Comité de pilotage de clôture du projet d'appui à la prévention des conflits et renforcement de la résilience économique des communautés transfrontalières de la Guinée & du Mali
Allocution du Chargé de Bureau du PNUD Mali, Monsieur Ademonkoun Missinhoun à l’occasion du Comité de pilotage de clôture du Projet Transfrontalier Guinée-Mali
24 avril 2026
Présidium du comité
- Messieurs les Conseillers Techniques des Ministères de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation du Mali et de la Guinée,
- Messieurs les Directeurs nationaux des frontières du Mali et de la Guinée,
- Monsieur le Représentant Résident Adjoint du PNUD Guinée,
- Mesdames, Messieurs les Représentants des structures étatiques impliquées dans la mise en œuvre des activités du projet,
- Messieurs les Représentants du Fonds de Consolidation de la Paix (PBF) du Secrétaire Général des Nations Unies au Mali et en Guinée,
- Chers partenaires financiers de ce projet,
- Mesdames, Messieurs les Représentants des agences sœurs du Système des Nations Unies,
- Distingués invités,
- Mesdames et Messieurs,
Nous nous retrouvons aujourd’hui, pour marquer, à l’occasion de ce comité de pilotage, la clôture du projet d’appui à la prévention des conflits et au renforcement de la résilience économique des communautés transfrontalières de la Guinée & du Mali : un projet transfrontalier entre la Guinée et le Mali, financé par le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix et mis en œuvre conjointement par le PNUD, l’UNFPA et l’ONUDC.
Au moment donc, d’en clore les activités, il ne s’agit pas seulement d’en dresser le bilan. L’exercice consistait en une réflexion plus exigeante : interroger la portée réelle de l’action engagée, apprécier la nature des transformations qu’elle a permises, et identifier, les enseignements à en tirer pour l’avenir.
Ce projet aura, avant toute chose, contribué à un infléchissement significatif des approches en matière de gestion des conflits dans l’espace transfrontalier concerné. Là où prévalait parfois une logique d’intervention réactive, souvent dictée par l’urgence, se dessine désormais une dynamique orientée vers l’anticipation, la structuration et l’ancrage territorial des réponses. Les mécanismes locaux, autrefois dispersés et faiblement outillés, se sont progressivement consolidés, tandis que la frontière est envisagée non pas comme une ligne de fracture, mais comme un espace de continuité, d’interactions et de responsabilités partagées.
Cette évolution, encore en construction, constitue sans doute un des apports les plus substantiels du projet.
Elle trouve son expression dans un ensemble de réalisations concrètes.
- Une architecture de prévention des conflits à l’échelle transfrontalière a été mise en place et rendue opérationnelle, reposant sur des mécanismes communautaires et des cadres de concertation qui relient désormais les autorités locales, les communautés, ainsi que les organisations de femmes et de jeunes des deux côtés de la frontière.
- Dans le même temps, un effort soutenu de renforcement des capacités a permis de former un nombre significatif d’acteurs locaux et d’accompagner l’engagement de nombreux jeunes au sein des villages frontaliers ciblés. Ces initiatives ont contribué à faire émerger, au niveau local, des compétences durables en matière de prévention, de médiation et de participation citoyenne.
L’introduction du Diagnostic de Sécurité Locale constitue, à cet égard, une innovation déterminante. Fondée sur une démarche progressive, partant des réalités de nos villages pour remonter vers les échelons communal et transfrontalier, cette approche a permis d’élaborer une compréhension fine, partagée et contextualisée des risques. Elle a également favorisé une implication accrue des communautés, désormais associées à l’analyse et à la définition des réponses, et a contribué à une meilleure articulation entre enjeux de sécurité et dynamiques de développement local.
- Parallèlement, les actions menées en faveur de la cohésion sociale ont permis de renforcer les liens entre communautés, y compris dans des zones marquées par des tensions anciennes. Des différends récurrents ont pu être atténués grâce à des mécanismes de dialogue renouvelés, portés conjointement par les acteurs locaux des deux pays.
- La dimension économique, enfin, n’a pas été négligée. En soutenant des initiatives génératrices de revenus et en structurant des groupements, le projet a contribué à réduire certaines pressions liées à l’accès aux ressources naturelles, rappelant ainsi que la consolidation de la paix s’inscrit indissociablement dans les dynamiques de développement.
Au-delà de ces résultats, le projet a également produit des connaissances utiles à l’action publique. Les analyses conduites sur les dynamiques conflictuelles, la gestion des ressources partagées ou encore les phénomènes transnationaux ont permis d’éclairer les décisions et d’alimenter la réflexion stratégique, tant au niveau local que national.
Il convient néanmoins de reconnaître que la mise en œuvre du projet n’a pas été exempte de difficultés. Des contraintes liées aux délais de financement, aux conditions sécuritaires ou encore à certaines limites dans l’inclusion pleine et entière des femmes dans des espaces spécifiques ont constitué des défis réels. Loin d’en diminuer la portée, ces éléments doivent être considérés comme des enseignements à part entière, appelant des ajustements dans la conception et la conduite des interventions futures.
Plusieurs orientations se dégagent ainsi avec netteté:
- La pérennisation des mécanismes locaux suppose leur ancrage institutionnel et leur intégration dans les dispositifs publics. L’approche transfrontalière mérite d’être consolidée en tant que cadre structurant de l’action publique.
- L’articulation entre paix, sécurité et développement gagnerait à être systématisée, notamment à travers l’appropriation élargie des outils tels que le Diagnostic de Sécurité Locale.
- De même, le renforcement du rôle des femmes et des jeunes apparaît comme une condition essentielle de durabilité. Enfin, la prévisibilité des ressources demeure un facteur déterminant pour inscrire ces dynamiques dans le temps long.
La clôture du projet ne marque pas un terme, mais ouvre une phase nouvelle. Les acquis sont là : des capacités renforcées, des cadres de dialogue fonctionnels, des outils partagés et appropriés. Leur consolidation dépend désormais de l’engagement continu des institutions nationales et locales.
À cet égard, il importe de saluer le rôle déterminant joué par les autorités des deux pays, en particulier les structures en charge des frontières, les administrations territoriales et les services techniques déconcentrés. Leur implication constante a été un facteur décisif dans les avancées enregistrées, qu’elles en soient remerciées.
En définitive, ce projet laisse une empreinte qui dépasse le cadre de ses activités. Il témoigne de la possibilité d’ancrer la paix dans les territoires, de transformer les frontières en espaces de coopération et de faire des communautés des acteurs à part entière de leur propre stabilité.
Le PNUD, aux côtés de ses partenaires, demeure engagé à accompagner les États dans la consolidation et l’extension de ces acquis, dans une perspective de stabilité durable au service des populations.
Je vous remercie de votre attention.