LE SECTEUR DE L'ÉDUCATION FACE À L'ÉPIDÉMIE VIH EN AFRIQUE SUB-SAHARIENNEDesmond CohenPreface
Il existe de nombreuses interactions entre l’épidémie du VIH et le secteur éducatif et ce qui suit n’est qu’une représentation schématique de certains des aspects les plus importants de cette relation. On sait relativement peu de choses sur ces questions qui souffrent d’une absence criante de recherche systématique. Comme pour tout travail concernant l’épidémie du VIH/SIDA, il est essentiel que les actions entreprises se réfèrent à certains critères. Notamment :
Nous disposons de peu d’informations directes au sujet de l’impact de l’épidémie du VIH sur la main-d’uvre employée directement par le secteur éducatif dans les pays en voie de développement. Il est probable que le taux de contamination par le VIH est au moins aussi élevé -voire plus élevé- parmi les employés du secteur éducatif que dans le reste de la population adulte. Il s’ensuit que dans les pays à haute prévalence (avec des taux de contamination par le VIH de 15-25% de la population adulte), la morbidité et la mortalité réduisent les capacités humaines et institutionnelles dans des proportions alarmantes. La situation est pire dans les zones urbaines où le taux de contamination par le VIH est bien plus élevé que dans les zones rurales - un taux de VIH proche de 50% à Francistown (Botswana), et un tiers des femmes enceintes déjà atteintes par le virus, en 1995, à Harare (Zimbabwe). Le taux de contamination par le VIH est sensiblement le même pour les hommes que pour les femmes en Afrique subsaharienne, même s’il est légèrement supérieur pour les femmes. Il existe cependant des différences significatives dans la répartition par âges, les filles et les femmes étant contaminées bien plus jeunes que les garçons et les hommes.
Les risques affectant les ressources humaines ne sont pas limités aux enseignants mais concernent tous ceux qui ont un rôle touchant aux services éducatifs, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public, y compris ceux qui ont des fonctions importantes au sein de l’administration publique, comme le ministère de l’éducation, tant au niveau central que local, et ceux qui ont en charge la formation des enseignants (dans les lycées, les universités, etc.).
L’éducation a un rôle fondamental dans la transformation des pays en voie de développement, même si la situation dans les pays les plus pauvres est telle qu’il subsiste un gouffre entre espoir et réalité. On estime que le secteur a une importance critique en termes de développement humain. En effet, l’amélioration des qualifications et de l’éducation est considérée à la fois comme un but en soi, mais aussi comme un moyen permettant d’élever le niveau de vie de l’ensemble du pays. L’éducation est, dans une certaine mesure, un exemple de "bien public" alliant intérêts sociaux et intérêts individuels. Cela est largement admis et reflété par la communauté internationale qui compte l’éducation de base (primaire), parmi les droits fondamentaux.
Le droit à l’éducation est une chose et l’accès à l’éducation en est une autre. Parmi les enfants en âge de rentrer à l’école primaire en Afrique subsaharienne, un sur deux ne la fréquente pas. Il y a une énorme variation des taux de fréquentation, tant bruts que nets, dans les écoles primaires africaines. Par ailleurs, il subsiste d’importantes inégalités d’accès aux enseignements de base, en termes de sexe et de revenus et les écarts entre les taux de fréquention des hommes et des femmes restent obstinément élevés. Les différences liées au sexe sont particulièrement importantes aux niveaux secondaire et supérieur, où les proportions de filles par groupe d’âge inscrit continuent d’être insignifiantes. Il convient également de noter, pour chaque pays, des variations régionales et interrégionales significatives dans la prise des dispositions nécessaires pour assurer une éducation de base - encore une fois en relation avec les différences de revenus et de sexe.
De considérables investissements publics et privés destinés au secteur éducatif ont été réalisés pour atteindre ces objectifs de développement. Ces investissements servent en majorité à payer le personnel employé directement et indirectement par les services éducatifs. Mais ces investissements sont maintenant menacés par l’épidémie du VIH qui, dans les pays à forte prévalence, et particulièrement en Afrique, érode les ressources humaines de base du système éducatif, dans des conditions qui ne sont ni mesurées, ni évaluées et sans que des dispositions ne soient prises pour y remédier.
