LES
HOMMES ET LÉPIDÉMIE DU SIDA I. INTRODUCTION À mesure que se propage lépidémie du VIH/sida, les organisations internationales, les autorités nationales et les organisations non gouvernementales (ONG) reconnaissent que les inégalités sociales et le rapport des forces influent sur la transmission du VIH. Des facteurs comme la pauvreté, les migrations et lurbanisation jouent un rôle essentiel dans linfection au VIH (Sweat et Denison, 1995). Parmi les autres variables qui contribuent à la vulnérabilité des individus et des groupes, on peut citer la situation sociale, lâge, la race, le sexe et la sexualité. Ces différentes variables se conjuguent souvent pour rendre certains groupes systématiquement plus vulnérables que dautres (Piot et Aggleton, 1998). Chose importante aux fins de la présente analyse, on est de plus en plus conscient que les relations au sein des groupes de même sexe et les relations entre les hommes et les femmes, communément dénommées relations entre les sexes, influent non seulement sur lévolution de lépidémie (Carovano, 1992) mais aussi sur la façon dont les individus, les groupes et les communautés y font face (voir par exemple Aggleton et Warwick, 1998). Dans la présente analyse, le terme sexe sentend du caractère social des féméinités et masculités, battant ainsi en brèche lidée selon laquelle les relations au sein des groupes de même sexe et les relations entre les hommes et les femmes sont prédéterminées par la biologie ou la nature (Ankrah et Attika, 1997). Linégalité entre les sexes peut être perçue de plusieurs manières, et en particulier dans le fait que les femmes sont particulièrement vulnérables au VIH et au sida dans les pays en développement et que les hommes sont enclins à prendre des risques. La vulnérabilité économique et sociale ainsi que les stéréotypes fondés sur le sexe contribuent à la vulnérabilité des femmes et des hommes à linfection au VIH et favorise lévolution de lépidémie. Comme lont récemment écrit Meursing et Sibindi (1995: 66), lépidémie du sida sacommode des définitions rigides des rôles assignés à chaque sexe. Des études récentes ont également montré que dans de nombreuses parties du monde, il est peu probable que les femmes exercent un contrôle sur les circonstances, le moment et le lieu où elles ont des rapports sexuels, ce qui accroît les possibilités de grossesses indésirables, de MST et dinfection au VIH (voir par exemple Centre international de recherche et de promotion pour la femme, 1996). Les femmes sont plus vulnérables au VIH pour plusieurs raisons, notamment la dépendance économique à légard des hommes, le manque daccès à léducation, la pauvreté, lexploitation sexuelle, la coercition et les viols, sans oublier que les femmes sont plus susceptibles que les hommes davoir des rapports sexuels contre paiement pour survivre (Aggleton et Rivers, 1999). En outre, et pour légitimer dans une certaine mesure ces inégalités, les idéologies de la masculinité et de la féminité font paraître comme naturel le fait que les hommes aient le dernier mot en ce qui concerne les décisions en matière économique, les possibilités de promotion, lexpression de leur désir sexuel et la satisfaction de leurs besoins sexuels. Si du fait du rôle qui leur est traditionnellement assigné les femmes sont moins en mesure dexercer un contrôle sur la nature et le moment de lactivité sexuelle, les hommes sont en revanche plus en mesure de déterminer les circonstances, le moment et la personne avec qui ils ont des rapports sexuels. Néanmoins, ces idéologies dominantes de la masculinité (qui privilégient le plaisir sexuel de lhomme, accordent de la valeur à la prouesse sexuelle et encouragent les hommes à avoir plusieurs partenaires sexuels) font courir aux hommes et à leurs partenaires plus de risques dinfection au VIH/sida. Sil est vrai que les femmes sont disposées à prendre des mesures pour se protéger contre linfection au VIH et que les hommes ont intérêt à protéger leurs partenaires, leurs familles et eux-mêmes, le souci des femmes davoir des rapports sexuels sans risques se heurte très souvent au manque de coopération des hommes (Meursing et Sibindi, 1995). Dans le présent rapport, seront examinés les relations entre les sexes et le rôle des stéréotypes fondés sur le sexe, et en particulier les idéologies dominantes de la masculinité qui augmentent les risques et empêchent les hommes de se protéger eux-mêmes et leurs partenaires contre linfrefction au VIH. Les relations entre les hommes et les femmes ainsi que les relations entre hommes seront également examinées, laccent étant mis sur les moyens damener les hommes à participer plus pleinement aux programmes damélioration de la santé sexuelle et de promotion de légalité des sexes. Cependant, il importe au préalable de souligner les dangers quil y a à travailler à partir de descriptions stéréotypées des hommes et de leurs désirs, motivations et intérêts. Il existe dénormes variations entre les individus, non seulement dune société à lautre mais aussi au sein de chaque société. Sil est vrai que certains hommes sont peu enclins à se protéger eux-mêmes ainsi que leurs partenaires contre la maladie, estimant peut-être quils sont invincibles, dautres par contre se comportent avec un grand sens des responsabilités et beaucoup dégards pour les autres. En outre, si la majorité des hommes préfèrent avoir des rapports sexuels avec les femmes, un nombre non négligeable ont des rapports sexuels avec des partenaires des deux sexes ou avec dautres hommes uniquement. La manière dont ces individus qualifieraient ce comportement, qui serait hétérosexuel, bisexuel ou homosexuel, varie considérablement car dans quasiment la majorité des pays, ces termes nont cours que dans les documents scientifiques, médicaux et épidémiologiques et sont rarement des notions des langues locales dans lesquelles les populations parlent des rapports sexuels et les comprennent. Analyser la situation des hommes par rapport à lépidémie du VIH est donc une tâche complexe et ardue qui ne peut donc être achevée dans le cadre de cette analyse. Aussi, sommes-nous conscients que nous soulèverons autant de questions que nous offrirons de réponses, tout en espérant néanmoins que cette analyse des hommes et des masculinités par rapport à lépidémie ouvre utilement la voie à lélaboration de programmes futurs.
Égalité des sexes et développement On estime que les politiques et programmes visant à promouvoir légalité entre les hommes et les femmes sont indispensables à la prévention du VIH (voir par exemple Rao Gupta, 1995; dCruz-Grote, 1996). Bien quon saccorde de plus en plus à reconnaître limportance de relations plus équitables entre les sexes, nombreux sont les programmes qui continuent de se concentrer sur les femmes dans le but de les autonomiser en matière de relations sexuelles. Cependant, comme lindiquent Wood et Jewkes (1997), ce ciblage se fonde souvent sur des hypothèses erronnées concernant laptitude des femmes à contrôler et maintenir leur santé sexuelle. Les femmes nexercent que rarement un contrôle sur les circonstances, les occasions et les formes des rapports sexuels quelles ont et plusieurs documents indiquent combien il est difficile aux femmes de persuader les hommes dutiliser des préservatifs et/ou de réduire le nombre de leurs partenaires lorsquils y consentent (voir, par exemple, Organisation mondiale de la santé, 1994). Dans le domaine du développement international, quand bien même plusieurs programmes ont récemment modifié leur terminologie en adoptant le thème de légalité des sexes dans le développement au lieu de la participation des femmes au développement, la majorité des initiatives visant à remettre en cause et à transformer les relations entre les sexes en vigueur continuent de se concentrer sur les femmes uniquement. Celles qui commencent par une reconnaissance des besoins des femmes et des hommes sont plutôt rares (White, 1997). Le fait de privilégier excessivement les femmes qui sont particulièrement vulnérables à linfection au VIH a amené à négliger deux importants facteurs: la participation des hommes aux programmes, dune part, et les circonstances sociales générales, dautre part (Mbizvo et Basset, 1996). Par exemple, alors que plusieurs programmes et interventions sur la prévention du VIH ont porté sur les femmes travaillant dans lindustrie du sexe, leurs clients ont suscité beaucoup moins dattention. Même de nos jours, on parle rarement des hommes dans les documents sur le développement et, lorsquils sont mentionnés, les hommes apparaissent généralement à larrière-plan et sont rarement le sujet central de lanalyse. À linverse, dans la grande partie des documents sur légalité des sexes et le développement, les femmes sont présentées comme étant laborieuses et très portées sur la communauté et les hommes comme des individualistes qui font passer leurs propres désirs avant tout. Les connotations véhiculées rappelant les stéréotypes coloniaux concernant les "indigènes paresseux" sont pour le moins fâcheuses (White, 1997:16). En effet, on a presque toujours présenté les hommes des pays en développement comme étant irréfléchis, peu fiables, prédisposés à la coercition, au viol et à la violence et plutôt