Programme VIH et développement

Eclairage # 8

LES FEMMES, L'EPIDEMIE D'INFECTIONS PAR LE VIH ET LES DROITS DE LA PERSONNE HUMAINE: UN IMPERATIF TRAGIQUE
 par Julie Hamblin et Elizabeth Reid

TABLE DE MATIERES

PROLOGUE
INTRODUCTION
L'EPIDEMIOLOGIE DE L'INFECTION PAR LE VIH ET DU SIDA CHEZ LES FEMMES
LA CONDITION FEMININE ET L'EPIDEMIE D'INFECTIONS PAR LE VIH
PREVENTION DE L'INFECTION CHEZ LES FEMMES
STRATEGIES DE CHANGEMENT
CONCLUSIONS
NOTES DE BAS DU PAGE

PROLOGUE

AUTRES VOIX DE FEMMES

 "Ce que notre mari peut nous ramener nous fait peur" - Une femme ougandaise

 "Quand on m'a expliqué que cette maladie se propageait surtout par les rapports sexuels, j'ai commencé à me faire du souci au sujet de mon mari ... Tant qu'il nous donnait de l'argent pour nos besoins, j'étais reconnaissante, même si je ne pouvais pas l'interroger sur ses relations féminines. Comme il était seul en ville, je m'attendais à ce qu'il ait d'autres femmes. Les hommes sont comme ça, n'est-ce pas?" - Une femme zimbabwéenne

 "C'est comme pour la pilule; si une femme demande à un homme d'utiliser un préservatif, celui-ci la soupçonnera de coucher avec d'autres hommes." - Une femme ougandaise

 "Les femmes nous disent qu'elles voient leur mari avec les femmes d'hommes qui sont morts du sida, et elles demandent : "Que pouvons-nous faire? Si nous refusons, ils disent : 'Fais tes valises et pars.' Mais où aller?" - Miria Matembe, membre du Parlement ougandais

 "Souvent, un homme qui paraît en bonne santé est encouragé par son entourage à quitter sa femme si elle a le sida et à en trouver une autre, sans comprendre qu'il risque de contaminer ainsi cette autre femme. Nous avons des clients qui ont ainsi perdu plusieurs femmes - et pourtant, leur entourage cherche à les persuader d'en prendre une nouvelle." - Noerine Kaleeba, Ouganda

 "Je voulais lui rappeler que, pas plus que les préservatifs, le fait de boire du thé ou de manger avec des fourchettes en métal n'appartenait à nos traditions." - Une femme ougandaise

 "Beaucoup de femmes que je vois ... me disent qu'elles ne peuvent sortir de la situation où elles se trouvent car elles sont économiquement dépendantes de leur partenaire. Une autre femme que je connais, dont la fille avait été violée par son partenaire, ne pouvait interdire à cet homme de lui rendre visite, car elle n'avait pas d'autre moyen de nourrir ses enfants." - Dr Sunanda Ray, Zimbabwe

 "Le risque de ne plus pouvoir avoir d'enfants était pour moi aussi inquiétant que celui d'une mort prématurée. J'avais besoin du soutien d'autres femmes qui avaient dû, elles aussi, pareillement renoncer à la perspective d'avoir des enfants." - Amanda Heggs, femme britannique

"Depuis que j'ai été diagnostiquée comme séropositive, on m'a donné 50 % de chances." - Une Américaine noire, pauvre, séropositive ... accusée par son médecin d'irresponsabilité dans la décision d'avoir un enfant

 "J'espère encore avoir un enfant ... On m'a dit que j'étais égoïste, que je n'avais pas le droit d'infliger un tel risque à l'enfant à naître. Qui dit que je n'en ai pas le droit? Si j'ai la chance d'être enceinte, je souhaiterai et j'aimerai mon enfant. Y a-t-il là une autre raison de rejet par la société? J'espère que non." - Une femme zimbabwéenne

 "Etre toute seule et en train de mourir, tout en ayant à s'occuper de son propre enfant infecté par le VIH, est une tragédie dont les dimensions sont vraiment difficiles à percevoir." - Catherine Hankins, Canada

INTRODUCTION

 "Comme toute autre épidémie, le sida se développe dans les zones fracturées et crevassées que l'inégalité crée dans la société. On ne pourra affronter l'épidémie si l'on cherche à occulter les contradictions et les conflits qu'elle révèle." - Herbert Daniel, Brésil

 Dans la réponse à l'épidémie d'infections par le VIH, il faut se pencher d'urgence et tout particulièrement sur la situation des femmes. Cela n'est pas immédiatement évident étant donné que le virus peut infecter une personne quel que soit son sexe, sa race ou sa condition sociale. Mais cette universalité de la menace de l'infection par le VIH ne doit pas empêcher de considérer les femmes en tant que groupe distinct, car il existe des raisons déterminantes de s'occuper des besoins et des préoccupations particuliers des femmes dans l'action menée contre l'épidémie.

 Une des erreurs les plus courantes de la politique relative au VIH consiste à croire que le virus n'exerce aucune discrimination dans sa propagation et son impact. Dans la mesure où quiconque peut potentiellement être infecté, et cela est vrai, mais la compréhension de l'impact réel de l'épidémie exige beaucoup plus que la connaissance de la médecine. De plus en plus, les groupes qui subissent de plein fouet les effets de l'épidémie sont ceux qui sont socialement, sexuellement et économiquement vulnérables et qui, pour cette raison, sont incapables de prendre les mesures nécessaires pour se protéger contre l'infection et pour faire face aux conséquences de l'épidémie dans leur communauté. Avec l'épidémie d'infections par le VIH, nous voyons se manifester une nouvelle fois l'effet d'inégalités profondément ancrées : inégalités de race, de sexe et de richesse. L'évolution de l'épidémie reflète et renforce tout à la fois les relations sociales, économiques et culturelles qui existent entre les individus et au sein des collectivités.

 Habituellement, les femmes, dans ces relations, sont sous la dépendance des hommes, et, de ce fait, l'impact de l'épidémie diffère beaucoup chez les femmes et chez les hommes. Le VIH révèle les nombreux aspects de l'infériorité de la condition féminine. Leur dépendance sociale et économique prive souvent les femmes des moyens de maîtriser la base même de leurs relations sexuelles, que ce soit dans le mariage ou en dehors. Elles ont rarement les moyens de se protéger contre l'infection et donc d'écarter le risque de contamination par le VIH dans des situations qu'elles ne contrôlent pas. En tant que mères, les femmes doivent faire face aux conséquences qu'aurait la contamination par le VIH des enfants à naître; en tant que dispensatrices de soins, elles doivent supporter la charge souvent très lourde, d'un point de vue émotionnel et économique, des soins à donner aux malades et aux mourants et tenter de maintenir la cohésion de la famille face à l'épidémie. Pour toutes ces raisons, les femmes sont disproportionnellement touchées par l'épidémie.

 Il est indispensable de bien comprendre les facteurs qui affectent particulièrement les femmes si on veut mettre en oeuvre des mesures efficaces pour enrayer la propagation du VIH et pour en écarter les effets, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. La vulnérabilité des femmes au VIH doit être replacée dans le cadre plus large des inégalités sociales et sexuelles profondément ancrées, qui sont au coeur même de l'incapacité des femmes de faire face avec succès aux risques et aux besoins créés par l'épidémie. Faute d'une bonne connaissance de l'interaction entre l'infection par le VIH, les valeurs culturelles et les droits et les besoins des femmes, il sera impossible de susciter les changements fondamentaux que l'épidémie rend indispensables.

  

L'EPIDEMIOLOGIE DE L'INFECTION PAR LE VIH ET DU SIDA CHEZ LES FEMMES

 En 1990, l'Organisation mondiale de la santé estimait qu'il y avait dans le monde entre 8 et 10 millions de personnes contaminées par le VIH. Ce chiffre comprendrait entre 3 et 4 millions de femmes1. Le taux de séropositivité chez les femmes augmente sensiblement. Le nombre de femmes infectées a augmenté brutalement durant la deuxième moitié des années 80 et, dans certaines régions d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes, ce nombre a plus que quadruplé durant une période de deux à quatre ans2, 3. On estime que pendant la prochaine décennie, le taux de prévalence de l'infection par le VIH chez les femmes sera égal et, dans certains cas, supérieur à celui des hommes.

