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Un financement public bien structuré peut concilier rentabilité et durabilité
29 sept. 2016 par LI Yong, Directeur général, Organisation des Nations Unies pour le développement industriel
La voie du développement inclusif et durable – exposée dans le Programme pour le développement durable à l’horizon 2030 – ne peut plus souffrir aucun délai. Les problèmes économiques, sociaux et environnementaux auxquels nous sommes confrontés sont immenses et il faut y remédier avant que le changement climatique, les pressions démographiques, les situations de fragilité en termes de sécurité et d’autres tendances mondiales non viables n’aient des conséquences négatives insupportables pour chacun de nous.
En même temps, ce programme offre de nouvelles possibilités d’investissement qui augmenteront les dividendes économiques et sociaux à des niveaux sans précédent, à condition que les mécanismes de coordination et les instruments appropriés soient en place.
Il faut pour cela repenser le rôle de l’aide publique au développement (APD) afin d’en accroître l’efficience et l’impact. Les financements publics devront cibler les initiatives susceptibles de faire avancer les ODD, en associant les filières concernées – avec leurs investissements et leurs connaissances –, ce qui enclenchera un cercle vertueux d’investissements supplémentaires, d’innovation, de transformation structurelle et de modernisations technologiques.
La durabilité environnementale est un objectif qui offre d’importantes opportunités d’investissement et d’échanges technologiques entre les « industries vertes » de la planète. Le développement de technologies de production plus propres et l’adoption de pratiques de production plus saines et plus équitables génèreront des rendements non négligeables en termes d’avantages sociaux et privés.
Réduire l’insécurité alimentaire ou les risques sanitaires offre des opportunités similaires, par exemple en attirant les investissements agroindustriels responsables ou en promouvant les partenariats avec des sociétés pharmaceutiques.
L’investissement public international dans une industrialisation inclusive et durable devrait viser à soutenir les petites et moyennes entreprises – notamment en renforçant leurs capacités commerciales –, qui sont généralement le principal rouage des économies en développement et des économies industrialisées.
Enfin, l’investissement public devrait inciter à régulariser les emplois informels et à développer les compétences entrepreneuriales, en particulier en ce qui concerne les femmes.
Cette approche structurée de l’investissement public international fondée sur l’APD peut, à terme, drainer les milliers de milliards indispensables à la mise en œuvre des ODD, et donner forme à la nouvelle ère de la mondialisation.
On peut d’ores et déjà donner quelques exemples de réussite. Ainsi, en 2014, le gouvernement éthiopien et l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) ont lancé une initiative attirant les investissements publics et privés autour d’une stratégie industrielle publique.
Baptisé « Programme de partenariat entre pays » (PCP), ce modèle de réussite repose sur quatre piliers : alignement des politiques, investissement ciblé, coopération technique et approche inclusive, afin de favoriser l’appropriation. Au bout de seulement deux ans, le programme affiche des résultats impressionnants, comme l’instauration de structures nationales de gouvernance et de suivi du PCP, la réalisation d’études de faisabilité concernant des parcs agro-industriels intégrés, et la mobilisation d’investisseurs pour financer le développement des infrastructures.
D’importants investissements privés ont été effectués dans des industries indispensables à la compétitivité de l’Éthiopie, comme celles de la transformation agroalimentaire, du textile et de l’habillement, du cuir et des produits en cuir. Une zone regroupant des entreprises du cuir respectueuses de l’environnement a par exemple été créée et des programmes de prêts à des conditions avantageuses ont été mis en place pour l’industrie agroalimentaire et les infrastructures rurales.
Un programme similaire a été mis en place au Sénégal et au Pérou, ce qui montre qu’il est également applicable et efficace dans les pays à revenu intermédiaire.
Des exemples comme ceux-ci montrent que nous avançons dans la bonne direction. Le souci légitime de réaliser un profit est conforme à l’aspiration à la durabilité en de nombreux points. Mais des approches innovantes sont nécessaires pour systématiser ces initiatives et assurer leur montée en puissance.
Ce blog fait partie d'une série d'articles écrits par des auteurs éminents sur les questions abordées dans le rapport de l'OCDE : « Coopération pour le développement 2016 : Investir dans les Objectifs de développement durable, choisir l'avenir ».
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