles de remettre en état des habitations partiellement endommagées ou de les reconstruire entièrement. J’avais vu ce que signifiait le retour chez soi. 

Il ne s’agissait jamais simplement de réparer des murs ou de remplacer des fenêtres. C’était ce moment où une famille pouvait à nouveau fermer sa porte et sentir qu’elle avait un endroit bien à elle. Cela voulait dire que les parents savaient où leurs enfants dormiraient. Cela voulait dire retrouver son intimité. Une cuisine où préparer un repas en famille. 

Un foyer à moi

J’ai commencé ma vie de famille dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans un modeste appartement d’environ 45 mètres carrés. Ce n’était pas grand-chose, mais c’était notre foyer. Après près de dix ans de travail acharné et de véritables sacrifices, j’ai enfin pu construire ma propre maison. Je me souviens du soulagement que j’ai ressenti à cet instant. Enfin, j’avais un chez-moi qui m’appartenait entièrement. 

J’ai fini par comprendre qu’une maison ne se résume jamais à du béton, de l’acier et des meubles. Elle représente des années de travail, d’économies et de sacrifices. Elle porte les souvenirs de toutes les personnes qui y vivent. 

Au début de la guerre, j’ai appris que ma maison avait été réduite en décombres. Après avoir passé des années à aider d’autres familles à reconstruire, je me suis soudain retrouvé confronté à la même question que me posaient des milliers de familles à travers Gaza : où ma famille allait-elle vivre désormais ? 

Cette fois, j’ai éprouvé cette perte personnellement. 

Pendant la guerre, j’ai été déplacé treize fois. Avec ma famille, je suis allé d’un endroit à l’autre. J’ai partagé un toit avec d’autres personnes, sans la moindre intimité. Ces expériences ont changé ma manière d’envisager mon travail. 

Je comprends désormais pleinement ce que signifie perdre sa maison.

Quand on perd son foyer, on ne perd pas seulement un bâtiment. On perd une partie de son cœur, de ses souvenirs, de son intimité et de son sentiment d’appartenance. On perd les lieux où ses enfants ont grandi, où sa famille se réunissait, célébrait des événements, se disputait et riait. 

Pendant la guerre, les déplacements et la perte de leur maison sont devenus une réalité commune aux familles de toute la bande de Gaza, y compris la mienne. 

Reconstruire des quartiers, pas seulement des abris

Cette expérience est l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai rejoint le PNUD. Je voulais contribuer directement au relèvement et à la reconstruction de Gaza : ses maisons, ses quartiers et la vie qui les anime. J’ai trouvé au PNUD l’expérience, l’intégrité institutionnelle, la transparence et l’approche centrée sur l’humain nécessaires pour assumer pleinement cette responsabilité. 

Aujourd’hui, je dirige le Programme du PNUD pour des quartiers communautaires transitoires inclusifs, qui occupe une place centrale dans notre réponse à la crise des abris et du logement. Dans ce cadre, nous proposons aux familles déplacées des abris transitoires dignes, aidons celles dont le logement a été partiellement endommagé à rentrer chez elles en le réhabilitant et veillons à ce que ces abris s’accompagnent d’un accès à l’eau, à l’assainissement, aux infrastructures et aux services essentiels, tout en soutenant les moyens de subsistance et la cohésion sociale. 

Notre action doit aller au-delà de la réponse d’urgence en matière d’abris. Elle doit ouvrir la voie à des conditions de vie dignes pendant le déplacement, puis à des abris transitoires et à la réhabilitation des logements, pour aboutir à des habitations permanentes sûres et à des quartiers où la vie peut reprendre. 

C’est pourquoi nous avons choisi d’organiser notre réponse autour de la fourniture non seulement d’abris, mais aussi de services essentiels à l’échelle des quartiers. Ce choix revêt une signification particulière, qui trouve ses racines dans la langue arabe elle-même. Le mot désignant le quartier, hayy (حي), appartient à la même famille linguistique que hayat (حياة), qui signifie « vie », et ihya’ (إحياء), qui signifie « renaissance » ou « redonner vie ».  

Pour moi, c’est précisément ce que devrait signifier la reconstruction des quartiers à Gaza. Il ne s’agit pas simplement de rebâtir des immeubles à leur ancien emplacement. Il s’agit de créer les conditions nécessaires au retour de la vie, dans les foyers, les rues et les communautés. 

Mayyada, une jeune mère que nous avons rencontrée et qui travaillait autrefois comme portraitiste, nous a dit qu’elle reprendrait son activité artistique. Oum Jaber a commencé à cultiver des légumes sur la parcelle située à côté de son abri. Alaa a ouvert une épicerie avec son mari, qui a perdu une jambe pendant la guerre. 

Au-delà des abris, les familles retrouvent peu à peu leur vie quotidienne. 

Quelque chose de plus humain

Comme beaucoup de parents à Gaza, j’espère qu’un jour mes filles se souviendront de notre maison non seulement à travers la façon dont nous l’avons perdue, mais aussi à travers la manière dont la vie s’est reconstruite autour d’elles. 

Pour moi, un logement convenable à Gaza ne se résume pas au nombre d’abris installés ou de maisons réhabilitées. Il s’agit de rétablir les conditions qui permettent à la vie humaine de reprendre. Il s’agit de préserver la dignité aujourd’hui tout en ouvrant la voie au relèvement de demain : passer d’un abri à un foyer, d’un foyer à un quartier, puis de ces quartiers à une ville qui reprend vie. 

Peut-être que reconstruire Gaza signifie, en fin de compte, non seulement rebâtir ce qui a été détruit, mais aussi aider la vie, l’espoir et la paix à retrouver le chemin du foyer.