Mourir
de tristesse : Sexospécificité, violence
sexuelle et épidémie du VIH
''Je n'étais pas grièvement blessé, mais j'avais mal et ne pouvais pas bien marcher. Je me demande si on ne m'a pas donné le sida. Je n'ai pas vu de docteur car je n'avais pas d'argent.'' ''On a l'impression de commencer une nouvelle vie. Notre passé est si triste. La société ne nous comprend pas... Nous n'avons aucune protection. Des veuves sans famille, sans foyer, sans argent. Nous devenons fou. Les gens en ont assez de nos problèmes. Nous sommes des morts vivants.'' ''Pendant le génocide, beaucoup de femmes réclamaient d'être tuées. On le leur refusait et on leur disait : ''tu mourras de tristesse''. Survivants du génocide rwandais
''...les femmes et les hommes, les garçons et les filles de tout âge sont en danger sexuel - surtout quand l'objectif est d'éliminer un autre groupe ethnique. Le viol des hommes et leur mutilation sexuelle sont très communs mais très peu rapportés. Les hommes ayant ainsi souffert, cherchent rarement une aide directe, mais ils peuvent s'en ressentir plus tard sous l'effet du stress post-traumatique''. Long 1997, page 130
RESUME L'ONUSIDA estime qu'en décembre 1997, 30,6 millions de personnes dans le monde étaient infectées au VIH, et 70 % de ces infections survenaient lors de relations sexuelles non protégées. On ignore dans quelle mesure ces infections sont directement ou indirectement attribuables à la violence sexuelle. Mais des données sur la sexospécificité et l'inégalité sexuelle ainsi que des données sur la répartition du VIH parmi des groupes et des lieux spécifiques et l'information disponible sur la nature et l'ampleur de la violence sexuelle (surtout contre les femmes et les filles), en laissent entrevoir l'importance. Cette vue d'ensemble des documents existants indique que, dans le contexte de la sexospécificité et de l'épidémie de VIH, la violence sexuelle est un phénomène complexe aux nombreux déterminants, conséquences et manifestations. A court terme, il faut mettre au point des stratégies clairement définies adaptées aux conditions locales et qui aident les victimes, notamment en matière de recours à la justice et de punition des coupables. A long terme, les stratégies doivent tenir compte de l'aspect sexospécifique et sexuel de cette violence et du besoin de s'y attaquer au niveau de la communauté et de la culture plutôt qu'au niveau des coupables et des victimes. Il y a beaucoup à apprendre de l'expérience du militantisme en matière de politique sexuelle et de droits de l'homme, d'aide humanitaire et de développement économique et social.
I. DEFINIR LA VIOLENCE SEXUELLE La définition du terme ''violence sexuelle'' est large et ce terme est utilisé pour décrire le viol par des connaissances ou des étrangers, par des personnes ayant une autorité (notamment les maris), l'inceste, les sévices sexuels à enfant, la pornographie, le harcèlement sexuel et les homicides. Toute définition est normative. Une trop large définition de la violence sexuelle peut rendre toute discussion rhétorique et risque de faire oublier l'aspect sexuel de cette violence et les traumatismes qui en découlent. Mais une définition trop étroite ne couvre pas la variété et l'étendue du problème et peut donner lieu à des mesures inadéquates ou inefficaces. Fondamentalement la violence sexuelle décrit l'usage délibéré du sexe en tant qu'arme pour démontrer sa puissance sur un autre être humain, faire souffrir et l'humilier. Ainsi, la violence sexuelle n'est pas nécessairement accompagnée de contacts physiques directs entre le criminel et la victime : les menaces, l'humiliation et l'intimidation peuvent être considérées comme de la violence sexuelle. Plusieurs accords et traités internationaux (voir annexe 1) légitimisent les mesures relatives à la sexospécificité, la violence sexuelle et l'épidémie de VIH. Mais de grandes disparités persistent entre les déclarations universelles et les réalités locales.
