Helen Clark: ‘État de droit et développement : une ère de défis et d'opportunités’

06 déc. 2012

Faculté de droit, Université du Qatar

Introduction

Je remercie la Faculté de droit de l'Université du Qatar de m'avoir invitée à m’exprimer dans la cadre de la conférence inaugurale pour la Série de conférences des hautes personnalités récemment créée par l'Université.

L'Université du Qatar a acquis une excellente réputation pour la qualité de l'enseignement dispensé et pour l'attraction qu'elle exerce sur de brillants étudiants du Qatar, de toute la région et d'ailleurs. Je suis particulièrement contente de voir que les femmes constituent une proportion significative de la population étudiante présente ici.

Le titre de ma conférence d'aujourd'hui est : « État de droit et développement : une période de défis et d'opportunités ». Je me concentrerai sur l'importance de l'État de droit pour les progrès en matière de développement dans le monde, et j'aborderai ses implications pour la région des États arabes en cette période critique de transition.  

Mais avant de commencer, permettez-moi de vous dire quelques mots au sujet du PNUD, la plus grande organisation des Nations Unies consacrée au développement. Nos programmes soutiennent les priorités et les efforts nationaux de développement dans 177 pays et territoires. Nous collaborons avec les autorités gouvernementales, des partenaires de la société civile et les communautés locales dans des domaines allant de la prévention des crises et du relèvement à la lutte contre la pauvreté, la protection de l'environnement, l'autonomisation des femmes, et l'assistance aux pays en vue de rendre leurs institutions et leurs systèmes de gouvernance plus inclusifs, plus efficaces et plus responsables.

Le concept du développement humain se situe au cœur de notre travail. Il vise à élargir les choix et les libertés des peuples, ainsi qu'à permettre à toutes et à tous de vivre plus longtemps et en meilleure santé, d'accéder à l'éducation, et de jouir d'un niveau de vie décent.  

L'Assemblée générale des Nations Unies elle-même a affirmé ces derniers mois que les droits de l'homme, l'État de droit et la démocratie sont interdépendants, se renforcent mutuellement et font partie des valeurs et principes fondamentaux, universels et indivisibles de l'Organisation des Nations Unies.  Quant au PNUD, l'appui apporté aux actions destinées à renforcer l'État de droit sous-tend notre travail pour contribuer aux progrès réalisés sur la voie du développement humain, car il renforce la capacité des populations à décider de leur destin et à participer aux décisions qui façonnent leurs vies.

En réponse à la demande des États membres, le PNUD contribue à des initiatives en rapport avec l'État de droit dans plus de 100 pays différents.  Nous tirons parti de notre expérience riche d'enseignements, acquise dans des contextes très diversifiés.  Aujourd'hui, je ferai référence aux initiatives que nous soutenons dans la région des États arabes.

N’étant pas juriste, mes remarques porteront peu sur les sources du droit, tout en reconnaissant que celles-ci sont au centre d'un grand débat, mais plutôt sur la raison pour laquelle l'État de droit est essentiel au développement inclusif et durable.  Je m'inspirerai des conventions et déclarations des Nations Unies, ainsi que des Rapports arabes sur le développement humain, commandés par le PNUD depuis 2002. Ces rapports sont rédigés de manière indépendante par des intellectuels de la région.

Je suis particulièrement heureuse de prendre la parole dans le cadre de cette conférence à Doha. Le Qatar est reconnu pour son plaidoyer en faveur de l'État de droit et de la lutte contre la corruption dans la région, et le PNUD est fier d'être associé à ces principes.  L'année dernière, nous avons commencé à collaborer avec le Procureur général du Qatar, Son Excellence le Dr Ali Bin Mohsen, pour aider le Qatar à établir et appuyer un pôle régional de formation et de recherche consacré à l'État de droit et aux questions relatives à la lutte contre la corruption.  Aujourd’hui, alors que le PNUD et le Qatar renforcent leur partenariat, je me réjouis à l’idée de pouvoir débattre avec des étudiantes et des étudiants, qui sont les futurs dirigeants de l'État de droit, et avec des universitaires.

État de droit et développement

Ces dernières années, les Nations Unies ont fait plusieurs déclarations concernant l'État de droit et sa définition.