incapables de contrôler ou de changer leur comportement. Leur image va ainsi à lencontre de celle des femmes qui apparaissent sans moyens ni contrôle sur leur vie sociale et sexuelle. La situation est en fait plus complexe (Sweetman, 1997). Certains observateurs ont certes appelé à une plus grande participation des hommes à laction en faveur de légalité des sexes et de lamélioration de la santé sexuelle et de la santé en matière de reproduction, mais daucuns se sont inquiétés que les efforts et les ressources soient orientés vers les hommes au détriment des femmes. Berer (1996:7), par exemple, a écrit que juste au moment où les problèmes propres aux femmes font lobjet dune attention sur la scène mondiale, il semble que le fait de se concenter uniquement sur les femmes ne soit plus acceptable. Pour Berer et dautres auteurs, lessentiel serait damener les hommes à soutenir davantage à la fois les femmes et les préoccupations de celles-ci : Si lautonomisation des femmes doit demeurer le but visé les politiques de changement associant les hommes doivent également se fonder sur une démarche axée sur les femmes et soucieuse déquité entre les sexes, qui ne tienne pas seulement compte des vues et des besoins des hommes (ibid: 9). Inégalités entre les sexes et masculinité Les différences entre les sexes et les inégalités qui sont associées à celles-ci peuvent sexpliquer de plusieurs façons. Toutefois, sil est généralement admis que les rôles fondés sur le sexe nont pas un caractère naturel mais plutôt culturel (Hearn, 1987), il ny a pas de consensus quant aux causes qui les ont engendrés au départ ni aux facteurs qui les amènent à changer avec le temps. Les liens entre les rôles fondés sur le sexe et les inégalités plus générales entre les sexes sexpliquent encore moins clairement. Il devient ainsi extrêmement difficile dexpliquer la position des hommes par rapport au sexe et aux questions sexuelles ou la manière dont les masculinités, cest-à-dire les séries didéologies régissant la pensée, laction et le comportement, se forgent et se reproduisent dans le temps. Pourtant, il importe de comprendre dune façon ou dune autre ces phénomèmes afin délaborer des programmes propres à engendrer plus dégalité au sein des groupes de même sexe et entre les sexes, réduire les risques liés au VIH et promouvoir plus généralement la santé sexuelle et la santé en matière de reproduction. Cela étant, tous les hommes partagent probablement ce que Connell (1995:82) a appelé le dividende patriarcal grâce auquel les hommes acquièrent lhonneur, le prestige, le droit de commander et un avantage matériel sur les femmes. Il nest pas facile de lutter contre les idéologies de la masculinité et leurs conséquences sur la vie des femmes et des hommes. Comme toutes les idéologies hégémoniques, les croyances dominantes concernant limage des hommes réels (et par extension celle des femmes et des enfants) visent à intégrer dautres images, justifications et explications dans leur sphère dinfluence. Ainsi, les masculinités hégémoniques légitiment non seulement les inégalités au niveau des rôles et des relations entre les femmes et les hommes mais aussi entre ces derniers. Elles encouragent à percevoir les hommes qui ne souscrivent pas aux idéaux de la masculinité hégémonique comme étant efféminés, faibles, soumis ou immatures. Elles visent aussi à empêcher les hommes de jouer un rôle actif dans les efforts visant à changer les relations et les inégalités entre les sexes pour le meilleur (Cornwall, 1997). Masculinités et santé sexuelle Connell a soutenu récemment que la recherche na pu produire une science cohérente de la masculinité (Connell, 1995:67). Il est davis que la masculinité nest pas une norme sociale statique qui névolue pas mais plutôt à la fois un point dans les relations entre les sexes, les pratiques par lesquelles hommes et femmes entre en contact et les effets de ces partiques (Connell, 1995:71). Il existe clairement plusieurs masculinités qui sont influencées par la classe et la race ainsi que le sexe; il importe donc dexaminer non seulement les relations fondées sur le sexe entre les hommes et les femmes mais aussi entre les hommes afin de comprendre les inégalités entre les sexes et leurs effets. Les notions de masculinité hégémonique permettent dexpliquer pourquoi certaines forme de masculinité deviennent les plus populaires et les plus fortes dans certains environnements. Les hommes qui ne satisfont pas les normes établies par les masculinités hégémoniques, qui elles-mêmes peuvent changer et changent effectivement avec le temps, sont considérés comme nayant pas réussi et impuissants étant donné que dans toute société une ou plusieurs formes de masculinité sont susceptibles dêtre culturellement exacerbées. Sil est vrai que tous les hommes ne se conforment pas aux formes dominantes de la masculinité en vigueur à une période donnée, ceux qui ne le font pas sont souvent nobjet de discrimination. Les relations entre les sexes influent considérablement sur la santé sexuelle des hommes et sur celle de leurs partenaires et de leur famille, tout en contribuant largement à opprimer les femmes. Selon les estimations, entre 60% et 80% des femmes actuellement infectées au VIH en Afrique subsaharienne nont eu quun seul partenaire (Adler et autres, 1996). Les travaux de recherche menés dans diverses parties du monde indiquent que les hommes ont dans leur vie un nombre beaucoup plus élevé de partenaires sexuels et que le comportement des hommes et des femmes est marqué par un système de deux poids deux mesures (de Bruyn et autres, 1995; Centre international de recherche sur les femmes, 1996). Par exemple, alors que dans plusieurs cultures les femmes sont censées préserver leur virginité jusquau mariage, on encourage les jeunes gens à acquérir de lexpérience sexuelle (Centre international de recherche sur les femmes, 1996). En effet, le fait davoir de nombreuses relations sexuelles peut rendre un homme populaire et important aux yeux de ses amis (Abdool Karim et Morar, 1995). Tant les hommes que les femmes considèrent souvent que la sexualité masculine est incontrôlée et incontrôlable, le fait de contracter une MST étant considéré dans certaines parties du monde comme un signe dhonneur qui confirme la virilité (de Bruyn et autres, 1995). Ainsi, alors que le manque de connaissances et linexpérience sexuelle demeurent très appréciées chez les jeunes femmes, les hommes peuvent être marqués dinfâmie sils ne peuvent pas démontrer quils ont une vaste expérience sexuelle. La recherche montre également que les décisions en matière sexuelle sont habituellement le fait des hommes. Dans de nombreuses cultures, les rapports sexuels forcés et la violence sexuelle sont monnaie courante (voir par, exemple, de Bruyn et autres, 1995; Wood et Jewkes, 1997). Selon les garçons et les filles interrogés récemment à Recife (Brésil), par exemple, les filles et les femmes ont souvent des rapports sexuels sous la contrainte et certaines jeunes femmes obéiraient à leurs petits amis car elles pensent que les filles sont censées être obéissantes et soumises (Vasconceles, Garcia et Mendoca, 1997). Sil existe assurément des différences dans la définition de la masculinité, il nen demeure pas moins que, dans diverses cultures, la sexualité masculine est caractérisée par une grande liberté, le pouvoir et le contrôle. En outre, les femmes sont dautant moins aptes à prendre des décisions en matière sexuelle quelles dépendent économiquement des hommes. Doù limportance du développement économique en vue de favoriser davantage légalité des sexes (Rao Gupta, Weiss et Mane, 1996). Pour éviter les problèmes que rencontrent ceux qui ne se conforment pas aux stéréotypes sexuels dominants, les femmes prennent le risque de subir les préjudices associés à la conformité (Overall, 1993). En revanche, les hommes pourraient réaliser quen se conformant aux formes stéréotypées de la masculinité, ils font courir plus de risques à eux-mêmes et à leurs partenaires. Ces contradictions doivent être relevées afin de déterminer les avantages que les femmes et les hommes peuvent retirer dune transformation des rôles fondés sur le sexe ou du refus de les assumer. En sattachant à montrer comment de nombreux hommes ne satisfont pas les normes idéalisées de la masculinité, on peut susciter un débat sur la marginalisation de certains hommes. Comme Cornwall (1997:12) la récemment fait remarquer, pour que légalité des sexes soit la préoccupation de tous, il faut trouver des moyens constructifs doeuvrer à la fois avec les hommes et les femmes à susciter la confiance en vue dagir différemment. Toutefois, du fait du caractère intime, de la complexité et de lenracinement des relations et idéologies actuelles fondées sur le sexe, il faudra des efforts continus (White, 1997). Les femmes sont peut-être à lorigine de ce dialogue mais leur tâche sera impossible si les hommes ne sont pas amenés à remettre en question leur pratique personnelle (ibid: 15-16). Ainsi, comme première étape de lanalyse des hommes et des masculinités, il faudrait examiner les histoires privées des hommes et la façon dont ces récits et ces expériences corroborent ou contredisent les idéologies qui sous-tendent