Beaucoup de sociétés tolèrent implicitement (voir explicitement) et cautionnent un comportement sexuel violent dans certaines circonstances : par exemple, les chefs de famille (en général des hommes) peuvent maltraiter les épouses, parents à charge, les enfants et les servants plus ou moins en toute impunité. En outre, alors que la violence sexuelle semble commune à la plupart des sociétés, elle prend des formes très différentes ce qui appelle à des mesures également différentes. Par exemple, le viol en masse de femmes par des soldats au cours de conflit diffère du viol en masse d'hommes et les actes isolés de violence sexuelle en temps de paix ont des conséquences bien différentes des actes de viol commis par des connaissances ou par des époux (ce qui est loin d'être reconnu partout comme un délit criminel).
II. L'AMPLEUR DE LA VIOLENCE SEXUELLE La violence contre les femmes et les filles se produit à grande échelle, et les actes de violence sexuelle occupent une place importante. Les preuves indiquent qu'au moins une femme sur cinq dans le monde a subi des sévices physiques ou sexuels. La violence ??? les femmes est une cause aussi importante de mort et d'incapacité que le cancer, et fait plus de morts que les accidents de la route et le paludisme conjugués. Il existe des données sur la violence sexuelle à l'égard des hommes et des garçons indiquant la vulnérabilité de groupes précis d'hommes et de garçons (ceux qui sont en position subalterne par rapport à d'autres hommes), de lieux précis (des institutions où il n'y a que des hommes, telles que les prisons et l'armée) et d'autres contextes précis (les conflits). Les femmes risquent davantage d'être agressées au sein de leur famille et sont plus à même d'être blessées, violées ou tuées par une personne avec qui elles sont ou ont été intimes. Les données disponibles indiquent que :
III. LA VIOLENCE SEXUELLE AU COURS DES CONFLITS Au cours des conflits, les risques de violence sexuelle augmentent énormément en raison de l'anarchie régnante et du grand nombre de femmes et d'enfants non accompagnés et en déplacement. Les hommes et les garçons peuvent être forcés de se joindre à des milices. La formation à une culture militaire, démonstration de la puissance mâle sous sa forme la plus brutale, peut inclure la violence sexuelle. Des bordels où des femmes ''ennemies'' sont tenues en esclavage sexuel, sanctionnent ?? les zones de combats. Dans beaucoup de pays, les taux d'infection au VIH sont plus élevés chez les soldats que dans le reste de la population. Le fait de pouvoir mourir au combat fait que la menace du VIH semble moins grave. Les conflits rendent les filles et les femmes très vulnérables. ''Les mariages forcés'' (qui ressemblent plus à de l'esclavage sexuel qu'à une véritable union), les relations sexuelles forcées et le remariage volontaire sont fréquents dans des conflits où les hommes et les femmes ont perdu leur compagne ou compagnon. Les armées peuvent recourir au viol comme instrument de terreur ou comme symbole de victoire. La perte de foyer, de revenu, de famille et d'appui social privent les femmes et les filles de leur capacité à produire des revenus et elles peuvent être contraintes à se prostituer afin de survivre (ou pour sauver leur mari ou leurs enfants), de pouvoir s'échapper ou d'accéder à un abri ou à des services (notamment la distribution d'aliments). Les réfugiés sexuellement actifs (par choix ou par nécessité) seront en contact avec des populations différentes aux niveaux d'infection au VIH variés. Entre 250 000 et 400 000 femmes auraient été violées durant la guerre d'indépendance du Bangladesh en 1972. Plus de 800 viols auraient été commis par les forces de sécurité indiennes contre des femmes au Jammu et au Cachemire. Le viol a été utilisé comme instrument de répression politique en Haïti. Depuis avril 1992, entre 20 000 et 50 000 femmes musulmanes ont été violées en Bosnie où beaucoup d'entre elles étaient détenues dans des ''camps de viol'' où elles ont été forcés d'avoir des enfants avec des soldats serbes. Au Rwanda avant le génocide, les taux d'infection au VIH était de 25 % (et supérieur à 35 % dans l'armée). Le conflit a créé un grand nombre de réfugiés, exposant les femmes et les filles à de plus grands risques, un sentiment de fatalisme. Bien qu'un certain nombre de femmes aient été infectées après avoir été violées, on ne saura jamais dans quelle proportion. Pour donner une idée de l'ampleur des viols commis au cours du génocide, on estime que toutes les femmes qui survivent ont été violées. Certaines rapportent que leurs bourreaux les ont laissées vivre afin qu'elles ''meurent de tristesse''. Selon une enquête portant sur 304 survivantes, 35 % étaient devenues enceintes après un viol et 2 à 5000 enfants de mauvais souvenirs étaient le résultat de viols commis durant le génocide. Dans les camps de réfugiés, le risque d'infection reste important. Quand un si grand nombre d'hommes sans travail, traumatisés et découragés se trouvent ainsi réunis, le viol est un phénomène fréquent. En plus, dans de telles situations, les femmes sont moins à même d'être protégées par un homme et sont même plus vulnérables. Il n'y a probablement pas de système de justice, et ceux qui sont chargés de l'administrer sont souvent coupables. Les camps sensés être un refuge accroissent parfois la vulnérabilité. Par exemple, des latrines communes, un mauvais éclairage, un manque de sensibilité à la dynamique interne entre les réfugiés, un manque de protection pour celles qui ramassent du bois ou vont chercher de l'eau fait que les femmes et les filles sont plus vulnérables.
