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développement |
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Eclairage No. 3
SANTE
GENITALE DE LA FEMME ET RISQUES DE TRANSMISSION DU VIH
Par
Regina McNamara
TABLE DES MATIERES
RESUME
INTRODUCTION
INFECTIONS ET LESIONS GENITALES
DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT : LES
OBSTACLES
RESUME ET RECOMMANDATIONS
ANNEXE
BIBLIOGRAPHIE
REMERCIMENTS
NOTE BIOGRAPHIQUE
RESUME
Le présent document
porte sur les affections génitales qui facilitent la
transmission du virus de l'immunodéficience humaine
(VIH) chez la femme. Il se propose d'examiner les
obstacles à la prévention et au traitement que
rencontrent les femmes dans les pays en développement.
La muqueuse
épithéliale vaginale constitue la protection normale de
la femme contre les infections; si elle n'est pas
intacte, la vulnérabilité s'en trouve accrue.
L'association de certaines infections sexuellement
transmissibles (IST) et de l'infection par le VIH a été
documentée, mais l'on ne s'est guère préoccupé à ce
jour des autres causes de lésions, d'infections et
d'inflammations génitales chez la femme, qui constituent
des moyens plausibles de transmission du VIH. Les causes
sont, entre autres, l'insertion dans le vagin d'objets
étrangers aux fins de contraception ou d'avortement, le
début précoce de l'activité sexuelle et la maternité,
des lésions pendant les rapports sexuels, des infections
de l'appareil reproducteur inférieur et l'infibulation.
Le diagnostic et le
traitement des affections génitales ne sont possibles
que lorsque les femmes ont accès à des agents
sanitaires qualifiés et disposant des moyens
d'identifier correctement leur état et de fournir une
médication adéquate. Cela peut se révéler difficile,
voire impossible, pour l'une ou l'autre des raisons
ci-après.
Bien souvent, les
femmes n'ont pas conscience d'être atteintes de vaginite
et de cervicite, les types les plus courants d'infections
vaginales.
L'accès aux
services de santé est limité; les moyens, les
compétences et les médicaments sont difficiles à
trouver. Il ressort des enquêtes démographiques et de
santé que dans de nombreux pays, la majorité des
femmes, surtout celles qui n'ont pas reçu d'éducation
et les femmes des zones rurales, ne reçoivent aucuns
soins prénatals et sont beaucoup moins nombreuses à
bénéficier d'une aide qualifiée lors de
l'accouchement. Même si elle pratique la planification
familiale, une femme peut passer toute sa vie sans un
seul examen pelvien.
Le problème de
l'accès limité aux soins de santé qui est courant dans
tous les pays en développement est aggravé pour les
femmes du fait de leur manque d'autonomie, de moyens
financiers et de transport. L'écart concernant l'accès
aux soins de santé entre les hommes et les femmes est
encore plus flagrant lorsque l'infection évoque
l'infamie d'une infection liée à l'activité sexuelle
ainsi que par l'image des femmes en tant que sources
d'infection par le VIH.
Un sentiment de
pudeur, c'est-à-dire la répugnance à présenter ses
organes génitaux à des professionnels de la santé est
un sentiment généralisé parmi les femmes et constitue
un puissant moyen de dissuasion pour ce qui est de
l'utilisation de services de santé.
Les femmes
reçoivent des conseils sur l'usage systématique et
correct de préservatifs afin de prévenir la
transmission du VIH, mais ce sont les hommes qui
utilisent les préservatifs et les conseils supposent une
communication et un accord entre partenaires pour chaque
acte sexuel. Les communications concernant le sexe sont
rares dans de nombreuses cultures, et en cas
d'inégalité sexuelle et de refus par l'homme, la femme
qui s'obstine risque de perdre tout appui économique,
social et émotionnel.
Les changements qui
doivent s'opérer à long terme dans les domaines
juridique, économique et culturel sont énormes;
s'agissant du court terme, les femmes peuvent prendre des
mesures collectives dans leur communauté locale. Les
femmes aussi bien que les hommes doivent apprendre à
connaître leur corps et à pouvoir en parler sans honte
ni gêne. Il faut les aider en leur fournissant des
informations, des services de santé adaptés et
appropriés, une aide juridique et des possibilités
d'éducation et d'indépendance sur le plan économique.
Des techniques
simples et peu coûteuses de diagnostic des IST devraient
être prioritaires dans les domaines de la recherche et
de l'assistance. Certaines techniques ont déjà été
éprouvées et il est indispensable et urgent d'en
poursuivre le développement et d'en subventionner la
généralisation. L'amélioration des méthodes de
prévention est d'une importance capitale, surtout les
virucides et les méthodes de protection que les femmes
peuvent utiliser. Ces méthodes, non seulement peuvent
être plus efficaces que l'usage irrégulier de
préservatifs, mais aussi elles donneront aux femmes une
certaine maîtrise des ressources nécessaires à leurs
propres santé et bien-être physiques et mentaux.
INTRODUCTION
Le présent document
traite de la préservation de l'intégrité de la surface
de l'appareil génital féminin afin de le défendre
contre la transmission du VIH par voie hétérosexuelle.
Si la muqueuse épithéliale vaginale, le système normal
de protection de la femme contre les infections, n'est
pas intacte lorsque l'homme dépose du sperme infecté,
la sensibilité à la transmission du VIH peut se trouver
considérablement augmentée. Les IST peuvent abîmer
cette protection et leur association avec la transmission
du VIH est bien documentée (voir, par exemple,
Wasserheit, 1990; OMS, 1990). Les autres causes de
lésions et d'infections génitales tant chez la femme
que chez l'homme risquant d'ouvrir la voie à une
infection par le VIH ont été généralement
négligées. Dans le cas des femmes, les conditions
culturelles et l'insuffisance des services de santé
aggravent les inconvénients de l'inégalité sexuelle et
sociale, augmentent leur vulnérabilité à l'infection
et limitent leurs ressources en matière de traitement.
Cette étude des
infections et lésions génitales vise à faire
connaître le caractère généralisé du problème et
ses causes dans le contexte socio-économique des femmes
vivant dans les pays en développement. Les obstacles au
diagnostic et au traitement des affections génitales
concernent souvent spécifiquement les femmes et varient
d'une culture à l'autre mais présentent des thèmes
communs : manque d'information; inégalité d'accès
aux soins de santé; violation des normes de la pudeur;
et ignorance ou mépris des besoins des femmes. Ces
barrières peuvent être levées grâce à l'éducation,
à l'amélioration de la situation économique, à des
services de santé de meilleure qualité et plus
accessibles ainsi qu'à des méthodes de prévention que
les femmes puissent maîtriser elles-mêmes. A cette fin,
la santé et le bien-être des femmes doivent être
prioritaires dans la recherche et l'assistance aux
niveaux national et international.
INFECTIONS ET LESIONS GENITALES
Dans l'exposé qui
suit, il est entendu que : à elle seule, une
muqueuse épithéliale intacte ne suffit pas
nécessairement pour protéger contre la transmission du
VIH pendant les rapports sexuels; l'emploi de
préservatifs est important, même en l'absence d'une
infection transmissible sexuellement ou d'une autre
affection génitale; et l'étude du VIH se poursuit et
les connaissances actuelles indiquent que la santé
génitale peut réduire, sans toutefois l'éliminer, la
vulnérabilité à l'infection.
Infections sexuellement
transmissibles
On pense que les
ulcères génitaux causés par la syphilis, le chancre
mou et l'herpès facilitent la pénétration du VIH par
la rupture de la muqueuse épithéliale ou à cause de la
concentration accrue localement de lymphocytes qui sont
les cellules cibles du VIH. Un comité d'experts de
l'Organisation mondiale de la santé (OMS) réuni
en 1989 a convenu qu'il était biologiquement
plausible que tous les agents pathogènes d'IST qui
provoquent des ulcères ou des inflammations génitales
soient un facteur d'augmentation du caractère infectieux
ou de la vulnérabilité au VIH (OMS, 1989).