les masculinités plus hégémoniques (White, 1997). Long et Ankrah (1996) ont récemment soutenu que la responsabilité sexuelle des hommes est indispensable pour la santé des hommes et des femmes (ibid: 392). À leurs yeux, il faut , en priorité, allouer les ressources financières aux programmes et activités qui visent à toucher à la fois les hommes et les femmes plutôt que les femmes uniquement. On peut recourir à la mobilisation de la communauté et à dautres techniques pour sensibiliser davantage les hommes aux effets du VIH/sida la vie de leurs filles, de leurs femmes, de leurs mères, de leurs parents et amis. Pour Long et Ankrah, lautonomisation des femmes ne peut être laffaire des femmes uniquement; son succès dépend de lappui des hommes (Long et Ankrah, 1996:395). La problématique homme-femme et les autres inégalités Cornwall (1997:9) a récemment écrit que dans nombre de travaux liés au développement, lanalyse des sexospécificités sert à orienter les planificateurs en déterminant les distinctions entre les hommes en général et les femmes en général. On ne parle souvent guère des imbrications des spécificités de chaque sexe avec les autres différences telles que lâge, le statut et la richesse (ibid: 9). En réalité, les relations entre les sexes et les idéologies fondées sur le sexe se conjuguent avec dautres inégalités sociales, notamment celles fondées sur la classe, la sexualité, lâge, la religion et la race. White (1997) a récemment décrit comment au Bangladesh certains hommes sont exploités par dautres hommes à cause de leur appartenance ethnique. En outre, il a été clairement établi que le sexe, lappartenance ethnique et la classe étaient des facteurs déterminants dans la prise de risques sexuels chez les mineurs en Afrique du Sud (Campbell, 1997). Ici, comme dans dautres pays, le manque de possibilités demploi à proximité du domicile favorise lémigration. En travaillant dans des conditions très dangereuses sans lappui familial et social habituel, les émigrés mènent une vie caractérisée par le stress et la solitude. Lalcoolisme et les rapports sexuels contre paiement deviennent rapidement la norme, ce qui accroît les risques dinfection au VIH pour les hommes et leurs partenaires. En revanche, on estime que les femmes sont relativement moins influencées par la classe sociale. Aussi, les programmes de développement soucieux déquité entre les sexes qui visent à rendre les femmes moins pauvres sont-ils souvent mis en oeuvre en dehors dautres types dactivités. Pour certains auteurs, légalité des sexes est devenue la question de justice, les femmes la minorité et le développement social, du moins dans certaines institutions, très largement laffaire des "spécialistes de légalité des sexes" (White, 1997:21). Il apparaît nécessaire délargir et dapprofondir notre perception du pouvoir et des inégalités pour mieux comprendre les vulnérabilités parfois complexes liées à la classe, au sexe et à lappartenance ethnique qui caractérisent la vie des hommes et des femmes. Il est clair que les hommes tirent parti de linégalité entre les sexes (notamment grâce à un plus grand accès aux écoles, aux avantages économiques et au pouvoir). On pourrait donc utilement se pencher sur la masculinité et ses effets en examinant les institutions, les cultures et les pratiques qui soutiennent linégalité entre les sexes et les autres formes de domination, notamment celles imputables à la classe, à la religion et à la race (White, 1997). Comme la indiqué Cornwall (1997:11), il est important de se rappeler que tous les hommes nont pas le pouvoir et tous ceux qui lont ne sont pas des hommes. Pour comprendre la complexité des inégalités entre les sexes et les facteurs qui les déterminent, il faut, en examinant les divisions et idéologies fondées sur le sexe, aller au-delà de celles qui structurent les relations quentretiennent les hommes avec les femmes. Limportance des relations entre hommes a déjà été relevée en rapport avec la façon dont les hommes qui ne se conforment pas aux idéologies dominantes viennent à être considérés comme étant moins mâles et plutôt efféminés. Ces conceptions sociales sont souvent liées à lhomophobie et à lhétérosexisme quon peut voir dans la quasi totalité des sociétés. Elles favorisent également lexistence de relations homosexuelles et de rôles largement fondés sur les modèles hétérosexuels, comme par exemple les relations activo/passivo qui caractérisent les hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes dans une grande partie de lAmérique centrale et du Sud et de lAfrique du Nord, et lémergence de types de travail très masculins liés au sexe dans ces mêmes contextes (Aggleton, 1996,1998). Les rapports sexuels entre hommes demeurent très mal vus dans de nombreuses sociétés, les hommes qui sy adonnent (et qui ne sen cachent pas) faisant souvent lobjet de marginalisation, de condamnation et de graves sanctions sociales (McKenna, 1996). Dans peut-être la majorité des pays, les masculinités homosexuelles sont à la base de la hiérarchie sexuelle parmi les hommes, les manifestations ouvertes dhomosexualité étant par exemple considérées comme de la féminité (Connell, 1995). Sil est moins utile de parler didentités proprement homosexuelles hors de lOccident et de ses sphères dinfluence socio-sexuelle, il nen demeure pas moins que les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes et qui ne souscrivent pas aux formes dominantes de la masculinité font clairement lobjet de discrimination dans la majorité des sociétés du monde. Chose intéressante, dans certaines cultures, ce ne sont pas tant les rapports sexuels entre hommes qui sont désapprouvés que le comportement de ces hommes qui font montre de caractéristiques traditionnellement associées aux femmes. Il importe donc dexaminer les identités sexuelles sous langle de la culture locale plutôt que par rapport aux cadres et à la compréhension de lOccident. Khan (1997), par exemple, a récemment écrit sur les rapports sexuels entre hommes en Inde et au Bangladesh, deux pays où lidentité sociale est très influencée par les relations familiales. Dans ces pays, les hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes ne sont pas sanctionnés tant quils dissimulent leurs activités. Dans ce contexte, la masculinité hégémonique semble moins menacée par la préférence et lhabitude sexuelles que par le refus de contracter des relations axées sur la reproduction avec les femmes. Des travaux de recherche menés dans les sociétés islamiques, notamment au Pakistan, ont débouché sur des conclusions semblables (Murray et Roscoe, 1997). Les questions de différences entre générations sont également des facteurs déterminants des inégalités et de la discrimination entre les sexes. Les jeunes ont souvent moins accès aux informations que les personnes plus âgées, ont un pouvoir économique moindre et sont plus susceptibles dêtre exploités sexuellement (Aggleton et Rivers, 1999). Il ressort de travaux de recherche menés récemment en Tanzanie (Seel, 1996), au Zimbabwe (Runganga et Aggleton, 1998) et dans bien dautres pays que les jeunes hommes essaient de remédier aux inégalités entre générations en ayant des rapports sexuels avec plusieurs partenaires, pratique quils considèrent comme étant le symbole de lâge adulte et dun statut élevé. Dune manière générale, dans toute analyse de la problématique homme-femme, de la sexualité et de linégalité, il faut tenir compte de la façon dont des facteurs comme lâge, la classe, lappartenance ethnique et la culture se conjuguent pour déterminer la forme que prennent les divisions fondées sur le sexe. Il ressort clairement de ce qui précède que les programmes et interventions le plus suceptibles davoir du succès sont ceux qui vont au-delà du cadre étroit des préoccupations et besoins des femmes - dont limportance est reconnue - pour étudier les moyens par lesquels les masculinités contemporaines sont édifiées et reproduites dans des sociétés données, à un moment donné. En comprenant mieux la relation entre les masculinités hégémoniques et des formes plus secondaires, on serait plus à même de battre en brèche les premières et la discorde quelles sèment (à la fois chez les hommes et chez les femmes), de façon à favoriser la transformation des relations sociales au sein des groupes de même sexe et entre les sexes.