IV. LES DETERMINANTS DE LA VIOLENCE SEXUELLE Expliquer la violence sexuelle en termes de nature, de biologie ou d'évolution revient non seulement à simplifier un phénomène complexe mais à perpétuer le problème en impliquant qu'il est incontrôlable. La violence sexuelle est un phénomène sexospécifique qui reflète les disparités sociales, culturelles et économiques entre les hommes et les femmes. La relation entre la victime et le criminel reflète les différences de pouvoir ou les luttes entre les personnes : par exemple entre les maris et les femmes, les hommes plus âgés et plus jeunes ou les enfants, entre les prostituées et leurs clients et la police, ou entre les membres d'un groupe ethnique particulier. De même que la violence sexuelle est le miroir des inégalités entre les hommes et les femmes, elle est également une autre forme d'inégalité sociale. Loin d'être universelle, la violence sexuelle est associée à des circonstances sociales précises : en particulier des circonstances caractérisées par un conflit social et politique et l'anarchie qui suit ; des situations où les rapports hiérarchiques sont structurés en terme de dominance et de soumission (il s'agit le plus souvent de rapports hommes/femmes mais aussi d'autres rivalités sociales ou politiques). La majorité des actes de violence sexuelle sont commis par des hommes contre des femmes, des enfants ou d'autres hommes. Le rôle de l'abus d'alcool en particulier dans la violence sexuelle est multiple et complexe. Il est aussi lié aux rapports hommes/femmes. L'alcool par exemple peut affecter le comportement d'un individu (pour ce qui est de la non-inhibition ou de l'agression) tandis que le milieu social par exemple, un environnement exclusivement masculin, peut encourager un comportement sexuel violent. Une étude faite à New York a indiqué une dynamique et un cycle de traumatismes et de sévices pour ce qui est de la vulnérabilité des fumeuses de crack à la violence sexuelle. Mais les femmes peuvent aussi être des complices ou des criminelles : dans la famille, les belles-mères peuvent maltraiter les épouses. Des recherches faites dans les lycées de Harare indiquent que 30 % des élèves ont rapporté des sévices sexuels. La moitié d'entre eux étaient des garçons victimes de femmes. A une plus grande échelle, tout indique que des femmes (enseignantes, journalistes, infirmières), ont participé au génocide rwandais en incitant d'autres personnes à des actes de violence, profitant de la violence ou étant elles-mêmes les auteurs de délits. La victimisation sexuelle d'hommes et de garçons se produit parfois à grande échelle. Mais la honte associée à une telle violence fait que ces délits sont très peu rapportés. Les réactions face à la violence sexuelle contre les garçons et les hommes révèlent également à quel point la victimisation et la passivité sexuelle sont dans beaucoup de cultures, perçues comme étant contraires à la masculinité et à l'identité sexuelle. Alors que le besoin de prendre en considération la victimisation sexuelle pour faire oublier le problème plus important de la violence sexuelle contre les femmes et les filles, ce risque n'est pas toujours automatique : une meilleure compréhension de l'aspect sexuel des sexospécificités de la violence sexuelle, des stéréotypes y afférents pourraient éventuellement permettre de mieux faire face à ce problème. Des études anthropologiques indiquent que la violence sexuelle masculine n'est pas biologiquement inévitable mais qu'elle se produit quand :
(Heise.1995, page 130) Ou comme il est écrit dans le rapport de 1997 de l'UNESCO du groupe d'experts sur le rôle des hommes et la masculinité dans la perspective d'une culture de paix :
Le pouvoir n'est pas réparti de manière égale parmi les gens, et conformément à des différences sociales précises : par exemple, le sexe, la classe sociale, l'ethnicité, la castre et la religion. Les ressentiments inhérents à ces différences (réelles ou perçues) servent à justifier la violence.
