À gauche, Fulvia Saldaña, travailleuse des services communautaires, parle avec des bénéficiaires de l’association Viviendo Positivamente, qui aide les groupes marginalisés à obtenir des services de lutte contre le VIH pendant la période de COVID-19. Photo : PNUD/Grey Díaz

 

Il y a six ans, 193 pays se sont engagés à réduire les inégalités, y compris à assurer l'égalité des chances en éliminant les lois, politiques et pratiques discriminatoires dans le cadre des objectifs de développement durable et de l’engagement de ne pas faire de laissés-pour-compte.

Malgré cet engagement, les effets de la discrimination généralisée continuent à se faire sentir au quotidien, au détriment de la santé et du développement humain. La COVID-19 expose et creuse les inégalités existantes, portant atteinte de façon disproportionnée aux communautés marginalisées et vulnérables qui sont trop souvent privées d'accès à des outils et des services essentiels. À moins que cela ne change, le monde ne sera pas libéré de la COVID-19 et de ses conséquences dévastatrices. Pour dire les choses simplement, on ne viendra à bout de cette pandémie nulle part si on n’en vient pas à bout partout.

Les pays dont les systèmes de santé sont faibles sont laissés pour compte

Le fait que les vaccins soient déployés un an après l'apparition du virus est une victoire scientifique, mais la nature même de ce déploiement révèle des inégalités flagrantes. Cent vingt-neuf nations n'ont pas encore reçu une seule dose de vaccin contre la COVID-19, et les pays les plus pauvres ne pourront pas vacciner plus de 3 % de leur population dans le cadre du mécanisme Covax d'ici la fin du premier semestre 2021. Selon les prévisions actuelles, l'Afrique et l'Amérique latine ne pourront probablement pas parvenir à une vaccination généralisée avant 2023 ou 2024.

Le retard dans l'accès aux vaccins aura de graves conséquences sur la santé et le développement des pays à revenu intermédiaire inférieur. Vingt-et-un pays d'Afrique ont aujourd'hui des taux de létalité supérieurs à la moyenne mondiale, ce qui est souvent dû à des systèmes de santé surchargés et au manque de ressources. Comme le dit le directeur des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, John Nkengasong : « Les gens meurent par manque de soins de base ». D'autres problèmes de santé publique déjà bien ancrés menacent d'aggraver la situation : alors que la région de l'Afrique de l'Ouest s'efforce de repousser une deuxième vague de COVID-19, la Guinée vient de déclarer officiellement une résurgence de l’épidémie d'Ebola, qui a déjà fait cinq victimes.

De même, la pandémie a fait reculer encore davantage la lutte contre le sida dans le monde. Pour ne citer qu'un exemple, l'augmentation du traitement du VIH a été de 50 % inférieure au premier semestre de 2020 par rapport au premier semestre de 2019.

Ces inégalités nous concernent tous. La distribution inégale des vaccins pourrait permettre à la pandémie de se propager de manière relativement incontrôlée dans les pays pauvres en ressources, qui doivent faire face à de multiples crises au même moment, ce qui a pour effet de ralentir la reprise économique mondiale et de prolonger la pandémie.

Nous avons déjà vu comment les inégalités prolongent les crises

Les inégalités, alimentées par la stigmatisation et la discrimination, font obstacle depuis des décennies aux solutions éprouvées en matière de prévention et de traitement du VIH. Par exemple, au moins 92 pays criminalisent encore la transmission du VIH, l'exposition ou la non-divulgation de la séropositivité, et au moins 68 pays et territoires criminalisent les relations sexuelles consensuelles entre personnes du même sexe, exacerbant la stigmatisation de telle manière qu'elle entrave l'accès des populations cibles à la prévention et aux soins. Les recherches montrent que les lois punitives et les politiques discriminatoires alimentent la transmission du VIH parmi les populations cibles, qui comprennent les personnes vivant avec le VIH, les homosexuels et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les travailleurs du sexe, les transsexuels, les toxicomanes et les personnes en prison et dans d'autres milieux clos.

La pandémie et les mesures de lutte qui l'accompagnent aggravent également les inégalités au détriment des groupes marginalisés, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire inférieur, perturbant notamment l'accès aux services liés au VIH et menaçant des décennies de progrès. Les femmes et les populations cibles, par exemple, font état d'un risque élevé de violence domestique et familiale, d'un isolement social accru et de difficultés d'accès services liés au VIH et à d’autres services de santé.

En règle générale, les communautés marginalisées des pays à revenu élevé ne sont pas non plus épargnées : un nouveau rapport des Centres de contrôle et de prévention des maladies américains confirme que les gays, les lesbiennes et les bisexuels sont victimes de stigmatisation et de discrimination au cours de leur existence, ce qui « peut accroître leur vulnérabilité à la maladie et limiter les moyens de parvenir à une santé et un bien-être optimaux » et ce qui entraîne des risques liés à la COVID-19 globalement plus élevés.

Nous avons besoin d'une solidarité mondiale pour soutenir des systèmes de santé solides, pour tous

Pour que les lois, politiques et pratiques discriminatoires et les inégalités n'empêchent pas les outils dont on dispose d'atteindre tous ceux qui en ont besoin et de sauver des vies, il faut des systèmes de santé solides et une gouvernance inclusive fondée sur la confiance. Comme pour le VIH, les réponses à la COVID-19 doivent être fondées sur des données, des preuves et sur les droits de l'homme, et les communautés sont essentielles pour garantir que les personnes ont un accès continu aux services dont elles ont besoin pour survivre.

C'est pourquoi, en juillet 2020, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'ONUSIDA et l'Institut O'Neill ont lancé le laboratoire juridique COVID-19 afin de soutenir les cadres juridiques fondés sur les preuves et les droits pour gérer la pandémie. C'est également la raison pour laquelle le PNUD et le Fonds mondial travaillent avec des organisations communautaires, comme celles du Panama, pour garantir que les groupes marginalisés aient accès aux services de lutte contre le VIH pendant la pandémie.

Mais il reste encore beaucoup à faire : nous devons joindre le geste à la parole en matière de solidarité mondiale afin d'éviter des millions de décès supplémentaires. Il est essentiel que les pays augmentent le financement et le soutien de la coopération internationale. Nous devons mobiliser toute la force et la capacité du système multilatéral pour assurer l'équité dès maintenant.

Tous les pays doivent s'engager à ce que personne ne soit laissé pour compte en investissant dans des systèmes solides fondés sur les données et l'équité pour aider ceux qui en ont le plus besoin et contribuer à mettre fin à cette pandémie pour tous, partout dans le monde.

Cet article a été publié ici (en anglais).

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