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ALLOCUTION DE MONSIEUR ADRIEN
HOUNGBEDJI, PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DU BENIN
A L’OCCASION DE LA CEREMONIE « SIDE EVENT »
PORTANT SUR LA PRESENTATION DU
RAPPORT MONDIAL SUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN - EDITION 2002
Thème de cette année :
APPROFONDIR LA DEMOCRATIE DANS UN MONDE FRAGMENTE
PAR L’ADMINISTRATEUR ASSOCIE DU PNUD
Cotonou, le 07 octobre 2002 (Centre de Conférences International de Cotonou)
Je voudrais tout d’abord profiter de l’occasion que m’offre la présente cérémonie de présentation du Rapport Mondial sur le Développement Humain, édition 2002, dont le thème central est, faut-il le rappeler : Approfondir la démocratie dans un monde fragmenté, pour saluer l’Administrateur Associé du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et remercier cette grande institution internationale pour son choix stratégique en matière de développement humain durable, concept qui intègre tous les aspects de la dignité humaine.
De l’exposé qui vient d’être fait par l’Administrateur Associé du PNUD, il ressort une étroite relation entre démocratie et développement. Cela interpelle de mon point de vue la responsabilité toute particulière des Parlementaires Africains et leur ferme engagement à côté de la Société civile à contribuer à l’enracinement du processus démocratique qui se révèle être aujourd’hui un élément constitutif du développement humain durable.
Je voudrais donc remercier une fois encore au nom de tous les Parlementaires Africains l’Administrateur Associé du PNUD, d’avoir bien voulu partager le contenu de ce Rapport avec les représentant des peuples.
Mesdames, Messieurs les participants, le PNUD s’est fait un devoir sacré d’éditer chaque année depuis 1990, un Rapport Mondial qui renseigne sur l’état des lieux du développement des Pays de la planète. Ces Rapports portent sur des thèmes variés en relation avec le paradigme du développement humain durable qui place la dignité de l’homme au centre de toutes les préoccupations du développement. Cette année, ce rapport porte sur un thème qui représente le défi majeur de notre époque : « la démocratie ».
En effet, depuis plus d’une décennie, le continent africain a amorcé un processus de démocratisation comme l’unique système partagé de gestion des affaires de nos Etats. Qu’il nous souvienne que depuis lors, beaucoup de responsables africains, quelle que soit leur appartenance politique, n’ont ménagé aucun effort pour asseoir voire consolider les acquis de la jeune démocratie africaine dont nous sommes fiers aujourd’hui. Nombre l’ont fait dans des conditions difficiles, car nous avons aussi dans le continent des poussées autoritaires qu’il a fallu contrer, neutraliser et inverser non sans risque. C’est dans ce sillage qu’il convient de placer la 4ième Conférence sur les démocraties nouvelles ou rétablies qui s’est tenue à Cotonou en décembre 2000, où le monde entier a réaffirmé son engagement à soutenir une démocratie plus juste et plus équitable. Le même concept de la conférence prouve qu’il y a un combat à mener, un principe à renforcer : celui de la primauté de la volonté du peuple. Cependant, Chers invités, un regard sur l’actualité en Afrique fait remarquer que malgré les avancées de la démocratie dans la plupart de nos Etats, les libertés et la paix sont dans d’autres, sérieusement menacées : les constats sont troublants :
Si le nombre de guerres entre les pays a fortement chuté, par contre, les conflits à l’intérieur des pays (signes de dysfonctionnement du système politique) engendrent des guerres civiles qui sont plus dévastatrices. Tenez ! Dans la seule décennie 90, les conflits intérieurs ont fait environ 3,6 millions de morts, et le nombre des réfugiés et des personnes déplacées s’est accru de 50 %. Quelle est la réponse des Parlementaires face à une telle tragédie ? Le Rapport constate sans ambages que les jeunes démocraties n’ont pas été à la hauteur des attentes. Elles évoluent en partie sur un amère goût de déception.