 La hausse des taux de séropositivité chez les femmes résulte du fait que la transmission hétérosexuelle du virus en est maintenant le mode le plus courant, et de loin. On estime que, dans le monde, 60 % des nouvelles infections se font par voie vaginale. En Afrique subsaharienne, ce chiffre serait de 80 %. Dans beaucoup de pays développés, où l'infection par le VIH a d'abord été limitée à certains groupes tels que les homosexuels masculins et les toxicomanes, cette progression de la transmission hétérosexuelle du virus signifie que les femmes sont désormais beaucoup plus vulnérables et que leur taux de séropositivité va probablement augmenter.

 L'Organisation mondiale de la santé estime que durant les années 90, le nombre de femmes et d'enfants qui mourront du sida passera à 3 millions. Dans la plupart des villes de l'Afrique centrale et dans quelques grandes villes d'Amérique et d'Europe occidentale, le sida est désormais la principale cause de décès des femmes ayant entre 20 et 40 ans. En Afrique subsaharienne, au cours des quelques prochaines années, la mortalité infantile pourrait, du fait de la transmission périnatale du VIH, augmenter dans une proportion allant jusqu'à 30 %1.

 On estime que 80 % environ du nombre total de femmes et d'enfants actuellement infectés par le VIH habitent l'Afrique subsaharienne. Dans cette région, 1 femme adulte sur 20 serait infectée4, et les femmes représentent plus de 50 % du nombre total de cas de Sida1.

 La majorité des femmes infectées sont en âge d'avoir des enfants, ce qui fait craindre une transmission périnatale du VIH de ces femmes à leurs enfants à grande échelle. Le PNUD estime que 85 % environ des cas d'infection pédiatrique en Afrique résultent d'une transmission périnatale du virus. Dans les Caraïbes, cette estimation est de 97,5 %5.

 Même là où les enfants eux-mêmes ne sont pas infectés, le nombre de ceux que le sida rend orphelins augmente rapidement. L'OMS estime qu'en Afrique subsaharienne, jusqu'à 10 millions d'enfants deviendront orphelins par suite de l'épidémie avant la fin des années 901.

 Pour les femmes, dans le monde entier, le principal risque d'infection par le VIH est le rapport sexuel. Plus de 90 % des femmes actuellement contaminées le sont devenues par voie vaginale. La transmission du virus est facilitée par le mauvais état de santé générale ou par l'existence de lésions, d'inflammations, de sécrétions et de scarifications dans la zone génitale. Les jeunes femmes, en particulier, qui dans de nombreuses civilisations doivent se marier ou deviennent sexuellement actives dès le début de leur adolescence sont particulièrement vulnérables en raison de l'immaturité de leur appareil génital, qui facilite la transmission du VIH pendant le rapport sexuel. Le risque de contamination des femmes par voie sanguine augmente également, du fait de la forte incidence de la transmission du virus lors de transfusions sanguines ou des injections occasionnées par la grossesse, l'accouchement et les hémorragies post-partum, ou encore le traitement de l'anémie causée par les grossesses répétées6.

 L'Organisation mondiale de la santé a admis que ses estimations du niveau d'infection des femmes et des enfants doivent être considérées comme très modérées1. Il est probable qu'une notification incomplète des infections par le VIH et du sida dans certaines régions d'Afrique, des Caraïbes et de l'Asie, où les femmes représentent une proportion importante de la population infectée, cache l'ampleur réelle de l'épidémie. Cependant, les estimations actuelles ne doivent laisser aucun doute quant à l'étendue de l'impact de l'épidémie d'infections par le VIH sur les femmes.

  

LA CONDITION FEMININE ET L'EPIDEMIE D'INFECTIONS PAR LE VIH

 Alors que les niveaux d'infection et le nombre de cas de sida chez les femmes démontrent clairement l'ampleur du problème, une bonne compréhension des mécanismes de l'infection chez les femmes exige beaucoup plus que la connaissance des statistiques. Les facteurs sociaux et culturels qui déterminent la contamination des femmes sont très différents de ce qu'ils sont chez les hommes car ils ont trait au rôle des femmes dans les relations sexuelles, la famille, la communauté, qui, à son tour, détermine la nature et les formes de l'activité sexuelle des femmes ainsi que d'autres facteurs qui exposent les femmes au risque d'infection par le VIH. Pour comprendre l'épidémie, il faut donc non seulement savoir comment les femmes sont infectées, mais aussi pourquoi.

 L'infection par le VIH est évitable. Avec une bonne information et des mesures de prévention appropriées, ainsi que les moyens d'appliquer ces mesures, il ne devrait pas y avoir de nouveaux cas d'infection. La pauvreté, l'ignorance, la dépendance et l'impuissance privent une personne, homme ou femme, des moyens de se protéger contre l'infection. A mesure que l'épidémie se propage, il est donc inévitable que les personnes qui ont le pouvoir de se protéger contre l'infection pourront le faire, tandis que celles qui n'ont pas ce pouvoir continueront d'être infectées en nombre toujours grandissant.

 La corrélation entre l'absence totale de pouvoir et le risque d'exposition au VIH permet de comprendre la vulnérabilité des femmes à la contamination. C'est pourquoi l'infection par le VIH concerne de plus en plus l'ensemble des femmes, quelle que soit leur race, leur couleur de peau ou leur situation économique. Dans les pays plus développés, l'impact de cette dynamique sociale et culturelle n'a pas été apparent aux premières années de l'épidémie, alors que la majorité des infections concernaient les hommes homosexuels. Avec l'augmentation des taux d'infection des femmes dans les pays développés comme dans les pays en développement, cependant, on observe une évolution de la répartition démographique mondiale de l'infection par le VIH. Cette évolution oblige à repenser le rôle des facteurs socio-économiques dans la propagation du VIH si l'on veut remédier aux effets de l'épidémie sur les femmes.

 L'orientation masculine de la connaissance que l'on a de l'épidémie à l'heure actuelle est manifeste jusque dans la définition même des maladies liées au VIH et du sida. La définition du sida publiée par les United States Centers for Disease Control et largement utilisée dans le monde est axée sur les maladies qui sont le signe de l'état morbide lié au VIH chez les hommes et méconnaît les troubles qui signifient souvent le déclenchement des symptômes liés au VIH ou du sida lui-même chez les femmes, notamment l'inflammation pelvienne, le cancer du col de l'utérus, la candidose vaginale et la conjonctivite. Cela a de graves conséquences pour les femmes, la maladie étant souvent chez elles non diagnostiquée ou mal diagnostiquée, ce qui retarde le bon diagnostic et le traitement et prive les femmes des prestations d'assurance maladie ou incapacité et des services correspondants, le sida n'ayant pas été diagnostiqué comme tel7. Cette situation a également entraîné une sous-estimation des ravages de l'épidémie parmi les femmes.

 La dépendance sociale et économique qui rend les femmes vulnérables à l'infection par le VIH se manifeste de nombreuses façons différentes. En premier lieu, elle met les femmes en situation d'infériorité dans le choix des conditions des relations sexuelles qu'elles entretiennent avec les hommes. Pour beaucoup de femmes, ces relations sont déterminées moins par leur choix propre que par les rôles et les attentes culturels. Souvent, la relation d'une femme avec son mari et son rôle de mère constituent l'essentiel de son identité sociale. La relation sexuelle qu'elle entretient avec son mari fait partie d'un réseau de responsabilités et de rôles sociaux et économiques qui résistent au changement que les femmes, isolément, pourraient souhaiter y introduire. Le mariage offre souvent aux femmes un soutien économique et social ainsi que la possibilité de satisfaire leur désir d'avoir des enfants, ce qui ne serait pas toujours possible si elles restaient célibataires28, 910.

