Dans les Caraïbes, la montée de la criminalité menace les vies humaines et l’économie des pays

8 févr. 2012

Le premier Rapport sur le développement humain consacré aux Caraïbes recommande des mesures pour combattre la montée de la criminalité

Port of Spain - La criminalité est devenue l’un des principaux fléaux menaçant les économies et les moyens de subsistance dans les pays des Caraïbes, mais  un mélange équilibré de politiques et de programmes peut enrailler le problème. C'est ce que déclare le Rapport 2012 sur le développement humain des Caraïbes lancé aujourd'hui par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Avec pour thème central le développement humain et la sécurité des citoyens, le rapport constate qu'à l'exception de la Barbade et du Suriname, les taux d’homicides, y compris les meurtres liés aux gangs, ont augmenté de façon substantielle au cours des 12 dernières années dans l'ensemble des Caraïbes, alors qu’ils ont baissé ou se sont stabilisés dans d’autres parties du monde.

Même si les taux d’homicides sont excessivement élevés par rapport aux normes mondiales, le rapport considère que les gouvernements de la région peuvent inverser cette tendance. Il les exhorte à améliorer leurs institutions publiques pour combattre le crime et la violence, notamment leurs systèmes pénaux, tout en renforçant la prévention.

« La violence limite les choix des personnes, menace leur intégrité physique et perturbe leur vie quotidienne », a déclaré Helen Clark, administrateur du PNUD, au cours de la cérémonie de lancement du rapport à laquelle assistaient également le premier ministre de la Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, et le directeur régional du PNUD pour l'Amérique latine et les Caraïbes, Heraldo Muñoz.

« Le rapport met l'accent sur la nécessité de repenser nos approches tant de lutte contre la criminalité et la violence que de maintien de la sécurité sur le terrain. Il nous faut des approches centrées sur la sécurité du citoyen et s'attaquant aux causes de cette récente augmentation des crimes violents, notamment l'exclusion sociale, économique et politique », a expliqué Helen Clark.

La nouvelle étude, recommande la mise en œuvre de mesures de prévention des crimes, notamment un meilleur accès à l'éducation, et aux opportunités d’emploi pour les pauvres marginalisés des villes. Elle note également qu’un changement d’orientation est impératif, pour passer d'une approche fondée sur la protection de l'État à une approche centrée sur la sécurité et la participation des citoyens, tout en encourageant une mise en application des lois judicieuse, responsable et plus respectueuse des droits de l'homme.

Le Rapport sur le développement humain des Caraïbes examine l'état actuel de la criminalité ainsi que les politiques et programmes nationaux et régionaux visant le problème dans sept pays anglophones et néerlandophones des Caraïbes : Antigua et Barbuda, la Barbade, la Guyane, la Jamaïque, Sainte-Lucie, le Suriname, et la Trinité-et-Tobago.

Comment s'attaquer au problème

Si l'Amérique latine et les Caraïbes n’hébergent que 8,5 % de la population mondiale, elles enregistrent par contre 27 % des homicides commis dans le monde. Bien que le nombre total de meurtres en Jamaïque ait chuté depuis la rédaction du rapport pour atteindre 1 124 en 2011, le plus bas niveau depuis sept ans, le pays a toujours le taux d'homicides le plus élevé des Caraïbes et le troisième du monde pour ces dernières années, avec environ 60 meurtres pour 100 000 habitants.

La Jamaïque n'est dépassée que par deux pays d'Amérique centrale, le Salvador et le Honduras, avec respectivement, 66 et 82,1 meurtres pour 100 000 habitants, selon le rapport qui cite des chiffres de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. À la Trinité-et-Tobago, le rapport constate une multiplication par cinq du taux de meurtres en une décennie, qui a grimpé à plus de 40 pour 100 000 habitants en 2008 pour ensuite redescendre à 36 en 2010.

