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HuriTalk Insight Series, Issue 2 June 2008
Le défi que posent la hausse des prix des denrées
et l’insécurité alimentaire :
qu’est-ce que cela a à voir avec les droits de l’homme ?
Cet article a bénéficié d’apports de Barbara Ekwall, Coordonnatrice et de Margret Vidar, Unité Droit à l’alimentation , Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). « La planète peut produire assez pour nourrir deux fois toute sa population. Dans un monde où la nourriture abonde, la faim n’est pas inévitable. C’est une violation des droits de l’homme. » -- Jean Ziegler, ancien Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation « ...autonomiser les gens pour qu’ils puissent se procurer durablement de la nourriture pour eux-mêmes et leur famille est au cœur d’une approche de la crise alimentaire axée sur les droits de l’homme. » -- Louise Arbour, ancienne Haut-Commissaire aux droits de l’homme ContexteLa hausse spectaculaire, ces derniers mois, des prix mondiaux des denrées alimentaires a fait de la faim et de l’insécurité alimentaire une question prioritaire au plan international. Selon certains chiffres, plus de 100 millions de personnes courent le risque, à l’heure actuelle, de n’avoir pas assez à manger, en plus des 860 millions d’individus qui souffrent de façon chronique de l’insécurité alimentaire. La FAO a prévenu que la hausse des prix peut provoquer des crises alimentaires dans 36 pays. La flambée des prix a provoqué des émeutes de la faim dans un certain nombre de pays d’Afrique et d’Asie, la population exprimant sa colère devant les difficultés croissantes des ménages à nourrir leur famille. Le 22 mai, le Conseil des droits de l’homme a tenu une session extraordinaire sur la situation engendrée par la hausse des prix des denrées alimentaires où l’accent a été mis sur la nécessité de placer la protection des droits de l’homme au cœur des analyses et des réponses à ce défi. Questions1- Le Conseil des droits de l’homme a organisé récemment une session extraordinaire sur la crise alimentaire mondiale. On a dit qu’il s’agissait là d’un événement unique. Pourquoi ? La septième Session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme sur « L’impact négatif de l’aggravation de la crise alimentaire mondiale sur la réalisation du droit à l’alimentation pour tous » avait un caractère unique pour plusieurs raisons :
Le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation a souligné ce que ce droit impliquait lors de son interventon devant la session extraordinaire. Le texte de sa déclaration peut être lu ici (en anglais). 2- Que peut nous apprendre une approche axée sur les droits de l’homme au sujet des impacts différentiels que la hausse des prix des denrées alimentaires peut avoir sur les groupes marginalisés et vulnérables ? Une approche axée sur les droits de l’homme nous oblige à examiner les causes profondes d’un accès insuffisant à une alimentation adéquate, ainsi que les répercussions négatives que la situation actuelle peut avoir sur des groupes spécifiques – en particulier, ceux qui se trouvent déjà marginalisés ou vulnérables. Ces groupes comprennent tous ceux qui souffrent déjà de l’insécurité alimentaire et ne peuvent payer une nourriture qui coûte de plus en plus cher, y compris les pauvres, les femmes et les enfants vulnérables, les minorités, les peuples autochtones, les handicapés. Les groupes marginalisés comprenant les pauvres peuvent consacrer jusqu’à 80 % de leur budget à l’achat de nourriture ; à cause de la flambée des prix, ces individus risquent de devoir renoncer à d’autres produits de première nécessité et à des services de base pour couvrir le surcoût des denrées alimentaires. C’est à ce moment-là que d’autres droits fondamentaux se trouvent menacés, notamment le droit à l’eau, au logement, à la santé ou à l’éducation. Pour les enfants et les femmes en particulier, il y a aussi le problème des substituts alimentaires. À cause de la flambée des prix, le poisson, la viande ou les produits laitiers sont remplacés par des produits moins chers, ce qui entraîne des carences alimentaires qui peuvent causer différents problèmes : complications pendant la grossesse, poids insuffisant à la naissance et impacts sur le développement des enfants. Étant donné la situation, une approche centrée sur les droits de l’homme nous oblige à :
En ce qui concerne le prix des denrées alimentaires, une perspective centrée sur les droits de l’homme offre un cadre qui permet d’évaluer ce qui se passe et pour qui du point de vue des droits de l’homme, d’analyser les causes, de définir les obligations qui incombent à chacun et de formuler des directives pour les procédures à suivre lors de l’élaboration des plans et programmes. Une perspective centrée sur les droits de l’homme n’est pas non plus sans conséquence pour la manière dont nous assurons le suivi et l’évaluation de ce que nous faisons, tant en ce qui concerne nos propres responsabilités que pour en tirer des leçons pour de futures programmations et planifications. Les paragraphes ci-dessous décrivent comment l’ONU peut incorporer une approche axée sur les droits de l’homme aux mesures destinées à répondre à la flambée des prix des denrées alimentaires : I. Évaluation : Tout d’abord, pour évaluer la crise alimentaire en prenant les droits de l’homme comme cadre de référence, nous avons besoin de données ventilées par âge, sexe, groupes ethniques et autres facteurs pertinents aptes à révéler des schémas de discrimination et d’exclusion dans le domaine du droit à l’alimentation. Pour cela, il faut des évaluations qui vont jusqu’au niveau du budget des ménages, qui recensent le nombre de ménages vulnérables et vivant dans l’insécurité alimentaire ainsi que leur distribution et la façon dont la nourriture est répartie au sein de la famille en tenant compte, par exemple, des distributions différentielles entre hommes et femmes, garçons et filles. Ces évaluations devraient aussi prendre en compte les mécanismes et structures en place, lesquels influent sur la façon dont les gens, les familles, les