"The sky is my limit"- Trajectoire d’un Acheteur de Développement, du Terrain aux Grandes Responsabilités
March 13, 2026
Preparation mission terrain
« Il se dit “force tranquille”, mais ses anecdotes parlent de délais impossibles, d’élections sous tension et d’un principe non négociable : la transparence.
“Force tranquille” : quand les achats font tenir la chaîne
Nous rencontrons Alvéric Arthur Ouedraogo, spécialiste aux achats au bureau du PNUD à Bamako, au Mali. Son métier ne se trouve pas toujours sous les projecteurs, mais il est au cœur de la réussite des projets.
On parle souvent de “terrain”, de “résultats”, d’“impact”. On parle moins de ce qui permet, très concrètement, de transformer une intention en action : la planification, la sélection des prestataires, la conformité, la traçabilité, les délais, et cette discipline silencieuse qui évite qu’un projet ne déraille. Dans l’écosystème du développement, les achats sont parfois perçus comme une fonction de support. Dans la réalité, ils constituent un maillon essentiel.
Alvéric se présente avec simplicité :
“Je suis Alvéric Arthur Ouedraogo, je suis un spécialiste aux achats. Actuellement, je suis basé au bureau du PNUD à Bamako, au Mali.”
Derrière cette introduction sobre se dessine une trajectoire façonnée par des projets multi-bailleurs, des environnements fragiles et des contextes où l’on ne peut pas simplement “faire au mieux” : il faut faire bien, et il faut faire juste — même lorsque tout presse.
L’impact comme boussole
Quand on lui demande ce qui le motive, Alvéric ne répond pas “procédures” ou “marchés”. Il répond “impact”, et surtout l’impact visible.
“Ce qui est très fort, lorsque nous arrivons à développer, à délivrer, c’est qu’on se rend compte que l’action des achats est un maillon sensible.”
“À travers notre action, nous arrivons à impacter les populations locales.”
Dans son récit, l’impact n’est pas abstrait. Il est fait d’infrastructures, d’emplois, de présence locale et d’un lien direct entre une décision d’achat et une amélioration concrète de la vie quotidienne.
Il évoque notamment un exemple qui l’a marqué : “C’est la gare routière que nous avons construite à Dori (Burkina Faso).”
Mais au-delà de l’ouvrage, ce qu’il retient, c’est le processus : associer les autorités locales, suivre les travaux, et intégrer la communauté du début à la fin.
Alveric Arthur, Spécialiste Procurement PNUD Mali
“Nous avons impliqué, comme observateurs, les autorités locales pendant les travaux de construction jusqu’à la réception définitive, nous avons obtenu un bon engagement de la population.”
Et le souvenir le plus parlant reste celui de la réception : “On voyait la population locale qui était très contente. Très souriante.”
Il cite aussi l’accès à l’eau : “On avait fait des forages avec des conduites d’eau un peu partout.”
Et il résume ce sentiment d’utilité, malgré les contraintes : “C’était extraordinaire quand on voit l’impact du PNUD dans ces zones-là malgré le contexte.”
Élections et gouvernance : quand la neutralité se démontre
Le ton change légèrement lorsqu’il parle d’élections. Là, l’enjeu n’est pas seulement de livrer : c’est de livrer sans fragiliser la confiance. Il parle d’impartialité, de transparence, et de cette vigilance quotidienne, parfois jusque dans les détails les plus simples.
“Il fallait être impartial, appuyer l’organe de façon transparente. Il fallait que le PNUD montre que son action n’est pas orientée pour tel ou tel parti politique.”
La neutralité, dans son expérience, n’est pas un slogan. C’est une posture, un cadre, une cohérence permanente : “Pendant une élection, nous avons même dû éviter de porter des tenues d’une certaine couleur.”
Sur le Mali, il évoque un appui en matériel informatique lié à la remontée des résultats, avec la coordination nécessaire à très court terme et l’appui de l’extérieur : “Nous avons eu l’apport de l’équipe de l’achat à Copenhague.” L’objectif reste le même : “Le PNUD appuie, accompagne les élections, mais de façon très indépendante.”
Mission terrain dans le Parc National D'Arly
L’urgence, sans raccourcis : “c’était des moments très stressants”
L’une des anecdotes les plus parlantes d’Alvéric se déroule à une semaine d’un référendum. Besoin urgent de matériel informatique, délais courts, exigences élevées, tension avec la partie nationale. Il insiste sur le calendrier : “Je vous assure que c’était à une semaine du référendum… il y a eu un besoin d’achat de matériel informatique.”
La pression est frontale : “Ils disaient : ‘Non, vous faites tout pour nous acquérir ce matériel.’”
Ce qu’il raconte ensuite, c’est une manière de répondre à l’urgence sans improviser : documenter, sécuriser, obtenir les validations, agir vite, mais proprement. Il résume la performance avec une fierté mesurée : “Et nous l’avons fait en deux jours, et c’était extraordinaire.”
