| Programme VIH et
développement |
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Eclairage
No. 26
RENFORCEMENT
DES CAPACITES NATIONALES EN MATIERE DE PLANIFICATION
STRATEGIQUE
Par Desmond Cohen
A. INTRODUCTION
La planification
stratégique joue un rôle fondamental dans
lefficacité des actions de lutte contre
lépidémie. Le PNUD possède une expérience
approfondie et est impliqué de longue date dans le
renforcement des capacités nationales en matière de
planification stratégique dans tous les domaines
opérationnels. A ce titre, il est essentiel que le PNUD
mette en pratique ses compétences densemble en
matière de planification, ainsi que ses connaissances
relatives au développement des capacités, pour créer
de la manière la plus efficace la prochaine génération
de plans stratégiques nationaux relatifs au problème du
VIH/sida. De nombreux pays reconnaissent aujourdhui
que les plans doivent à la fois être multisectoriels et
sappuyer sur une démarche prônant la
participation sociale. Lobjectif du plan consiste,
dune part, à définir les activités
opérationnelles par ordre de priorité et, dautre
part, à servir de mécanisme de mobilisation sociale. La
planification stratégique ne revêt donc pas quun
aspect technique ; elle relève également de la
prise de décision. Lintégration de la
planification stratégique au processus de décision
constitue dêtre une tâche importante pour le
Programme « dimensions humaines » du PNUD et
ses partenaires de lONUSIDA.
B.PRINCIPES
Les plans à moyen terme
sont devenus, avec les stratégies nationales et les
cadres de politique générale, des structures
dorganisation importantes pour lélaboration
et lapplication des mesures nationales relatives au
VIH/sida. Ces instruments-clés ont été conçus avec
laide du Programme mondial de lutte contre le sida
(GPA) de lOrganisation mondiale de la santé et
dautres donateurs multilatéraux et bilatéraux.
Ils avaient dabord et avant tout vocation à
coordonner les actions de santé publique face à
lépidémie mais ils ont évolué au fur et à
mesure que le concept de santé publique du problème
devenait trop limité. Il est aujourdhui reconnu
que lépidémie du VIH va bien au-delà dun
problème de santé publique et quune action
efficace doit être à la fois multisectorielle et
multidimensionnelle.
Les plans à moyen terme
sont devenus de plus en plus complexes et intègrent
désormais des éléments touchant aux causes et aux
conséquences socio-économiques et culturelles, ainsi
que des dimensions juridiques, éthiques et relatives aux
droits de lhomme, tout en tenant compte de
préoccupations habituelles de santé publique. Un
éventail bien plus large d'institutions nationales et
internationales ont été impliquées dans la conception
et la mise en oeuvre des plans au fur et à mesure de
l'élargissement des plans à moyen terme.
Toutefois, ces plans sont
toujours largement orientés vers les problèmes de
santé publique tant pour ce qui est de leur conception
que de leurs éléments fondamentaux. Ils sont encore
conçus selon certains principes éloignés des
préoccupations nationales et ne reflètent pas les
conditions locales en ce qui concerne l'épidémie et,
d'une manière plus générale, le développement. Par
ailleurs, ils sont dans une large mesure structurés
indépendamment des engagements et capacités du pays.
Ainsi, quels que soient les mérites théoriques qui leur
sont attribués pour la création dun cadre
national (surtout au niveau du gouvernement central) de
planification des actions à prendre pour faire face à
l'épidémie, les plans à moyen terme sont toujours mis
au point, en grande partie, par des personnes de
lextérieur qui adoptent des approches ne
s'appuyant pas suffisamment sur les compétences et les
connaissances locales.
Il n'est donc pas
surprenant que, dans la plupart des pays, les plans à
moyen terme constituent un cadre mal adapté à
l'organisation et à la planification d'actions
nationales de lutte contre l'épidémie. Ils sont
considérés comme une condition nécessaire pour
recevoir des fonds en vue de financer les activités se
rapportant au VIH/sida, menées en grande majorité par
le gouvernement central plutôt que comme des plans
reflétant réellement les besoins, préoccupations et
capacités du pays. Autrement dit, ils n'ont jamais été
assimilés au niveau national et, ce faisant, ont été
incapables de mobiliser et dencourager les actions
s'appuyant sur une base large nécessaire au succès des
programmes en matière de VIH/sida.
Certains principes-clés
peuvent être tirés de l'expérience passée :
- Un plan stratégique
au niveau national pour lutter contre le VIH/sida
constitue un instrument important et utile pour
organiser les actions prises dans ce cadre au
niveau national, et pas seulement par le
gouvernement. Un tel plan exige la présence
dun cadre politique national en matière de
VIH/sida créant un ensemble de principes
politiques pour chaque domaine important lié à
l'épidémie. Pour que l'action nationale soit
efficace, ces deux instruments doivent être
conçus sur la base dune démarche
participative.
