Réflexions issues d’un atelier de renforcement des capacités au Maroc
Instaurer une culture du résultat
26 juin 2026
Rabat, Maroc. Début juin, le Bureau indépendant d’évaluation (BIE) du PNUD a été invité à participer à un atelier organisé par l’Observatoire National du Développement Humain (ONDH) du Maroc, en collaboration avec le bureau de pays du PNUD. Cet atelier a réuni des responsables du secteur public issus de l’ensemble de l’appareil gouvernemental afin de renforcer les compétences en évaluation et de promouvoir une culture du résultat.
Assurant la présidence du Groupe des Nations Unies pour l’évaluation, le BIE a été invité à co-animer cet atelier, fort de plus de trente années consacrées à promouvoir et à diffuser ces normes à travers le monde.
L’équipe de développement des capacités du BIE était représentée par Mme Janis Grychowski et Mme Öykü Uluçay.
Le contenu des sessions
L’atelier s’est construit autour d’une question d’apparence simple : qu’est-ce qui rend une évaluation réellement utile ?
Les sessions ont souligné l’importance de concevoir les évaluations, dès le départ, de manière à produire des enseignements clairs, inclusifs et exploitables pour les décideurs. À l’aide d’études de cas et d’exercices pratiques, les facilitatrices ont exploré les principes qui fondent la crédibilité des évaluations : indépendance, transparence, impartialité, droits humains et professionnalisme.
À travers des approches telles que l’évaluation axée sur l’utilisation et l’analyse de contribution, les participants ont réfléchi aux types de questions, de méthodes et d’approches les mieux adaptés aux défis complexes du développement humain et des politiques sociales.
Les sessions se sont achevées en replaçant l’évaluation axée sur l’utilisation dans le système de gouvernance plus large dont elle dépend : des personnes qualifiées, des mécanismes institutionnels efficaces — processus de budgétisation, de planification et de reddition de comptes — et une culture organisationnelle qui valorise la transparence et la réflexion constructive.
Ce que nous avons appris
L’occasion d’échanger avec un groupe diversifié de participants a laissé aux facilitatrices un rappel marquant — un rappel qui conforte l’engagement du BIE à continuer d’accompagner les gouvernements dans le renforcement de leurs propres fonctions d’évaluation.
Nous ne partons pas de zéro. Le Maroc, comme de nombreux pays, dispose déjà d’une expérience considérable en matière d’évaluation et d’un solide savoir institutionnel. Il ne s’agit pas de construire à partir de rien, mais de relier ce qui existe déjà et de lever certains des obstacles structurels qui empêchent l’évaluation d’atteindre celles et ceux qui en ont le plus besoin.
Les résultats de l'enquête menée au début de l'atelier ont montré que la majorité des institutions (89 pour cent) avaient de l'expérience dans l'utilisation des évaluations pour leur prise de décision.
L’évaluation éclaire déjà la prise de décision dans de nombreux ministères marocains, et les décideurs se montrent généralement réceptifs aux recommandations. Les défis demeurent : le calendrier des évaluations, l’écart entre ce que révèlent les constats et ce que les ministères ont réellement besoin de savoir, et la difficulté à contextualiser les recommandations au regard des réalités quotidiennes de l’action publique.
Un thème plus large a traversé l’ensemble de l’atelier : le renforcement de la collaboration interinstitutionnelle autour de l’évaluation des politiques sociales. Les gouvernements sont en grande partie organisés en silos — ministères, départements, agences sectorielles —, mais les défis auxquels ils font face les traversent tous. La pauvreté, la vulnérabilité climatique, la santé publique : aucun de ces enjeux ne respecte les organigrammes. Les cadres d’évaluation conçus pour des programmes relevant d’une seule entité peinent souvent à saisir ce qui se joue aux intersections. Il ne s’agit pas d’un défi technique, mais d’un défi structurel ; et le reconnaître constitue le premier pas vers sa résolution.
Une conversation transversale notable a également porté sur la démystification de l’évaluation auprès des responsables publics qui ne sont pas issus du monde de la recherche. Pour beaucoup d’entre eux, l’évaluation peut paraître intimidante — une pratique hautement technique réservée aux spécialistes, truffée de normes méthodologiques éloignées du travail quotidien des politiques publiques. L’atelier a pris le contre-pied de cette perception. La rigueur et la compétence comptent, certes. Mais le dialogue inclusif compte tout autant. L’évaluation n’est pas un jugement prononcé par des experts ; c’est une conversation — qui doit associer les personnes les plus proches des problèmes étudiés ainsi que les communautés les plus concernées par les décisions.
Les participants se sont également fortement investis dans les discussions sur l’inclusion et la collecte de données : comment atteindre celles et ceux dont la voix est le plus souvent absente, et comment rendre la collecte de données plus à l’écoute de leurs réalités. Cette énergie dans la salle traduisait quelque chose d’important : un intérêt sincère pour l’évaluation non pas comme simple exercice de conformité, mais comme outil de meilleure compréhension.
Pourquoi cela compte
Depuis une quinzaine d’années, le PNUD observe une tendance constante : partout dans le monde, les gouvernements s’interrogent de plus en plus sérieusement sur l’efficacité réelle de leurs politiques et programmes. Le Maroc a été un partenaire de premier plan qui illustre cette dynamique — et son investissement dans les capacités nationales d’évaluation est un signal qui mérite d’être souligné.
Par le biais de partenariats avec les gouvernements et de plateformes telles que la Conférence sur les capacités nationales d’évaluation, organisée tous les deux ans, le BIE réunit décideurs et évaluateurs du monde entier pour échanger leurs expériences et tisser les réseaux qui rendent possible une gouvernance éclairée par les données probantes.
Au BIE, nous y voyons l’expression d’une évolution plus profonde qui place l’évaluation au cœur de la gouvernance. Lorsque les gouvernements peuvent porter un regard honnête sur les résultats — ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, et pourquoi —, ils sont mieux à même d’agir. Et lorsqu’ils agissent sur la base de données probantes, ils construisent quelque chose de plus durable que n’importe quelle politique : la confiance.
Revue de presse
Public policy: Morocco bets on a results culture – La Vie éco
Évaluation des politiques publiques : les prérequis pour un système efficace
Développement humain : comment le Maroc peut améliorer sa performance
Politiques publiques : Le Maroc mise sur la culture du résultat Évaluation des politiques publiques : l’ONDH appelle à une réforme profonde pour mieux éclairer la décision