La livraison arrive au dernier moment : “Nous sommes arrivés à acquérir le matériel à deux jours de la date des élections. Le matériel a été installé à la veille du référendum.”
Et il conclut avec ce qui ressemble à une définition personnelle du “travail bien fait” en contexte sensible :
“Avec toute la célérité, avec toute la clarté, avec toute la transparence, et aussi avec toute la sécurité.”
“Héros invisibles” : travailler dans l’ombre, sans disparaître
Alvéric ne nie pas la réalité : “L’équipe des achats, c’est les héros invisibles.”
Il ajoute : “Je suis parfaitement d’accord : une force tranquille.”
Mais “invisible” ne devrait pas signifier “absent”. Il exprime un besoin simple : être associé aux moments de remise, de réception, de visibilité, non par ego, mais parce que cela raconte correctement la chaîne de valeur et reconnaît le travail.
“Il faut convier aussi l’unité des achats à travers son premier responsable.”
Il se rappelle une situation qui l’a marqué : “À la remise de ce matériel, nous n’avons pas été conviés.”
Et, à l’inverse, il décrit l’effet quand la reconnaissance existe : “Souvent, on est même cités, et là il y a une certaine fierté.”
Alveric au bureau en seance de travaille en ligne
Mobilité et adaptation : “se fondre pour impacter”
Quand il parle de mobilité, Alvéric revient sur une idée clé : la capacité à fonctionner dans des environnements qui changent vite, parfois sous contrainte sécuritaire. Il résume ce qu’il retient le plus clairement :
“Ce que je retiens, c’est vraiment l’anticipation, la planification, et la capacité d’adaptation.”
Et il formule une phrase qui ressemble à une leçon de terrain : “Il faut savoir s’adapter. Et se fondre pour impacter.”
Même l’apparence peut devenir une stratégie : “Il fallait avoir un accoutrement qui n’était pas spécifique : il fallait s’habiller comme eux.”
Et il rappelle, sans dramatiser, que ces environnements peuvent être éprouvants : “C’était très difficile, très stressant, et avec la peur au ventre, on a réussi à faire cette mission-là.”
Une trajectoire qui se projette : “the sky is my limit”
Sur son parcours, il indique aujourd’hui sa responsabilité : “Je suis actuellement le premier responsable de l’unité des achats, le chef d’unité au niveau des achats au bureau de Bamako.”
Et sur la suite, il se projette clairement :
“Next step, pourquoi pas Operations Manager… pourquoi pas DRR aux opérations… pourquoi ne pas être Représentant Résident quelque part ? Donc voilà : the sky is my limit.”
Le sens du travail : “un sacerdoce”
À la fin, l’entretien revient au sens : la fierté, la mission, et la dimension presque vocationnelle du travail au PNUD. Il cite une phrase qu’il a entendue : “Quelqu’un aime dire : ‘Vous qui travaillez au PNUD, vous êtes des élus.’”
Puis il pose sa propre définition : “Pour moi, travailler au PNUD, c’est comme un sacerdoce.”
Il décrit le PNUD comme un espace où cette aspiration peut devenir réalité : “Le PNUD est un cadre solidaire, un cadre humanitaire… où des personnes de divers horizons multiculturels s’unissent pour impacter, pour donner du sourire, pour faire du développement.”
Et il termine sur l’essentiel : “C’est grâce à ton travail que quelque part il y a un sourire, il y a un monde meilleur.”
Rêver grand et oser servir
Quand il s’adresse aux jeunes, Alvéric parle d’abord d’ambition : une ambition tournée vers l’impact. “C’est savoir rêver… savoir rêver grand, c’est savoir avoir cet esprit d’impacter, de servir à quelque chose.”
Pour lui, l’engagement commence par la préparation et la curiosité : “Je conseille de beaucoup lire, de beaucoup s’intéresser aux actions du PNUD et aux Nations Unies.”
Et puis il conclut avec une image simple, presque proverbiale : “Lorsque vous avez l’occasion de saisir la perche, il faut très bien l’attraper”, parce que, dit-il, “vous arrivez à en faire une carrière.”
Une conviction qui dépasse la fonction
En refermant la conversation, ce qui reste n’est pas seulement le récit des urgences, des délais serrés ou des contextes sensibles. C’est une conviction. Une manière d’exercer son métier avec calme et responsabilité, même lorsque la pression est forte.
Son parcours rappelle que l’impact ne se limite pas aux inaugurations visibles. Il se construit aussi dans la rigueur quotidienne, dans les décisions prises avec intégrité, dans cette exigence silencieuse qui permet aux projets d’aboutir.
Et si l’entretien devait se résumer en une impression, ce serait celle-ci : derrière chaque résultat tangible, il y a des gens qui travaillent avec constance, parfois dans l’ombre, mais toujours avec la conviction que leur action compte.
Une conviction qui, à elle seule, donne envie de rêver plus grand.