Faits et chiffres
- On s’attend à une chute, la première depuis 1982, de la croissance des échanges commerciaux mondiaux de 9 % en 2009.
- Les flux de capitaux à destination des pays en développement pourraient se contracter de plus de 60 % en 2009.
- Les investissements étrangers directs pourraient se réduire de 30 % en 2009.
- Les économies émergentes telles que celles du Brésil, de la Chine, de l’Inde et de la Russie, seront durement touchées par la réduction des échanges commerciaux, ce qui affectera une importante part de la population mondiale.
Source: Banque mondiale
La crise financière a amené les autorités des pays développés à concentrer leur attention sur leurs problèmes internes et à dépenser des billions de dollars en plans de sauvetage intérieurs. Les entreprises jouent la carte de la prudence en s’abstenant d’investir et elles procèdent aux licenciements de personnel auxquels elles sont contraintes. Du fait de la perte de leur emploi ou devant la perspective d’une telle perte, les habitants des pays riches consomment et voyagent moins et, lorsqu’ils consomment ou voyagent, sont encouragés à soutenir l’économie nationale en achetant des produits locaux ou en évitant de quitter le territoire national. Et les répercussions du repli des gouvernements des pays industrialisés se font sentir dans tout le monde en développement.
Fléchissement de la demande de produits en provenance des pays en développement
Ce ralentissement économique et son orientation vers l’intérieur se traduisent par une réduction de la demande de produits provenant des pays en développement ainsi que des investissements dans les marchés émergents. Au Brésil, par exemple, plusieurs fabricants d’automobiles mettent leur personnel en congé payé ou procèdent à des licenciements, face à une baisse de l’activité économique et à un resserrement du crédit qui ont frappé ce secteur particulièrement durement.
Dans les pays où le secteur vestimentaire est un gros employeur et une source de recettes fiscales importantes pour l’État, comme c’est le cas au Cambodge et au Pakistan, la réduction de la demande provoque un chômage massif. Ceci touche particulièrement les femmes pauvres qui ont charge de familles entières. Rien qu’au Cambodge, les pertes d’emploi avoisinent 10 %.
Le fléchissement de la demande de produits vestimentaires est appelé à se répercuter sur le secteur du coton. Ceci touchera des pays tels que le Bénin, dont le coton est la seule culture d’exportation, ce qui contribuera à accroître encore le chômage.
Exportation
Le commerce international se contracte rapidement et l’on s’attend à une réduction plus marquée encore en 2009. C’est ainsi qu’au Viet Nam, par exemple, les exportations de janvier 2009 étaient inférieures de 24 % à leur niveau de janvier 2008.
Les pays en développement dont l’économie n’est pas diversifiée, qui dépendent des exportations d’un ou deux produits de base tels que le café, le coton ou les minéraux, seront touchés particulièrement durement par la baisse des prix induites par la réduction de la demande. La Mongolie, par exemple, est fortement dépendante de ses exportations de cuivre; suite à la chute du prix du cuivre de 70 %, son produit intérieur brut a accusé une baisse de l’ordre de 5 %.
Chute des investissements
La plupart des pays ont fait état de réductions effectives ou prévues des investissements étrangers et intérieurs sous l’effet de la détérioration de l’accès au crédit ou aux marchés des capitaux. Parmi les secteurs les plus immédiatement frappés figurent ceux de la construction résidentielle et hôtelière, dans des pays tels que le Cambodge, l’Égypte, la Grenade, la Jordanie, le Maroc et la Thaïlande. En Roumanie, on s’attend à une réduction de près de moitié de l’investissement étranger direct, qui de 9 milliards d’euros en 2008 passera vraisemblablement à 4 à 5 milliards d’euros en 2009. Parmi les autres secteurs touchés figurent les industries extractives, par exemple au Libéria, qui ne sont plus en mesure de mobiliser autant de capitaux du fait de la réduction des disponibilités.
L’investissement intérieur accuse lui aussi une baisse. En Roumanie, la production industrielle a chuté abruptement de 9,4 % en novembre 2008 et près de 9 000 entreprises ont déposé leur bilan au cours de l’année. En Turquie, le secteur de la construction automobile connaît un ralentissement majeur et procède à des compressions de personnel. Au Maroc, Nissan a récemment renoncé à un projet de construction d’une grande usine, tandis qu’au Samoa, un fournisseur de Toyota, le plus gros employeur du pays, s’est vu contraint de licencier un tiers de ses effectifs et de réduire la durée de la semaine de travail.
Diminution des recettes du tourisme et des activités connexes
Du fait que les habitants des pays développés réduisent leurs dépenses et voyagent moins, les pays qui dépendent du tourisme voient s’évanouir d’importantes possibilités liées aux activités touristiques. Au Belize, où le tourisme est le plus gros employeur, les pertes d’emplois dans ce secteur ont atteint14 %. En Égypte, où le secteur du tourisme occupe une place particulièrement importante dans l’économie, les recettes du tourisme ont diminué de 7,8 % au cours du quatrième trimestre 2008, alors qu’elles avaient augmenté de 38,3 % pour la même période en 2007.