communautés arrivent à répondre à la hausse des prix des denrées alimentaires. De telles structures – qu’elles soient sociales (p. ex. le système des castes), politiques ou administratives (p. ex. un système de sécurité sociale sous-national), ou légales (p. ex. des lois réglementant le prix des aliments de base) – peuvent soit permettre soit limiter la jouissance du droit à l’alimentation. On trouvera la définition des principaux éléments de ce qui constitue le droit à l’alimentation dans l’Observation générale 12 (1999) du Comité international des droits économiques, sociaux et culturels, laquelle offre un cadre permettant de juger de la réalisation du droit à une nourriture suffisante dans un contexte donné. Cela veut dire que chacun devrait avoir la possibilité physique et les moyens économiques de se procurer de la nourriture en quantité suffisante pour répondre à ses besoins nutritionnels. II. Analyse Deuxièmement, notre analyse doit adopter une perspective centrée sur les droits de l’homme. Cela veut dire qu’il faut examiner :
III. Planification et programmation Troisièmement, il faut élaborer nos plans et programmes dans une perspective axée sur les droits de l’homme. Ceux-ci devraient incorporer les principes fondamentaux de la participation, de la non-discrimination, de la transparence et de la responsabilisation et reconnaître le devoir de respecter, protéger et observer le droit à l’alimentation. Les politiques et programmes devraient inclure une assistance immédiate, mais ne devraient pas se limiter à une aide à court terme, car ils devraient s’attaquer aux causes structurelles et aux orientations nationales et internationales qui contribuent à la crise et l’exacerbent. Il faut entreprendre des activités de plaidoyer pour faire modifier les orientations politiques et les actions sous-jacentes à la crise. Les programmes devraient chercher à appuyer et encourager les débiteurs de l’obligation et renforcer leurs capacités afin qu’ils puissent remplir leur devoir de respecter, protéger et observer le droit à l’alimentation, tout en autonomisant les détenteurs de droits pour qu’ils puissent réclamer leur droit à l’alimentation (voir le module d’apprentissage commun de l’ONU sur la manière de procéder à une Analyse des lacunes au niveau des capacités). Cela comprend la promotion et l’appui à la création de systèmes destinés à garantir le droit à l’alimentation, comme les filets de sécurité sociale, la fourniture d’avoirs productifs, le crédit et la technologie. Il faudra également examiner le système juridique pris dans son sens le plus large, pour s’assurer qu’il énonce clairement et sans la moindre discrimination les droits de tous ceux qui se trouvent sous la juridiction de l’État et qu’il tient compte des obligations des États au titre des traités dont ils sont parties. Les politiques et programmes devraient toujours définir de façon claire et incorporer des mécanismes de responsabilisation comprenant le suivi et l’évaluation, ainsi que d’autres formes d’obligations redditionnelles forçant les détenteurs d’obligation à remplir leur devoir. Nous devons clairement inventorier les structures qui peuvent et doivent être mises en place pour responsabiliser les décideurs en ce qui concerne la sécurité alimentaire et la réalisation du droit à l’alimentation pour tous. On peut citer parmi celles-ci les tribunaux, les ombudsmans et les commissions des droits de l’homme. Nous devons appuyer l’accès à la prise de décision pour tous ceux qui sont concernés, y compris lorsque nous formulons notre propre réponse. IV. Suivi et évaluation Enfin, nous devons être prêts à suivre et évaluer notre contribution à la réponse mondiale dans une perspective axée sur les droits de l’homme. Comment nous comportons-nous lorsque nous défendons le droit à l’alimentation pour tous ? Avons-nous encouragé une réponse qui touche jusqu’aux plus vulnérables ? Avons-nous appuyé le renforcement de systèmes durables qui solidifient le droit à l’alimentation pour tous ? Afin de faciliter le suivi et l’évaluation, nous devons avoir des plans dont les mesures et les indicateurs ont été élaborés dès le lancement de notre réponse et permettent un suivi tout le long de notre contribution. Cependant, il doit être clair que le suivi et l’évaluation comprennent différents types de mécanismes de responsabilisation pertinents dans le cadre d’une perspective axée sur les droits de l’homme, y compris des mécanismes habilitant les bénéficiaires à porter plainte et à demander réparation si les objectifs des programmes ne sont pas atteints ou sont jugés discriminatoires ou inaccessibles à ceux qui devraient en bénéficier. En ce qui concerne les directives pour les professionnels de l’ONU, les directives volontaires à l’appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation adéquate dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale de la FAO constituent une précieuse ressource. Elles fournissent un ensemble cohérent de recommandations et de mesures pratiques pour les pouvoirs publics, la société civile et autres partenaires. Les agences de l’ONU peuvent s’en servir comme cadre pour élaborer une politique nationale intégrée dans le domaine de la sécurité alimentaire. On les trouvera sur la page « droit à l’alimentation » du site web de la FAO, en plus du Système d'informations et de connaissances sur le droit à l'alimentation, qui offre des directives, méthodes et instruments pour aider à la réalisation du droit à l’alimentation au niveau national. Vous pouvez consulter également les études de cas citées dans la section Ressources ci-dessous, où vous trouverez des exemples de la façon dont l’ONU réagit au niveau national. Enfin, lors de la Neuvième session du Conseil des droits de l’homme, qui se tiendra début septembre, le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation présentera ses recommandations sur ce que peuvent faire les pouvoirs publics et autres acteurs pour que le droit humain à une nourriture suffisante joue un rôle important dans les réponses à la situation actuelle.
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