- Un plan devrait être
multisectoriel et multidimensionnel et devrait
tenir compte tant des préoccupations en matière
de santé publique que des aspects plus larges de
l'épidémie.
- Un plan ne peut
constituer un instrument utile pour
lorientation de l'allocation des ressources
et dun cadre d'action nationale que s'il
reflète létat de l'épidémie, les
conditions socio-économiques, culturelles et
politiques locales et la capacité de concevoir
et de mettre en oeuvre les politiques et
programmes d'un pays donné.
- Pour que le plan soit
adapté et qu'il reflète les besoins et les
capacités du pays face à lépidémie, il
est essentiel que sa conception s'appuie sur une
véritable approche d'intégration et de
participation.
- Une démarche
participative est un moyen de veiller à ce que
les compétences, les connaissances et
l'expérience soient mises à profit dans le
cadre de l'élaboration du plan national, et que
celui-ci soit donc adapté aux conditions
nationales. C'est également le seul moyen de
garantir une assimilation nationale et un
engagement de la part de tous.
- En tant que résultat
du processus lui-même, une démarche
participative peut également permettre de mieux
faire comprendre les objectifs du plan et les
moyens employés pour y parvenir auprès de ceux
qui assumeront ou réaliseront la mise en oeuvre
de nombreuses activités du plan.
- Tant ceux qui
participent au plan que les autres doivent avoir
connaissance des méthodes appropriées pour que
le plan soit couronné de succès. Tous doivent
reconnaître que leur rôle doit toujours
consister à faciliter le processus - et non le
contraire - et doit être perçu comme tel. Cela
implique que toutes les personnes concernées par
la mise en oeuvre du plan - qu'elles y
participent directement ou soient de
lextérieur - aient recours à de nouvelles
méthodes, mieux adaptées.
C. OBJECTIFS
Les objectifs sont simples
et se présentent comme suit :
- Concevoir un plan
stratégique pour une période de cinq ans qui
constitue un cadre pour l'action nationale face
à l'épidémie du VIH et qui soit cohérent avec
le cadre de politique national en matière de
VIH/sida. Si un cadre de politique national n'est
pas en place, il faudra alors le créer, en
s'appuyant sur les principes énoncés en partie
B, afin qu'il serve de base à la mise en oeuvre
du plan.
- Définir un plan qui
ait une véritable dimension nationale et englobe
les activités liées au programme à tous les
niveaux du gouvernement (central et local), du
secteur privé, des ONG et des organisations
communautaires nationales et internationales et
de toutes les autres organisations menant des
activités ayant trait à la lutte contre le
VIH/sida dans le pays.
- Mettre en oeuvre un
plan qui soit à la fois multisectoriel et
multidimensionnel et définir les mesures à
prendre dans les domaines relevant de la santé
publique, des causes et conséquences
socio-économiques de l'épidémie, des questions
juridiques, éthiques et des droits de l'homme,
du développement communautaire et d'autres
questions liées à l'organisation et à la
mobilisation politiques et sociales.
- Identifier, au fur et
à mesure de la mise en oeuvre du plan, les
ressources à la disposition du pays pour l'aider
à faire face au VIH/sida et préciser les
modalités appropriées à la réalisation des
objectifs du plan au cours de la période
donnée. La durée du plan sera de cinq ans, les
deux premières années étant clairement
définies tandis que seules les grandes lignes
des trois dernières années seront esquissées,
celles-ci pourront donc être modifiées au cours
de la deuxième année dopérations du
plan.
D. ELABORATION DU PLAN
STRATEGIQUE : PROCESSUS DE PLANIFICATION
Le processus de
planification dépendra des conditions locales - en
particulier du stade de l'épidémie, des structures
organisationnelles et institutionnelles, des facteurs
culturels, politiques et autres, notamment les
expériences passées de démarche participative dans le
cadre des procédés de mise en oeuvre. Le processus de
planification doit s'appuyer sur les ressources et les
points forts du pays quand cela est possible, notamment
quand il s'agit d'intégrer le plan aux processus de
planification nationaux et au plan pour le
développement. Quand les conditions permettant un
processus pleinement participatif sont absentes, que le
processus de mise en oeuvre n'est pas bien compris et que
l'encadrement ne possède pas de compétences en matière
de facilitation, il faudra alors remédier d'abord à ces
lacunes par le biais d'activités de programme. Le
renforcement des capacités en matière de démarche
participative pour la mise en oeuvre constitue un premier
pas essentiel pour l'élaboration d'une démarche
participative qui assure le succès du plan ; cela
permet également de sappuyer sur l'expérience
locale en matière d'épidémie et de mieux comprendre
les conditions de mise en oeuvre dans le pays.