Réduction des envois de fonds des travailleurs migrants
Par ailleurs, les travailleurs migrants employés dans les pays développés perdent eux aussi leurs emplois et envoient moins d’argent à leur familles dans les pays en développement. Les envois de fonds des travailleurs de l’étranger s’élèvent à quatre fois le montant de l’aide internationale au développement. Ils sont appelés à se réduire considérablement en 2009 et le bien-être des familles s’en ressentira directement. De nombreux migrants devront également rentrer au pays, ce qui accroîtra les risques de troubles sociaux sous l’effet de l’intensification de la course à l’emploi. Par exemple, 14 % des migrants roumains sont rentrés d’Italie, d’Espagne et du Royaume-Uni. Au Kenya, les envois de fonds des travailleurs de l’étranger ont diminué de 13,3 % au cours du quatrième trimestre 2008 par rapport à la même période en 2007.
Effets de la réduction de l’activité économique sur les filets de sécurité de l’État
Les employeurs, grands et petits, du monde entier ont dû licencier du personnel en raison de la réduction de la demande. La contraction des entreprises provoque une contraction des recettes fiscales de l’État, ce qui accroît les difficultés qu’éprouvent les pays en développement à investir dans les filets de sécurité sociaux, ou même dans l’alimentation, l’éducation et l’accès aux médicaments.
Impact mitigé sur le secteur financier et bancaire
Contrairement à ce qui se passe pour le commerce, l’investissement et les envois de fonds de l’étranger, l’impact de la crise économique sur le secteur financier et bancaire des pays les plus pauvres n’a pas été significatif. En revanche, les marchés des capitaux et les systèmes bancaires des pays appartenant aux catégories de revenu supérieure et/ou ceux dont le système financier est plus intégré dans le système financier mondial ont subi de rudes chocs. C’est ainsi que les pays d’Europe centrale et orientale ont été affectés du fait des hauts niveaux d’emprunts en devises. Au Maroc, la crise a touché principalement les banques à participation étrangère majoritaire, qui contrôlent 30 % du capital bancaire du pays.
La crise économique pourrait inverser les progrès atteint vers la réalisation des objectifs du Millénaire
Les gouvernements réagissent
“Nous devons faire plus que simplement remédier à l’actuel chaos financier. Nous devons œuvrer pour une meilleure gouvernance afin que la mondialisation produise des résultats plus justes et soutienne la justice sociale, et nous devons assurer qu’elle soit écologiquement, économiquement, socialement et politiquement durable.”Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies
Les gouvernements du monde entier accordent une haute priorité au suivi de la crise économique et financière ; à titre de riposte à la crise, ils formulent activement des plans d’action et des plans budgétaires. Un certain nombre de pays n’en sont toutefois encore qu’au stade des débats et de la préparation, alors que d’autres ont agi vigoureusement. À Maurice, le gouvernement et le secteur privé ont établi un contrat social visant à protéger l’emploi et les revenus.
L’agriculture bénéficie d’une priorité particulière, car il s’agit d’assurer la sécurité alimentaire et d’appuyer les moyens d’existence de la population. Au Libéria, qui importe 70 % de ses besoins alimentaires, le gouvernement a levé les droits de douane sur les importations de riz. Le gouvernement du Kenya a soumis une proposition au Parlement, en vue de l’octroi de subventions pour les engrais aux petits agriculteurs.
Dans plusieurs pays en développement, les autorités s’efforcent de mettre en place des incitatifs économiques à court terme pour relancer la demande. La Turquie a récemment étendu pour 2009 un programme d’encouragements couvrant 49 provinces. L’Égypte lance des projets de partenariats publics-privés d’un montant total de 15 milliards de livres égyptiennes, pour construire des écoles, des hôpitaux et des systèmes d’alimentation en eau et d’assainissement.
Le PNUD intervient
Le PNUD tire parti de son réseau mondial d’experts pour dispenser des conseils, analyser, concevoir et mettre en œuvre des mesures de riposte visant à protéger les groupes les plus vulnérables tout en tenant compte des spécificités du pays considéré. Il œuvre en partenariat avec les pays en développement pour leur permettre de répondre à leurs besoins urgents, en particulier pour la conception de programmes de protection et de filets de sécurité sociaux. Il en est ainsi par exemple au Cambodge, pour la création d’emplois par l’investissement dans des travaux d’infrastructure à forte intensité de main-d’œuvre, en Ukraine et en Roumanie, en vue de l’accroissement des revenus et de la productivité des petits agriculteurs, au Mali et au Malawi, en vue de l’amélioration du suivi des impacts de la crise sur le développement humain, et en Éthiopie et en Moldova, pour assurer le maintien du financement des services publics essentiels tels que l’éducation et la santé. En Russie, le PNUD fournit des conseils en matière de gestion de licenciements massifs de personnel, en particulier dans les villes qui ne possèdent qu’une seule usine.