L'Afrique du Sud est le cinquième pays au monde ayant le plus grand nombre de cas de COVID-19, et le plus grand nombre de cas sur le continent africain. Photo : PNUD Afrique / Morris Moma

 

Johannesburg – L'Afrique du Sud, où le taux d’infection au COVID-19 est l’un des plus élevés au monde malgré certaines des mesures les plus strictes pour contenir la pandémie, pourrait voir son PIB global chuter de près de 8% cette année, selon un nouveau rapport du PNUD (Lien vers PDF en anglais) et d’autres agences des Nations Unies en Afrique du Sud.

Cette étude, qui servira de base à l’élaboration de politiques et de programmes de relèvement, prévoit que l’économie sud-africaine se redressera lentement jusqu’en 2024. Un retour à l’activité économique antérieure à 2019 pourrait nécessiter au moins cinq ans sans interventions majeures, avec 54% des ménages privés d’emploi formel, au risque de tomber dans la pauvreté..

Les personnes âgées, les femmes, les personnes handicapées et les moins instruits sont les plus touchés, selon le rapport, avec 34 % des ménages susceptibles de sortir de la classe moyenne. "Les femmes, en particulier dans les ménages les plus pauvres dirigés par une femme, subissent de manière disproportionnée l'impact de COVID-19", indique le rapport.

« Les inégalités au sein des pays et entre eux sont mises en évidence et aggravées par la COVID-19, car les personnes pauvres et vulnérables ne peuvent pas se protéger, » a déclaré la Coordonnatrice résidente de l'ONU, Nardos Bekele-Thomas. « Alors que les aides sociales du Gouvernement ciblent généralement les plus démunis, cette étude préconise de se concentrer sur les populations à la limite du seuil de pauvreté, comme par exemple la classe moyenne vulnérable, afin de limiter les risques de basculer dans la pauvreté. »

Le témoignage de Khumbulile Thabethe, mère seule de trois enfants a rappelé que le virus a des effets dévastateurs sur les personnes les plus vulnérables. "J'ai été obligée de privilégier la nourriture au détriment des vêtements d'hivers pour mes trois enfants. Le confinement a commencé en été et avec l'arrivée de l'hiver, je ne pouvais pas faire face", a-t-elle raconté au public.

L’étude, publiée le 19 août, a été réalisée à partir d’une modélisation économique et d’enquêtes par téléphone, texte et courrier électronique en anglais, zoulou, xhosa, setswana, sepedi et sésotho.

Suivant un scénario « pessimiste » - une réouverture économique et sociale prolongée et une pandémie qui durerait 30 mois – le PIB de l’Afrique du Sud pourrait chuter de 7,9 points de pourcentage en 2020, par rapport aux projections pré-pandémie, et plus de 80 000 personnes perdraient leur emploi. Dans un scénario « optimiste », le PIB chuterait probablement de 5,1%.

Les secteurs qui s'en sortiront relativement bien sont ceux jugés essentiels, notamment le secteur de la santé, de l'alimentation et de l'agriculture, les secteurs des services financiers et d'assurance, et les services de télécommunication. Les secteurs les plus touchés concernent le textile, les produits verriers, les chaussures, les services d'éducation, la restauration et l'hébergement, les boissons et le tabac.

Mais la COVID-19 représente également une occasion d'opérer un changement vaste et durable pour remédier aux failles sociales et structurelles mises en évidence par la crise, telles que l'inégalité, l'extrême pauvreté, l'insuffisance des services de santé, les niveaux élevés de violence sexuelle et sexiste et la mauvaise planification urbaine, selon le rapport.

Depuis vendredi, les cas de COVID-19 confirmés en Afrique du Sud ont dépassé les 600 000, malgré l’un des confinements les plus stricts au monde. Ils représentent maintenant plus de la moitié des cas confirmés en Afrique et près de la moitié des décès, selon un rapport de Reuters établi à l’aide des données de l’OMS. En mars, le président Cyril Ramaphosa avait annoncé un embargo de trois semaines avec des restrictions strictes sur les voyages et les déplacements imposées par l’armée.

Prochaines étapes :

Les recommandations des Nations Unies et du PNUD visant à atténuer les effets de la pandémie en Afrique du Sud prévoient notamment :

• Pour les familles, d’adapter les interventions en fonction du niveau de pauvreté des ménages, de la taille de la famille et de la dimension de genre.

• Pour les employeurs de secteurs publics et privés, d’adapter les interventions en fonction des compétences et du niveau d’éducation des travailleurs, notamment en soutenant la reconversion de certains, en particulier dans les secteurs les plus touchés.

• Pour le gouvernement, d’étendre les protections sociales aux ménages se trouvant au seuil de pauvreté mais non qualifiés de « pauvres » et d’orienter davantage de soutien vers les secteurs économiques où la croissance est la plus probable.

• Pour les hôpitaux et les établissements de soins de santé, garantir un environnement plus sécurité pour le personnel et augmenter les équipements et les effectifs.

Sur le terrain en Afrique du Sud

Au niveau national, le PNUD en Afrique du Sud aide à remédier aux pertes d’emplois en offrant des formations et des petites subventions de contrepartie aux micro- et petites entreprises, en privilégiant celles qui sont dirigées par des jeunes et des femmes dans les cantons les plus vulnérables. Le PNUD s’associe également à la « Water Research Commission of South Africa » (Commission de Recherche sur l’eau d’Afrique du Sud) qui permettra d'accélérer le développement et de promouvoir des innovations prometteuses dans le secteur de l'eau, en élargissant l'accès à l'eau et à l'assainissement pour les populations d'Afrique du Sud et du reste du continent africain.

En juin, le PNUD a fait don d’équipements médicaux et d’équipements de protection individuelle (EPI) à la ville de Johannesburg, dont 20 000 masques chirurgicaux, 2 000 visières de protection, 10 000 filets pour cheveux, 1 000 lunettes de protection chirurgicales, 5 000 gants stériles, 5 000 combinaisons jetables, 5 000 tabliers jetables, 200 thermomètres frontaux, 5 000 masques réutilisables en tissu, 2 000 désinfectants pour les mains et 1 000 conteneurs de savon antibactérien.

En juillet, le PNUD a fourni au nord-est de la province de Gauteng - qui représente 32,2 % de tous les cas de COVID-19 en Afrique du Sud, juste après le Cap-Occidental - une cargaison similaire comprenant 40 000 masques chirurgicaux, 4 000 visières de protection, 20 000 filets pour cheveux, 2 000 lunettes de protection chirurgicales, 10 000 gants stériles, 10 000 combinaisons jetables, 10 000 tabliers jetables, 500 thermomètres frontaux, 10 000 masques réutilisables en tissu et 2 000 désinfectants pour les mains.

La start-up sud-africaine Ztlo Rewards, lauréate du défi "Big Think" du PNUD et de l'UNICEF, s'est associée à la réponse à la COVID-19 grâce à son initiative "Stay Home, Keep Safe" (Rester chez soi, se protéger), qui permet à des milliers de jeunes d'obtenir des « points virtuels » utilisables dans la vie réelle pour s’être lavé les mains, avoir nettoyé leur maison et pris soin de leurs proches.

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