Il n’existe pas de données d’ensemble sur l’impact en Afrique subsaharienne de l’épidémie sur les capacités humaines et institutionnelles dans le domaine de l’éducation. Mais nous disposons d’informations partielles qui confortent l’idée que ces capacités sont entamées par l’épidémie du VIH avec de conséquences potentiellement dévastatrices. Les exemples qui suivent concernent la situation de trois pays dans lesquels l’épidémie est répandue :
Un premier pas, préalable à l’établissement des coûts pour le secteur, et plus généralement pour le développement, consiste à évaluer rapidement l’impact de l’épidémie du VIH sur la main-d’uvre et les institutions du secteur éducatif (telles que définies plus haut) dans un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne à haute prévalence.
Il y a au moins trois aspects de la question du fonctionnement et des besoins éducatifs qui méritent d’être examinés en détail :
Tout ce qui précède peut concrètement faire l’objet d’une étude, même si certains éléments sont plus faciles à étudier que d’autres. Il est ainsi possible, à l’aide d’analyses quantitatives et qualitatives, d’évaluer la capacité de changement du secteur éducatif au sens large, et de tenter une explication à partir des observations réalisées. Cette étude pourrait se limiter à des secteurs particuliers, ou être plus globale en couvrant la totalité du secteur éducatif. Il devrait être plus facile, pour le moment, de se concentrer sur ce qui se passe au niveau de l’école publique primaire et secondaire. Ce sont, en effet, les segments de réponse aux besoins les plus importants pour la plupart des enfants et des familles. Cette analyse pourrait, par la suite, être étendue à l’enseignement supérieur, y compris à la formation des enseignants, et peut-être, à tous les niveaux du secteur privé.
L’analyse des effets de l’épidémie du VIH sur l’évolution de la demande en éducation, aussi bien en termes de quantité que de type d’éducation, pourrait s’avérer plus problématique. Ce domaine peut cependant faire l’objet d’une étude. Ainsi, dans de nombreux pays, il apparaît de plus en plus comme une évidence que les familles affectées par le VIH et le SIDA réagissent à la pression exercée sur leurs revenus en réduisant leur demande en éducation. La forme la plus typique consiste à retirer les filles de l’école, mais on constate aussi, pour les garçons comme pour les filles, des décisions relatives à l’âge d’entrée à l’école et à la durée de scolarisation (en raison des différents types de travaux indispensables aux ménages et des contraintes qui pèsent sur leurs revenus). Les changements constatés sur l’équilibre entre garçons et filles à l’école primaire auront des effets en cascade sur les niveaux ultérieurs d’éducation. Il est nécessaire de comprendre ces effets et d’y apporter une réponse. Mais les conséquences sociales et économiques sont aussi importantes dans la perspective du développement humain durable, et de façon évidente, en termes de réduction des inégalités entre hommes et femmes.
Comme indiqué plus haut, de nombreux enfants ont vécu l’expérience traumatisante de voir l’un de leurs parents ou leurs deux parents, mourir du VIH et du SIDA. Les conséquences, pour ces enfants, sont claires et d’une grande ampleur en termes de besoins en soutien psychologique, social et économique, pour eux et leur famille. L’un des effets directs du VIH et du SIDA sur les familles est l’aggravation de la pauvreté. Cela a des conséquences sur l’éducation des enfants par le biais d’effets sur la nutrition, l’impossibilité de s’acquitter des frais de scolarité, le coût des uniformes, des transports, etc....Par ailleurs, il apparaît de plus en plus comme une évidence que le système familial étendu existant en Afrique est incapable de faire face à cette situation et que les enfants placés dans des familles adoptives ainsi que les familles qui les élèvent sont confrontés à des problèmes qui ont des conséquences sur l’assiduité des enfants et sur leurs résultats lorsqu’ils sont scolarisés et assidus. La situation d’un nombre croissant d’enfants ayant perdu leurs deux parents à cause du VIH et du SIDA est encore plus préoccupante. Ils survivent dans des familles uniquement constituées d’enfants, sont souvent exclus socialement et souffrent d’une profonde pauvreté.