En effet, comme le souligne si bien le Rapport, sur les plans économique, politique et technologique, le monde n’a jamais paru aussi libre, ni aussi injuste.
Dans un monde plus interdépendant, les institutions politiques et la politique occupent une place encore plus centrale dans le développement humain.
Dans le monde entier, les discussions sur le développement se préoccupent davantage des institutions et de la gouvernance. Ces questions sont primordiales pour le développement humain. Lorsque les institutions fonctionnent mal, ce sont les pauvres et les personnes vulnérables qui en souffrent le plus. Mais, tout comme le développement humain suppose beaucoup plus qu’une augmentation des revenus, la gouvernance au service du développement humain suppose beaucoup plus que des institutions publiques efficaces. Une bonne gouvernance impose également de promouvoir des institutions équitables et responsables, protégeant les droits de l’homme et les libertés fondamentales.
Ce rapport affirme que les pays ne pourront faire progresser le développement humain pour tous que lorsqu’ils se seront dotés de systèmes de gouvernance prêts à rendre des comptes à la population dans son ensemble, et lorsque tous les citoyens pourront prendre part aux débats et aux décisions qui les touchent directement.
Or, si l’on veut que la politique et les institutions politiques favorisent le développement humain et préservent la liberté et la dignité de tous les individus, la démocratie doit être étendue et ancrée plus profondément. Dans un tel contexte, les Parlementaires africains ont , me semble-t-il, un rôle capital à jouer. La démocratie étant un processus, elle n’est jamais définitive et oublier qu’elle peut être remise en cause à tout moment est dangereux. C’est pourquoi, la Représentation Nationale se doit de veiller à la pérennisation des acquis démocratiques en mettant au point une stratégie de consolidation et d’éveil politique des populations tout en oeuvrant pour un changement positif des comportements afin de permettre une meilleure participation des populations aux décisions et à la gestion des affaires publiques.
Excellences,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,
Le Rapport Mondial sur le Développement Humain 2002 se présente à l’occasion et comme avant-propos de substance du Forum des Parlementaires Africains pour le NEPAD. J’ai décidé inviter le PNUD à vous présenter son Rapport Mondial comme une contribution très claire et directement liée à nos débats sur le rôle des Parlementaires. Il fait la liaison entre le développement et la démocratie, comme nous essayons tous de le faire dans notre fonction constitutionnelle. L’édition 2002 du Rapport Mondial véhicule des messages importants que je souhaiterais partager avec vous, car de plus, ces messages pourraient favoriser une mise en œuvre effective du NEPAD et de ses objectifs, qui sont au premier chef réussir le développement de l’Afrique et consolider nos gains politiques et sociaux en élargissant nos options économiques. Quels sont donc ces messages qui relient les objectifs du NEPAD à ceux du PNUD ?
Pour progresser, le développement humain a besoin d’une gouvernance démocratique dans le fond et dans la forme, par le peuple et pour le peuple
La gouvernance démocratique peut contribuer à faire avancer le développement humain, pour trois raisons :
Bénéficier de libertés politiques et pouvoir participer aux décisions qui influent directement sur la vie constituent des droits fondamentaux de la personne humaine : ils font partie du développement humain de plein droit.
La démocratie contribue à protéger les populations des catastrophes économiques et politiques telles que les famines et le chaos.
La gouvernance démocratique et le développement se renforcent mutuellement: la liberté politique donne aux individus les moyens de faire pression pour que soit adoptée une politique élargissant leurs opportunités sociales et économiques, et la possibilité de débattre ouvertement et aide les communautés à définir leurs priorités.
Les liens entre démocratie et développement humain ne sont pas automatiques : lorsqu’une petite élite domine les décisions économiques et politiques, le lien entre démocratie et équité risque d’être rompu
Aujourd’hui, beaucoup ont l’impression que la démocratie n’a pas tenu ses promesses : malgré les avancées de la démocratie, le nombre de pauvres en Afrique subsaharienne continue de progresser.