 Des représentations sociales semblables peuvent également avoir pour effet qu'une femme mariée n'a pratiquement aucune marge de manoeuvre dans le choix des conditions élémentaires dans lesquelles sa relation sexuelle avec son mari a lieu. Bien souvent, la femme mariée est censée rester fidèle à son mari, mais ne se voit pas nécessairement accorder le droit d'exiger la fidélité de son conjoint. Souvent, la société encourage ou au moins tolère la promiscuité sexuelle masculine. La tendance masculine à avoir des relations sexuelles en dehors du mariage peut être renforcée par les mouvements migratoires des hommes, par la mobilité que l'on trouve dans beaucoup de pays en développement, où les hommes quittent le village pour chercher du travail ailleurs11.

 Dans ces circonstances, les femmes n'ont souvent pas d'autre choix que d'accepter le risque que comporte le rapport sexuel avec leur mari. Même si elles peuvent se procurer à un prix raisonnable des préservatifs, elles ne peuvent exiger que leur mari les utilise, et une inhibition sociale peut même les empêcher de poser la question. Rompre une relation matrimoniale, même dans le cas où, en restant mariée, la femme s'expose au risque de contamination par le VIH, n'est pas une possibilité qui s'offre à de nombreuses femmes qui n'ont souvent aucun autre moyen d'existence pour survivre et élever leurs enfants.

 L'impossibilité où se trouvent les femmes de maîtriser les facteurs qui les exposent au risque d'infection par le VIH est compliquée encore par le fait que dans de nombreuses sociétés, le rôle de la femme n'est valorisé qu'en tant qu'elle porte puis élève les enfants; bien entendu, pour beaucoup de femmes, leur propre désir d'avoir des enfants est également fort. Les mesures de prévention de la propagation du virus par des moyens mécaniques, tels que les préservatifs, qui empêchent les femmes d'avoir des enfants ne sont pas satisfaisantes pour ces raisons. L'expérience procurée par les programmes de planification de la famille dans le passé montre combien la valorisation culturelle de la procréation fait obstacle au changement et démontre que les femmes ne peuvent que rarement exercer un contrôle complet ou indépendant sur le processus reproductif.

 Bien que, presque invariablement, c'est le mari qui est le vecteur de l'infection par le VIH pour l'épouse, une femme mariée qui se trouve infectée par le VIH est souvent expulsée par le mari du noyau familial. Le mari cherchera alors une nouvelle épouse, souvent une femme plus jeune non contaminée à ses yeux et par conséquent sûre qui, à son tour, sera donc exposée au VIH. Dans certaines régions d'Afrique, on signale un nombre grandissant de viols de très jeunes filles, qui passent pour cette raison pour non contaminées10, 12.

 La prostitution est souvent le seul moyen d'existence pour les femmes plus âgées abandonnées, séparées, divorcées ou célibataires, ce qui montre bien une fois de plus le lien étroit entre le besoin économique et le risque d'infection par le VIH. Par "prostitution", dans ce contexte, on entend l'ensemble des moyens par lesquels les femmes échangent un rapport sexuel contre de l'argent ou toutes autres formes de soutien économique, des aliments, un logement, ou des soins.

 Alors que les femmes peuvent être exposées au risque d'infection par le VIH par la prostitution, le fait que les chercheurs dans le domaine du VIH et les responsables des politiques relatives au VIH prennent pour cible l'ensemble des travailleuses sexuelles a eu tendance à fausser la perception de l'impact de l'épidémie par les autres femmes. La plupart des femmes, en effet, ne sont pas des travailleuses sexuelles et, en fait, le groupe le plus nombreux de femmes exposées au risque d'infection n'est autre que les femmes mariées. Des données récentes relatives au Mexique indiquent que 0,8 % seulement de tous les cas recensés de sida concernent des prostituées, alors que 9 % des cas de sida sont des femmes mariées13. On trouve des chiffres semblables dans d'autres pays, développés ou en développement. Au Sénégal, où l'épidémie n'est encore qu'à son début (moins de 2 % de la population adulte infectés), les modes de transmission aux femmes, dans un pavillon de maladies infectieuses d'un hôpital, se répartissent comme suit : 20 % de contamination iatrogène, 30 % de contamination professionnelle (travailleuses sexuelles) et 50 % sans autre facteur de risque que le rapport sexuel avec le conjoint14.

 Le fait de retenir les travailleuses sexuelles comme groupe principal de femmes affectées par l'épidémie ne peut qu'encourager une attitude de reproche, de stigmatisation et de discrimination non seulement à leur encontre, mais à l'encontre de l'ensemble des femmes. Ce choix permet également à d'autres groupes, les hommes qui contaminent à la fois les travailleuses sexuelles et leur propre femme, à se refuser à croire qu'ils sont eux-mêmes en danger. On a là un autre exemple de la façon dont la réponse à l'épidémie, jusqu'à présent, n'a pas été suffisamment sensible à la nature et à l'étendue des risques courus par les femmes.

 L'accès des femmes à l'économie monétarisée, et de ce fait leurs perspectives d'obtenir des moyens d'existence indépendants en dehors du mariage et de la famille, peut également être limité par le régime foncier ou par le droit coutumier, par leur accès très limité à l'éducation, la formation, le crédit ou l'emploi, et par les restrictions culturelles qui pèsent sur leur mobilité. La dépendance économique des femmes ne se borne pas à contraindre certaines d'entre elles à recourir à la vente du rapport sexuel comme seul moyen d'existence disponible, mais accroît également, de façon différente, leur risque d'être contaminées. En effet, l'absence d'accès à des soins de santé d'un prix raisonnable, en particulier le traitement des maladies sexuellement transmissibles et autres troubles qui augmentent la sensibilité au VIH, signifie que les femmes ont un risque plus grand d'être contaminées par suite du rapport sexuel avec un partenaire infecté. Un faible niveau d'instruction signifie aussi que la femme aura peu de chances d'être informée des moyens de prévention. L'isolement social et géographique des femmes réduit encore leurs possibilités de se protéger9.

 Les femmes sont également très handicapées en ce qui concerne la confidentialité. La majorité des femmes infectées par le VIH découvrent leur statut sérologique durant une grossesse ou quand un de leurs propres enfants tombe malade du sida. A ce stade, toute confidentialité disparaît pour la femme, étant donné que chacun voit que l'enfant est malade et suppose donc ouvertement que la mère est contaminée. Le père de l'enfant refuse souvent le test de dépistage. La femme est souvent tenue responsable de la transmission du VIH à l'enfant, alors que c'est habituellement le mari qui a introduit le VIH dans la cellule familiale. La femme, incapable de contrôler la divulgation de son statut sérologique, se trouve souvent de ce fait exposée au blâme, à l'aliénation sociale et risque même d'être répudiée par son mari2, 15.

 L'impact de l'épidémie d'infections par le VIH sur les femmes ne se limite pas à leur risque d'être elles-mêmes infectées. Comme ce sont surtout elles qui dispensent les soins, les femmes ont la lourde tâche de s'occuper des malades, de veiller à la cohésion de la cellule familiale face à la maladie et à la mort, et de remédier au traumatisme psychologique causé par le décès des proches. Elles doivent également renoncer à des activités productives ou des possibilités d'emploi pour s'acquitter de cette obligation de donner des soins. Le fardeau psychologique et les responsabilités exercées par les femmes dans ces circonstances sont lourds et le sont d'autant plus que la femme est elle-même infectée par le VIH ou est plongée dans l'anxiété quant à sa propre santé ou à ce qui va advenir de ses enfants16.

 Ces scénarios sont une triste illustration du cercle vicieux dans lequel se trouvent les femmes : leur dépendance les oblige à se livrer à des activités qui les exposent au risque d'infection par le VIH et leur aptitude à se libérer de cette dépendance est encore amenuisée par la difficulté quotidienne de faire face aux conséquences de l'épidémie. A moins de pouvoir rompre ce cercle vicieux, en remédiant à l'inégalité sociale et économique foncière des femmes, on verra l'épidémie continuer à progresser inévitablement, entraînant un nombre grandissant de décès de femmes et d'hommes.