Parmi les questions urgentes qui requièrent une meilleure compréhension et des réponses en termes de politiques et de programmes, on peut citer les suivantes :
Prévisions de l’impact sur le système éducatif
L’un des effets évidents de l’épidémie, a trait à la croissance de la population et à sa répartition en âges. Il existe déjà des modèles et des projections de l’impact de la mortalité liée au VIH sur les variables démographiques -notamment, sur la mortalité des moins de cinq ans, sur celle des adultes et sur la fertilité- et ces projections ont été réalisées vraisemblablement à la demande des services éducatifs. A titre d’exemple d’évaluation prenant en compte le VIH et le SIDA, on peut citer : Révision des évaluations et projections de la population mondiale - SIDA, mortalité et changement de la population (ONU, novembre 1998). Comme l’infection par le VIH n’est pas répandue de façon uniforme à l’intérieur des pays - mais est souvent concentrée localement et répartie différemment selon les catégories sociales - il y aura d’importantes conséquences pour les groupes en demande d’éducation, non seulement en termes d’importance, mais aussi en termes de répartition géographique et socio-économique.
Les Ministères de l’Education ainsi que les autres organisations concernées, gouvernementales et privées, se doivent de revoir leurs politiques et programmes de développement pour l’éducation. De l’aide doit être apportée à la réévaluation du secteur de l’éducation à la lumière de l’évidence croissante de l’impact de l’épidémie du VIH sur les capacités et les besoins. Ceci, d’une part, pour être capable de répondre aux effets du VIH sur le secteur éducatif lui-même, et d’autre part, afin que ce secteur puisse répondre avec une plus grande efficacité aux besoins de l’économie et de la société. Il s’ensuit que :
Il est urgent de faire l’inventaire des politiques de l’éducation, afin de s’assurer qu’elles sont en accord avec les capacités et les besoins éducatifs. C’est ainsi que des décisions sont nécessaires en ce qui concerne les questions relatives au remplacement des enseignants, là où apparaissent des questions essentielles au sujet des pertes en compétences et sur la façon de les remplacer (en réformant la formation des enseignants), mais aussi en ce qui concerne une multitude de questions relatives au financement de l’éducation (en particulier la question des frais de scolarité, qu’une population toujours plus appauvrie ne peut plus assumer).
De nombreux facteurs internes sont susceptibles de générer un élan vers le changement selon la façon dont ils interviennent dans le fonctionnement des institutions éducatives. Ils sont, en partie, endogènes - telles la morbidité et la mortalité des effectifs qui entraîneront inévitablement un changement à ce qui est fait à l’école et à la manière dont cela est fait. Des ajustements vont, par exemple, s’avérer nécessaires pour prendre en considération les charges nouvelles supportées par les femmes, dont on attend partout qu’elles endossent ces responsabilités supplémentaires (telles que les soins apportés aux personnes atteintes par le VIH et le SIDA). Il en résulte que les institutions vont mettre en place des ajustements relatifs aux conditions de répartition des lieux de travail, en réponse, d’une part, à l’évolution de l’offre sur le marché du travail, mais aussi, dans une certaine mesure, en réponse aux demandes qui leur sont adressées (par les parents et autres).
L’un des changements importants attendus des institutions éducatives dans de nombreux pays, a été l’introduction de l’éducation sexuelle, sous quelque forme que ce soit, dans le cursus scolaire. C’est la reconnaissance du rôle que l’information peut jouer dans la prévention de la transmission du VIH, une fois admis que les écoles et les collèges peuvent avoir une influence sur le comportement sexuel des jeunes. Dans quelle mesure les institutions ont-elles été capables, en réalité, de modifier les comportements reste sujet à controverse et de nombreux témoignages indiquent que le fait de fournir des informations est insuffisant en soi, pour parvenir à un changement de comportement durable. Pour plus de détails sur quelques-uns de ces témoignages, voir Impact of HIV and Sexual Health Education on the Sexual Behaviour of Young People : A review update (UNAIDS, 1997).