Selon le rapport, les homicides liés à des gangs en Jamaïque et à la Trinité-et-Tobago sont « nombreux et en augmentation » : ils ont presque doublé dans les deux pays par rapport à la période 2006-2009. En 2006, 1 303 homicides étaient enregistrés en Jamaïque, dont 32,5 % liés aux gangs. En 2009, il y en avait 377 de plus, et 48,1 % étaient associés aux gangs. En 2006, le nombre d'homicides était de 371 à la Trinité-et-Tobago, dont 26,4 % perpétrés par des gangs ; en 2009, il atteignait 506, dont 34,8 % commis par des gangs.

Selon des estimations de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), le coût des crimes liés aux gangs représente 2,8 à 4 % du produit intérieur brut de la région, en tenant compte à la fois du coût des forces de l'ordre et des pertes de revenu résultant de l'incarcération des jeunes et de la réduction du tourisme. D’après l'étude, rien qu'à la Jamaïque, le coût des crimes en perte de revenu dépasse 529 millions de dollars par an. À la Trinité-et-Tobago, une réduction de 1 % des crimes commis par les jeunes accroîtrait les revenus du tourisme de 35 millions de dollars par an. Des recherches récentes citées dans le Rapport sur le développement humain des Caraïbes montrent que chaque nouveau « gang » apparaissant dans une communauté augmente le taux d'homicides d'environ 10 %.

Selon le rapport, la criminalité érode la confiance dans le développement futur, réduit la compétitivité des industries et services existants, par exemple en imposant de pesantes mesures de sécurité, et peut décourager l'investissement. L'éducation et les soins de santé souffrent également lorsque les ressources doivent être réaffectées au respect des lois.

Les principales recommandations du rapport sont résumées ci-dessous. Elles résultent de consultations détaillées avec 450 experts, professionnels et dirigeants, et reflètent également les résultats d'une enquête à grande échelle menée auprès de 11 555 citoyens dans les sept pays évalués.

  • Des taux élevés de crimes violents peuvent être réduits à travers un meilleur équilibre entre une légitime mise en application des lois et des mesures de prévention, et une plus grande attention à la prévention;
  • Les gouvernements doivent créer ou investir plus dans les entités luttant contre la violence sexiste, et adopter plus de mesures de prévention pour que la violence à l’égard des filles et des femmes ne soit plus tolérée ;
  •  Étant donné les dommages causés à la cohésion sociale par la criminalité, les pays des Caraïbes doivent améliorer leur combat contre la violence des jeunes et des gangs de rue, dont les crimes sont rarement poursuivis en justice ;
  • La sécurité publique requiert la collaboration des communautés. Les organisations de jeunes et les groupes plaidant pour les droits de la femme, les droits des victimes et les droits de l'homme doivent devenir plus actifs, et les pouvoirs publics doivent s’engager à impliquer plus activement les citoyens.

L'enquête montre que la population attend que les gouvernements privilégient aussi bien sur la prévention que sur la lutte contre la criminalité.

Près de 90 % des citoyens interrogés se disent en faveur de mesures de prévention telles qu’une augmentation de l'investissement dans la création d'emplois, la réduction de la pauvreté, l'éducation et d'autres initiatives visant à développer les qualifications et compétences des jeunes. En même temps, près de 80 % déclarent que « les criminels doivent être punis de façon plus sévère ». L'enquête montre également que quatre citoyens sur 10 considèrent que leur pays est capable de résoudre ou de mieux gérer l'insécurité.

La nouvelle étude met également en lumière d'autres effets de la criminalité généralement peu abordés, tels que la médiocrité des résultats scolaires et une mauvaise santé chez les jeunes, la souffrance physique et psychologique, les maux et traumatismes engendrés par la violence des jeunes, la détérioration de la qualité de vie, la marginalisation des jeunes et les stéréotypes négatifs qui viennent encore alimenter les comportements agressifs chez les jeunes.

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