Lorsque les gouvernements démocratiques ne répondent pas aux besoins des pauvres, le public a tendance à soutenir les leaders autoritaires et populistes, qui prétendent que pour accélérer la croissance et favoriser le progrès et la stabilité sociale, il faut restreindre les libertés civiles et politiques. Or, les études statistiques montrent que ni l’autoritarisme ni la démocratie ne constituent à eux seuls un facteur déterminant du rythme de la croissance économique ou de sa répartition.
Une démocratie qui donne le pouvoir au peuple doit se construire, et ne peut pas être importée
Dans de nombreux pays désireux d’ancrer profondément la démocratie, le grand défi consiste à mettre en place les institutions d’une gouvernance démocratique que nous connaissons bien, car elles sont décrites dans toutes nos constitutions. Encore faut-il qu’elles fonctionnent de manière efficace. Les formules déjà inventées ont l’avantage apparent de la facilité : elles sont là toutes prêtes à être importées et appliquées. Elles rencontrent cependant l’obstacle insurmontable de ne pas être nées au sein de la société à laquelle elles prétendent servir. Elles sont même la cause de nombreuses erreurs, en tentant de forcer sur un sujet de l’histoire des habits trop étroits, trop vieux, révolus, répondant à un climat différent et à des coutumes non partagées
Le type de démocratie qu’une nation choisit de développer dépend en effet de son histoire et des circonstances locales. Les pays seront donc « diversement démocratiques ». C’est une condition sine qua non pour que le processus de développement, non seulement économique, mais aussi politique et social, soit objet d’appropriation par les Africains.. Cette idée d’appropriation démocratique est également présente sous forme d’appropriation des processus du développement dans toute la philosophie du NEPAD.
Mais de la même manière qu’il n’existe pas de formes démocratiques supérieures à imiter, il y a un principe universel de libertés démocratiques qui s’applique à nous tous, et permet de juger l’état de gouvernance de toute société. Dans tous les pays, la démocratie ne se borne pas à une seule décision ou à des élections organisées à la hâte. Elle nécessite un processus plus profond de développement politique qui doit ancrer les valeurs et la culture démocratiques dans toutes les composantes de la société, et ce processus n’est jamais complètement achevé.
Consolider des institutions démocratiques tout en faisant avancer le développement social et économique ne va pas sans frictions. Les disparités de moyens et de pouvoir politique faussent souvent le principe « une personne, une voix » et la vocation des institutions démocratiques. En politique, comme l’a souligné M. Diabré, l’argent pose un problème crucial, car il pervertit les institutions démocratiques lorsqu’il exerce une influence indue sur le résultat des élections ou sur le vote du législateur. Le risque que les hommes politiques soient exagérément influencés par les intérêts commerciaux s’aggrave à mesure que les coûts de campagne augmentent.
Le développement humain passe par la promotion de politiques démocratiques
Pour accroître la démocratie dans la sphère politique, il est nécessaire d’élargir les capacités, telles que l’éducation, afin de donner aux individus la possibilité d’y participer plus efficacement. Il convient également d’encourager le développement de groupes de la société civile pour permettre aux institutions démocratiques de mieux représenter l’opinion publique : c’est ainsi qu’une multiplicité de nouveaux modes de participation aux débats et aux activités publiques sont apparus au cours des vingt dernières années.
Elargir la participation veut aussi dire valoriser le rôle et la contribution des femmes de nos sociétés aux décisions publiques qui les concernent tout autant que les hommes, sinon plus. Le respect de la personne humaine ne peut s’affirmer s’il n’y a pas un respect des femmes et de l’égalité de genre. Ce respect passe par l’ouverture à leurs idées et revendications. Les femmes méritent d’être plus présente dans les instances publiques de représentation et dans les groupes de décideurs publics et privés. Le principe de la participation de la moitié de la population n’est pas négociable, ne peut être objet de substitution ni de raccourcis. Tout nous y oblige et tout nous y engage : c’est là une des grandes forces de la société civile qui fait une révolution silencieuse et sans larmes, une révolution tranquille sans victimes et sans perdants, car nous sommes tous, hommes et femmes à l’unisson,gagnants dans cet enjeu d’avenir.