D'autres infections transmissibles sexuellement, telles
que la gonorrhée, les infections chlamydiales et à
Trichomonas peuvent aussi accroître la sensibilité
(Oxtoby et Gayle, 1990). La trichomonase peut
constituer un risque beaucoup plus grand que les
ulcérations génitales, car elle est extrêmement
répandue dans de nombreuses régions du monde en
développement (Wasserheit, 1990).
Le terme
"infection sexuellement transmissible" dépasse
la liste des maladies vénériennes traditionnelles
(gonorrhée, syphilis, chancre mou, lymphogranulome
vénérien et granulome inguinal) et couvre plus de
20 organismes et syndromes, dont la chlamydiose,
l'herpès génital et les infections par le
papillomovirus humain. Les principales manifestations
primaires des infections sexuellement transmissibles dans
le monde entier sont l'urétrite chez l'homme, la
cervicite et la vaginite chez la femme et les ulcères
génitaux, les verrues génitales et les infections
entériques tant chez l'homme que chez la femme. Les
infections de l'appareil reproducteur inférieur peuvent
provoquer chez les femmes un écoulement vaginal anormal,
une sensation de brûlure pendant la miction, une
hémorragie vaginale anormale et des douleurs ou
démangeaisons génitales.
La fréquence des
infections sexuellement transmissibles et donc les
caractéristiques des maladies varient considérablement
entre les régions du monde et d'un pays à l'autre ainsi
qu'à l'intérieur des uns et des autres. Actuellement,
dans les pays occidentaux, le virus de l'herpès simplex
est la cause la plus courante d'ulcères génitaux; dans
de nombreux pays en développement, il semble que la
syphilis et le chancre mou soient les causes les plus
courantes (Hatcher et div. collab., 1989). Les taux
d'infection sont approximatifs, étant donné que les
moyens d'analyse et de traitement sont très limités
dans les pays en développement, que les praticiens
privés des pays développés omettent fréquemment de
signaler les IST de leurs patients, que les études
fondées sur la population sont rares et qu'une bonne
partie des recherches font l'objet des déformations
inhérentes aux études portant sur des groupes donnés
(travailleuses sexuelles, patients des centres de
traitement des MST, personnes se rendant à des
consultations prénatales et pratiquant la planification
familiale).
Bien qu'une femme
risque davantage qu'un homme d'être infectée par un
seul rapport sexuel avec un partenaire atteint d'une IST
(Hatcher et div. collab., 1989), les femmes sont très
insuffisamment prises en compte dans les données
concernant ces infections dans tous les pays, en partie
à cause du caractère fréquemment asymptomatique de
leur état, mais aussi parce que les services qu'elles
peuvent utiliser ou qu'elles voudraient utiliser ne sont
pas disponibles. Les diagnostics cliniques ou le
dépistage font rarement partie des services offerts dans
les centres de planification familiale, de consultation
prénatale ou de santé maternelle et infantile.
Lorsqu'ils existent, les services de traitement des
infections sexuellement transmissibles sont
généralement inacceptables pour les femmes. De ce fait,
les estimations concernant la répartition par sexe des
infections sexuellement transmissibles ne peuvent être
fiables.
Dans une analyse
internationale des infections de l'appareil reproducteur
féminin, Wasserheit (1989) a décelé une
fréquence plus grande dans les études effectuées en
Afrique que dans celles menées parmi les populations
asiatiques ou latino-américaines. Les taux médians pour
la gonorrhée étaient de 10 % dans les études
portant sur les pays africains; de 1 % dans les pays
d'Asie et de 6 % en Amérique latine. Les taux
médians de trichomonase étaient de 19 %, 11 %
et 12 % pour les études concernant respectivement
l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine (Dixon-Mueller et
Wasserheit, 1991).
Les principales
causes immédiates de stérilité chez les femmes étant
probablement la gonorrhée, la chlamydiose et autres
infections de l'appareil reproducteur, l'infécondité
permet souvent indirectement de mesurer la fréquence des
infections sexuellement transmissibles. Faute de
traitement, celles-ci provoquent des infections
inflammatoires pelviennes, qui provoquent des
inflammations, lésions ou distorsions des trompes, ce
qui conduit à l'incapacité de concevoir ou à des
avortements spontanés (Sherris et Fox, 1985). Dans
la plupart des études démographiques, l'infécondité
des femmes se mesure par l'absence d'enfants à la fin de
la période de procréation. Toutefois, on attribue ainsi
erronément tous les cas d'absence d'enfant à la
stérilité féminine plutôt que masculine et on laisse
de côté la stérilité qui suit les premières
naissances ou les naissances ultérieures. Les indices
varient considérablement, pouvant aller de 1 à
1,5 % en Corée et en Thaïlande jusqu'à pas moins
de 13 % dans les zones urbaines de Colombie et
23 % dans une zone rurale de Nouvelle-Guinée
(Belsey, 1980).
En Afrique
subsaharienne, les taux de stérilité les plus élevés
ont été généralement rencontrés dans trois
zones : le sud-ouest du Soudan et le nord-ouest du
Zaïre, le Cameroun et le Gabon, et le sud-est de
l'Angola et le nord-est de la Zambie. Ces zones, ainsi
que certaines régions du Burkina Faso et de
l'Ouganda, présentent des taux de stérilité
supérieurs à 21 à 40 %. Dans les zones
voisines, les taux de stérilité sont toujours bien
supérieurs à 3 %, ce qui est considéré comme un
seuil de fécondité normal (Frank, 1983). Une vaste
étude multicentres menée par l'OMS a révélé que
l'occlusion des trompes, souvent causée par une
infection sexuellement transmissible, était une cause de
stérilité chez 11 % des femmes stériles des pays
développés, 16 % des pays en développement non
africains et 49 % des pays d'Afrique (cités dans
Hatcher et div. collab., 1989). Des différences
dans la fréquence des infections sexuellement
transmissibles ou dans l'accès au traitement expliquent
peut-être les différences dans les taux de stérilité.
Lésions génitales
Les infections
sexuellement transmissibles sont une cause importante,
parmi d'autres, de lésions de l'appareil génital
féminin. D'autres sources d'infection ou de lésion
pouvant endommager la barrière épithéliale sont les
mutilations génitales féminines, l'accouchement,
l'insertion d'objets dans le vagin et les lésions
survenant au cours de rapports sexuels. Maintenir la
propreté de la région génitale dans les conditions
très dures de la vie nomade, dans des situations de
sécheresse ou de pénurie chronique d'eau relève de
l'héroïsme. On signale également des infections
causées probablement par le nettoyage insuffisant de
linges utilisés pour absorber les règles (Wasserheit et
div. collab., 1989).
Les mutilations
génitales féminines sont un cofacteur plausible de
transmission du VIH, qui n'a pas été suffisamment
étudié. Parmi les trois types d'opérations pratiquées
sur les fillettes, la plus grave est l'infibulation,
également appelée circoncision pharaonique. Le
clitoris, les petites lèvres et certaines parties des
grandes lèvres sont enlevées et les deux bords de la
vulve sont ligaturés, seule une petite ouverture étant
laissée pour la miction et la menstruation. Les
conséquences de l'infibulation, telles que
l'inflammation de la région génitale, l'occlusion
partielle de l'orifice vaginal, une anomalie anatomique
ou la présence de tissus cicatriciels friables risquent,
selon l'OMS, d'augmenter la sensibilité au VIH
(OMS/Programme mondial de lutte contre le
sida, 1990). Les effets à long terme de
l'infibulation sont la rétention urinaire chronique, les
infections de l'appareil urinaire, une guérison
incomplète et un excès de tissus cicatriciels (ou
chéloïdes) pouvant provoquer une obstruction vaginale.
L'accouchement (lorsque la partie infibulée est coupée
pour livrer passage à l'enfant) peut être gravement
traumatique et aller jusqu'à provoquer la rupture du
vagin. Les complications entraînées par ces opérations
génitales féminines ne sont pas signalées
régulièrement, en partie à cause de la répugnance des
femmes à subir un examen gynécologique
(Gordon, 1991).