Plusieurs chercheurs et spécialistes ont reconnu quil importait dassocier les hommes aux activités visant à prévenir linfection au VIH/sida et à remedier aux inégalités générales qui menacent la santé sexuelle (Hadden,1997; Wood et Jewkes, 1997). Lune des plus graves lacunes dans les travaux visant à améliorer la santé sexuelle demeure toutefois labsence dinformations précises sur lattitude des hommes face au sexe et à la sexualité. Il faut en savoir davantage sur les conceptions et les intérêts des hommes afin de les amener à participer de manière productive aux activités de prévention de linfection au VIH/sida et à lamélioration de la santé sexuelle. Par exemple, plusieurs femmes signalent que les hommes refusent dutiliser les préservatifs et peuvent même devenir violents lorsquon leur demande de prendre des précautions pendant les rapports sexuels. Selon les femmes de Thaïlande, les hommes considèrent que les préservatifs sont adaptés pour des rapports ponctuels mais pas dans le contexte de relations à long terme (Cash et Anasuchatkul, 1993). Selon dautres femmes, proposer à un partenaire dutiliser le préservatif cest laccuser dinfidélité (Heise et Elias, 1995; Ankrah et Attika, 1997). Chose intéressante cependant, on ne connait guère les vues des hommes concernant ces questions et préoccupations. Pour Orubuloye et autres (1997), on na jamais vraiment examiné les les convictions des hommes en matière de sexe et de sexualité. Même lorsque des chercheurs sy sont intéressés, les résultats de leurs travaux ont parfois confondu les idées reçues concernant les attitudes des hommes avec les opinions des personnes intérrogées. Par exemple, il ressort de travaux entrepris récemment sur les hommes en Afrique du Sud que le moment où on leur demande dutiliser le préservatif est un facteur déterminant de leur réaction éventuelle. Dans un contexte général caractérisé par une réticence à légard du préservatif, les hommes ont indiqué que si on leur demande dutiliser le préservatif avant lexcitation, il est plus probable quils y consentent. En revanche, ils ont reconnu que si on leur demande dutiliser le préservatif alors quils sont très excités sexuellement, ils pourraient devenir coercitifs et violents (Hadden,1997). De même, la recherche a permis de mieux comprendre la signification du coït anal entre homme et femme. Dans un grand nombre douvrages sur le développement, le coït anal hétérosexuel est communément considéré comme une méthode permettant de préserver la virginité et déviter la grossesse. Cependant, selon des études récentes, pour certains Brésiliens, le coït anal peut aussi être le symbole dun pouvoir et dun contrôle accrus sur les femmes. Les hommes intérrogés considéraient le coït anal comme une conquête qui reviendrait à prendre la virginité dune femme pour la seconde fois (Goldstein,1994). En savoir plus sur ce que signifient les rapports sexuels pour les hommes est donc indispensable pour concevoir des programmes et interventions plus efficaces (Hadden, 1997). Les femmes exerçant peu de contrôle sur la communication sexuelle, un grand nombre de programmes ont eu pour objectif de doter les filles et les femmes des moyens nécessaires. Toutefois, le fait que ces programmes naient pas pu aider les femmes à changer les comportements sexuels et à engendrer plus déquité entre les sexes montre quil faut y associer les garçons et les hommes (Mbizvo et Bassett, 1996; Barnett, 1997). Comme lont indiqué Rao Gupta, Weiss et Mane (1996), il est primordial que les interventions visant à renforcer les talents des femmes en matière de négociations sexuelles soient entreprises parallèlement aux programmes destinés aux garçons et aux hommes. Ces programmes doivent aller au-delà de la sensibilisation à lutilisation des préservatifs en favorisant la participation des hommes, sur un pied dégalité, à la planification de rapports sexuels sans risques (ibid: 345). Toucher les hommes comme il est préconisé ici demeure plutôt une gageure car on ne sait pas quels types de message intéresseront les hommes ni les facteurs déterminants qui favorisent des pratiques sexuelles sans risques (Robinson, 1991). Sil est vrai quun petit nombre seulement de programmes ont été conçus en vue dy associer les hommes, plus rares encore sont les cas où limpact et les effets des travaux entrepris ont fait lobjet dune évaluation et de rapports systématiques. Notre analyse des données disponibles est par conséquent limitée, les programmes, projets et activités examinés faisant souvent ressortir des travaux entrepris sur des groupes dhommes relativement réduits. Nous commencerons par examiner les activités visant à accroître lutilisation des préservatifs chez les hommes. Nous examinerons ensuite les programmes et projets qui ont eu pour cible les hommes dits à haut risque dinfection au VIH, notamment les camionneurs, les travailleurs migrants, les clients de lindustrie du sexe et les malades souffrant de MST. Suivra ensuite une présentation de quelques programmes exécutés sur le lieu de travail. Enfin, seront examinées des initiatives et activités concrètes portant sur les questions touchant les hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes. Utilisation du préservatif Les activités de prévention du VIH entreprises à ce jour visaient essentiellement à accroître lutilisation du préservatif. Toutefois, lutilisation constante du préservatif, lune des rares stratégies permettant de prévenir la transmission du VIH, semble poser des problèmes aux hommes, et donc aux femmes (Hulton et Falkingham,1996). Au Sénégal, comme dans certains autres pays, si une femme exige lutilisation du préservatif, les hommes peuvent la soupçonner dêtre une professionnelle du sexe ou davoir dautres amants (Niang, Benga et Camara, 1997). Dans ce même contexte, certains hommes ont indiqué quils croyaient que les préservatifs pouvaient rendre impuissant (ibid). Un programme destiné à la fois aux hommes et aux femmes et visant à favoriser les rapports sexuels sans risques et lutilisation du préservatif au Sénégal par le biais dassociations féminines traditionnelles a été mis en oeuvre. Il a eu un succès relatif auprès des femmes, surtout pour ce qui est daccroître leurs connaissances, mais son impact auprès des hommes a été moins prononcé. Ce résultat nest peut-être pas surprenant car les femmes étaient le principal canal de communication du programme. Les auteurs ont conclu quil faudra davantage de travaux de recherche pour comprendre comment toucher effectivement les hommes (Niang, Benga et Camara, 1997). Hulton et Falkingham (1996) ont rassemblé des données recueillies au début des années 90 dans dix pays, dont le Pakistan, lÉgypte, le Niger, le Ghana et le Kenya. Ces données, qui concernent plus de 69 000 femmes et 18 130 hommes, montrent que le taux dutilisation de préservatifs pendant toute la vie chez les hommes était de loin supérieur à celui des femmes. Hulton et Falkingham (1996) estiment que les grandes différences de taux sexpliquent sans doute par le fait que les hommes ont utilisé des préservatifs avec des partenaires avant le mariage et dans le cadre de relations extraconjugales. Au Zimbabwe, par exemple, 12% des hommes qui ont eu des rapports sexuels avec leur épouse au cours des quatre semaines précédentes ont signalé avoir utilisé un préservatif alors que la proportion est de 60% chez les hommes qui ont eu des rapports sexuels extraconjugaux (ibid). Dautres résultats de recherche corroborent la conclusion selon laquelle les préservatifs ne sont pas toujours acceptés par les hommes, en particulier avec leurs femmes (Meursing et Sibindi, 1995). Amamoo (1996), par exemple, écrit que les hommes peuvent interprèter lexigence dutiliser le préservatif comme une trahison ou comme un moyen de les priver de leur droit de prendre les décisions en matière sexuelle dans le cadre des relations avec la partenaire. Les femmes de divers pays ont indiqué quelles ne pouvaient pas mettre en pratique leurs connaissances concernant le VIH/sida par crainte de donner limpression, en exigeant lutilisation de préservatifs, quelles naiment pas leur partenaire ou nont pas confiance en lui. Cette exigence perturbe lintimité qui est lélément central de nombreuses relations et peut entraîner la violence, labandon ou le viol (Ankrrah et Attika, 1997). Les travaux de Wilton (1997) donnent des idées intéressantes quant aux raisons pour lesquelles lutilisation du préservatif nest pas très prisée par les hommes. Pour elle, le préservatif menace la masculinité même. Plusieurs raisons sont évoquées: premièrement, si une femme exige lutilisation du préservatif, elle définit les conditions du rapport sexuel; deuxièmement, lutilisation du préservatif pourrait amener les hommes à ne pas accorder la priorité à leur propre plaisir sexuel; troisièmement, le fait que les hommes montrent quils exercent un certain contrôle sur le comportement sexuel peut sapparenter à un trait de caractère féminin car la sexualité masculine est généralement considérée comme étant incontrôlable; enfin, la fait de prendre des risques est considéré comme étant un trait de caractère foncièrement masculin. Wilton (1997) fait observer que les rapports sexuels sans pénétration sont rarement une option dans les relations hétérosexuelles car on a tendance à considérer le coït vaginal comme la pratique sexuelle digne des adultes, les autres formes de plaisir sexuel étant perçues comme une sorte de retour à ladolescence. Limportance de ses travaux réside dans le fait quils mettent laccent sur la nécessité doeuver avec les hommes mais aussi avec les femmes au démantèlement des rôles stéréotypés fondés sur le sexe en vue de réduire la transmission du VIH. Du fait de la résistance des hommes à lutilisation des préservatifs et des difficultés quéprouvent certaines femmes à négocier lutilisation des préservatifs, certains auteurs estiment que la protection contrôlée des femmes est indispensable à la prévention du VIH (voir, par exemple, Heise et Elias, 1995). Quoique plus coûteux et disponible à moindre échelle, le préservatif féminin offre aux femmes un autre choix en matière de