La liberté et l’indépendance des médias sont elles aussi essentielles pour la démocratie. Cependant, les médias ne peuvent être pluralistes et indépendants qu’à condition de ne pas être soumis au contrôle de l’Etat ou aux pressions des entreprises et de la sphère politique.
Les journalistes et les médias ne sont libres que lorsqu’ils sont au service du public et d’une éthique professionnelle avant d’être à celui des gouvernants et des actionnaires privés.
Les forces de sécurité doivent en priorité être soumises à un contrôle démocratique, sinon, au lieu d’assurer la sécurité des individus et la paix, elles risquent de leur porter gravement atteinte
Lorsque l’ordre n’est plus respecté dans un pays, ce sont généralement les pauvres les premiers et les plus durement touchés. Au cours du XX siècle, les Etats ont tué environ 170 millions de personnes, un nombre nettement supérieur aux victimes des guerres entre les nations.
Lorsque les forces de sécurité sont soumises à une gouvernance non démocratique, les priorités de la sécurité peuvent également être faussées. Sans un contrôle civil et démocratique des forces de sécurité, qui passe notamment par une police nationale efficace et impartiale, les gouvernements ne peuvent pas assurer la sûreté et la sécurité des individus, et le développement s’en trouve sérieusement freiné.
L’interdépendance mondiale appelle aussi au renforcement de la participation et de la responsabilité dans la prise de décision internationale
Dans un monde interdépendant, les principes démocratiques revêtent une dimension planétaire car les règles et les acteurs internationaux influent souvent autant sur la vie des individus que les dispositions nationales.
Cette réalité nouvelle a transparu dans les manifestations antimondialisation qui ont récemment été organisées dans les pays industrialisés comme dans ceux en développement.
Les règles commerciales multilatérales vont elles aussi à l’encontre des intérêts économiques des pays en développement et ne parviennent pas à faire reculer les pratiques protectionnistes employées par les pays industrialisés. C’est notamment le cas des règles antidumping et autres obstacles non tarifaires. Les droits de douane appliqués par les pays industrialisés sur les importations en provenance des pays en développement représentent en moyenne 4 fois ceux perçus sur les importations venant des autres économies industrialisées.
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Honorables invités,
Que pouvons nous faire pour contribuer à bâtir une gouvernance mondiale plus intégratrice et plus responsable?
En effet, que leur objectif soit la paix, la croissance économique ou la préservation de l’environnement, les efforts internationaux visant à favoriser le changement resteront inefficaces si les acteurs locaux s’en sentent exclus.
Le message central du rapport est simple : pour promouvoir de façon efficace le développement humain, nous devons réinjecter la politique dans l’éradication de la pauvreté. Nous devons donc veiller à ce que les pauvres aient véritablement une voix en politique et à ce qu’ils aient des institutions solides et transparentes capables de leur apporter le degré de sécurité personnelle, l’accès à la justice et aux services de santé et d’éducation, dont ils ont si désespérément besoin.
Pour que la pauvreté recule, les pauvres doivent disposer tout autant de pouvoir politique que de possibilités de progrès économique. Or, la démocratie a démontré qu’elle était le système de gouvernance le mieux à même de prévenir ou d’arbitrer les conflits, et aussi d’assurer et de pérenniser le bien-être.
Il est clair qu’il nous faut agir. Mais il faut pour cela avoir la volonté d’agir de manière à cultiver la démocratie, faire avancer le développement et élargir les libertés humaines dans le monde entier.
Des initiatives telles que le NEPAD et le nouvel élan donné à l’Union Africaine le 9 juillet dernier, témoignent de la volonté des pays africains à s’engager dans la voie de la démocratie et du développement durable.