Quelle place pour le PNUD dans le monde du développement en 2022 ?

Extrait de l’interview accordée par l’Administrateur du PNUD au magazine Jeune Afrique, en marge de la Conférence économique africaine, qui s’est tenue du 2 au 4 décembre 2021 au Cap-Vert, en co-organisation avec la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique pour l’Afrique (CEA), et sur le thème de « financer le développement après la COVID-19 ».

Posted 10 février 2022

Jeune Afrique : Dans la galaxie actuelle d’institutions et d’acteurs qui sont aujourd'hui impliqués dans les questions de développement – parmi lesquelles le colosse américain J.P. Morgan, qui a lancé sa propre institution de financement du développement –, le Pnud a-t-il encore une place ?

Achim Steiner : Le PNUD constitue, à bien des égards, une promesse faite de longue date par les Nations Unies d’être un partenaire et d’accompagner les pays du continent africain et les autres pays en développement dans leur propre articulation des voies et des choix de développement. Car le développement est avant tout une question de priorités et de choix souverains.

La finance est évidemment le nerf de la guerre pour toute économie. Mais, en fin de compte, le financement est toujours un moyen pour atteindre une fin. La première question est de savoir quel est le but de tout plan national de développement. Quel est le rôle non seulement de la finance mais aussi des personnes et des institutions ? Comment développe-t-on les marchés ? Comment développer les filets de sécurité sociale ? Comment s’attaquer à la pauvreté et aux inégalités ?

C’est donc dans ces domaines que le PNUD reste extraordinairement fort et qu’il est un partenaire très demandé sur le continent africain.

Soit. Mais de quelle façon, concrètement ?

Premièrement, nous apportons à la fois les meilleures pratiques que les pays du continent – et bien au-delà – ont développées en réponse à des défis qui certes sont toujours différents d’un État à l’autre, mais qui ont aussi des caractéristiques communes.

Deuxièmement, la gouvernance est une condition fondamentale pour un développement réussi. Elle englobe tout un spectre, depuis le type de système politique, telles que les branches du gouvernement (l’exécutif, le législatif, le judiciaire), aux cadres de réglementation du marché de l’énergie, du commerce, de l’industrialisation… Le PNUD – notamment dans le cadre de l’Agenda 2030 des Objectifs de développement durable et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine – est un partenaire précieux de nombreux pays africains pour relever ces défis de manière intégrée.

Ce n’est pas un hasard si le PNUD est aujourd’hui présent dans tous les pays du continent africain, et ce depuis des décennies pour nombre d’entre eux. Il s’agit autant d’un acteur international au sein du système des Nations Unies que d’un partenaire de confiance et d’un conseiller pour les pays dans les différentes phases de leur développement.

Vous avez mentionné le cadre du développement. Voyez-vous une alternative au modèle que nous avons vu fonctionner dans de nombreux pays d’Asie ?

Je suis toujours prudent en parlant de « modèles », mais il existe des choix et des priorités très différents dans le monde. Il y a des pays qui ont libéralisé leur économie en partant du principe que le secteur privé, les marchés et les investissements privés seront le moteur de leur émergence. Certains sont parvenus par cette voie à un certain niveau de développement, mais restent confrontés à des niveaux d’inégalité remarquablement élevés. Le résultat est très inégal du point de vue social, avec des progrès très concentrés sur les villes.

En fin de compte, le développement est l’expression du type de nation qu’un pays veut poursuivre. S’agit-il d’une nation où de fortes inégalités sont le prix de l’essor ? Faut-il suivre nécessairement la modernisation basée sur la construction d’infrastructures selon la pratique du XXe siècle ?

Revenons-en au rôle du PNUD. Peut-on dire qu’il est essentiellement consultatif ?

Oui, dans le sens où nous fournissons un soutien technique et une expertise dans plusieurs domaines spécifiques allant de la gestion des ressources naturelles à la numérisation. Quelles sont les bonnes politiques nationales à suivre ? Quelles sont les politiques inclusives ? Comment mobiliser les investissements ?

Mais, en même temps, nous aidons les pays à mobiliser des ressources financières. Le PNUD est un partenaire majeur pour chaque pays africain, notamment pour mobiliser des ressources provenant de l’aide publique au développement (APD) mais aussi en ce qui concerne le financement climatique. De même, nous aidons les pays à investir ces ressources dans des projets pilotes ou dans le renforcement de projets nationaux. Nous avons un programme, par exemple, dans 18 pays africains pour développer des mini-réseaux solaires hors-réseau qui permettront à des millions de personnes d’avoir accès à l’électricité.

Le PNUD est connu pour l’Indice de développement humain (IDH). Pensez-vous qu’il est appelé à avoir un poids plus important ?

Si vous revenez aux origines du rapport sur le développement humain, il y a trente ans, il s’agissait de répondre à la définition étroite de la réussite d’un pays mesurée par des indicateurs purement monétaires et économiques. L’IDH a constitué une nouvelle mesure, en introduisant des éléments relatifs à la santé, à l’éducation et au niveau de vie.

Durant les années 1980, à l’époque de l’ajustement structurel et les débats sur le rôle de l’État et des marchés, la première définition, très étroite, est devenue le paradigme dominant. Deux choses se sont alors produites : premièrement, cela a engendré d’énormes inégalités et des injustices et, deuxièmement, cela a accéléré une forme de développement qui n’était pas durable, non seulement en termes sociaux et économiques mais aussi en termes écologiques. D’où la nécessité d’une autre définition.

Concernant l’IDH, je m’attends à ce qu’il devienne un point de référence de plus en plus central pour les gouvernements, qu’il s’agisse de leurs propres performances ou de celles d’autres pays   voisins ou éloignés, et qu’ils en tirent leurs propres conclusions nationales. Cela d’autant plus que, depuis 2020, nous l’avons fait évoluer, en créant un « IDH ajusté aux pressions planétaires — ou IDHP », qui intègre toute la dimension de la « durabilité » ou « soutenabilité ». Autrement dit, nous en avons repoussé les frontières.

Lire la version complète de Joël Té-Léssia Assoko, envoyé spécial au Cap-Vert pour Jeune Afrique : Émergence, inégalités, croissance durable : à quoi sert encore le PNUD ?