Les principales mesures
pouvant être adoptées sont les suivantes :
- Ouverture de
discussions entre lONUSIDA et le Programme
concernant la mise en place des services de
comptabilité nationale (PMCN) sur la mise en
oeuvre du plan. Cette démarche consiste à
définir les objectifs du plan, le calendrier
pour le processus et pour le plan et les besoins
en ressources pour le processus de mise en oeuvre
du plan. Ces discussions devraient identifier les
acteurs nationaux -- émanant du gouvernement
central et local, d'autres organismes publics, du
secteur privé, des ONG locales et
internationales, notamment les organisations
représentant les personnes infectées et
affectées par le VIH, ainsi que de la
communauté internationale de développement --
qui joueront un rôle important dans la mise en
oeuvre du plan. Il est important de ne pas
limiter la participation aux organisations menant
déjà une action de lutte contre le VIH et
dencourager les autres organisations qui en
ont le potentiel à mettre au point des
activités efficaces au niveau national et local.
L'équilibre entre les sexes est un élément
important à prendre en compte au moment de
sélectionner les organisations et les individus
qui participeront à la mise en oeuvre du plan.
- Création d'une liste
d'organisations et d'individus qui, a priori,
pourraient jouer un rôle important dans la mise
en oeuvre du plan puis, dans un deuxième temps,
organisation d'une réunion de travail pour
mettre au point les différentes étapes de la
mise en oeuvre du plan. Il est essentiel que
cette discussion soit facilitée et qu'elle vise
à trouver un consensus relatif au processus de
participation. Ces réunions et discussions
ultérieures auront pour tâche importante
d'identifier les principales composantes des
activités du plan. La réunion de travail doit
inclure le plus grand nombre de thèmes possible
et encourager tous les participants à exprimer
leurs points de vues sur la manière de
promouvoir une large participation dans le cadre
de la mise en oeuvre du plan. Un des principaux
objectifs doit être d'articuler la mise en
oeuvre du plan de manière à ce qu'il s'appuie
sur les activités au niveau local -- et offre
des recommandations concernant les activités
relatives aux programmes de la base vers le
sommet. La réunion devrait également être
l'occasion de débats et donner lieu à des
recommandations adressées au PMCN en ce qui
concerne les fonctions et responsabilités de la
direction du plan, et notamment préciser le
rôle des facilitateurs externes dans le cadre de
la mise en oeuvre du plan.
- Les recommandations
de la réunion de travail devraient être
transmises au PMCN (qui aura pleinement
participé à la réunion) pour leur examen et
leur mise en oeuvre. Il conviendrait à ce stade,
une fois que les recommandations ont été
étudiées par le gouvernement, que des
discussions approfondies soient initiées avec
les donateurs en ce qui concerne l'aide qu'ils
apporteront au processus de mise en oeuvre du
plan. A la lumière de ces discussions et
d'autres réunions, une direction du plan devrait
être créé, sous la tutelle du PMCN. La
direction sera responsable de la gestion de la
mise en oeuvre du plan, conformément à un
calendrier et à un processus décidés par le
PMCN. LONUSIDA s'engagera alors à financer
la mise en oeuvre du plan et identifiera, avec ce
Programme, des consultants locaux et
internationaux qui contribueront à
l'élaboration du plan.
- Les mesures à
prendre dans le cadre du plan doivent être
identifiées par des personnes concernées par
les activités et cela implique que le processus
de mise en oeuvre facilite le débat autour des
principaux problèmes que connaît le pays face
à l'épidémie du VIH. Cela implique également
lorganisation de réunions de travail
structurées, de discussions à thème, etc. avec
les groupes concernés. Il s'agit d'un processus
de longue durée, différent des typiques
réunions ponctuelles et souvent désorganisées
conduites par des consultants. L'identification
des problèmes et des activités opérationnelles
ne devrait jamais relever de la seule
responsabilité des consultants locaux ou
internationaux -- ces derniers devraient avoir
pour rôle de faciliter le processus grâce à
leur expertise quand et là où elle est
sollicitée par ceux qui participent à la mise
en oeuvre du plan. Le processus de planification
demandera obligatoirement un certain temps dans
la mesure où des discussions entre les
principaux groupes intéressés auront lieu,
l'accent devant être mis sur les principaux
problèmes auxquels devra faire face le pays pour
mener une action efficace et élargie face à
l'épidémie.
