Microfinance au Libéria
Derrière la caméra : Portrait des perdants
Zubin Cooper est un cinéaste qui a travaillé comme producteur de programmes radio et vidéo pendant la deuxième guerre civile du Libéria, qui s’est terminée en 2003. Il a fait part au PNUD de certaines de ses pensées sur un projet de microfinance appuyé par le PNUD qui a aidé l’un de ses sujets, Kebbeh, à retrouver des moyens d’existence et à refaire sa vie une fois la paix revenue.
"En tant que Libérien, je sais que le pays revient de loin. Il y a une énorme différence entre notre situation passée et l’avenir qui nous attend. Si l’on nous avait dit il y a deux ans que nous en serions où nous en sommes aujourd’hui, nous ne l’aurions pas cru. Si nous parvenons à tenir le cap, à maintenir la discipline et à nous concentrer sur l’espoir et l’avenir au lieu des fautes passées, nous pourrons assurément donner un bon exemple de transition d’une société de temps de guerre à une société stable propice à la paix.
Pendant la guerre, beaucoup de gens vivaient mécaniquement. Ils ne faisaient pas d’efforts parce que dans les trois mois, un gamin de 10 ou 12 ans pouvait très bien s’armer d’un fusil et leur prendre tout ce qu’ils possédaient. Aujourd’hui, il y a vraiment, on le voit, un espoir, un désir de changement. Nous avons un gouvernement qui est plus ou moins responsable. Il n’est pas parfait, mais nous pouvons travailler avec les autorités et améliorer notre sort.
En tant que journaliste, j’adore les histoires où il y a de l’espoir pour les perdants. Tout le monde aime ça, mais je trouve que ces histoires méritent tout spécialement d’être racontées au Libéria, parce que certaines d’entre elles sont vraiment incroyables, en particulier si l’on pense à ce à quoi ces gens ont survécu et à ce qu’ils font aujourd’hui de leur existence, malgré tout. Kebbeh, l’une des femmes de mon film, est veuve ; c’est une ancienne réfugiée, mère de deux enfants, qui a perdu son mari pendant la guerre. Elle a commencé avec 5 litres d’huile de palme, et avec ce programme de microfinance, elle a réussi à fonder une entreprise d’huile de palme et elle se prépare à exporter vers les États-Unis. Vous avez là quelqu’un qui se bâtit un avenir, pas pour elle seule, mais aussi pour ses enfants, sa famille et ses employés. Elle a construit un entrepôt et une nouvelle maison, et aujourd’hui, elle envoie ses enfants dans des écoles privées et à l’université et elle fait vivre toute sa famille étendue.
Le projet n’apporte pas l’espoir à tout le monde, mais il forme un petit noyau qui est appelé à grandir. Quand vous envoyez un enfant à l’école, c’en est un de moins qui prendra les armes, ou bien si l’on en arrive à ce point là, c’est quelqu’un qui aura plus tendance à se tourner vers le dialogue. Tous les gens que vous employez, ce sont des gens qui ont un salaire sûr à la fin du mois, ce qui leur donne des raisons de vivre, des raisons d’espérer, et cela fait que cette nouvelle expérience démocratique que nous tentons actuellement a davantage de chances de réussir."