protection, les études récentes ayant montré que les hommes offriraient moins de résistance au préservatif féminin quau préservatif masculin (Aggleton, Rivers et Scott, 1998). Hawkins (1996) a fait remarquer que les programmes actuels visant à satisfaire les besoins immédiats des femmes en matière de santé sexuelle et de santé de la reproduction, notamment ceux visant à promouvoir lutilisation de préservatifs, pourraient malencontreusement renforcer et pérenniser les inégalités entre les sexes et en matière de sexualité. Les stratégies commerciales destinées à encourager lutilisation de préservatifs emploient souvent des stéréotypes et des images macho susceptibles de renforcer les stéréotypes et les inégalités fondées sur le sexe. Gupta (1995) recommande de faire des efforts pour commercialiser des images plus nouvelles et plus égalitaires de la masculinité et de la féminité. Les messages qui font la promotion dimages dhommes prédateurs et de femmes passives ont sans doute engendré une augmentation à court terme des ventes de préservatifs aux hommes, mais au prix du renforcement de stéréotypes fondés sur le sexe qui sont dommageables. Les hommes particulièrement à risques Dans certains pays en développement, des programmes ont été mis en place à lintention des groupes dhommes considérés comme étant particulièrement exposés au risque dune infection au VIH. Ceux-ci comprennent les camionneurs, qui voyagent beaucoup et peuvent passer de longues périodes hors de leur domicile, les travailleurs migrants, qui sont séparés de leurs familles et de leurs communautés, les clients des professionnelles du sexe et les malades souffrant de MST. Dans divers pays, les camionneurs travaillent dans des conditions qui favorisent directement des comportements à risques du fait des nombreux déplacements, du temps passé hors de la famille et du recours aux professionnelles du sexe (Robinson, 1991; Madrigal, 1991). Lévaluation de lefficacité des programmes de prévention à lintention des camionneurs en Afrique et en Asie donne un aperçu inestimable des résultats quon peut obtenir avec ce genre dactivité. Raman (1992), par exemple, a récemment présenté les travaux menés par la AIDS Research Foundation of India (ARFI) auprès des clients des professionnelles du sexe, notamment les camionneurs, à Madras. Dans le cadre de ce programme, des préservatifs étaient distribués dans les gares de transit et des cassettes éducatives jouées. Des meneurs dopinion ont également été recrutés pour raconter aux travailleurs des ports et dockers des histoires sur les hommes qui ont des rapports sexuels sans risques et des affiches ont été placardées dans les salons de coiffure et les magasins à vins. Des saynètes étaient jouées dans les rues et des services gratuits concernant les MST fournis. Un suivi officieux des activités du projet a montré que les ventes de préservatifs avaient augmenté (Raman, 1992). Ailleurs en Inde, le Projet de prévention du sida de Bhoruka (BAC) a axé ses activités sur les routes reliant Calcutta à Katmandou, qui avaient été identifiés comme dimportants sites de comportement sexuel à haut risque (Amin, 1996). Entre autres initiatives, le projet BAC a mis en place divers services, notamment la détection des MST, la distribution de préservatifs et des services dorientation à Raxaul, un important carrefour pour les camions qui font le trajet entre lInde et le Népal. Les données recueillies à intervalle régulier pendant la première année du programme ont montré que le nombre dhommes qui sollicitent des conseils est passé de 136 à 2 431 tandis que le nombre de préservatifs distribués sur demande est passé de 630 à 26 290 (Amin, 1996). Un programme lié dinterventions collectives dénommé Anvancemos (En avant)organisé par les ONG en République dominicaine a diffusé des messages aux partenaires réguliers des professionneles du sexe, à leurs clients et autres hommes associés à lindustrie du sexe (Projet de lutte et de prévention du sida, 1997). Un ouvrage en bandes dessinées a été élaboré et des ateliers organisés régulièrement pour encourager les propriétaires de maisons closes et autres établissements de commerce du sexe à appuyer les efforts. Ces sessions abordaient lépidémie eu égard aux vues des propriétaires et gérants et à leur souci dattirer davantage de clients. Convaincues de la qualité des services rendus, certaines entreprises ont récemment commencé à verser des droits modiques pour appuyer loeuvre de Anvancemos car elles souhaitent la poursuite des activités. Les responsables du projet ont conclu quil est essentiel dassurer la participation dhommes dhorizons divers associés à lindustrie du sexe pour que les efforts de prévention soient efficaces (Projet de lutte et de prévention du sida, 1997). Certains auteurs ont reconnu que les migrations économiques et sociales influencent et favorisent la propagation du sida. Campbell (1997) a noté que les taux élevés dinfection au VIH en Afrique australe étaient caractéristiques denvironnements économiques instables et défavorisés et sest penchée sur la façon dont les emplois dangereux et à risques peuvent influer sur les attitudes des hommes en matière sexuelle. Quarante-deux mineurs migrants ont été interrogés à Johannesbourg. Bien que tous aient eu des informations relatives au sida et quils aient une bonne connaissance de ce quest le sida, cette connaissance ne sest pas traduite par un comportement sexuel sans risques. Les conditions de vie et de travail dans les mines sont dangereuses et déprimantes, lalcool et les rapports sexuels étant parmi les rares divertissements que ces hommes peuvent facilement soffrir. Qui plus est, le fait de courir des risques chaque jour au travail fait sans doute que ces hommes ne se soucient guère des risques à long terme de linfection au VIH. Les hommes interrogés ont par exemple indiqué que le risque de contracter le VIH/sida semblait infime comparé au risque dune mort dans les mines souterraines, ce qui explique que nombre dentre eux ne se souciaient pas des préservatifs (ibid, 277). Ils étaient plutôt fatalistes quant au risque daccidents du travail et estimaient quils ne pouvaient rien faire pour changer leur situation. Campbell (1997: 277) écrit que ce sentiment dimpuissance est un élément important du contexte et un facteur déterminant du comportement en matière de santé. Qui plus est, la masculinité est apparue comme le fil conducteur des exposés des hommes interrogés concernant leur travail, leur sexualité et leur santé. Les mineurs étaient fiers de travailler dans des conditions dangereuses et dassumer la responsabilité de lentretien de leur famille, loin de celle-ci. Les perceptions de la masculinité étaient également renforcées par leurs homologues mâles avec qui ils passaient le temps hors du cadre de travail immédiat. Selon les personnes interrogées, les hommes se définissaient par leur bravoure, leur témérité et leur désir sexuel. De façon plutôt paradoxale, le sens même de la masculinité qui aide les hommes dans leur survie quotidienne les expose davantage aux risques dinfection au VIH ( ibid: 278). Campbell soutient que ses travaux de recherche corroborent lassertion selon laquelle pour effectivement réduire les taux dinfection au VIH, il faudrait changer les conditions sociales et matérielles qui favorisent et renforcent les pratiques sexuelles à risques. Au Nord-Est du Thaïlande, 936 hommes, dont des travailleurs migrants participant à la récolte de canne à sucre, ont récemment été interrogés et des groupes cibles examinés (Maticka-Tyndale et autres, 1997) dans le cadre dun travail de recherche sur les relations entre les hommes et les professionnelles du sexe. Ces hommes avaient une bonne connaissance de linfection au VIH et 76% de ceux qui ont payé pour avoir des services sexuels au cours de lannée écoulée ont indiqué avoir utilisé des préservatifs. Cependant, les chercheurs ont également réalisé que le contexte dans lequel des rapports sexuels rémunérés ont eu lieu conditionne également lutilisation ou non de préservatifs (Maticka-Tyndale et autres, 1997). Cela est peut-être dû en partie au fait que les tenanciers des bars insistent sur lutilisation de préservatifs; toutefois, les chercheurs ont conclu que les hommes considéraient que les rapports sexuels avec des femmes qui ne travaillaient pas dans des milieux où les rapports sexuels sont traditionnellement rémunérés représentent moins de risques. Lorsque les hommes payaient pour avoir des rapports sexuels à des fêtes, au marché ou dans la plantation de canne à sucre, ils étaient plus pressés et utilisaient moins souvent les préservatifs. En outre, les hommes ne considéraient pas certaines femmes qui sadonnent aux rapports sexuels rémunérés dans ce dernier cas come des professionnelles du sexe mais seulement comme des femmes disponibles ou légères (Maticka-Tyndale et autres, 1997). De même, on pense que plus les rapports sexuels ont lieu près du domicile, moins on court de risques. Les auteurs concluent que les campagnes futures sur le sida doivent tenir compte de la diversité des contextes dans lesquels les rapports sexuels sont offerts ou consentis contre paiement et éviter de se concentrer exclusivement sur les scénarios stéréotypés (par exemple les bars) dans la promotion de la santé. Plusieurs études visant à promouvoir les rapports sexuels sans risques ont été réalisées sur les patients atteints de MST. Hadden (1997), par exemple, a récemment rendu compte des résultats dune étude expérimentale effectuée sur les hommes et les femmes souffrant de MST au Kwazulu Natal, en Afrique du Sud. Dans le groupe expérimental, les informations sur le VIH ont été complétées par quatre sessions (90 minutes chacune) dintervention de groupe visant à aider les hommes et les femmes à se protéger contre linfection au VIH. Le groupe témoin na reçu que des informations concernant le VIH/sida. Au départ, les sessions ne regroupaient que des hommes ou des femmes. On a appris aux hommes à utiliser le préservatif masculin, mais ils se sont aussi intéressés au préservatif féminin. À la différence des femmes, les hommes se gênaient plus à employer des termes anatomiques corrects pour parler des organes génitaux et de sexe. Les hommes ont indiqué lors des sessions ultérieures que les femmes ont le droit de refuser des rapports sexuels sans protection mais ont ajouté que le fait dattendre jusquà ce que le partenaire soit excité avant de dire non peut susciter la colère. La plupart soffusquaient plus du moment où le préservatif leur est exigé que du refus davoir des rapports. Les hommes ss sont accordé avec les femmes sur la nécessité pour les deux partenaires de faire le test de détection du VIH sils envisagent davoir un enfant. Une session mixte a eu également lieu. Elle a suscité beaucoup dintérêt et la participation a été généralement plus grande quaux autres sessions. Trois jeux de rôle ont été réalisés sur la communication sexuelle, la négociation en vue de lutilisation du préservatif et les réactions violentes des hommes à légard des femmes. Les femmes ont fait part de leur douleur et de leur colère et ont décrit comment elles se sentaient lorsquelles subissent des sévices physiques tandis que les hommes ont rappelé leur expérience des moments dhostilité et de violence à légard de leurs partenaires. On a procédé à un jeu de rôle au cours duquel les rôles ont été inversés et les hommes ont fait preuve de sérieux. Comme suite à cette intervention, les membres du groupe expérimental ont fait état dune augmentation modeste, mais significative sur le plan statistique, de lutilisation de préservatifs. Les chercheurs ont conclu quil faut entreprendre davantage de travaux sur les hommes pour examiner et remettre en question les normes sociales qui favorisent les rapports sexuels avec des partenaires multiples. Il faut également entreprendre étudier plus avant les différents moyens damener les hommes à discuter de sexe et de droits et responsabilités sexuels. Programmes exécutés sur le lieu de travail Certains programmes se sont fixé comme objectif de toucher les hommes grâce à des activités entreprises sur le lieu de travail. La Centrale syndicale tanzanienne (OTTU) a entamé ses activités avec les femmes mais, en 1992, son programme a été élargi aux hommes (Hadden, 1997). En 1993, 83 éducateurs ont animé plus de 300 sessions déducation dans plus de 27 lieux de travail, à la suite desquelles 75% des travailleurs participant à ces sessions ont signalé quils utilisaient des préservatifs avec des partenaires ponctuelles ou non régulières. Lappui des cadres dirigeants sest révélé être important, certains ayant indiqué à titre officieux quils ont remarqué un changement dattitude chez les travailleurs en voyage daffaires qui, au lieu de recourir aux professionnelles du sexe comme par le passé, sabstiennent maintenant (Hadden, 1997). Cash et autres (1997) se sont basés sur une recherche entreprise plus tôt auprès des femmes travaillant dans les usines dans le Nord de la Thaïlande pour élaborer un programme touchant également les hommes. Il ressort de létude menée grâce à des interviews de groupes cibles que si les hommes craignent généralement dêtre infectés au VIH ou de mettre une fille en grossesse, ils sont peu disposés à assumer la responsabilité de la prévention. Divers matériels éducatifs ont été élaborés, notamment un livre en bandes dessinées sur un travailleur séropositif. Des chefs de groupes ont également été formés mais les jeunes hommes et les jeunes femmes ont dit quils craignaient de parler de sexe, de MST et du VIH. Il sest avéré que le succès de chaque session mixte était fonction des talents du chef de groupe. Parmi les participants, douze couples ont fait état daméliorations notables dans leur communication concernant le VIH et les rapports sexuels. Dans le cadre du projet de prévention du sida au Zimbabwe (ZAPP-UZ), un ensemble de 2 500 travailleurs vivant à Harare font lobjet dune étude visant à déterminer leurs attitudes et leurs pratiques sexuelles (Ray et autres, 1996). Les chercheurs ont découvert que la plupart des hommes préféraient des rapports sexuels à sec, cest-à-dire que leurs partenaires doivent utiliser des plantes médicinales et autres décoctions pour faire en sorte que le vagin ne soit pratiquement pas lubrifié pendant les rapports. Cette pratique comporte de grands riques dinfection au VIH car la femme peut avoir une blessure de la paroi épithéliale de lappareil génital (Ray et autres, 1996). Les hommes ont indiqué quils obtiennent généralement des informations sur le sexe de leurs aînés et de leurs amis pendant quils grandissent et de leurs homologues lorsquils sont adultes. Il ny avait pas souvent de communication de qualité entre les partenaires, en particulier entre les épouses. Certains hommes ont par conséquent été recrutés pour suivre un programme déducation par des homologues. Ces hommes étaient soucieux den savoir plus sur les pratiques sexuelles et voudraient savoir si leurs croyances en matière sexuelle avaient un fondement scientifique. Le programme na pas encore fait lobjet dune évaluation complète mais les concepteurs ont indiqué que les éducateurs qui ont été formés ont adopté de nouvelles attitudes en matière de pratiques sexuelles. Qui plus est, pour les auteurs, il importe que les hommes saisissent les occasions davoir des discussions franches et dénuées de tout jugement qui mettent laccent sur une plus grande responsabilité des hommes dans lamélioration de la santé de la reproduction et de la santé sexuelle (Ray et autres, 1996). Les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes Bien quon ne le reconnaisse pas officiellement, les rapports sexuels entre hommes sont pratiqués dans toutes les sociétés. Les adeptes de cette pratique font généralement lobjet de condamnation et de discrimination et leurs actes ne sont peut-être quoccasionnellement qualifiés dhomosexuels, de bisexuels ou de gay (Giffin, 1998). Lune des premières idées découlant de la recherche sociale sur le VIH et le sida était la perception que le comportement sexuel nest souvent pas conforme à lidentité sexuelle subjective, bien que les conséquences de cette dichotomie entre les comportements et les identités soient encore relativement peu étudiées (Aggleton, Khan et Parker, 1999). La situation est rendue encore plus complexe par lexistence de désirs érotiques et la spécificité des situations propres aux rapports sexuels entre hommes. Comme le soutenait Parker (1991), les désirs érotiques revêtent une importance particulière pour ce qui est de comprendre les comportements et pratiques sexuels dans certaines cultures, surtout lorsquil sagit dune certaine forme de transgression. Le contexte est important car il peut faire paraître raisonnables et acceptables des modes de comportement quil serait impensable et impossible de mettre en oeuvre dans dautres circonstances. La ségrégation fondée sur le sexe et la hiérarchie sociale qui carcatérisent les établissements pénitenciers, lenvironnement militaire et certains milieux religieux, par exemple, peuvent en fait favoriser les rapports sexuels entre hommes (Aggleton, Khan et Parker, 1999). Alors que cette situation nest pas souvent reconnue et rarement examinée, les rapports sexuels qui ont lieu dans ces cadres peuvent être un important facteur déterminant du prestige social, de lidentité sexuelle dans le cadre en question et hors de celui-ci, ainsi que de létat de santé sexuelle, tant positivement du point de vue de lépanouissement sexuel que négativement du point de vue des risques liés au VIH (voir, par exemple, Schifter, 1997). Plusieurs documents font état de limportance que revêtent, dans une grande partie du Mexique, de lAmérique centrale et de lAmérique du Sud, les notions de partenaire sexuel actif ou passif pour les conceptions et identités sexuelles des hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes (voir, par exemple, Carrier, 1995; Moya et Garcia, 1996; Schifter et Madrigal, 1992; Parker, 1991; Caceres, 1996), bien que tout porte à croire que ces types traditionnels dhomosexualité et de bisexualité ont récemment été occultés par lavènement de la culture internationale gay (Roberts, 1995). Des types de comportement identiques ont été relevés au Maroc et dans certains autres pays dAfrique du Nord ( voir, par exemple, Boushaba, Imane, Himmich et Tawil, 1998). Dans ces contextes, lidentité masculine nest pas menacée tant quon assume le rôle de