Les témoignages sur la contamination des jeunes par le VIH sont profondément préoccupants. Les chiffres montrent que, sur l’ensemble des nouvelles contaminations, la moitié environ concerne les jeunes de moins de 25 ans - c’est-à-dire, justement la clientèle du système éducatif. Encore plus préoccupant est le fait, qu’en Afrique subsaharienne, le taux de contamination par le VIH est considérablement plus élevé pour les filles et les jeunes femmes qu’il ne l’est pour les garçons du même âge (dans un rapport de 5 ou 6 - et même davantage dans certains pays). Nous disposons également d’indices clairs et sans ambiguïté que l’activité sexuelle commence très jeune - souvent aussi jeune que 10 ans, si bien que proposer des cours d’éducation sexuelle à des élèves plus âgés, c’est tout simplement arriver trop tard pour un grand nombre d’entre eux. Il faut aussi prendre en considération le fait qu’environ la moitié de chaque groupe d’âge est exclue de toute éducation primaire et ne pourra jamais être atteinte. De même, de nombreux garçons et filles n’accèdent pas à l’éducation secondaire, et repousser l’instruction sexuelle à ce niveau revient à en détourner complètement le sens. (cela est particulièrement préoccupant pour les filles, étant données les inégalités sexuelles relatives à l’inscription dans le secondaire).
Qu’est-ce qui découle de ce qui précède ? Il est clair que les institutions éducatives ont un rôle important à jouer dans la prévention du VIH, les soins et le soutien moral. La question posée est : "Quel est exactement leur rôle et comment peut-on être certain que les activités entreprises par les écoles et les collèges constituent vraiment une différence en matière de prévention du VIH (et, de manière croissante, en matière de soins et de soutien)?"
Les conséquences de ce qui précède sont claires et visibles par tout un chacun. Si un comportement sexuel responsable est un élément essentiel pour freiner la propagation de l’épidémie parmi les jeunes, alors c’est tout le contexte de leurs vies qui doit être radicalement changé. Le système éducatif est un microcosme de la société dans son ensemble et reflète le noyau de ses valeurs - y compris les structures hiérarchiques fondées sur le sexe et sur l’âge. Il en découle que les changements touchant aux caractéristiques et aux valeurs structurelles à l’école et au collège - et qui sont indispensables pour constituer une réponse efficace à l’épidémie du VIH - doivent être soutenus par des conditions semblables dans l’ensemble de la société.
Cela est aussi vrai pour les conditions à l’intérieur des familles, que pour les écoles et les collèges. En ce qui concerne les établissements scolaires, des changements d’organisation et de culture sont nécessaires afin de permettre aux jeunes de s’investir activement dans leur éducation et ce, dans tous les domaines où ils peuvent apporter leur contribution (y compris l’administration des institutions).
Ce qui est nécessaire, ce n’est rien moins qu’un changement révolutionnaire dans le mode de fonctionnement des écoles et des collèges. Pour la plupart des pays, cela signifie des changements prioritaires dans la façon de gérer l’éducation, tant au niveau central du ministère de l’éducation que pour les autorités locales, sans oublier ceux qui ont des fonctions similaires (comme dans les institutions religieuses). Cela signifie, par exemple, la révision de la politique d’expulsion des jeunes femmes enceintes (alors que les garçons n’encourent aucune sanction). Mais tant que ces changements du "lieu" de la responsabilité n’auront pas été accomplis, il y a peu de chances pour que le comportement sexuel des jeunes puisse changer. Cette absence de changement dans la réalité des vies des jeunes dans les écoles et les collèges comporte une conséquence inévitable : les taux de contamination par le VIH vont encore augmenter.
La question est de savoir comment réaliser un pareil changement dans le fonctionnement des institutions éducatives - il faut réadapter la culture éducative aux besoins des jeunes vivant dans un monde de VIH et de SIDA. Définir le problème comme étant celui de faire de l’éducation sexuelle une partie intégrante du programme scolaire constitue une erreur de taille. La question est plutôt de s’assurer que les jeunes ont les moyens d’agir de façon responsable "tout court 5", et pas simplement dans la conduite de leur vie sexuelle. Cela veut dire aussi qu’il faut donner du sens à leurs vies - pas seulement dans un contexte éducatif. Ce qui manque à un grand nombre de jeunes, tant à ceux qui sont scolarisés qu’aux autres, c’est une structure de soutien économique et social qui s’attaque à la pauvreté et fasse en sorte que les jeunes puissent avoir accès à l’emploi et à des moyens d’existence durables.