Dans le nord du
Soudan, selon les résultats préliminaires de l'enquête
démographique et sanitaire, 82 % des femmes
mariées avaient subi la circoncision pharaonique. En
outre, 15 % des femmes mariées ont subi la
circoncision sunnite, la forme "la plus douce",
selon laquelle l'ablation de l'extrémité du clitoris
est pratiquée, ou un type intermédiaire d'excision, où
l'ablation de tout le clitoris et souvent des parties
voisines, dont les petites lèvres, est pratiquée (Ahmed
et Kheir, 1990). Les formes intermédiaires et
sunnites sont plus répandues en Afrique subsaharienne et
au Moyen-Orient que la forme pharaonique (qui est
signalée surtout dans le sud de l'Egypte, en Ethiopie,
en Somalie, à Djibouti et dans d'autres régions
côtières de la mer Rouge). Selon les estimations
actuelles, le nombre total d'Africaines ayant subi l'une
ou l'autre forme de circoncision ou d'infibulation
avoisine 100 millions (Women's International
Network, sans date).
L'initiative de la
maternité sans risques, lancée à Nairobi en 1987,
a attiré l'attention de la communauté internationale
sur les problèmes de la mortalité maternelle dans les
pays en développement. Les travaux de recherche et les
interventions ont été axés sur les risques de décès;
pourtant, lors de chaque accouchement, les femmes courent
le risque de lésions de l'appareil génital. Les
déchirures ou incisions survenant pendant la naissance,
avec les risques d'infection qu'elles comportent, sont
des lésions courantes de l'accouchement et des
infections massives peuvent être provoquées par des
avortements volontaires ou non. Les très jeunes femmes
sont particulièrement exposées aux risques liés à
l'accouchement (surtout lorsque l'alimentation a laissé
à désirer pendant l'enfance, les infections sont
fréquentes et la croissance subit des troubles).
L'accouchement à des âges très précoces n'est pas
chose rare. En Mauritanie, par exemple, 15 % des
femmes de 15 ans ont donné naissance à un enfant;
au Bangladesh, 21 % des femmes ont eu au moins un
enfant à l'âge de 15 ans (Nations Unies,
1991:59).
Lorsque le pelvis
n'est pas parvenu à maturité ou n'est pas suffisamment
développé, une distorsion céphalo-pelvienne et une
obstruction prolongée lors du travail peuvent provoquer
des dégâts allant jusqu'à une fistule vésico-vaginale
(FVV). En cas de FVV, il se produit une ouverture entre
la vessie et le vagin, les femmes atteintes perdant
continuellement de l'urine, ce qui mouille leurs
vêtements et provoque une excoriation de leur vulve et
vagin mutilés. Selon les rapports concernant la FVV en
Egypte, au Ghana, en Inde, au Kenya, au Nigéria, au
Pakistan, en Afrique du Sud, au Soudan et en
Turquie, de 80 à 100 % des cas
identifiés seraient d'origine obstétrique
(Tahzib, 1989). Dans un hôpital nigérian,
30 % des femmes souffrant de FVV avaient moins de
15 ans et 59 % avaient moins de 18 ans
(Ampofo et div. collab., 1990). On ignore le nombre
de femmes atteintes de FVV; on pense qu'elles sont
nombreuses à souffrir en silence, traitées en paria par
leurs familles et leurs communautés, sans aucune
protection.
Les autres causes de
légions génitales sont nombreuses et tiennent à des
pratiques traditionnelles telles que le
"gishiri" ou "incision au sel" au
Nigéria, consistant en une incision d'une partie de la
paroi interne du vagin effectuée par une sage-femme
traditionnelle, une guérisseuse traditionnelle ou, à
l'occasion, par la femme elle-même. Cette pratique vise
à soigner toute une série d'affections vaginales et
constitue un traitement de la stérilité
(Adebajo, 1989).
L'insertion de
plantes, de préparations traditionnelles et d'objets
étrangers dans le vagin peuvent provoquer des
inflammations, des abrasions et des infections,
augmentant ainsi le risque de transmission du VIH.
Certaines pratiques visent parfois à accroître le
plaisir du partenaire masculin pendant les rapports
sexuels. Parmi les femmes enceintes qui ont fait l'objet
d'une étude aux consultations d'un hôpital au Malawi,
12 % ont indiqué recourir à l'un ou l'autre des
éléments suivants pour resserrer leur vagin :
plantes, hydroxyde d'aluminium, tissus ou cailloux (gel
de silice, permanganate de potassium ou sorte de pierre
ponce). Il ne faut pas s'étonner que l'on ait constaté
que les pierres avaient un effet irritant et érodant sur
la muqueuse vaginale et il ressort des données obtenues
qu'elles risquent de faciliter le passage du VIH
(Dallabetta et div. collab., 1990).
On sait que, dans le
monde entier, des femmes insèrent des objets dans leur
vagin pour servir de médicament, à des fins de
contraception ou pour provoquer un avortement.
L'éventail des objets ainsi utilisés au Mexique, par
exemple, va de plantes à des pilules, en passant par du
savon et de la chaux (Shedlin et Hollerback, 1981).
Un processus plus complexe est décrit au Nigéria :
Pour
préparer [l'abortif], des feuilles et graines de
certains arbres locaux (graines d'ejirin et feuilles
d'itu) sont réduites en poudre et on y ajoute la
sève d'un autre arbre (epin) pour former une pâte.
On forme ensuite, au moyen de cette pâte, des
boulettes que l'on met à sécher. Pendant le
séchage, on y ajoute de la sève à deux ou trois
reprises. Les boulettes sont insérées dans le vagin
et, selon nos sources, elles ont pour effet de
détruire le foetus (Adebajo, 1989:14).
Une étude
transculturelle des moyens traditionnels de régulation
de la fécondité effectuée dans sept pays montre la
diversité des objets risquant de provoquer des dégâts
(Newman, 1985). En Afghanistan, des femmes ont
signalé l'insertion intravaginale de cuillères en bois
ou de bâtonnets traités au sulfate de cuivre afin de
provoquer une forte hémorragie et un avortement
(Hunte, 1985). Des Egyptiennes utilisent de
l'aspirine, du jus de citron, du poivre noir et des tiges
de plantes (Sukkary-Stolba, 1985). Dans d'autres
pays, on utilise comme abortifs : des feuilles de
bambou, de l'herbe, la nervure centrale de feuilles de
cocotier, de l'eau sous pression, des cintres, des
aiguilles à tricoter et des parapluies (Ngin, 1985;
Low et Newman, 1985).
Des conditions
génitales propices à la transmission du VIH peuvent
également être provoquées par des rapports sexuels,
surtout en l'absence de préliminaires, lorsque la
muqueuse non lubrifiée est irritée par la pénétration
du pénis. Chez les femmes d'un certain âge, une
vaginite atrophique peut causer des déchirements de
muqueuses pendant les rapports sexuels
(Peterman, 1990). L'éponge contraceptive peut
absorber à l'excès les sécrétions vaginales et
provoquer un dessèchement (Hatcher et div.
collab., 1989), et l'assèchement du vagin avant le
coït afin d'accroître la friction sur le pénis a été
signalée en Zambie (S. K. Hira, cité dans
Feldman, 1990).
Le viol et autres
modes violents d'affirmation par les hommes de leur
suprématie sexuelle peuvent causer des lésions aux
organes génitaux féminins et augmenter leur
sensibilité à l'infection par le VIH. Cela est un
facteur de risque, surtout pour les travailleuses
sexuelles qui ont des rencontres répétées avec des
clients ivres et violents. Lors d'une étude effectuée
à Harare (Zimbabwe), la moitié des travailleuses
sexuelles interrogées ont déclaré que leur dernier
client était ivre (Wilson et div. collab., 1989).
Un risque génital supplémentaire est lié à l'emploi
de préservatifs pendant des actes sexuels fréquents au
cours d'une brève période. Selon des rapports récents
établis par des groupes concernant des travailleuses
sexuelles en Thaïlande, il faut davantage de temps pour
éjaculer au client qui utilise un préservatif, le
lubrifiant s'élimine progressivement et il s'ensuit une
friction et une irritation (Sittitrai et div.
collab., 1989).
DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT :
LES OBSTACLES
La reconnaissance de
l'importance du rôle de l'intégrité des organes
génitaux féminins et masculins dans la réduction de la
transmission hétérosexuelle du VIH peut contribuer de
manière non négligeable aux efforts de prévention
déployés au niveau mondial, mais le diagnostic et le
traitement ne sont possibles que si les femmes et les
hommes peuvent se présenter devant une personne
possédant les compétences et les moyens d'identifier
correctement leur état et de fournir les médicaments
indiqués.
Utilisation des
services de santé
On ne sait pas
grand-chose de l'usage que font les femmes des pays en
développement, pour elles-mêmes, des services de
santé. On les questionne d'ordinaire au sujet de leur
recours aux services liés à la procréation ou à la
santé de leurs enfants. La source complète
d'information la plus récente au sujet de l'emploi des
services liés à la grossesse est constitué par les
enquêtes démographiques et de santé menées dans
29 pays en développement au cours des
années 80. Ces études indiquent que nombre des
femmes interrogées ont effectué au moins une visite
auprès d'une sage-femme qualifiée ou d'un médecin à
un moment donné de leur grossesse, mais que beaucoup
moins ont accouché avec l'aide d'une personne
qualifiée. Le tableau 1 indique
les différences d'ordre socio-économique et
géographique à l'intérieur des pays ainsi qu'entre
pays, en ce qui concerne les consultations prénatales et
l'aide à l'accouchement en Egypte, au Ghana, au
Guatemala, au Mali et en Thaïlande.
En Egypte, 42 %
des femmes rurales reçoivent certains soins prénatals
dispensés par un médecin, une infirmière ou une
sage-femme qualifiée, mais 19 % seulement
accouchent avec l'aide d'une personne qualifiée. Au
Ghana, 78 % des femmes rurales bénéficient d'au
moins une consultation prénatale; 29 % seulement
reçoivent l'aide d'une personne qualifiée à la
naissance. Dans les zones rurales du Guatemala et du
Mali, moins de 20 % des femmes reçoivent une aide
qualifiée à l'accouchement et les pourcentages de
femmes ayant reçu des soins prénatals sont à peine
plus élevés. Dans tous les pays, les femmes des zones
urbaines ont plus de chances d'utiliser ces services que
les femmes rurales.
La tendance à
recourir aux services d'une personne qualifiée augmente
fortement à mesure que s'élève le niveau d'éducation
des femmes jusqu'au niveau secondaire. Au Guatemala, par
exemple, les soins prénatals augmentaient de 18
à 86 %, et au Mali, ils passaient
de 27 % à 95 % (Chayovan, 1988;
Sayed, 1989; Ghana, 1989; Guatemala, 1989;
Traoré, 1989).
L'éloignement des
services sanitaires, l'absence de moyens de transport et
le manque de moyens financiers expliquent certainement en
partie les accouchements sans personnel qualifié et
pourtant, l'écart entre les sources de soins concernant
les consultations prénatales et les accouchements
suggère que des choix délibérés sont opérés. Le
prix attaché à un cadre naturel et familier et l'appui
spirituel et matériel qu'apporte l'accoucheuse
traditionnelle aux conceptions cosmologiques de la
patiente pèsent lourd sur la décision d'accoucher chez
soi (Twumasi, 1987). Ces facteurs ont un poids
considérable face à l'absence d'intimité dans les
services de santé, l'adoption de positions inhabituelles
pendant l'accouchement, la gêne éprouvée par des cris
en présence de tiers et l'indignité qu'il y a à
s'exposer (Auerbach, 1982; Rehan, 1984; Schuler
et div. collab., 1985; Beeson et div.
collab., 1987; Kerns, 1989).
Les statistiques
d'utilisation des soins ne prennent pas en compte la
qualité de ceux-ci (formation et compétence du
personnel sanitaire ou pénurie de fournitures ou de
matériel, tels que spéculums et gants aux fins d'examen
interne). Lors d'un examen prénatal courant, on pèse la
femme, on prend sa tension, on lui palpe peut-être
l'abdomen et on analyse son urine et, parfois, on
prélève du sang pour l'analyser. On peut interroger la
femme au sujet d'écoulements vaginaux, de démangeaisons
ou autres symptômes, mais l'examen pelvien n'est pas
toujours pratiqué si les antécédents ou l'état de la
femme ne le justifient pas. L'examen interne peut ne pas
être pratiqué, même si la femme utilise une méthode
de planification familiale, sauf si elle utilise un
stérilet ou en cas de résection des trompes.
Les femmes ignorent
souvent qu'elles ont une vaginite et une cervicite, qui
sont les syndromes les plus courants des infections de
l'appareil génital inférieur (Hatcher et div.
collab., 1989; Wasserheit, 1989). Selon les
estimations, 10 à 50 % des femmes atteintes de
trichomonase, 25 à 30 % des femmes ayant une
cervicite gonococcique et probablement plus de 50 %
de celles qui ont une cervicite chlamydiale ou une
vaginite bactérienne n'éprouvent aucun symptôme
(Wasserheit et div. collab., 1989 citant Holmes et
div. collab., 1984). Des symptômes tels que des
écoulements vaginaux peuvent être considérés comme
étant à peu près normaux et n'exigeant pas de soins
médicaux (Orubuloye et div. collab., 1990).
L'écoulement, voire une gêne assez marquée sont
souvent ignorés. (McFalls et McFalls, 1984).
Accès aux services de
santé
Les différences
d'accès aux soins de santé entre hommes et femmes,
telles qu'elles sont largement signalées, sont très
marquées quand il s'agit des organes sexuels. Un homme
présentant des symptômes peut demander un traitement
contre des infections sexuellemment transmissibles, au
moins à un stade avancé; sa femme risque davantage de
ne recevoir aucun soin. Ce n'est pas toujours parce que
les femmes ignorent ce qui leur arrive, mais parce que
leurs corps n'ont aucune valeur et ne sont pas
considérés comme nécessitant des soins. Des soins de
santé préférentiels aux enfants de sexe masculin sont
documentés en Asie, surtout au Bangladesh et en Inde,
ainsi qu'au Moyen-Orient (Cook, 1987). Cet élément
laisse manifestement des marques culturelles chez la
femme adulte.
Dans les zones
rurales de l'ensemble des pays en développement, les
femmes médecins sont rares; dans la culture musulmane
plus particulièrement, l'examen d'une femme par un
médecin de sexe masculin n'est pas permis. Les services
de santé peuvent être situés à de très longues
distances et les femmes n'ont ni autonomie ni moyens
financiers. On les libère rarement de leurs tâches
ménagères et familiales pour se rendre à un
dispensaire pendant les heures de travail ou passer du
temps à attendre dans des hôpitaux ou des cliniques. Il
se peut que tout déplacement à l'extérieur de leur
communauté immédiate soit interdit (Kloos, 1987)
ou empêché par un manque d'éducation et l'absence de
confiance nécessaire pour traiter avec les services
officiels. Des moyens de transport plus efficaces -
bicyclettes, motos, chevaux et ânes - sont parfois
réservés aux hommes (Stock, 1983).
Lorsque le purdah
leur est imposé, comme dans la société haoussa, les
femmes doivent obtenir la permission de leur mari pour
pouvoir quitter la concession. De nombreux maris
répugnent à autoriser leur femme à effectuer seule de
longs trajets pour recevoir des soins de santé, surtout
s'ils ne considèrent pas que la maladie de leur épouse
est une menace et s'ils pensent qu'elle se prête à un
traitement traditionnel (Stock, 1983).
Les hommes servent
souvent d'intermédiaires entre les femmes et les
services de santé et l'évaluation de la gravité d'un
état et le choix éventuel d'une source de traitement
approprié peut être effectué par le mari ou les
membres de sexe masculin les plus âgés de la famille.
Au Zaïre, les malades n'ont le droit de prendre une
décision que s'ils sont adultes, sont en état de
marcher et de se déplacer, ont les moyens de payer les
soins et, d'une manière générale, sont de sexe
masculin (Janzen, 1978).