pénétration pendant le coït anal ou la fellation, ou quon en donne lapparence. Des comportements homosexuels ont été largement signalés partout en Asie, que ce soit dans les sociétés islamiques (Schmitt et Sofer, 1992; Murray et Roscoe, 1997) ou non islamiques. Même dans les contextes où on a toujours nié la pratique de lhomosexualité mâle, il pourrait exister des réseaux et sous-cultures homosexuels, comme ceux qui existent entre les professionnels du sexe et leurs clients au Pakistan et qui ont récemment été révélés dans des documents (Mujtaba, 1997; B. Khan, 1997). Malgré lexistence de ces réseaux et comportements, dans probablement la majorité des pays dAsie, le mariage est obligatoire pour lhomme et la masculinité découle de lâge, de la productivité économique, des relations familiales, du fait de se marier et davoir des enfants (Khan, 1997). Le caractère tabou social de lhomosexualité et de la bisexualité sen trouve ainsi renforcé. En Afrique aussi, les recherches indiquent maintenant quil existe des comportements et des relations homosexuels dans des pays aussi variés que le Soudan (Ahmed et Kheir, 1992), le Kenya (Standing et Kisseka, 1989; Sheperd, 1987), le Botswana (Ministère botswanais de la santé, 1987) et lAfrique su Sud (Gevisser et Cameron, 1995). Il sagit manifestement de types de comportement universels mais il faut reconnaître que le sens donné aux rapports sexuels varie considérablement dune société à lautre, voire au sein de sous-groupes dune même société. Étant donné le caractère clandestin de bon nombre des actes concernés et le fait quils sont illégaux dans plusieurs pays, il nest peut-être pas surprenant quon continue à nier leur existence. Lenjeu des efforts visant à promouvoir la santé sexuelle et la santé en matière de reproduction des hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes consiste à reconnaître lexistence des relations homosexuelles entre hommes, les inégalités qui en découlent parfois et les difficultés créées par la condemnation et la discrimination afin de pouvoir toucher ces hommes en faisant en sorte quils reçoivent les messages de prévention et quils bénéficient dautres types dactivité. En partie du fait de leur caractère tabou, on ne peut guère dire dans quelle mesure les rapports sexuels entre hommes favorisent la transmission du VIH dans les pays en développement (McKenna, 1996). Une analyse récente des réponses provenant de plus de deux cents organisations étudiées indique toutefois que les rapports sexuels entre hommes jouent un rôle important dans la transmission du VIH dans de nombreux contextes, les conséquences étant des infections transmises lors des rapports hétérosexuels subséquents ou de la mère à lenfant (McKenna, 1996). Il y a eu relativement peu dinterventions dûment étayées visant à promouvoir la santé sexuelle et la santé en matière de reproduction des hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes en Amérique centrale et du Sud, en Afrique et en Asie. Toutefois, une étude récente fait la synthèse des travaux déjà réalisés (Aggleton, Khan et Parker, 1999). Les projets réussis comprennent les suivants: activités de sensibilisation des professionnels du sexe à Casablanca et Marrakesh (Himmich, 1992; Boushaba, Imane, Himmish et Tawil, 1998); activités communautaires entreprises avec les réseaux dhommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes à Mumbai, Chennai et Cochin en Inde (Aggleton, Khan et Parker, 1998); activités à lintention des professionnels du sexe (Tan; 1998) et des autres homosexuels aux Philippines (Nierras et autres, 1992; Fleras, 1993;Tan, 1995); activités déducation, de sensibilisation et de promotion du préservatif auprès des hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes au Vietnam (Nguyen Friendship, 1997); activités de sensibilisation dans les saunas et les bains de Mexico (McKenna, 1996); mise en place de lignes de téléphone daide et organisation dateliers multidisciplinaires à lintention des hommes qui ont des rapports sexuels avec dautres hommes au Costa Rica (Madrigal et Schifter, 1992); atelier de sensibilisation au VIH/sida à lintention des homosexuels à Lima (Caceres et autres, 1989); enfin, diverses activités communautaires de prévention du VIH à lintention des homosexuels à Rio de Janeiro (Parker et Terto Jr., 1997). Il sagit maintenant daller plus avant dans les travaux entrepris à ce jour et délargir la portée des projets en cours, chaque fois que possible, de sorte à sattaquer aux facteurs structurels qui favorisent la discrimination, lla condamnation et la répression envers les hommes qui ne sont pas exclusivement hétérosexuels et établir des liens entre ces projets et activités et dautres activités visant à promouvoir davantage légalité entre homme et femme et légalité sexuelle. Il ne faut cependant pas sous-estimer les obstacles au succès de ces activités. Sil a été difficile de mener des activités propres à remettre en question le facteur patriarcal qui carcactérise les relations entre les hommes et les femmes, il pourrait être doublement plus difficile de le faire dans des circonstances où les efforts de programmation et de prévention sont perçus comme un appui à lhomosexualité et aux types de comportement qui ont fait lobjet de dénégation, de discrimination et de condamnation. Égalité des sexes et soins aux personnes atteintes de VIH/sida La condamnation et le blâme ont caractérisé lépidémie de VIH/sida depuis le début (Lawless et autres, 1996). La manière dont sont blâmées les gens a des répercusssions sur les soins fournis. Les recherches récentes montrent clairement que les hommes sont moins susceptibles dêtre rendus responsables de linfection au VIH que les femmes (de Bruyn et autres, 1995; Aggleton et Warick, 1998) et plus susceptibles de recevoir des soins de leur partenaire, de leur famille et de leur communauté. Lawless et autres (1996) ont noté que les femmes atteintes de VIH éprouvent un sentiment de culpabilité et sont blâmées en partie parce quon considère quelles ont manqué à leur devoir de nourricière et de prestataire de soins. Dans de nombreuses sociétés, on pense généralement que seuls certains types de femmes (le plus souvent les professionnelles du sexe et les femmes ayant plusieurs partenaires) sont infectées. Les recherches indiquent aussi que les femmes sont plus susceptibles daccepter le blâme dont elles font lobjet (Lawless et autres, 1996). Outre la condamnation des femmes infectées au VIH, il revient essentiellement aux femmes de soccuper des personnes atteintes de VIH/sida. Aggleton et Warick (1998) ont récemment analysé les résultats dune série détudes appuyées par lONUSIDA et portant sur la réaction des ménages et des communautés au VIH/sida en République dominicaine, au Mexique, en Inde, en Tanzanie et en Thaïlande. À linstar dautres études, celle-ci montre le rôle central joué par les femmes dans la fopurniture de soins aux personnes atteintes de VIH/sida dans tous les pays. Même au sein des communautés homosexuelles dont les membres ont été interrogés au Mexique et qui reçoivent un appui supplémentaire de réseaux sociaux damis et damants, les hommes atteints de VIH retournent souvent chez eux pour recevoir des sois de leur mère et dautres parentes lorsquils sont très malades. Partout, les attitudes et les réactions envers les personnes atteintes de VIH/sida, y compris la fourniture de soins, étaient fortement influencées par le sexe et les normes fondées sur le sexe (Aggleton et Warwick, 1998). En République dominicaine et au Mexique, cependant, les niveaux et la qualité des soins étaient également fonction des perceptions dinnocence et de culpabilité. Toutefois, les réponses montraient également un déséquilibre entre les sexes. Les hommes, même lorsquon considère quils sont à blâmer, recevaient néanmoins du réconfort et des soins. Cependant, lorsque les femmes ont besoin de soins liés au VIH, elles ne peuvent généralement pas sattendre à recevoir le même niveau de soins et dappui que les hommes. Les femmes malades retournaient généralement à leurs parents pour obtenir des soins car il est peu probable quelles en reçoivent de leur mari. Même dans les cas où les hommes offrent effectivement un appui et des soins, les données provenant détudes récentes effectuées en plusieurs endroits indiquent que les normes fondées sur le sexe influent sur la nature et lampleur des soins que les hommes peuvent offrir. Dans le district de Kyela en Tanzanie, par exemple, tout indique que les hommes chefs de famille seraient disposés à faire plus lorsque leurs partenaires tombent malades mais ils sont entravés par les définitions culturelles de la masculinité et des rôles qui déterminent la masculinité (Aggleton et Warwick, 1998:34). Les données recueillies dans chacun des lieux où a été effectuée létude indiquent lexistence dun système de deux poids deux mesures dans les prestations de soins en faveur des hommes et des femmes. Alors quon ne demande guère aux hommes atteints de VIH comment ils ont été infectés et quils reçoivent généralement des soins (prodigués par des femmes), les femmes souffrant de maladies liées au VIH sont souvent réprimandées et blâmées et reçoivent moins dappui. En outre, les femmes doivent