 PREVENTION DE L'INFECTION CHEZ LES FEMMES

 La dépendance émotionelle, sociale, culturelle et économique des femmes les rend beaucoup plus vulnérables à l'infection par le VIH, et il est donc impératif de reconnaître que la prévention de la transmission du VIH présente des difficultés toutes différentes de la prévention de l'infection chez les hommes. Il faut se demander non seulement si les stratégies de prévention proposées sont véritablement propres à réduire les risques de transmission, mais aussi se demander si l'environnement culturel est tel que les femmes sont bien en mesure d'appliquer ces stratégies de prévention. Il ne sert à rien de savoir comment se protéger soi-même du VIH si on n'est pas en mesure de contrôler les circonstances qui donnent naissance au risque et où l'action de prévention doit intervenir.

 Jusqu'à présent, les efforts de prévention de l'infection par le VIH ne sont pas parvenus à offrir aux femmes des moyens efficaces et réalisables de réduire leur exposition aux risques de transmission. Ces efforts de prévention ont en effet été axés sur trois problèmes : une réduction du nombre des partenaires sexuels, la monogamie ou la fidélité dans les relations, et des pratiques sexuelles moins risquées, en particulier par l'emploi de préservatifs, de façon à réduire les chances de transmission du VIH quand il y a exposition au risque. Mais ces mesures de prévention découlent des caractéristiques physiques et du mode de vie des hommes et devraient être appliquées aux hommes. Elles sont lamentablement inadéquates en tant que moyens pour les femmes de se protéger du VIH.

 En effet, en tant que stratégie de prévention, la réduction du nombre de leurs partenaires sexuels n'a pas de sens pour les nombreuses femmes qui n'ont de relations sexuelles qu'avec leur mari ou un partenaire régulier. Même si une femme a de multiples partenaires sexuels, elle est souvent incapable de modifier ce comportement car, pour les raisons discutées plus haut, ses rapports sexuels sont souvent le résultat du besoin et de la dépendance économiques. A moins que l'on offre à ces femmes un moyen de résoudre ce problème de fond, les mises en garde au sujet des risques que présente la multiplicité des relations sexuelles, tout en accroissant l'anxiété des femmes au sujet du VIH, ne suffiront pas, en soi, à réduire réellement le risque8, 9, 15.

 De même, les messages portant sur la prévention du VIH qui mettent en exergue la monogamie n'ont guère de pertinence pratique pour la majorité des femmes. On estime en effet qu'entre 60 % et 80 % des Africaines contaminées n'ont eu de rapports sexuels qu'avec leur mari15. Le problème n'est pas que ces femmes ne sont pas fidèles à leur mari, mais que leur rôle et leur statut, dans la relation, signifient qu'elles sont incapables d'obliger en retour leur mari à leur être fidèle. Cette absence de choix est encore exacerbée par la dépendance économique, qui est puissamment de nature à dissuader la femme de rompre une relation conjugale sexuellement dangereuse.

 Si les femmes sont incapables d'éviter le contact avec des partenaires sexuels contaminés par le VIH, la troisième stratégie de prévention, qui a trait à des pratiques sexuelles moins dangereuses, pourrait certes offrir une certaine protection aux femmes. Mais là encore, il est évident que l'inégalité de la relation empêche les femmes de se protéger effectivement contre le VIH. En effet, la seule méthode de prévention de la transmission du VIH comportant une barrière mécanique actuellement préconisée est le préservatif masculin. Il est malencontreux que, par une réalité biologique évidente, ce soit aux femmes de demander aux hommes de mettre un préservatif, et non pas l'inverse. Si les femmes n'ont pas le pouvoir de négocier les conditions premières dans lesquelles la relation sexuelle s'établit, elles sont également incapables d'obliger leur partenaire masculin à utiliser un préservatif, tout comme d'obtenir l'abstinence. De plus, la mise en place d'une barrière mécanique assurant une protection et réduisant donc la transmission du VIH présente des difficultés pour de nombreuses femmes en raison de leur désir et, dans de nombreux cas, de l'impératif culturel d'avoir des enfants9, 15, 17.

 Les mesures de prévention de la transmission du VIH préconisées jusqu'à présent n'offrent aux femmes qu'une protection faible ou nulle contre l'infection. En privilégiant les stratégies de prévention que les hommes peuvent appliquer et en méconnaissant les besoins et la situation des femmes dans l'épidémie, les politiques relatives au VIH n'ont pas seulement violé les droits des femmes, mais également compromis les moyens de prévenir la propagation de l'infection aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Il est tout à fait urgent de remédier à ce caractère déséquilibré des tentatives de prévention.

  

STRATEGIES DE CHANGEMENT

Le choix des politiques

 L'épidémie d'infections par le VIH rend impératif un changement culturel et social fondamental. Ce changement doit également se produire rapidement. On estime en effet que chaque jour, 5 000 femmes et hommes sont contaminés.

 Cette situation crée un risque de conflit entre les stratégies de prévention de la contamination des femmes qui prennent pour but d'atténuer leur subordination de façon qu'elles maîtrisent mieux leur vie et les stratégies de prévention qu'elles peuvent utiliser dans l'immédiat. Si l'on privilégie les stratégies réalisables à court terme sans tenter de remédier aux inégalités qui ont donné naissance au risque de contamination, on s'expose à la possibilité de rompre l'élan acquis dans la direction d'un changement culturel et social plus fondamental20. Est-il possible de surmonter ce conflit entre le besoin urgent d'intervention immédiate et pratique tendant à protéger les femmes contre l'infection par le VIH et la nécessité de remédier aux inégalités structurelles qui rendent les femmes vulnérables en première instance?

 L'expérience acquise récemment en matière de planification familiale offre une analogie révélatrice. On a constaté en effet que les femmes ont pu assumer une responsabilité grandissante pour les conséquences de leurs relations sexuelles, soit par l'emploi des contraceptifs, moyens qui sont pratiquement l'apanage des femmes plutôt que des hommes, soit par le fait qu'elles sont les premières à s'occuper des enfants. Cependant, si à un certain niveau cela a permis aux femmes de mieux maîtriser les conséquences de leur sexualité, il est possible de se demander si cela a vraiment réduit l'exploitation sexuelle des femmes. On peut certainement prétendre que le fait que les femmes disposent de contraceptifs a eu pour seul effet de faciliter l'exploitation sexuelle des femmes, car les hommes n'ont plus à se préoccuper des conséquences du rapport sexuel sous forme d'une grossesse non désirée ou de l'obligation paternelle.

 Face à l'épidémie d'infections par le VIH, nous voyons cette contradiction se reproduire, alors que les enjeux ont énormément augmenté. Il faut donc bien voir que toute tentative de remédier à la vulnérabilité des femmes face au VIH est à double tranchant. D'une part, il est urgent de prendre des mesures de prévention contre le VIH que les femmes puissent maîtriser, car elles ne sont pas en mesure d'obliger leur partenaire sexuel à être monogame ou à utiliser le préservatif. En revanche, en encourageant les femmes à prendre l'initiative de mesures de prévention contre le VIH dans le rapport sexuel, on s'expose au risque de prolonger encore l'exploitation sexuelle des femmes par les hommes qui, une fois de plus, se trouveront libérés de la responsabilité des conséquences de leur sexualité. De même, d'autres mesures ayant pour objet de réduire les risques d'infection des femmes par le VIH, comme le traitement des maladies sexuellement transmissibles, risquent d'occulter le fait que c'est la subordination sexuelle et non pas la mauvaise santé qui est pour les femmes, le facteur premier de risque. Il faut bien comprendre que la stratégie de prévention la plus efficace pour les femmes est le changement de comportement des hommes.