Il faut maintenant procéder à l’évaluation des quelques cas dans lesquels des responsabilités ont été données aux jeunes dans des clubs sportifs, des associations contre le SIDA, etc., et identifier les conditions qui paraissent déterminer leur succès. Il faut faire l’inventaire et l’évaluation des pays dans lesquels l’incidence du VIH sur les jeunes a diminué, comme l’Ouganda et la Thaïlande. Il faut ensuite expérimenter d’importants changements des conditions institutionnelles dans les écoles et les collèges, afin d’opérer un renversement de la localisation des responsabilités selon des modalités qui font vraiment la différence dans le contexte de l’expérience vécue des jeunes. Ces changements de valeurs et d’organisation dans la structure éducative doivent se faire dans un environnement économique et social favorable. Ensuite, et seulement ensuite, il sera possible de faire évoluer le comportement sexuel des jeunes hommes et femmes vers des pratiques permettant une réduction durable de la transmission du VIH.
Un système éducatif en état de marche et efficace est considéré comme un élément central pour atteindre les buts d’un développement humain durable. D’une part, parce qu’une population éduquée, qui incarne les compétences indispensables au développement, est un élément essentiel s’il faut augmenter les niveaux de production, et d’autre part, parce que l’un des bénéfices du développement - et peut-être le plus important - est précisément une société éduquée. Pour parvenir à ces objectifs, les pays ont, partout, investi dans l’éducation - investissement en enseignants, en personnel administratif et autre personnel de service, et en enfants. Même dans la région la plus pauvre du monde - l’Afrique subsaharienne - d’importants investissements en termes de capital humain ont été réalisés depuis plusieurs décennies. Cette réalité peut être mesurée de plusieurs façons ; quelque 20% du total des dépenses publiques concernent l’éducation. Cela représente presque 6% du PNB de la région dans son ensemble - année après année. C’est un énorme investissement institutionnel et humain cumulé sur plusieurs années.
Ces investissements réalisés par les pays, par les citoyens souvent très pauvres de nombreux pays d’Afrique, sont maintenant et de plus en plus menacés par l’épidémie du VIH. Ce n’est pas seulement la plus grande partie de l’investissement réalisé précédemment dans l’éducation - en termes de degré d’instruction et de qualification professionnelle - qui est en danger, mais aussi l’investissement en cours et celui à venir. Les pertes en ressources humaines atteignent des taux inquiétants dans de nombreux pays d’Afrique et représentent des pertes en investissements que des pays pauvres peuvent difficilement se permettre de supporter.
Il s’ensuit que, dans un monde où les ressources (financières et humaines) sont rares, et où l’épidémie du VIH érode systématiquement les capacités de développement, des actions urgentes sont indispensables pour éviter l’écroulement de secteurs socio-économiques entiers. Le secteur éducatif n’est pas le moins menacé, puisqu’il doit faire face à des facteurs qui détruisent systématiquement tout ce qui peut être accompli. Pourtant, un secteur éducatif est indispensable, tant à la réalisation d’un développement durable et à l’éradication de la pauvreté, que pour constituer une réponse efficace à l’épidémie de VIH.
Dans ce qui précède, nous avons identifié quelques-unes des actions les plus importantes et les plus urgentes que réclame la situation et il nous paraît inutile de les résumer. D’un autre côté, il n’est pas inutile d’insister sur ce qui est nécessaire à la mise en place de politiques et de programmes d’action efficaces. Il faut, pour cela, penser en termes de systèmes, analyser et proposer des réponses qui soient elles-mêmes systémiques. Comprendre que le secteur éducatif constitue un processus intégré pour garantir que les citoyens possèdent les aptitudes appropriées - englobant les qualités humaines requises par le développement durable. Mais, à moins de protéger l’ensemble de la capacité sectorielle, il est difficile de voir de quelle manière les objectifs de développement pourraient être atteints.