- La direction du plan
devrait apporter son concours à tous les niveaux
du processus du planification -- préparation de
la documentation et organisation de la
facilitation du processus pour les groupes de
discussion, etc., assistance pour la consignation
des débats et précision des recommandations.
Elle devrait avoir la charge de la distribution
des comptes-rendus des débats, etc. et de la
gestion des séminaires/réunions de travail au
niveau régional et national où les
comptes-rendus feront l'objet de discussions.
- Les rapports et
recommandations émanant des réunions de travail
devraient constituer la base du projet de plan et
les projets initiaux devraient relever de la
responsabilité de la direction du plan.
LONUSIDA financera de façon appropriée la
conception du plan, qui est une étape
fondamentale -- en ayant recours, encore une
fois, à des méthodes de facilitation s'appuyant
sur l'expertise nationale et internationale. Le
projet de plan devra ensuite être présenté
devant un groupe de travail national pour être
passé en revue. Les recommandations faites à la
réunion nationale seront intégrées au plan
révisé. Ce plan sera alors présenté au
gouvernement et constituera ensuite une base pour
les discussions menées avec lONUSIDA et
d'autres donateurs concernant le soutien
quils apporteront. Une fois qu'un accord
aura été trouvé en ce qui concerne le
financement du plan, ce dernier sera soumis de
nouveau au gouvernement et, s'il est accepté,
sera publié officiellement en tant que plan
stratégique sur le VIH/sida au niveau national.
Lors de la phase d'élaboration du plan, il est
important didentifier correctement les
ressources potentielles pour les différentes
activités, de telle sorte que des données
concernant la mobilisation des ressources pour le
plan soient disponibles aussitôt que le plan est
mis en oeuvre.
- Ceci n'est pas la
dernière étape du processus. Bien qu'il
constitue un élément important pour le succès
des actions de lutte contre l'épidémie, le plan
ne reste qu'un cadre. La mise en oeuvre du plan
par un procédé participatif est essentielle
pour donner à ces mesures une dimension
réellement nationale. Le processus de mise en
oeuvre du plan aura engendré un certain capital
social mais cela restera insuffisant pour lutter
efficacement contre l'épidémie. Les étapes
suivantes consistant à concevoir et à mettre en
oeuvre les activités liées au programme doivent
elles-mêmes se fonder sur une démarche
encourageant l'intégration sociale. C'est là le
seul moyen de parvenir à une mobilisation des
forces, à tous les niveaux et de tous les
groupes sociaux, qui est essentielle pour mener
une action élargie face aux multiples problèmes
que pose l'épidémie du VIH.
E. CONTROLE ET
EVALUATION
L'efficacité de la
conception du plan et de sa mise en oeuvre
dépend en grande partie de l'existence de moyens
de contrôle et d'évaluation efficaces. La
formulation du plan sappuie sur une
démarche participative et met donc ainsi à
profit les expériences personnelles et
nationales utiles pour ce qui touche à
l'épidémie et au développement. Le même
principe, qui doit également servir plusieurs
objectifs, s'applique en ce qui concerne le
contrôle et l'évaluation. Ces objectifs
incluent le développement de processus
participatifs pour la conception de méthodes
d'évaluation, ainsi que le rassemblement des
personnes en charge de l'élaboration de
programmes et des projets - les évalués et les
évaluateurs. Trop souvent, le contrôle et
l'évaluation sont considérés comme des
activités à part. Leur méthodologie est
rarement liée aux objectifs des programmes et
projets et ils ne reflètent donc pas - tant pour
ce qui est des procédés que de la conception
le but des activités planifiées. Le
contrôle et l'évaluation tels que menés en
temps "normal" ne permettent pas,
notamment, de mettre à profit les importantes
leçons tirées des expériences en matière de
programme. Il est essentiel pour le succès du
plan de renforcer les capacités pour le
contrôle et l'évaluation et de veiller à ce
que les enseignements tirés de programmations
efficaces soient intégrés aux activités.
NOTE
BIBLIOGRAPHIQUE
Desmond Cohen est un
économiste de formation. Il a enseigné en Afrique, au
Canada, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Il a été
Gouverneur et Membre associé de l'Institut des études
sur le développement (Université du Sussex au
Royaume-Uni) et jusqu'à 1990, il était Doyen de l'Ecole
des sciences sociales. Il possède une expérience en
recherche et en politique macroéconomique appliquée
dans plusieurs pays d'Afrique et d'Asie. Il a exercé un
rôle de conseiller auprès du Trésor britannique sur
les questions de politique financière internationale. En
1997-98, il était Directeur du Programme Développement
et VIH (PNUD). Il est actuellement conseiller principal
pour les questions liées au VIH et au développement.

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