Les obstacles
auxquels de nombreuses femmes se heurtent pour accéder
aux soins de santé tiennent, entre autres, à la
pauvreté, au manque d'éducation, à leur position
inférieure dans la société et à l'insuffisance des
systèmes de santé. Il en résulte que si une femme ne
reçoit pas de soins prénatals, ou si elle ne se rend
qu'à une ou deux consultations ne comportant pas
d'examen interne, elle peut passer toute sa vie et avoir
des enfants sans jamais subir un examen interne.
Pudeur
La détection des
symptômes et la disponibilité de services ne signifie
pas que tous les obstacles sont aplanis. Pour les femmes,
la répugnance à subir un examen pelvien est un puissant
dissuasif. Cela a été largement démontré par une
enquête sur les opérations génitales féminines,
effectuée au Soudan. Sur l'échantillon de
3 210 femmes, 95 % ont été interrogées,
mais 12 seulement étaient disposées à être
examinées (Gordon, 1991). Certaines des femmes
souhaitaient peut-être dissimuler la preuve qu'elles
avaient subi une mutilation; plus vraisemblablement, la
majorité d'entre elles exprimaient un vif sentiment de
pudeur.
La répugnance à
exposer leurs organes génitaux n'est pas propre aux
femmes des pays en développement. Aux Etats-Unis, par
exemple, 25 % des adolescentes à qui on demandait
pourquoi elles ne s'étaient pas rendues plus tôt à un
centre de planification familiale ont avancé pour raison
la crainte d'un examen pelvien (Zabin et
Clark, 1981). Comme l'écrit Scrimshaw sans mâcher
ses mots : "Toute femme, quelle que soit
pratiquement sa culture, qui a eu un examen pelvien en
connaît le sentiment de manque de dignité et de
gêne" (1973:10).
La gêne ou la honte
ont une force particulière dans certaines cultures,
comme le prouve le manque de popularité des méthodes
contraceptives exigeant l'exposition des organes
génitaux et un contact avec ceux-ci. L'injection, par
exemple, a été recommandée aux Indiennes, afin
qu'elles évitent l'expérience humiliante de
l'exposition à un examen médical et la nécessité de
manipuler leurs organes génitaux en utilisant une
méthode quelconque (Marshall, 1973). On signale en
Indonésie, où la religion musulmane joue un rôle
essentiel dans le choix de la méthode contraceptive, la
gêne provoquée par l'exposition des organes génitaux
lors de l'insertion d'un stérilet. De nombreux musulmans
refusent le contact physique intime entre les personnes
plaçant le stérilet et leurs clientes, bien que des
conseils religieux supérieurs aient récemment
approuvé, sous certaines conditions, l'usage du
stérilet (Molyneux et div. collab., 1990).
En tant que valeur
centrale de l'image de la femme, la pudeur est manifeste
dans le souci de couvrir les organes génitaux même dans
la petite enfance, comme c'est le cas en Amérique
latine, tandis que les garçons sont libres d'exposer
leurs organes génitaux jusqu'à l'approche de la
puberté. Les douches vaginales et les méthodes de
contraception liées à l'acte sexuel qui vont à
l'encontre des normes de pudeur sont rarement utilisées
par les Colombiennes (Browner, 1985) et jamais par
les Aguarunas du Pérou, qui interprètent comme un acte
érotique toute observation ou manipulation des organes
sexuels féminins (Berlin, 1985). Au Guatemala,
certaines femmes mayas n'enlèvent même pas leur jupe
pour accoucher (Beck, 1991). Des Mexicaines à qui
on demandait de nommer différentes parties de leur corps
n'ont pas trouvé d'autres mots pour le vagin que "la
parte" (la partie), mot prononcé avec une gêne
évidente (Shedlin, 1982).
Le degré et la
force de la pudeur sont illustrés par les pratiques des
femmes haoussas-foulanis du nord du Nigéria en matière
de grossesse et d'accouchement. Les femmes musulmanes
soumises au purdah n'admettent pas ouvertement leur
grossesse. Elles passent souvent la période de travail
seules dans leur concession (d'autres femmes se tenant
toutefois à portée de voix, pour le cas où la
parturiente aurait besoin d'aide). L'accoucheuse
traditionnelle est appelée une fois que l'enfant est
né, pour couper le cordon et s'occuper de la mère et du
bébé (Sokoto Maternal Health Project, 1990).
La peur et la honte
entourent les problèmes liés aux organes sexuels et les
femmes souffrent en silence. En Inde, les inhibitions
empêchant d'attirer l'attention sur le corps peuvent
être si fortes que même les agents de santé féminins
doivent se fier à l'exposé oral des symptômes des
femmes qui refusent de se soumettre à un examen physique
(Ramasubbam, 1990).
Les sentiments de
"vergüenza", ou de honte, et leur
influence sur la fréquentation des centres de
planification familiale ont été étudiés en détail
par Scrimshaw (1973). Nombre des femmes interrogées
à Guayaquil (Equateur), qui ne s'étaient jamais
déshabillées entièrement devant leur mari, étaient
contraintes de s'exposer devant des médecins de la
clinique, sans même que leurs jambes soient couvertes
d'un linge au cours de l'examen pelvien. Au moins, la
présence d'un écran empêche la femme de voir le
médecin, ce qui lui donne une certaine illusion
d'intimité.
Une étude a établi
que les Marocaines ne se sentaient pas traitées comme
des êtres humains lorsqu'il leur était enjoint d'ôter
leur culotte et de s'asseoir dans un corridor venteux où
les gens allaient et venaient, pour attendre la personne
chargée des services de planification familiale
(Mernissi, 1975). Cette étude, les travaux de
Scrimshaw datant des années 70 ainsi qu'une étude
bien antérieure effectuée par Stycos à
Porto Rico (1955) ont attiré l'attention des
scientifiques sur une question qui continue d'être
vivement et universellement ressentie par les femmes, qui
constitue toujours un problème grave et qui demeure,
d'une manière générale, ignorée.
Inégalités sexuelles
et infamie
Les restrictions
imposées aux déplacements, la crainte d'un examen
pelvien et la violation du sentiment d'intimité
constituent en eux-mêmes des obstacles énormes, sans
que vienne s'y ajouter l'infamie d'une infection d'ordre
sexuel. Le lien établi entre les IST et la promiscuité,
le fait de désigner les infections sexuellement
transmissibles, dans le langage populaire de certaines
langues, comme la maladie de la femme et l'usage courant
du terme nid d'infection pour décrire les prostituées
incrimine uniquement la femme, quelles que soient les
relations multiples de l'homme. Des recherches
effectuées au Zaïre ont établi que lorsque l'homme est
infecté, sa femme est soupçonnée d'infidélité et
que, si c'est la femme qui est infectée, on la
considère comme une dévergondée (Schoepf, cité dans
Bledsoe, 1989:11). L'image de la femme en tant
qu'origine des maladies est renforcée par les médias et
les avis de santé publique, comme il apparaît dans ce
slogan utilisé en Zambie : Evitez le sida. Prenez
le temps de la connaître (Bledsoe, 1989:11).