V. LES CONSEQUENCES DE LA VIOLENCE SEXUELLE En plus des conséquences psychologiques de la violence sexuelle, les survivants peuvent avoir été blessés physiquement, être enceintes et avoir des maladies sexuelles. Le risque de transmission du VIH peut être accru par des blessures sexuelles. Selon une étude faite à Mumbai, 20 % des grossesses chez les adolescentes demandant une IVG était le résultat de relations sexuelles forcées, tandis qu'une étude en Thaïlande rapportait qu'une victime d'un viol sur dix avait une maladie sexuelle. Les conséquences physiques de la violence sexuelle sont plus faciles à énumérer que les dommages psychologiques qui peuvent être très graves. Du fait de la nature à long terme du traumatisme associé à la violence sexuelle, un ensemble précis de symptômes, qui n'est pas lié directement aux blessures physiques, est reconnu comme constituant le ''syndrome de traumatisme dû au viol'' qui décrit une forme de stress post-traumatique (d'abord diagnostiqué parmi les anciens combattants).
Les conséquences de la révélation de la victimisation sexuelle peuvent être catastrophiques et peuvent entraîner ''la mort sociale'' et encore plus de violence. Les conséquences de situations de violence de masse ne disparaissent pas après les conflits. Au contraire, elles sont supportées (souvent en silence et dans la honte) par les survivants, par les collectivités et par l'ensemble de la société. Ces traumatismes ne se guérissent pas tout seuls. Les survivants ont besoin de soins de santé et la communauté doit s'efforcer de rendre justice. Les obstacles à la justice La honte et les stigmates associés au viol ainsi que les obstacles réels ou perçus à la justice font que souvent le viol et les agressions sexuelles sont peu rapportés. On fait parfois porter une partie de la responsabilité de cette violence aux victimes à qui on reproche d'avoir provoqué l'agression, ou de ne s'être pas défendues. Pour certains, la violence est pratiquement inévitable. Les travailleurs sexuels par exemple dépendent du contexte et des conditions où ils travaillent, et sont très vulnérables à la violence que ce soit de la part des clients, des souteneurs ou de la police et ils ont peu de chance de se faire entendre. Les victimes peuvent craindre avec raison des représailles ou être conscientes du fait que ce type de violence est toléré et sanctionné par de nombreuses sociétés. L'accusation de viol peut jeter des doutes sur le caractère d'une femme (ou de ceux qui sont responsables d'elle), tandis que l'agression peut être perçue tout autant comme une attaque contre le bien du mari que contre l'honneur d'une famille ou d'une communauté que contre une personne. Par exemple, dans le contexte de la loi islamique, quatre témoins musulmans mâles doivent témoigner avant qu'un homme puisse être condamné et se voir infliger la punition la plus sévère pour viol. La Loi de la Preuve considère que les femmes ne sont pas habilitées à être témoins dans les cas de viol et leur témoignage a seulement valeur de confirmation.