concilier la responsabilité de prodiguer des soins avec la nécessité de soutenir financièrement la famille. Toutefois, malgré ces problèmes, elles continuent partout à prodiguer des soins en tant que mère, épouse, voisine et bénévole (Aggleton et Warwick, 1998). Les différences dattitude envers les femmes et les hommes infectés au VIH et les modes de prestation de soins aux personnes atteintes de sida découlent des formes dominantes de la masculinité et de la féminité. Comme cela a été indiqué plus haut, dans divers contextes culturels, les attentes des hommes et des femmes en matière de sexualité diffèrent. Lexistence dun système de deux poids deux mesures eu égard au comportement sexuel des femmes et des hommes dans la plupart des cultures, de sorte que les hommes sont souvent encouragés à avoir plusieurs partenaires tandis que les femmes sont censées rester fidèles à un seul partenaire sexuel. En outre, la sexualité masculine est largement considérée comme étant incontrôlée et incontrôlable. Les femmes infectées au MST et au VIH sont souvent blâmées. En revanche, les hommes sont peu susceptibles dêtre blâmés car on considère quils ne maîtrisent guère leur désir sexuel. En outre, les femmes prodiguent traditionnellement les soins aux malades dans la famille alors que les formes hégémoniques ou dominantes de la masculinité ne saccomodent pas du rôle de prestataire de soins.
Comme indiqué plus haut, la plupart des programmes soucieux déquité entre les sexes visant à réduire les comportements faisant courir des risques liés au VIH nont, jusquà récemment, été axés que sur les femmes. Les programmes et interventions touchant les hommes sont encore peu nombreux et trop irréguliers et, lorsquils existent, des évaluations officielles doivent être faites. Il faut davantage de travaux de recherche et surtout une évaluation systématique de limpact et des résultats des activités liées au VIH entreprises à lintention des hommes. Tout en ayant à lesprit les insuffisances des documents publiés dans ce domaine, on peut recenser certaines questions susceptibles de contribuer à lélaboration de programmes dactivités liées au VIH à lintention des hommes, à lavenir. Pour ce faire, il faut reconnaître que:
Activités futures Étant donné ce qui précède, il est clairement important dassocier les hommes beaucoup plus que par le passé aux activités de prévention de linfection au VIH. Toutefois, la responsabilité en matière dinfection au VIH nincombe pas seulement à lindividu. Il faut adopter des politiques et mesures sociales de plus grande portée pour freiner la propagation de lépidémie. Linégalité des relations entre les sexes et les autres inégalités favorisent la transmission du VIH et la propagation de lépidémie. À long terme, légalité sociale et léquité entre les sexes doivent être lobjectif de ceux qui semploient à promouvoir la santé sexuelle et la santé en matière de reproduction tant des femmes que des hommes dans les pays en développement comme dans les pays développés. Toutefois, étant donné la nature tenace des rôles, croyances et attentes fondés sur le sexe, il est peu probable que des progrès significatifs soient accomplis à court terme. Face à la pandémie mondiale du VIH/sida, il importe de réfléchir de manière réaliste à ce qui peut être réalisé, et sur quelle période. Il est certes possible, par exemple, de promouvoir lutilisation des préservatifs chez les hommes, étant donné les formes dominantes de la masculinité, mais il serait plus réaliste dencourager tous les hommes à demeurer fidèles à une partenaire régulière. Mention a été déjà faite du facteur patriarcal propre à tous les hommes. Du fait de ce facteur, il semble peu probable que les hommes soient disposés à abandonner le pouvoir et le privilège que leur confère le système patriarcal, du moins à court terme. Lavènement de relations plus égalitaires entre les hommes et les femmes est certes lobjectif à atteindre, mais ce sera une oeuvre de longue haleine. Dans lintervalle, cependant, il importe de réduire les menaces à la santé sexuelle et à la santé en matière de reproduction des populations des pays en développement. Une méthode graduelle, qui consiste à commencer par réduire les risques immédiats dinfection au VIH en tenant compte des spécificités de chaque sexe, serait donc utile. Il est dabord indispensable dassurer une plus grande participation des hommes aux programmes visant à promouvoir la santé sexuelle et la santé en matière de reproduction. Chaque fois que possible, il convient également de sattaquer aux inégalités fondées sur le sexe et aux inégalités socioéconomiques et autres qui se conjuguent à elles au niveau structurel. Il faut encourager les décideurs à concevoir des interventions structurelles et environnementales pour aider les femmes et les hommes introduire dans leur comportement des changements susceptibles de les aider à protéger leur santé sexuelle. Ces interventions pourraient comprendre des modifications de la législation afin de protéger les femmes contre la violence des hommes et de dépénaliser les rapports sexuels entre hommes. Ces deux mesures permettraient de mieux appréhender les circonstances où les risques liés au VIH pourraient être particulièrement graves, de sorte à élaborer des programmes de prévention plus efficaces. Assurer laccès des filles à léducation et leur offrir davantage de possibilités sur le marché de lemploi permettront à la fois de réduire la pauvreté généralisée et la dépendance économique des femmes à légard des hommes qui rend celles-ci vulnérables à lexploitation sexuelle. La législation du travail visant à améliorer les conditions de travail et à réduire les accidents et les décès sur le lieu de travail peut également aider les hommes à changer leur propension à adopter certains comportements sexuels à risques. La plupart des informations concernant le comportement et les croyances des hommes ne proviennent pas des hommes mais des femmes. On sait encore très peu de ce que pensent les hommes et de ce à quoi ils répondraient positivement en matière de prévention du VIH. Si dans le cas de la violence dans les foyers, des rapports sexuels forcés et du viol il paraît difficile dobtenir des renseignements exacts des hommes eux-mêmes, il importe toutefois dengager des discussions avec eux pour mieux comprendre leurs vues, leurs attitudes et leurs pratiques. Il serait fort utile dentreprendre des travaux de recherche dans les domaines ci-après:
Le présent document montre quil faut associer pleinement les hommes aux activités de prévention du VIH afin de réduire le taux de transmission.Iul faudrait par conséquent redoubler defforts et, en labsence de ressources nouvelles, réorienter les programmes et interventions fondés sur le sexe, dont la plupart se concentrent actuellement sur les femmes uniquement. Une telle initiative ne sera sans doute pas bien accueillie partout, mais elle semble nécessaire pour amener les hommes à assumer une plus grande responsabilité pour leur santé sexuelle et leur santé en matière de reproduction et pour celles de leurs partenaires et de leur famille. Trop souvent par le passé, on a pensé quen axant les efforts sur les femmes, on pourrait remédier aux graves inégalités sociales en matière de relations entre les sexes et de sexualité qui ont cours dans le monde aujourdhui. Sil est vrai que des progrès ont été réalisés à cet égard, les activités entreprises ont trop souvent accru les responsabilités quassument déjà les femmes dans les pays en développement. En ce qui concerne le VIH/sida, cela a pu malencontreusement renforcer lidée que les femmes sont les premiers vecteurs du VIH (de Bruyn et autres, 1995). Si, à lavenir, les hommes ne sont pas convenablement associés aux activités visant à lutter contre les inégalités complexes en matière de relations entre les sexes et de sexualité qui favorisent la transmission du VIH, les femmes devront assumer la responsabilité de changer les idéologies et les pratiques des hommes ainsi que les leurs propres. Cela semble profondément injuste et, étant donné le système patriarcal et les structures qui le renforce, il est peu probable quon obtienne les résultats escomptés. Il faut semployer à modifier les programmes de prévention, de promotion de la santé et de développement existants afin de tenir compte davantage des spécificités de chaque sexe et de la sexualité, qui sont des principes qui régissent la vie tant des hommes que des femmes, et dinfluer sur les vulnérabilités liées au VIH dune manière quon ne pouvait imaginer il y a seulement une décennie. Notes 1. Il importe de relever que ces groupes ne sexcluent pas mutuellement. REFERENCES Abdool, Karim Q. and Morar, N. (1995) 'Determinants of a Woman's Ability to Adopt HIV Protective Behaviour in Natal/Kwazulu, South Africa: A Community Based Approach.' Women and AIDS Program Research Report Series. Washington DC: International Center for Research on Women. Adler, M., Forster, S., Richens, J., and Slavin, H. (1996) 'Sexual Health and Care: Sexually Transmitted Infection: Guidelines for Prevention and Treatment', Health and Population Occasional Paper. London: Overseas Development Administration. 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