En discutant avec
des femmes des questions de prévention et de la
nécessité d'un traitement de leurs partenaires, on peut
prendre à tort pour hypothèse qu'elles sont libres de
parler sans risques de questions sexuelles et d'emploi de
préservatifs. Or, la discussion de cette question
extrêmement délicate est rare dans de nombreuses
cultures. Une enquête sur les communications entre
époux dans les pays d'Asie, par exemple, a montré que
près d'un tiers des femmes interrogées, aux
Philippines, ne parlaient jamais de questions sexuelles
avec leur mari, pas plus que 47 % des femmes à
Singapour ou 53 % des femmes en Iran
(CESAP, 1974). En Afrique subsaharienne, les
activités sexuelles sont rarement discutées entre
époux ou entre personnes de générations différentes
(Caldwell et div. collab., 1989). Dans la culture
latino-américaine, les communications entre hommes et
femmes (ou entre parents et enfants) au sujet des
questions sexuelles ne sont pas la norme (Worth et
Rodriguez, 1987; Santos-Ortiz, 1990). Il est
apparu, à la suite d'une étude de la prise de
décisions quant à l'utilisation de la planification
familiale au Mexique, que 35 % des sujets de
l'échantillon n'avaient jamais discuté de la question
du contrôle des naissances avec leur conjoint
(Folch-Lyon, 1981). Dans des groupes d'étude, des
femmes ont fait part des difficultés qu'elles
éprouvaient à discuter de toutes questions concernant
les relations sexuelles avec leur mari. Castro
de Alvarez (1990) a observé que, dans leur
société patriarcale, les normes culturelles imposent
aux femmes latino-américaines de paraître naïves en
matière de sexe et déterminent qu'une femme au fait des
rencontres sexuelles et disposée à avoir une de ces
rencontres est considérée comme une femme facile. Il
est donc très difficile de réunir les conditions
nécessaires pour favoriser l'emploi de préservatifs et
persuader un partenaire de faire soigner une infection
sexuellement transmissible. Ces conditions sont les
suivantes : égalité sexuelle relative entre hommes
et femmes; possibilité d'admettre qu'il y ait d'autres
partenaires sexuels; et options autres que la maternité
pour définir l'identité et l'estime de soi
(Worth, 1989).
Lorsqu'il n'y a pas
de communication au sujet du sexe et que les femmes
craignent que leurs relations soient hypothéquées si
elles demandent des pratiques sexuelles sans risques, la
promotion de l'usage du préservatif chez les femmes est
probablement vouée à l'échec. La colère exprimée par
des femmes lors d'une étude effectuée à New York
du fait qu'elles étaient contraintes de se sentir
responsables du comportement sexuel des hommes est
d'application quasi universelle. Les femmes affirmaient
que c'étaient les hommes qui prenaient toutes les
décisions concernant les questions sexuelles et que si
l'on voulait que les hommes portent des préservatifs,
c'était à eux qu'il fallait parler et non aux femmes
(Worth, 1989). Les stratégies de prévention qui
imposent toute la charge de responsabilité aux femmes
passent sous silence la position de subordination de
nombre d'entre elles qui sont économiquement et
émotionnellement dépendantes de leur partenaire sexuel
masculin. Pour ces femmes, la négociation, voire même
la discussion, est exclue (Maldonado, 1991).
Les convictions et
sentiments profondément ancrés concernant la
contribution du sperme à la santé de la femme et
l'importance de la procréation n'est pas le moindre des
obstacles d'ordre socio-culturel et psychologique à
surmonter pour promouvoir l'emploi des préservatifs au
Zaïre (Schoepf et div. collab., 1988). Décider
d'utiliser un préservatif c'est décider de ne pas
procréer ainsi que de ne pas être infecté. La
généralisation de l'emploi des préservatifs peut donc
aller directement à l'encontre du désir des femmes de
jouer leur rôle procréateur et des attentes de leurs
partenaires et de leurs familles dans ce sens. Il s'agit
aussi d'une décision qui doit être prise pour chaque
rapport sexuel. Les femmes doivent fréquemment aborder
la question des décisions d'ordre sexuel et, à chaque
fois, elles sont ainsi émotionnellement, sexuellement,
physiquement et économiquement vulnérables
(Worth, 1989).
RESUME ET RECOMMANDATIONS
Les causes des
lésions de la barrière épithéliale qui facilitent la
transmission vaginale du VIH sont nombreuses :
infections sexuellement transmissibles, insertion de
corps étrangers dans le vagin, lésions au cours des
rapports sexuels et mutilations génitales
traditionnelles, entre autres. Les obstacles à la
prévention, au diagnostic et au traitement sont
également nombreux. La plupart de ces obstacles tiennent
au contexte culturel et économique de la vie des femmes
et ne peuvent être surmontés que grâce à l'effort
concerté tant des collectivités locales que des
systèmes de santé nationaux. Ces questions doivent
être prioritaires dans les programmes de recherche et
d'assistance nationaux et internationaux.
Les recommandations
formulées dans la présente section supposent qu'un
changement est nécessaire dans les connaissances et le
comportement des femmes, mais à elles seules elles ne
peuvent assumer toute la responsabilité de la
prévention de la transmission du VIH. Par leurs
positions de force sur les plans politique et économique
ainsi que de par leurs relations sexuelles, c'est aux
hommes qu'il incombe d'opérer le changement, car c'est
la subordination des femmes C manque de maîtrise de
leur corps et de leur vie C qui constitue le
principal facteur de risque de transmission du VIH
(Hamblin et Reid, 1991; Carovano, 1990).
Niveau communautaire
Au niveau de la
collectivité locale, le point de départ de l'éducation
des femmes et des hommes est le message que la santé de
la femme est importante pour des raisons autres que la
procréation. La connaissance de leur corps, la capacité
de parler sans honte des organes sexuels et des
activités sexuelles, les pratiques d'hygiène (surtout
en ce qui concerne la menstruation) et les signes et
symptômes de problèmes d'ordre génito-urinaire doivent
être communiqués par l'intermédiaire des réseaux
sociaux de la communauté. Il faut à tout prix aider les
femmes à parler de ces questions dans leur propre
langage, sans gêne, et à s'entraider pour élaborer des
stratégies afin de soulever ces questions avec les
hommes. Il faut aider les hommes à parler sans gêne de
leur propre sexualité ainsi que de celle des femmes,
entre eux et avec les femmes, en toute franchise et sans
trivialité. Des modèles à imiter doivent se dégager
qui, par leur connaissance des femmes et leur attitude
envers elles, puissent redéfinir l'image de l'homme.
Dans de nombreuses
sociétés, les connaissances en matière de sexualité
et de biologie de la procréation sont transmises par les
femmes âgées expérimentées, surtout lorsque les
cloisons sociales entre les sexes mettent l'accent sur la
communication entre femmes plutôt qu'entre partenaires
(Newman, 1985). Le contexte social peut appeler
d'autres règles pour la discussion de questions d'ordre
sexuel, comme c'est le cas en Tunisie, où les femmes ne
parlent jamais de planification familiale avec leurs
filles ou toute autre personne d'un autre groupe d'âge
que le leur (Huston, 1978). Les groupements de
femmes sont une ressource quasi universelle que les
femmes peuvent utiliser pour apprendre à parler de leur
corps, de leur sexualité et de leur santé génitale à
leur manière et selon leurs propres coutumes.
La préférence
accordée aux services de sages-femmes locales et bien
connues au moment de l'accouchement donne à penser que
les sages-femmes traditionnelles peuvent jouer un rôle
important en sensibilisant les femmes aux menaces pesant
sur leur santé génitale, en les aidant à reconnaître
les symptômes des IST et en fournissant des conseils au
sujet des moyens de traitement. La formation des
accoucheuses traditionnelles en vue de l'élimination des
risques au cours de l'accouchement et l'éducation
sanitaire constitue une pratique assez courante. Bien que
les formateurs déconseillent généralement aux
accoucheuses de procéder à des examens internes, afin
d'éviter les infections, et que leurs programmes de
formation ne comprennent généralement pas les
infections sexuellement transmissibles et autres
affections génitales, les accoucheuses peuvent être
formées à la discussion des symptômes, peuvent
apprendre à fournir des conseils et, lorsqu'elles sont
en rapport avec un système de services de santé, à
diriger les femmes vers des services pouvant assurer
diagnostic et traitement.
Les travaux de
recherche relatifs à la médecine traditionnelle portent
rarement sur les états autres que la grossesse qui
poussent les femmes à rechercher des soins. Toutefois,
il apparaît généralement que les pratiques
traditionnelles sont populaires et concernent un large
éventail de maladies féminines. La médecine
traditionnelle coexiste avec la médecine moderne et il
n'est pas rare que des consultations selon les deux
systèmes aient lieu successivement ou parallèlement
(Janzen, 1978; Cosminsky et Scrimshaw, 1980;
Heggenhougen, 1980; Green et Makhubu, 1984;
Cleland et van Ginneken, 1988; Good, 1988;
Ingstad, 1990).