VI. LES TRAVAUX FUTURS Il n'y a pas de raison de croire qu'un programme axé sur le VIH pourra résoudre les problèmes auxquels font face depuis des décennies des organismes de développement. Mais l'expérience internationale prouve qu'il existe des politiques et des stratégies qui peuvent réduire ou alléger l'impact de la violence sexuelle, notamment les activités menées aux niveaux local, national et international. La prévention La violence sexuelle est rarement due au hasard. On peut souvent deviner qui seront les criminels et les victimes potentiels. Il faut donc prendre des mesures préventives. Empêcher la violence sexuelle doit saccompagner dun changement des rôles sexuels, des mécanismes de résolution des conflits et de linacceptabilité de la violence. Il faudra travailler avec les enfants pour lutter contre les stéréotypes sexuels ( agressivité masculine et passivité féminine) et promouvoir la résolution non violente des conflits. On pourrait aussi apprendre aux parents à développer des aptitudes non violentes de résolution des conflits. Cela pourra être renforcé par des activités de sensibilisation et de plaidoyer au sein des communautés, auprès des dirigeants et des organismes locaux afin dencourager le refus de la violence sexuelle et ladoption de sanctions contre les criminels. Certaines institutions sont associées à une « culture de la violence » et leurs membres sont des criminels en puissances. Il faudrait donc mener des campagnes ciblées sur larmée, la police, les détenus et les gardiens de prison. Le rapport entre les déterminants structurels de la violence sexuelle et le développement doit être mieux compris. Les mêmes activités qui abordent la question de linégalité des sexes (notamment léducation des filles et laccès des femmes aux ressources, notamment le crédit), la pauvreté et les moyens durables de subsistance , et qui encouragent la participation de la société civile et la bonne gouvernance favorisent la prévention de la violence sexuelle. Les besoins des survivants Il faut des mécanismes durables pour faire face aux besoins physiques et psychologiques des survivants de la violence sexuelle. Cela pourrait inclure par exemple des centres et des lignes téléphoniques pour aider les victimes de viols, des services de santé et des foyers daccueil. Le personnel social et médical devra apprendre à reconnaître et à gérer les syndromes associés au viol, et apprendre les méthodes de conseil et de communication nécessaires pour aider les victimes. Au Rwanda, lOMS coopère avec la Division des mesures durgence et humanitaires pour faire face aux besoins particuliers des femmes et des filles victimes de la violence. Ce projet a pour but daméliorer laccès aux services de santé en formant le personnel médical et en mettant en place un réseau national dassistance sanitaire et psychosociale pour les femmes. Des documents pédagogiques sur les besoins des femmes victimes de la violence ont été mis au point et doivent être utilisés dans dautres pays en situation de conflit ou post-conflictuelle.
Lapplication de la loi et la procédure judiciaire Comme beaucoup dincidents ne sont pas rapportés et vu les nombreux obstacles existant dans la procédure judiciaire, il faudrait former en priorité les responsables de lordre et les gardiens de prison . Les attitudes négatives ou peu compréhensives de la part des policiers qui traitent des cas de violence sexuelle nencouragent pas les victimes à rapporter les crimes doù la nécessité de la formation. Il faudrait peut-être également faire connaître leurs droits aux victimes de la violence sexuelle. La mise en place, en Malaisie, déquipes féminines denquêtes sur les viols, ainsi que de « salles daccueil pour les victimes » ( au Royaume Uni et aux Etats-Unis) qui créent une ambiance positive et sûre indiquent un certain nombre de succès. Les commissariats « de femmes » ont eu des succès mitigés en Amérique latine. Bien quils aient encouragé plus de femmes à rapporter des agressions, ils ont parfois été envahis de demandes daide quils ne peuvent pas satisfaire. Un tel travail est parfois aussi mal considéré dans une culture policière si machiste et risque de démotiver et de démoraliser le personnel. En Afrique du Sud, létablissement de tribunaux spécialisés dans les délits sexuels a entraîné des taux de conviction supérieurs de près de 20% à ceux des autres tribunaux. Lapprentissage de leurs droits juridiques et la fourniture de