 Si l'on s'attache à formuler une stratégie face au VIH et au sida, il est essentiel de surmonter ce conflit potentiel entre les buts à long terme et à court terme en faveur des femmes. Manifestement, là où il est possible d'appliquer des mesures immédiates et efficaces pour réduire le risque d'exposition des femmes au VIH, il serait moralement répréhensible de ne pas prendre ces mesures en espérant ainsi mieux réaliser l'objectif à long terme d'un changement culturel et social indispensable. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que les deux objectifs ne sont pas nécessairement en conflit. Ainsi, l'amélioration de la condition féminine et la protection des femmes contre le VIH sont deux buts entièrement compatibles, dès lors que la politique relative au VIH et au sida est judicieusement informée par une bonne compréhension de la dynamique sociale et culturelle qui expose les femmes au risque de contamination.

 Il est important que ces préoccupations guident bien les efforts de prévention contre le VIH vers des interventions qui conduisent à une émancipation et non pas à un nouvel assujettissement des femmes. Il faut mettre au point des stratégies propres à aider les femmes, collectivement, à mieux maîtriser les relations sexuelles, en lieu et place des interventions qui ne demandent guère de participation active des femmes. Les mesures qui tendent à remédier à l'infériorité juridique et économique des femmes peuvent dégager des perspectives réelles et immédiates de réduction du risque d'infection des femmes, car elles leur donnent une plus grande autonomie et donc un moyen d'échapper à une relation de dépendance. Les initiatives qui tiennent compte de ces objectifs plus larges seront en fin de compte celles qui offriront les meilleures perspectives d'endiguer efficacement le VIH aussi bien dans l'immédiat qu'à long terme.

La recherche et les politiques nationales

 Les risques d'infection des femmes par le VIH obligent à repenser les stratégies de recherche sur le VIH, au plan biomédical comme au plan social. Comme, souvent, les femmes sont incapables de maîtriser les conditions élémentaires dans lesquelles a lieu la relation sexuelle, les recherches qui auraient pour but de mettre au point une protection mettant en jeu une barrière mécanique et ne nécessitant pas la coopération des hommes présenteraient l'avantage d'offrir aux femmes une protection immédiate et efficace contre l'infection par le VIH.

 La principale méthode de protection mettant en jeu une barrière mécanique actuellement disponible, le préservatif masculin, ne répond manifestement pas à ce critère et il est à noter que bien peu de recherches médicales ont été consacrées à la mise au point de méthodes de prévention que les femmes puissent utiliser. La recherche d'un préservatif féminin est en cours, mais un tel moyen continuera à être visible et tangible pour les deux partenaires, et son emploi continuera donc à supposer le consentement au moins tacite de l'homme. Très peu nombreuses ont été les recherches sur les facteurs biologiques, tels que l'immaturité génitale, qui augmentent peut-être le risque de transmission du virus chez les femmes, ou sur la question de savoir si d'autres dispositifs, comme le diaphragme modifié, ne seraient pas à même de protéger contre le VIH. Les femmes ne disposent toujours pas de barrière chimique, virucide par exemple. Il y a là des domaines de recherche urgents et prioritaires17.

 Il est important également que la recherche aide à remédier aux facteurs sociaux et culturels qui empêcheraient les femmes de se protéger contre le VIH. Cela serait possible, par exemple, par l'élaboration d'un virucide qui, en même temps, n'empêche pas la conception. Des mesures pratiques pourraient ainsi être prises pour que les femmes puissent satisfaire le désir ou l'impératif social d'avoir des enfants sans s'exposer à un risque accru de contamination par le VIH8, 17, 20.

 Outre la mise en place d'une barrière de protection efficace, il existe d'autres interventions qui peuvent protéger les femmes contre l'infection. Ce sont avant tout les mesures qui encouragent une meilleure santé et une meilleure hygiène génitales chez les femmes et l'abandon de la pratique de l'excision, qui accroît le risque d'infection par le VIH. Contre la contamination d'origine iatrogène, plusieurs mesures sont possibles : meilleure stérilisation, dépistage du sang, emploi de produits de substitution du sang, et mesures propres à réduire la probabilité, pour une femme, d'avoir besoin d'une transfusion de sang au moment de l'accouchement; toutes ces mesures peuvent également réduire le risque9.

 Mais, dans les stratégies relatives au VIH, ces mesures n'ont pas encore reçu la priorité nécessaire, et cela indique bien que ces stratégies ne sont pas parvenues à mettre la femme au centre de l'analyse, à donner la place adéquate à leurs préoccupations et leurs besoins dans la mise au point des stratégies de prévention. Or, les femmes sont bien en première ligne, non pas, comme on le dit souvent, en tant que vecteurs du virus, mais parce qu'elles ont à supporter les conséquences de l'épidémie pour les familles et les collectivités21. Ce que les femmes ont à dire devrait jeter aussi quelque lumière sur le traumatisme psychologique et sur l'impact social et économique de l'épidémie. Il est donc essentiel qu'elles s'expriment, que leurs besoins soient reconnus et qu'elles participent activement, à tous les niveaux, à l'élaboration des recherches et de la politique relative au VIH.

Un cadre de politique international relatif au VIH

 De même que les stratégies de prévention ont jusqu'à présent négligé les droits et les besoins des femmes, la communauté internationale, face à l'épidémie, n'a pas reconnu les raisons mêmes de la vulnérabilité des femmes et les mesures nécessaires pour y remédier.

 Depuis 1987, l'Organisation mondiale de la santé, dans le cadre de son Programme mondial de lutte contre le sida, a publié 18 déclarations de consensus sur des questions précises soulevées par l'épidémie. Une seule de ces déclarations, celle qui traite de la santé des mères et des enfants, aborde spécifiquement les questions qui touchent les femmes. Cependant, cette déclaration ne traite que des femmes en tant que mères et, même dans ce contexte, aborde plus les conséquences de l'infection par le VIH pour les familles et pour les enfants que les conséquences de l'infection pour les femmes elles-mêmes22. D'autres déclarations portent sur la prostitution et sur les maladies sexuellement transmissibles mais, faute d'une analyse appréhendant les facteurs de risque sociaux et culturels pour toutes les femmes, ces déclarations s'exposent à perpétuer la perception fausse de l'impact de l'épidémie sur les femmes.

 La Déclaration de Paris sur les femmes, les enfants et le sida, rendue publique le 30 novembre 1989, renforce l'idée que si les femmes sont touchées par le sida, c'est en raison essentiellement des effets sur les enfants23. Elle souligne l'importance de la prévention et des programmes de soutien qui sont spécifiquement ciblés sur les femmes, mais ne voit pas que la situation des femmes doit être indépendamment analysée dans le contexte de l'épidémie et méconnaît donc ce qui doit changer si l'on veut que les facteurs qui mettent les femmes en danger soient surmontés24. De même, la résolution de l'Assemblée mondiale de la santé, adoptée le 13 mai 1988, sur les moyens d'éviter la discrimination à l'égard des personnes infectées par le VIH et des personnes vivant avec le sida, tout en reconnaissant que le respect de la personne humaine vivant avec le VIH est essentiel pour que les programmes de prévention réussissent, ne traite pas de la discrimination plus large et des questions de droits de la personne humaine, qui sont pourtant essentielles pour une bonne compréhension de la gravité des risques que les femmes courent du fait de l'épidémie d'infection par le VIH25.

 Ce n'est qu'au cours des trois dernières années que l'on a commencé à reconnaître, dans certains segments de la communauté internationale, l'existence d'une corrélation entre la condition féminine et les risques de contamination des femmes. En juillet 1989, le Centre pour les droits de l'homme a convoqué une Consultation internationale sur le sida et les droits de l'homme. Son rapport déclare qu'il faut prêter spécialement attention aux droits des femmes. Cette déclaration note que "certains facteurs liés au rôle procréateur de la femme et à sa subordination dans la société la rendent particulièrement vulnérable à l'infection"26. L'infériorité des femmes dans l'accès à l'éducation, à la santé, à la formation, à un revenu indépendant, à la propriété et à la justice explique qu'elles ont un accès réduit à la connaissance sur le VIH et qu'elles peuvent mal se protéger contre l'infection.