En Malaisie, par
exemple, deux systèmes traditionnels (médecine ayurveda
et médecine chinoise) ainsi que la médecine
traditionnelle malaise, reconnus comme des éléments de
la culture et de la société globales malaise, sont
reliés au système de santé officiel et utilisés
largement pour compléter ou suppléer les pratiques
médicales modernes (Heggenhougen, 1980). Au
Guatemala, la population agricole peut avoir
simultanément accès aux guérisseurs traditionnels
(curanderos), aux herboristes, aux sages-femmes, aux
spiritistes, aux chamanes, aux injecteurs, aux
pharmaciens, aux médecins privés, aux cliniques et
établissements hospitaliers publics et privés ainsi
qu'aux remèdes ménagers (Cosminsky et
Scrimshaw, 1980). Selon les estimations de
Good (1988), il y a dans la plupart des zones
rurales d'Afrique au moins un guérisseur traditionnel à
mi-temps pour 200 à 300 personnes; dans les
villes, la proportion est de un guérisseur pour 400
à 800 personnes. On estime que, au Swaziland, au
moins 85 % de la population a recours aux services
de guérisseurs traditionnels (Green et
Makhubu, 1984). Ces personnalités écoutées et ces
thérapeutes sont souvent des femmes. Le rôle des
guérisseurs traditionnels dans la transmission
d'informations concernant la santé génitale et la
protection de cette santé n'est peut-être pas
universel, mais ils sont partout et constituent une
ressource influente.
Systèmes de santé
Le renforcement des
services de santé en vue de la prévention et du
traitement des infections génitales et autres affections
doit constituer une priorité aux niveaux national et
international dépassant les catégories de services
traditionnels. L'étroitesse de la vocation des
programmes de santé publique s'occupant des femmes
apparaît nettement dans le fait qu'il y est question de
"services de santé maternelle et infantile".
Cela tient à la croyance que l'amélioration de la
santé de la femme est un important préalable à la
santé de l'enfant. Une variante récente de ce
raisonnement est axée sur le fait que la femme peut
transmettre le VIH à son enfant et s'occuper de
personnes infectées par le VIH et atteintes de maladies
connexes ainsi que d'orphelins.
Les systèmes de
santé sont l'expression de cette vue limitée de la vie
et du potentiel des femmes et des inégalités
généralisées entre les sexes qui interdisent aux
femmes la maîtrise de leur corps. Il revient aux
services de santé publique d'élargir immédiatement la
notion de santé de la femme à l'éventail de ses
activités et préoccupations. Bourses d'études et de
recherche, appui aux réseaux d'organisation, forums,
formation, analyse des politiques générales, activités
de plaidoyer et programmes nouveaux et améliorés sont
autant d'éléments qui doivent mettre en évidence les
restrictions dont souffrent les services de santé
actuellement offerts aux femmes. Services de santé qui
sont restrictifs, tant parce qu'ils sont d'accès
malaisé dans de nombreuses zones que parce qu'ils ne
répondent qu'à une partie des besoins des femmes en
matière de santé.
Les services
prénatals offrent une bonne occasion aux professionnels
de la santé de conseiller les femmes au sujet de la
protection de l'appareil génital et de diagnostiquer et
traiter les infections de l'appareil génito-urinaire. Il
importe d'apprendre au personnel soignant d'être
attentif aux mauvaises conditions de l'appareil génital;
il est tout aussi nécessaire de respecter la pudeur des
patientes et de veiller à assurer un maximum
d'intimité. Des écrans fabriqués en matériaux locaux,
des rideaux en tissus locaux C pour préserver
l'intimité C la réduction au minimum du temps
pendant lequel les patientes sont déshabillées, sont
autant de marques de respect et de mesures relativement
simples propres à rendre les services plus acceptables.
Il est indispensable d'augmenter les effectifs du
personnel médical féminin à tous les niveaux. Devant
l'absence généralisée de possibilité d'éducation
pour les femmes depuis les premières années jusqu'au
diplôme universitaire, il importe d'accorder des bourses
à davantage de femmes.
Une grande partie du
travail à accomplir n'exige pas de formation approfondie
ou de nombreux emplois. Une formation en cours d'emploi
des femmes locales dans les centres de santé et dans la
collectivité permettrait d'abaisser les barrières tout
en élargissant la disponibilité des services. Les
services de soins de santé primaires et de planification
familiale ont largement démontré la valeur du recours
à la population locale pour le recrutement et la
formation de personnel paramédical. S'il y a une
véritable participation de la collectivité et surtout
des organisations féminines à la planification des
moyens et des services, les besoins, les perceptions, les
problèmes et les attentes pourront être librement
exprimés, respectés et abordé.
Les responsables de
la planification familiale peuvent orienter le secteur
officiel en recherchant les moyens d'amener les services
de santé à réduire les obstacles d'ordre
institutionnel auxquels se heurtent les femmes. Leurs
programmes pourraient comporter des services de
diagnostic et de traitement des lésions, inflammations
et infections génitales et pourraient constituer la
seule source de soins de santé disponibles aux femmes
sexuellement actives, en particulier les femmes pauvres.
Il serait relativement facile d'intégrer les fonctions
ci-après dans les services de planification familiale à
condition qu'ils disposent des compétences et des
fournitures nécessaires et qu'il existe la volonté de
s'occuper de la santé génitale et reproductive :
remplacement des objets endommageant le vagin par des
contraceptifs modernes (qui en outre réduiront
l'utilisation de ces objets en tant qu'abortifs);
éducation des femmes et des hommes au sujet des risques;
et diagnostic, traitement et conseils aux partenaires
sexuels.
L'insuffisance des
ressources en matière de soins de santé dans les pays
en développement est flagrante. Il y a pénurie de
laboratoires et de fournitures pour le diagnostic ainsi
que de médicaments pour le traitement des IST. A court
terme, le développement rapide des analyses de
laboratoire n'est pas réalisable. Toutefois, il est
possible de mettre sur pied et de subventionner la
distribution de fournitures en vue de l'application de
techniques de diagnostic peu coûteuses et relativement
simples faisant appel à des prélèvements du col de
l'utérus, à l'odeur KOH vaginale et à l'évaluation du
pH vaginal, comme l'a montré une étude des infections
de l'appareil reproducteur effectuée au Bangladesh
(Wasserheit et div. collab., 1989). Quand des tests
appropriés auront été mis au point, les systèmes de
santé devront subir les changements nécessaires à leur
mise en application.
Programmes de recherche
et d'assistance
Dans la recherche et
l'aide au développement, il est malaisé d'accorder la
priorité à une question si rarement examinée dans sa
complexité individuelle et sociale. Il est urgent
d'accomplir des progrès technologiques pour mettre au
point et généraliser des tests de diagnostic peu
coûteux en faveur des femmes des pays en développement.
Des agents féminins des secteurs traditionnel et moderne
doivent être formés pour éduquer, diagnostiquer et
traiter. Des travaux de recherche opérationnelle
devraient permettre d'évaluer leur action.
Le dilemme, ou
paradoxe, lié à l'emploi de préservatifs en tant que
moyen principal d'empêcher les femmes de contracter le
VIH tient bien entendu au fait qu'il s'agit d'une
stratégie destinée aux hommes. Etant donné qu'ils ne
peuvent être utilisés lorsque l'homme est dominateur et
fait preuve de résistance, il faut trouver rapidement
d'autres moyens de protection mécanique ou chimique; la
distribution de ces moyens doit être généralisée à
un faible coût ou gratuitement et les femmes doivent
pouvoir les accepter.