services légaux se sont avérées nécessaires pour les victimes de la violence. Les situations de conflit Il faut reconnaître les risques de violence sexuelle dans les situations de conflit, et quand cest possible, il faut assurer la protection des femmes et des enfants en transit et installer dans des lieux plus sûrs les plus vulnérables dentre eux. La violence sexuelle dans les situations de conflit est presque inévitable. Il faut en tenir compte au moment de létablissement des camps de réfugiés (afin déviter daccroître la vulnérabilité des occupants) et des services y afférents (notamment la sécurité et lordre). On peut former le personnel médical et social des camps de réfugiés à faire face aux besoins médicaux spécifiques des personnes victimes dagression : notamment en matière de tests de grossesse, de traitements des maladies sexuellement transmissibles et de conseils y relatifs. On peut lancer des activités de plaidoyer en faveur des victimes auprès des dirigeants de la collectivité afin de favoriser leur intégration social. On peut assurer aux survivants des espaces saufs où ils pourront sexprimer en toute confiance. Dans les situations de conflit et post-conflictuelles, outre la nécessité de suivre et de rapporter les violations des droits de lhomme, il faut mettre en place des procédures judiciaires spécifiques afin de poursuivre les criminels. Il pourrait également savérer nécessaire de créer des mécanismes dont le but serait expressément de « servir de témoin » et de favoriser la réconciliation et la reconstitution de la société civile. Le rôle des organisations non gouvernementales (ONG) Le secteur non gouvernemental a un rôle important à jouer en matière de violence sexuelle. Par exemple, au niveau de la collectivité, les CBO et les ONG peuvent examiner le problème et en faire connaître lampleur. Elles peuvent élaborer et mettre en oeuvre des activités spécifiques denseignement et de plaidoyer. La question de la violence et de sa prévention , ainsi que de latténuation de ses incidences peut être intégrée aux activités de développement continues, comme par exemple celles ayant trait aux droits de lhomme, à la gouvernance, à la sexospécifité, aux moyens de subsistance durables, au bien-être social et à la santé, au micro-financement et au crédit. A léchelon national, des activités de plaidoyer pourraient être nécessaires pour mieux faire connaître le problème, ainsi que les obstacles qui entravent la procédure judiciaire, notamment lexamen des législations existantes et la mise en place de nouvelles lois et de procédures de poursuite judiciaire. Aux niveaux national et international, les ONG ont un rôle critique à jouer pour ce qui est de suivre et de rapporter les cas de violence sexuelle qui constituent des violations des droits de lhomme en défendant avec force les droits des victimes et en encourageant la poursuite en justice des criminels, et en rappelant aux gouvernements et aux organisations internationales leurs responsabilités dans le contexte des politiques et des chartes des Nations Unies, et des plans daction des conférences internationales pertinentes. Organes internationaux Dans le contexte des Nations Unies, la conceptualisation de la violence sexuelle contre les femmes dans les situations de conflit est graduellement passée à la reconnaissance du fait que la violence sexuelle constitue une violation des droits fondamentaux internationaux (voir annexes 1 et 2). Dans lex-Yougoslavie, le conflit a révélé létendue des horreurs sexuelles qui peuvent se produire pendant un conflit armé. La violence sexuelle a également joué un grand rôle durant le génocide au Rwanda. Dans chaque cas, les tribunaux établis pour poursuivre les criminels ont eu des succès limités. Le tribunal pour la Yougoslavie a été plus à même de traiter du problème de la violence sexuelle grâce à toute une série de mesure dont la nomination dun expert des problèmes sexospécifiques et la création dune équipe chargée denquêter sur la violence sexuelle, ainsi que ladoption de mesures en faveur des victimes et des témoins, notamment la mise en place dun Groupe des victimes et des témoins. Labsence de telles mesures de protection, dans le cas du tribunal pour le Rwanda, semble avoir sérieusement nui à sa capacité à engager des poursuites contre les criminels. En juillet 1998, la communauté internationale a fini par accepter la mise en place dun tribunal pénal international. Il faudra