 Ce thème a été repris par le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, à sa neuvième session (1990), dont une recommandation déclare, notamment, que les programmes nationaux de lutte contre le sida doivent spécialement prêter attention aux "facteurs liés au rôle procréateur des femmes et à leur position de subordination, dans certaines sociétés, qui les rendent particulièrement vulnérables à l'infection par le VIH"27.

 Le Programme des Nations Unies pour le développement a élaboré un ensemble de principes afin d'aider et de guider le PNUD dans la formulation des politiques de programmation et des politiques du personnel. Parmi ces principes figure l'idée que, "pour que les femmes soient en mesure de se protéger contre l'infection du VIH/sida et ses conséquences, il faut remédier au déséquilibre du rapport des forces dans les relations personnelles et au sein de la société, qui se traduit par la subordination de la femme". Dans l'ensemble de principes du PNUD, la priorité a été donnée aux :

  •  "mesures visant à satisfaire les besoins des femmes en matière de prévention, de soins, d'appui et d'accès au traitement, à réduire la discrimination et le traumatisme auxquels elles sont exposées, à renforcer leur capacité de se protéger de l'infection et à aider les femmes infectées à s'occuper de leurs enfants et à assumer leurs responsabilités domestiques et économiques28."

En novembre 1990, une consultation de l'Organisation mondiale de la santé sur les femmes a été convoquée pour examiner les priorités de la recherche concernant les femmes et le VIH/sida. La réunion a admis la nécessité de remédier à la méconnaissance de la spécificité des problèmes des femmes dans les recherches existantes sur le VIH et le sida et de retenir les recherches qui seront à même de contribuer à l'émancipation des femmes. Ont été considérés comme devant être prioritaires dans les recherches les facteurs culturels qui entravent les changements de comportement nécessaires pour permettre aux femmes de se protéger contre le VIH, l'impact des différentes méthodes de contraception sur la transmission du VIH aux femmes, le diagnostic et le traitement des maladies sexuellement transmissibles chez les femmes et l'impact de la mobilité géographique sur l'évolution des pratiques sexuelles et sur les risques de transmission du VIH aux femmes29.

 Ces initiatives constituent une première étape importante d'une réponse internationale à l'épidémie d'infections par le VIH et le sida qui donne la place voulue aux droits et aux besoins des femmes. Cependant, le fait qu'il a fallu attendre neuf ans pour que la nécessité d'une recherche sur l'impact du VIH sur les femmes soit explicitement reconnue par la communauté internationale signifie qu'un retard important doit être rattrapé. Il faut donc communiquer aux décideurs, à l'échelon national et international, le sentiment qu'il est urgent de faire ce genre de recherche.

Les droits de la personne humaine et l'épidémie d'infections par le VIH

 Les stratégies de prévention protégeront efficacement les femmes des effets du VIH à la condition qu'elles reconnaissent et défendent activement les droits des femmes. La notion de droits de la personne humaine peut en effet être utilisée activement dans ce contexte. Il ne s'agit pas simplement d'une toile de fond devant laquelle devrait s'organiser une stratégie de lutte contre le VIH et le sida, mais plutôt d'un puissant instrument qui peut être manié avec diligence pour permettre aux femmes de se protéger contre le VIH. La nécessité urgente et critique d'améliorer la condition sociale et économique des femmes et donc de surmonter leur vulnérabilité au VIH signifie que les considérations fondées sur les droits de la personne humaine, dans ce contexte, doivent aller au-delà des préoccupations immédiates telles que celles que soulèvent la discrimination à l'encontre des personnes vivant avec le VIH et l'accès aux soins de santé, de façon à aborder la situation d'infériorité foncière des femmes sur les plans social et économique.

 Les droits et les besoins des femmes ont déjà été gravement compromis par l'épidémie. A un niveau plus fondamental, le droit des femmes à la vie est menacé par le fait que, en si grand nombre, les femmes, en raison de leur situation sociale, culturelle et économique, sont impuissantes à se protéger contre le risque d'infection. De même, les femmes se sont vues privées du droit à la santé et souvent à l'accès aux soins de santé, ce qui ne fait qu'accroître leur vulnérabilité au VIH. Beaucoup de femmes se sont vues également privées du droit à l'éducation, y compris à l'information sur le VIH, et de leur indépendance économique, deux aspects qui exercent une influence critique sur leur vulnérabilité aux effets de l'épidémie.

 Les femmes infectées par le VIH souffrent également du fait qu'elles sont souvent privées du droit d'avoir des enfants et de toute liberté de choix en matière de procréation. Leur droit à l'intimité risque également d'être perdu une fois que leur statut sérologique est divulgué si leurs enfants tombent malades, ou quand elles sont présentées comme "responsables" de la transmission du VIH à un enfant à naître, ou encore quand elles sont répudiées par leur mari du fait de leur infection.

 Le droit d'être à l'abri de la discrimination revêt un sens profond pour les femmes à qui les hommes reprochent les conséquences de l'infection par le VIH. Des femmes qui sont impuissantes à éviter le risque de contamination par le VIH, soit par la voie d'un contact sexuel avec leur mari, de la prostitution ou d'autres voies, sont néanmoins accusées d'être porteuses du virus et souffrent de stigmatisation, de rejet et même d'expulsion par la structure familiale ou collective. La méconnaissance du fait que ces femmes ont besoin d'être protégées contre la discrimination complique encore la position socialement vulnérable des femmes en général, qui, à son tour, accroît encore le risque d'être exposée au VIH.

 Les femmes ont également un droit à la connaissance, un droit qui a été transgressé de plusieurs manières au cours de l'épidémie d'infections par le VIH. Le déni de ce droit est directement lié à des hypothèses de nature culturelle sur la question de savoir qui est le plus apte à la délibération rationnelle et à l'absence de participation des femmes aux décisions qui affectent pourtant leur existence. La reconnaissance du droit des femmes à la connaissance est une condition essentielle d'un choix et d'actes informés. Une femme qui connaît les formes de contagiosité du VIH, par exemple, peut mettre au point une stratégie lui permettant d'éviter le rapport sexuel avec son mari pendant les périodes où le risque d'infection est le plus grand, même si une abstinence sexuelle de longue durée est impossible. De même, une femme qui connaît les risques réels de transmission du VIH par la voie de l'allaitement maternel peut faire à ce sujet un choix informé, en pesant le pour et le contre, en mesurant le risque de transmission du VIH au regard de la menace que l'absence d'allaitement maternel fait peser sur la santé de l'enfant.

 Les violations des droits des femmes sous l'effet de l'épidémie d'infections par le VIH continuent à compromettre la vie des femmes, et la question doit être abordée à un niveau fondamental si l'on veut que la communauté internationale s'acquitte de ses obligations morales, éthiques et juridiques à l'égard des femmes. Les changements indispensables sont très profonds. Ils touchent aux valeurs et attentes culturelles qui dénient aux femmes la maîtrise de leur propre sexualité; ils touchent aussi au droit et à la situation culturelle qui dénient aux femmes les mêmes droits et possibilités économiques qu'aux hommes, et ils concernent aussi le rôle des femmes dans leur communauté, et tous ces changements doivent aboutir à une plus grande identité individuelle et une plus grande conscience de soi des femmes. On voit ainsi clairement que les fondements philosophiques des droits de la personne humaine ont une place essentielle dans la réponse à l'épidémie à mettre en oeuvre et qu'ils ont un impact direct et immédiat sur les résultats des politiques à entreprendre. Ainsi, la nécessité d'agir d'urgence pour protéger les femmes contre le VIH doit obliger les responsables à mettre la question des droits de la personne humaine, les femmes comme les hommes, au tout premier rang de la liste des priorités politiques.