Spermicides et
diaphragmes sont des moyens de contrôle plutôt que de
prévention, ayant la préférence démontrée des femmes
à qui on a donné le choix au cours d'études
effectuées au Cameroun et au Ghana (Spieler, 1990)
et au Rwanda (Allen et div. collab., 1988). Les
moyens dépendant uniquement de la femme peuvent se
révéler moins efficaces que les préservatifs, encore
qu'ils soient plus efficaces à long terme s'ils sont
utilisés de manière systématique et généralisée
alors que le préservatif ne l'est pas
(Stein, 1990). Des travaux de laboratoire et des
études cliniques indiquent que les spermicides vaginaux
qui placent un écran chimique entre les liquides
infectés et les membranes muqueuses vulnérables offrent
aux femmes une protection remarquable contre les IST
(voir North, 1990, pour une bibliographie), encore
que l'emploi conjugué d'un préservatif offre une plus
grande sécurité.
Le nonoxynol-9
(N-9), le spermicide le plus répandu, a été testé en
tant que virucide du VIH et les résultats des travaux de
laboratoire indiquent qu'il offre une certaine
protection. Toutefois, on n'a pas déterminé si les
spermicides, à eux seuls, sans moyens mécaniques,
mettent à l'abri d'une infection par le VIH (Cates et
Stone, dans divers articles). Les problèmes rencontrés
pour interpréter les résultats des études cliniques
tiennent au fait que la recherche portait essentiellement
sur des populations particulières (par exemple, des
prostituées à l'activité sexuelle largement
supérieure à celle de l'ensemble de la population)
ainsi qu'à des facteurs de confusion tels que l'emploi
du N-9 avec une éponge vaginale, ce qui devrait suffire
à provoquer des microlésions ou une irritation, du fait
de concentrations élevées de N-9 (Gollub, 1991).
Les préservatifs féminins (par exemple des sacs de
polyuréthanne ou de latex) sont en cours d'essai, mais
ils n'existent pas encore sous une forme permettant d'en
espérer l'acceptation générale.
Un virucide vaginal
offrant une protection contre la transmission sans
empêcher la conception est d'une importance capitale
pour les femmes qui veulent avoir des enfants et qui ont
besoin d'en avoir dans des sociétés où leur statut et
leur sécurité économique dépend de la procréation
(Stein 1990). Une orientation prometteuse de la
recherche est la possibilité que des concentrations de
N-9 inférieures à celles qui sont recommandées en tant
que spermicide peuvent se révéler efficaces comme
virucide (Stein et Gollub, 1991). On ne saurait trop
insister sur l'importance d'une recherche urgente dans
cette voie ainsi que concernant d'autres virucides, ni
sur la nécessité de mettre au point rapidement une
méthode que les femmes puissent utiliser pour se
protéger.
On a peu écrit sur
la possibilité d'association des mutilations féminines
à la transmission du VIH et les écrits sont d'ordre
spéculatif. L'infection de la zone mutilée, les
lésions provoquées par les rapports sexuels et les
transfusions sanguines requises par une hémorragie
excessive lors de l'accouchement sont des raisons
plausibles. Cette pratique étant universelle dans
certaines régions d'Afrique, il se pourrait qu'une
proportion effroyable de femmes risque l'infection à
mesure que l'épidémie se répand dans l'espace. Il est
indispensable d'étudier très sérieusement la relation
entre les mutilations féminines et la transmission du
VIH.
Transformations
sociétales
La place qu'occupent
les femmes dans la société est l'une des principales
causes des risques d'infection par le VIH et l'un des
principaux obstacles à l'utilisation de services de
santé. Ce rôle des femmes a plusieurs
conséquences : peu d'informations ou pas
d'informations; limitation des mouvements en dehors de la
collectivité locale; crainte de milieux étrangers
perçus, souvent à juste titre, comme étant hostiles;
et rôle des hommes, qui servent de médiateurs entre les
femmes et le système de santé. Les changements à long
terme à opérer dans les domaines juridique, économique
et culturel sont énormes et doivent être opérés dans
une large mesure par ceux qui bénéficient des
inégalités actuelles.
Pourtant, dans le
court terme, les femmes peuvent mener des actions
communes dans leurs collectivités. Les femmes
travaillent ensemble et apprennent à élaborer des
stratégies de communication avec leurs partenaires
sexuels au sujet du VIH, des infections sexuellement
transmissibles, de l'emploi du préservatif et d'autres
comportements sexuels, ce qui leur donne en outre le
courage et la volonté de faire face à l'opposition.
Collectivement, les femmes élaborent des stratégies
pour tenir tête aux systèmes officiels, changer le
comportement des hommes et réaliser la force que donne
l'unité pour survivre. Il faut les aider au moyen
d'informations, par une assistance juridique, des
services de santé et des possibilités d'éducation et
d'indépendance économique. Le manque de contrôle de la
femme sur les moyens nécessaires à sa santé physique
et mentale et à son bien-être est une violation des
droits de la personne humaine qui constitue une menace
directe pour sa vie.
ANNEXE
TABLEAU 1 :
POURCENTAGE DE FEMMES AYANT DES CONSULTATIONS PRENATALES
ET RECEVANT UNE AIDE SPECIALISEE A L'ACCOUCHEMENT, DANS
CERTAINS PAYS, PAR LIEU DE RESIDENCE ET NIVEAU
D'EDUCATION
| |
EGYPTE
%
|
GHANA
%
|
GUATEMALA
%
|
MALI
%
|
THAILANDE
%
|
|
| Lieu de
résidence |
|
| Zones urbaines |
| Consultations prénatales |
69
|
94
|
58
|
70
|
95
|
| Accouchements |
57
|
70
|
60
|
77
|
96
|
| Zones rurales |
|
|
|
|
|
| Consultations prénatales |
42
|
78
|
26
|
19
|
73
|
| Accouchements |
20
|
26
|
13
|
26
|
46
|
| |
| Education |
|
| Aucune |
|
| Consultations prénatales |
42
|
72
|
18
|
27
|
49
|
| Accouchements |
20
|
26
|
13
|
26
|
46
|
| Primaire |
|
| Consultations prénatales |
55
|
/
|
40
|
/
|
79
|
| Accouchements |
34
|
/
|
34
|
/
|
59
|
| Cycle primaire complet
enseignement moyen |
|
| Consultations prénatales |
65
|
92
|
64
|
/
|
79
|
| Accouchements |
49
|
55
|
64
|
/
|
59
|
| Niveau secondaire |
|
| Consultations prénatales |
81
|
97
|
86
|
95
|
97
|
| Accouchements |
78
|
79
|
87
|
98
|
95
|
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Ghana, Guatemala, Mali et Thaïlande.
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REMERCIEMENTS
Ce document a été
établi en 1991 par Regina McNamara, sous la direction
d'Elizabeth Reid, Conseillère principale pour le VIH et
le développement auprès de l'Administrateur du
Programme des Nations Unies pour le développement.
Il a pour objet d'examiner les publications consacrées
aux besoins des femmes et à l'utilisation par celles-ci
de services de santé concernant les affections
génitales, afin de s'assurer que les stratégies
élaborées pour aider les femmes à se protéger contre
l'infection par le VIH sont fondées sur les
connaissances actuelles des causes des affections
risquant de faciliter la transmission du VIH aux femmes
et des obstacles à leur diagnostic et à leur
traitement. L'auteur tient à remercier pour leur
contribution ses collègues et les spécialistes qui ont
examiné les différents projets et fait de nombreuses
suggestions utiles : Lucile F. Newman, Mallica
Vajrathon, Judith N. Wasserheit, James McCarthy,
Deborah Maine, Catherine Maternowska et Gail Cairns.
NOTE BIOGRAPHIQUE
Le docteur McNamara est
maître de conférences en santé publique clinique au
Centre pour la population et la santé de la famille de
la Columbia University, à New York. Ses recherches
actuelles portent sur les facteurs déterminants du
changement de partenaire sexuel et d'autres modes de
comportement jouant un rôle critique dans la
transmission du VIH en Thaïlande ainsi que sur la
conception de travaux de recherche opérationnelle
concernant des stratégies de prévention du VIH chez les
adolescents en Thaïlande et en Ouganda. Ses travaux
récents ont concerné la mise au point et l'évaluation
de programmes de planification familiale dans plusieurs
pays d'Afrique subsaharienne ainsi que des recherches sur
les facteurs déterminants de la mortalité infantile et
maternelle.

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