à tout prix veiller à ce que son mandat inclue la question de la violence sexuelle. Les droits fondamentaux internationaux A la suite des activités concertées de plaidoyer, la Conférence mondiale sur les droits de lhomme des Nations Unies (Vienne 1993), la violence sexuelle contre les femmes a fini par être assimilée à une question liée aux droits fondamentaux. Lannée suivante, la Commission des droits de lhomme a nommé un Rapporteur spécial sur la violence contre les femmes (voir encadré page 2). La Deuxième consultation internationale de 1996 sur le VIH/SIDA et les droits de lhomme organisée par ONUSIDA et le Haut Commissariat des droits de lhomme a eu pour résultat un groupe de 12 directives à lintention des Etats membres pour les aider à mettre au point des programmes et des politiques qui protègent et défendent les droits de lhomme dans le contexte de lépidémie de VIH/SIDA (voir appendice 2). Afin de faciliter lutilisation de ces directives, le Conseil international des organisations traitant du sida (ICASO) a mis au point un Advocates Guide ainsi quun NGO Summary of the International Guidelines. LONUSIDA a produit un Guide to the United Nations Human Rights Machinery pour les organisations traitant du sida, les personnes infectées par le VIH/SIDA, et les personnes qui travaillent dans le domaine du VIH/SIDA et des droits de lhomme. Ce guide constitue une ressource visant à aider les groupes susmentionnés à avoir accès aux organes des droits de lhomme des Nations Unies et à jouer un rôle critique pour sassurer que le VIH/SIDA reste à lordre du jour de ces organes. Dans ce guide, figurent des textes des instruments juridiques appropriés y compris la Déclaration universelle des droits de lhomme, la Convention sur lélimination de toutes les formes de discrimination à légard des femmes, et la Convention relative aux droits de lenfant. Annexe 1 Violence sexuelle Conférences et conventions internationales
La Convention sur lélimination de toutes les formes de discrimination à légard des femmes de 1979 a établi que la violence contre les femmes est un problèmes relevant des droits fondamentaux, thème qui a été revu et renforcé par les conférences et manifestations internationaux suivants :
La Déclaration sur lélimination de toutes les formes de discrimination à légard des femmes, adoptée par lAssemblée générale des Nations Unies en 1993 établit que la violence contre les femmes se produit au sein de la famille et de la communauté, et que lEtat peut en être coupable ou quil la cautionne. La Déclaration les sévices à lencontre des femmes comme suit : « tout acte de violence contre les femmes qui peut entraîner des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris les menaces, la coercition ou la privation arbitraire de liberté, privée ou publique. » La définition fait également la distinction entre la violence physique, sexuelle ou psychologique qui :
Annexe 2 Directives internationales sur le VIH/SIDA et les droits de lhomme
Note : ces directives ont été énoncées à la deuxième Consultation internationale sur le VIH/SIDA et les droits de lhomme, organisée par ONUSIDA et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de lhomme, à Genève en septembre 1996. Notes: 1. Dans beaucoup de codes juridiques, le viol est décrit exclusivement en terme de pénétration du vagin par le pénis. Cela fait de tout autre type de pénétration (et des victimes masculines) des délits moindres. 2. C'est souvent le cas quand des travailleurs migrants sont embauchés comme domestiques et leur statut juridique dans le pays dépend entièrement de la continuation de leur emploi. Une telle situation encourage les sévices. Les organisations internationales de défense des droits de l'homme rapportent de nombreux cas de ce genre. 3. Alors que depuis les années 40 les délits sexuels sont considérés comme des crimes de guerre, ce n'est qu'en 1995 que le viol a été spécifiquement défini comme un crime de guerre. Ehloé (1998) fait une distinction entre trois types de viol militaire : le viol de récréation (qui suppose que les soldats ont constamment besoin de débouchés sexuels), le viol lié à la sécurité national (quand la police et l'armée utilisent le viol comme moyen de contrôler une population) et le viol en masse, comme instrument de guerre. Cynthia Enloe ''Does Khaki Still Become You : The Militarisation of Women's Lives'', édition révisée, Berkeley, Université de Californie, 1998. 