Le rôle de la loi

 La corrélation inévitable qui existe entre les droits de la personne humaine et une bonne prévention de la contamination des femmes par le VIH met en évidence le rôle que le droit peut jouer en suscitant les changements indispensables pour permettre aux femmes de se protéger contre le VIH. Le droit a toujours été un des principaux mécanismes par lesquels les droits de la personne humaine ont été directement reconnus, tant à l'échelon du droit international que dans la législation nationale et les déclarations nationales des droits de l'homme. Une analyse, centrée sur la notion de droits, des facteurs qui rendent les femmes vulnérables au VIH montre immédiatement comment les instruments relatifs aux droits de la personne humaine peuvent être utilisés directement dans une stratégie de protection des femmes contre le VIH/sida. En outre, la loi peut et doit être utilisée pour défendre et protéger les droits de la personne humaine indirectement en redressant les inégalités et injustices structurelles, d'une façon qui cherche activement à susciter un changement social.

Le rôle direct de la loi

 Dans l'effort qu'elle entreprend pour limiter la propagation du VIH, la communauté internationale ne peut se dérober à l'obligation d'utiliser pleinement la protection des droits de la personne humaine qu'offre le droit international tel qu'il existe actuellement. Les instruments internationaux, s'ils sont utilisés de façon novatrice et appropriée, offrent de larges possibilités de promouvoir et de renforcer les droits et de satisfaire les besoins des femmes qui sont gravement affectées par l'épidémie d'infections par le VIH. Parmi les instruments qui pourraient être utilisés dans ce contexte, on peut citer la Charte des Nations Unies, de 1945, la Déclaration universelle des droits de l'homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Il existe aussi un certain nombre de traités régionaux tels que la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et la Convention européenne des droits de l'homme. Ces instruments reconnaissent expressément des droits tels que le droit à la vie, le droit à la vie privée et le droit d'avoir des enfants, qui sont d'un intérêt direct au regard de la protection des femmes contre les effets de l'épidémie.

 Mais il faudrait faire davantage pour donner un effet juridique formel à ces instruments internationaux dans le cadre de la législation nationale de chaque pays. C'est là un des domaines où le droit international pèche par négligence et l'un de ceux où une reconnaissance immédiate et tangible des droits de la personne humaine pourrait être appliquée grâce à l'adoption de lois nationales appropriées.

 Dans les pays où les codes et déclarations des droits de la personne humaine existent déjà et sont insérés dans la législation nationale, il existe un débat quant à la mesure dans laquelle ces instruments ont un effet pratique dans le contexte de l'épidémie, soit en empêchant des violations des droits de la personne humaine soit en offrant des réparations en cas de discrimination ou de violation des droits concernés. Comme pour toute réparation par voie légale, les questions d'accès et de coût de la justice font que la protection juridique est souvent disponible en théorie mais non en pratique. Dans les pays en développement en particulier, l'accès pratique à la justice est souvent inexistant, sauf pour un tout petit nombre. Néanmoins, l'effet symbolique d'une reconnaissance par la loi des droits de la personne humaine explicites et pouvant être défendus en justice ne saurait être sous-estimé. Il représente une affirmation publique de la valeur de ces droits et de la nécessité de les respecter en pratique. De cette façon, ces instruments juridiques peuvent avoir un effet sur la conduite des individus et sur la politique de l'Etat, ne serait-ce qu'en introduisant la notion de droits de la personne humaine dans le débat sur les politiques à suivre. On aurait tort de croire que les déclarations des droits de la personne humaine, en elles-mêmes, peuvent suffire à protéger adéquatement les droits de l'individu, mais il serait tout aussi erroné de les croire entièrement inefficaces.

Le rôle indirect de la loi

 L'idée que le droit est un instrument du changement de la société et des comportements est depuis longtemps l'objet d'un débat et de controverses parmi les juristes eux-mêmes. Il existe d'innombrables exemples de l'incapacité de la loi à modifier certains comportements sociaux, soit parce que la loi est ignorée soit parce que son application est par trop sélective. En ce qui concerne en particulier les femmes, le viol et la violence domestique en sont deux exemples. Néanmoins, étant donné l'urgence de l'action à entreprendre face à l'épidémie d'infections par le VIH, toutes les stratégies possibles doivent être explorées. On doit notamment se demander si une utilisation novatrice de la loi, fondée sur une juste appréciation de la dynamique sociale et culturelle complexe en jeu, ne permettrait pas d'aider à susciter les changements nécessaires dans les attitudes et les pratiques sociales qui entraînent une augmentation du risque d'infection par le VIH.

 En pratique, quelle peut être la contribution du droit aux stratégies de protection des femmes contre les effets du VIH? Il n'y a pas à cette question de réponse universellement applicable, ces stratégies, pour être efficaces, devant être adaptées à chaque culture. Cependant, il existe un certain nombre de domaines où le rôle du droit pourrait utilement être exploré.

 D'abord, il faut citer l'interaction entre le droit et la dépendance économique. Dans beaucoup de pays en développement, le droit maintient la dépendance économique des femmes, par le biais du régime de la propriété foncière, des lois sur le régime matrimonial et de la réglementation du crédit, qui privent les femmes du droit d'être propriétaires en leur nom propre, ou encore par le biais de lois qui empêchent les femmes d'avoir accès à certains emplois rémunérés ou au crédit30. L'élimination de ces barrières de caractère légal à l'indépendance économique peut être une première étape vers la maîtrise, par les femmes, de certaines des circonstances qui donnent lieu au risque de transmission du VIH, en leur donnant un accès indépendant à l'économie monétarisée. Cela pourrait faciliter de meilleurs soins de santé et un plus large accès des femmes à l'éducation, notamment au sujet du VIH. Dans la relation conjugale, les mesures qui réduiraient la dépendance économique de la femme pourraient également la mettre mieux à même de négocier au sujet de questions comme l'utilisation d'un préservatif ou la fidélité du mari.

 Deuxièmement, le droit est un mécanisme qui peut être utilisé pour aider à rehausser la position de la femme dans le mariage ou dans la relation sexuelle. Dans beaucoup de pays, par exemple, le viol dans le mariage ne fait l'objet d'aucune sanction pénale, et cela renforce les attitudes relatives à la subordination sexuelle des femmes. En promulguant des lois qui reconnaîtraient les droits des femmes à prendre des décisions libres au sujet des relations sexuelles, on aiderait les femmes à se protéger contre les risques de transmission du VIH dans le rapport sexuel. De même, des traditions coutumières reprises par le droit et qui encouragent des activités qui peuvent favoriser la propagation du VIH devraient faire l'objet d'une réforme législative. En pareils cas, la modification de la loi apporte le soutien et le renforcement nécessaires aux autres efforts tendant à modifier des pratiques coutumières.

 Troisièmement, la loi peut être utilisée pour exprimer une réponse publique appropriée à des activités telles que le rapport sexuel non protégé, la prostitution et la toxicomanie, qui accroissent le risque de transmission du VIH. La réponse appropriée variera avec le contexte. Pour les femmes qui, par leur isolement, n'ont pas accès à l'information, aux mesures de prévention et à un soutien, les lois qui cherchent à criminaliser ou à réglementer le comportement qui les met en danger d'infection par le VIH risquent de les cantonner dans l'aliénation qu'elles ressentent déjà. Ainsi, un régime juridique qui serait à la fois coercitif et insensible à l'impuissance des femmes serait inévitablement inefficace. Si les femmes ne peuvent, par exemple, maîtriser les facteurs qui les obligent à se livrer à la prostitution, les mesures répressives n'auront assurément aucun effet dissuasif et risquent en fait d'entraver nettement les efforts tendant à donner à ces femmes accès à une éducation et un soutien appropriés.

 En revanche, les intérêts des femmes peuvent être protégés par des lois qui chercheraient à modifier le comportement des hommes. On a constaté que cela était possible dans quelques pays d'Afrique australe où l'adoption de lois obligeant les hommes à pourvoir à l'entretien de leurs enfants a entraîné un changement marqué dans le comportement sexuel des hommes, qui ont veillé à engendrer moins d'enfants. Le fait d'associer certaines obligations légales à certains comportements réussit à les modifier. Pour les femmes dont le risque d'infection par le VIH résulte directement de formes de comportement sexuel contrôlées par les hommes, le droit peut être utilisé de façon constructive pour faciliter un examen et une modification des valeurs et des comportements coutumiers qui mettent les femmes en danger.