Desmond Cohen est économiste ; il a enseigné dans plusieurs universités en Afrique, au Canada, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Il a été chercheur associé à l’Institut des études du développement de l’Université du Sussex (Royaume-Uni) et a été membre de son Conseil. Il y fut, jusqu’en 1990, doyen de l’Institut des sciences sociales. Il a effectué des recherches dans plusieurs pays africains et asiatiques, et participé à l’élaboration de leur politique économique. Il a aussi été conseiller du Trésor britannique sur la politique financière internationale. Directeur du programme VIH et développement, au Programme des Nations Unies pour le développement en 1997-98, il en est actuellement le conseiller économique principal.
Le Programme des Nations Unies pour le développement est la principale source de subvention des Nations Unies pour l’aide au développement. Ses ressources proviennent de contributions volontaires de la part des Etats membres des Nations Unis et des organismes associés. Un réseau de 132 bureaux nationaux - et des programmes en cours dans plus de 170 pays et territoires- aident les gens à s’aider eux-mêmes. Dans chacun de ces pays, le Représentant Résident du PNUD fait aussi office de Coordinateur Résident des activités opératoires pour le développement du système des Nations Unies considéré comme un tout. Cela peut donc comprendre autant l’aide humanitaire que l’aide au développement.
L’objectif prioritaire du PNUD est l’éradication de la pauvreté. Son intérêt se porte aussi sur les questions étroitement liées, comme la régénération environnementale, la création de moyens d’existence durables et la lutte contre la discrimination à l’égard des femmes. Des programmes pour la bonne gouvernance et la construction de la paix permettent de créer un climat favorable au progrès dans ces régions du monde. Des programmes nationaux et régionaux mobilisent les compétences techniques des organisations gouvernementales et non-gouvernementales des pays en voie de développement, les agences spécialisées du système des Nations Unies ainsi que des instituts de recherche. Soixante-quinze pour cent des projets soutenus par le PNUD sont mis en place par des organisations locales.
Quatre-vingt dix pour cent des principaux programmes du PNUD sont concentrés sur 66 pays qui abritent 90% de la population mondiale souffrant d’une extrême pauvreté. Le PNUD est une organisation solidaire dont 85% du personnel réside dans les pays qu’il soutient.
La sexualité chez les adolescents, la problématique homme-femme et l'épidémie du VIH, 1998
Mourir de tristesse: Sexospécificité, violence sexuelle et épidémie du VIH, 1998
Les hommes et l'épidémie du SIDA, 1998
Dans la série Eclairages
Le secteur éducatif face à l’épidémie du VIH en Afrique subsaharienne, 1999
L'épidémie du VIH et le développement humain durable, 1998
Renforcements des capacités nationales en matière de planification stratégique, 1998
Les enfants dans les familles affectées par l'epidemie d'infections par le VIH: une démarche stratégique, 1993
Les jeunes femmes et l'épidémie d'infections par le VIH: silence - vulnérabilité, 1992
Personnes vivant avec le VIH: droit, éthique et discrimination, 1992
Des partenariats pour une réponse commune à l'épidemie d'infections par le VIH, 1992
Le déroulement de l'épidémie d'infections par le VIH, 1992
L'impact économique de l'épidémie d'infections par le VIH, 1992
Rôle de la loi dans les politiques en matière de VIH et de sida, 1991
Santé génitale de la femme et risques de transmission du VIH, 1991
Les femmes, l'épidémie d'infections par le VIH et les droits de la personne humaine: un impératif tragique, 1991
Placer les femmes au centre de l'analyse, 1990
HIV and Development Programme
1. Une précédente revue de ces questions a été faite : The Impact of HIV/AIDS on Education : A review of Literature and experience, par Sheldon Shaeffer, UNESCO, Institut International pour l’Education et le Planning (IIEP), Paris, décembre 1993
22>. Pour plus de détails, voir : Le VIH/SIDA et le Corps des Instituteurs Bulletin N.1: Santé du Personnnel Enseignant, Côte d'Ivoire, 1997
3. Etude d’évaluation du SIDA au Malawi, Banque Mondiale, 1998
4. Le VIH/SIDA et le développement humain en Afrique du Sud, PNUD/ONUSIDA, 1998
5. En français dans le texte (Note du traducteur)
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