4. Par exemple, la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud et les tribunaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda. 5. Face à lampleur des violations des droits de lhomme et des libertés fondamentales par rapport au VIH/SIDA, des Directives internationales sur le VIH/SIDA et les droits fondamentaux ont été énoncées en commun par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et ONUSIDA. Références & lectures suggérées African Rights. Rwanda Not So Innocent. When Women Become Killers. Londres. 1995. Africa Watch/Womens Rights Project. Seeking Refuge, Finding Terror. The Widespread Rape of Somali Women Refugees in North Eastern Kenya. Vol.5, No. 13. October 4, New York. 1993. Amnesty International United Kingdom. Breaking the Silence. Human Rights Violations Based on Sexual Orientation. Londres. 1997. Ana Maria Brasileiro(Ed). Women Against Violence: Breaking the Silence. United Nations Development Fund for Women (UNIFEM). New York: !997. Lori L. Heise with Jacqueline Pitanguy and Adrienne Germain. Violence Against Women. World Bank Discussion Papers (255). The World Bank. Washington D.C. 1994. Lori L. Heise. "Violence, Sexuality and Womens Lives." In Concerning Sexuality: Approaches to Sex Research in a Post-Modern World. Richard G. Parker, John H. Gagnon (Eds). Routledge. Londres: 1995. Pp. 109-143 Human Rights Watch/National Coalition for Haitian Refugees. Rape in Haiti. A Weapon of Terror. Vol.6, No.8. July. New York. 1994. Human Rights Watch/Africa / Human Rights Watch Womens Rights Project. Violence Against Women in South Africa. State Response to Domestic Violence and Rape. Human Rights Watch. 1995. Human Rights Watch/Africa / Human Rights Watch Womens Rights Project / Federation Internationale Des Ligues Des Droits de LHomme. Shattered Lives. Sexual Violence During the Rwandan Genocide and its Aftermath. Human Rights Watch. 1996. International Council of AIDS Service Organisations (ICASO). NGO Summary/ Advocates Guide to the International Guidelines on HIV/AIDS and Human Rights. International Planned Parenthood Federation. Violence Against Women and Womens Human Rights . IPPF Discussion Paper Issue 2. Londres. Lynellyn D. Long. Refugee Women, Violence, and HIV. In Sexual Cultures and Migration in the Era of AIDS (Gilbert Herdt ed.). Oxford: Clarendon Press 1997. pp87-103. Preliminary report of the Special Rapporteur on violence against women, its causes and consequences. Ms. Radhika Coomaraswamy, in accordance with Commission on Human Rights resolution 1994/45. Sexual Health Exchange. Sexual and Physical Abuse. 1998/1. UNAIDS. Refugees and AIDS: UNAIDS Technical Update (UNAIDS Best Practice Collection: Technical Update). Geneva: UNAIDS, Septembre 1997. UNAIDS. The UNAIDS Guide to the United Nations Human Rights Machinery for AIDS service organisations, people living with HIV/AIDS. UNESCO. Report of the Expert Group Meeting on Male Roles and Masculinities in the Perspective of a Culture of Peace. UNESCO. Paris 1997. UNHCR. Sexual violence against refugees: Guidelines on prevention and Response. Geneva: UNHCR, 1995. United Nations, Division for the Advancement of Women. Sexual Violence and Armed Conflict: United Nations Response. Women 2000. April 1998. Womens Health and Development. Violence against women. A priority health issue. Family and Reproductive Health. World Health Organisation. Geneva: 1997. Remerciements Ce document est en progrès. Les lacunes sont nombreuses. Nous espérons néanmoins quelles sont compensées par le fait que lobjectif principal est de mieux faire connaître cette question. Ce document a été continuellement révisé grâce à de nombreux commentaires. Il est impossible den nommer ici tous les auteurs mais nous tenons à remercier en particulier Ewan Armstrong, et les collègues du Programme VIH et développement du PNUD. Note sur les auteurs Peter Gordon travaille depuis de nombreuses années dans le domaine du VIH, de la sexualité et du développement. Il est actuellement Conseiller de programme au Programme VIH et développement du PNUD. Kate Crehan est une anthropologue qui a beaucoup travaillé en Zambie. Elle enseigne actuellement à la Faculté de Staten Island, Université de la ville de New York.
Citation recommandée : Gordon. P. Crehan (1999) Mourir de tristesse :Sexospécifité, violence sexuelle et épidémie du VIH, New York : Le programme VIH et développement du PNUD
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