 Enfin, la loi peut être utilisée pour encourager l'adoption de mesures qui aident à enrayer la propagation du VIH. Il peut s'agir de programmes d'action en faveur des femmes qui nécessitent la participation d'un nombre minimum de femmes à la formulation des politiques, qu'il s'agisse spécifiquement de l'action contre le VIH et le sida ou de politiques plus générales comme l'assistance économique et les soins de santé. Des incitations économiques peuvent être insérées dans la législation sous forme de concessions fiscales, ou encore de programmes de formation encourageant une plus grande participation des femmes à la population active. Ces initiatives, en améliorant la condition économique et sociale des femmes, aideraient directement les femmes à se protéger contre le VIH.

  

CONCLUSIONS

 L'impact de l'épidémie d'infections par le VIH sur les femmes dans toutes les régions du monde manifeste tragiquement l'inégalité sociale, économique et culturelle dont elles souffrent. Cette inégalité prive de nombreuses femmes des moyens de se protéger contre le virus et, si on n'y remédie pas, entraînera leur décès des suites du sida en nombre grandissant. La réponse internationale à l'épidémie n'a pas adéquatement reconnu que, parce qu'elles sont défavorisées, les femmes sont gravement exposées à la contamination par le VIH et elle n'a pas veillé à ce que les stratégies relatives au VIH tiennent compte des droits et des besoins des femmes autant que de ceux des hommes.

 Alors que des millions de femmes sont déjà contaminées par le VIH, il est encore possible d'en sauver beaucoup plus par une action immédiate tendant à remédier aux violations des droits des femmes qui ont été commises dans le contexte de l'épidémie. Les stratégies qui permettent aux femmes d'exercer un plus grand contrôle sur les facteurs qui les exposent au risque de contamination par le VIH sont d'importance critique. Il faut mettre en place des mécanismes tendant à l'exercice effectif des droits des femmes et tendant à permettre une pleine utilisation des possibilités de la loi afin de renforcer les moyens d'agir contre les inégalités structurelles qui rendent les femmes vulnérables au VIH.

 Ces changements supposent une réorientation fondamentale des valeurs, des croyances et des lois qui déterminent la représentation et le rôle de la femme dans ses relations, son unité familiale et sa société. La tâche est extrêmement ardue, mais elle est à la hauteur de l'impératif moral d'une action urgente.


 NOTES DE BAS DU PAGE

 1. Chin, James. Current and Future Dimensions of the HIV/AIDS Pandemic in Women and Children. The Lancet, 1990, 336:221-224. 

2. Sabatier, Renée. Women and AIDS: Strategies for the Future. Proceedings of the meeting on Women and HIV/AIDS (à paraître). ACDI, Ottawa, Canada.

3. Diaz, F.G. et Rodolfo N. Morales. HIV/AIDS in Mexico. AIDS Action, bulletin de l'AHRTAG, No 10, avril 1990.

4. Organisation mondiale de la santé. The Global AIDS Situation Update. OMS, Genève, 1990.

5. Narain, Dr. Jai. HIV/AIDS in the Caribbean. AIDS Action, bulletin de l'AHRTAG, No 10, avril 1990.

6. Organisation des Nations Unies - Division de la promotion de la femme. Interrelationships Between the Status of Women and HIV-Epidemic: A Review of Published Literature. Rapport préparé à l'intention de la Réunion du groupe d'experts sur les femmes et le VIH, The Role of National Machinery for the Advancement of Women. Vienne, Autriche, 24 au 28 september 1990 [EGM/AIDS/1990/BP.2, 31 juillet 1990].

7. Center for Women Policy Studies. Memorandum on Federal Women and AIDS Legislation. Washington, DC, Etats-Unis, 6 mars 1991.

8. Carovano, Kathryn. More Than Mothers and Whores: Redefining the AIDs Prevention Needs of Women. International Journal of Health Services, 1991, 21:131-142.

9. Panos Institute. Triple Jeopardy: Women and AIDS. Panos Publications Ltd, Londres, Royaume-Uni, 1990.

10. Reid, Elizabeth. Young Women and the HIV Epidemic. Development Journal of SID, 1990:1, fevrier 1990.

11. Jochelson, Karen, Monyaola Mothibeli et Jean-Patrick Léger. Human Immunodeficiency Virus and Migrant Labor in South Africa. International Journal of Health Services, 1991, 21:157-173.

12. Akroyd, Anne. Sociocultural Aspects of AIDS in Africa: Topics, Methods and Some Lacunae. Présentation à la Conférence sur 'le sida en Afrique et dans les Caraïbes : Documentation d'une épidémie'. Columbia University, New York, Etats-Unis, 5 novembre 1990.

13. Uhlig, Mark. Prostitutes Join Mexico AIDS Fight. New York Times, 10 avril 1991.

14. Personal communication, Dr. A.M. Coll Seck, Dakar, Senegal.

15. Reid, Elizabeth. Placer les femmes au centre de l'analyse. Compte rendu de la réunion sur les femmes et le sida (à paraître). ACDI, Ottawa, Canada, 1990.

16. Hankins, Catherine. Psychological and Social Consequences of HIV Infection in Mothers and Children. Compte rendu de la Conférence internationale sur les incidences du sida pour les mères et les enfants, Paris, France, 27 au 30 novembre 1989.

17. Journal of Public Health, 1990, pages 460 à 462.

18. Lloyd, Genevieve. The Man of Reason: 'Male' and 'Female' in Western Philosophy. Methuen, Londres, Royaume-Uni, 1984.

19. Ce chiffre provient des estimations de l'OMS concernant le nombre (4 000) de nouvelles infections quotidiennes.

20. Hankins, Catherine. Women and AIDS: Strategies for the Future. Compte rendu de la réunion sur les femmes et le VIH/sida (à paraître). ACDI, Ottawa, Canada.

21. Bailey, Michael. Rapport de la cinquième Conférence internationale sur le sida en Afrique. Save the Children Fund, Royaume-Uni, 1990.

22. Organisation mondiale de la santé, Programme mondial de lutte contre le sida. Déclaration sur la santé de la mère et de l'enfant dans le contexte du VIH/sida, Genève, Suisse, novembre 1989.

23. Déclaration de Paris sur les femmes, les enfants et le sida, 30 novembre 1989.

24. Reid, Elizabeth. Déclaration du PNUD. Compte rendu de la Conférence internationale sur les incidences du sida pour les mères et les enfants, Paris, France, 27 au 30 novembre 1989.

25. Assemblée mondiale de la santé. Resolution on the Avoidance of Discrimination in relation to HIV-infected People and People with AIDS, Assemblée mondiale de la santé, Genève, Suisse, 13 mai 1988.

26. Organisation des Nations Unies, Centre pour les droits de l'homme. Report of an International Consultation on AIDS and Human Rights. Genève, Suisse, 26 au 29 juillet 1989.

27. Committee for the Elimination of Discrimination Against Women. General Recommendation no. 15 on the Avoidance of Discrimination Against Women in National Strategies for the Prevention and Control of Acquired Immunodeficiency Syndrome (AIDS). Report of the 9th Session (1990).

28. Programme des Nations Unies pour le développement, Rôle du PNUD dans la lutte contre le VIH et le sida : Plan directeur, DP/1991/57, New York, Etats-Unis, mai 1990.

29. Organisation mondiale de la santé, Programme mondial de lutte contre le Sida. Report of the Meeting on Research Priorities Relating to Women and HIV/AIDS, Genève, Suisse, 19 et 20 novembre 1990.

30. Longwe, Sara Hlupekile et Roy Clarke. "Proposed Methodology for Combating Women's Subordination as a Means Towards Improved AIDS Prevention and Control". Document préparé à l'intention de la Réunion du groupe d'experts sur les femmes et le VIH et The Rôle of National Machinery for the Advancement of Women. Vienne, Autriche, 24 au 28 septembre 1990 [EGM/AIDS/1990/W.5.5, 24 septembre 1990].