•    En 2004, le Rapport du Secrétaire général sur le Rétablissement de l'État de droit et l'administration de la justice pendant la période de transition dans les sociétés en proie à un conflit ou sortant d'un conflit précisait que : « Dans le système des Nations Unies, le concept d’État de droit désigne un principe de gouvernance en vertu duquel l’ensemble des individus, des institutions et des entités publiques et privées, y compris l’État lui-même, ont à répondre de l’observation de lois promulguées publiquement, appliquées de façon identique pour tous et administrées de manière indépendante, et compatibles avec les règles et normes internationales en matière de droits de l’homme. »  

•    En 2005, lors du Sommet mondial des Nations Unies, les États membres ont unanimement reconnu la nécessité d'une adhésion universelle à l'État de droit et de sa mise en œuvre tant au niveau national qu'international.  

•    Cette année, en septembre, l'Assemblée générale de l'ONU a tenu sa toute première Réunion de haut niveau sur l’État de droit aux niveaux national et international.  Les États membres y ont adopté une Déclaration historique qui soulignait que « toutes les personnes, institutions et entités publiques ou privées, y compris l’État lui-même, sont tenues de respecter les lois justes et équitables et ont droit sans distinction à l’égale protection de la loi. »

Il convient de distinguer le terme « État de droit » du concept plus limité d’ « ordre public » en vertu duquel les organes de sécurité et de la justice pénale d'un État sont déployés. L'État de droit se distingue également de « l'autorité de droit » et de la « primauté de la force », où les lois et les institutions sont utilisées pour protéger les intérêts des puissants et pour priver d'importants segments de la société de toute chance de s'intégrer sur un pied d'égalité.

La plupart des sociétés ont recours à plusieurs normes et sources de droit pour orienter les comportements et règles sociales, et puisent dans leurs propres traditions pour définir leur cadre juridique. Une étude du PNUD, d'ONU femmes et de l'UNICEF récemment rendue publique indique que les systèmes de justice quasi-formels, traditionnels ou religieux permettent souvent de résoudre une part importante  des litiges et plaintes dont les personnes peuvent être l’objet.

La Déclaration de la Réunion de haut niveau des Nations Unies qui a eu lieu en septembre de cette année a constaté que « les normes et les critères internationaux créent des traits communs que l’on retrouve malgré la grande diversité des expériences nationales dans le domaine de l’État de droit. »  

Par exemple, pour de nombreux États dans cette région, l'État de droit est fondé sur des conceptions de la justice qui ont été tissées par divers critères et traditions socioreligieux et culturels, dont certains profondément ancrés dans l'Islam.

Le PNUD reconnaît la grande variété des systèmes juridiques en vigueur dans les pays dans lesquels nous travaillons. Nous nous efforçons d'aider les sociétés à formuler leur propre conception de l'État de droit dans le respect des principes communs définis par les Nations Unies.

Les dispositions constitutionnelles d'une nation énoncent les pouvoirs des organes de l'État et les droits des personnes. Lors de la rédaction de nouvelles constitutions, le PNUD plaide pour des processus transparents d'élaboration de celles-ci, de sorte que les citoyens puissent contribuer directement à la rédaction des règles selon lesquelles ils sont dirigés ainsi qu'à la définition de leurs droits.

Néanmoins, les belles formules doivent se refléter dans la pratique de l'État de droit et de l'équité des procédures.  Pour que l'État de droit soit solidement établi, les citoyens doivent voir que les institutions de l'État, et en particulier celles de la justice et de la sécurité, sont là pour les servir. Ceci nécessite qu'au moins les critères suivants soient remplis :

  • Une protection et des services juridiques qui permettent aux gens de faire valoir leurs droits dans tous les domaines – politique, économique et social – et de demander réparation pour les préjudices subis ;
  • Des tribunaux assurant un accès efficace et impartial à la justice et à la réparation par voie judiciaire, respectant les garanties d'un procès équitable et d'égalité devant la loi ;
  • Que tous les fonctionnaires, y compris ceux qui sont employés dans le secteur de la sécurité, s'abstiennent de se livrer à la répression, à la corruption ou à la discrimination ; et
  • Que les systèmes carcéraux, et même l'ensemble des systèmes, adhèrent aux principes régissant les droits de l'homme.

Dans les sociétés sortant d'un conflit et/ou de bouleversements politiques et sociaux, le renforcement de l'État de droit s'avère particulièrement important pour réussir la transition vers un avenir placé sous le signe de la paix et de la cohésion sociale. L'établissement des responsabilités pour les violations et les atteintes aux droits de l'homme commises par les régimes précédents constituera une priorité dans de nombreuses transitions. Punir les auteurs n’est pas chose aisée car la justice doit être vue pour être rendue, et les nouveaux systèmes de gouvernance doivent garantir que les atteintes aux droits de l'homme ne se répéteront pas.  

Les périodes de transition constituent en outre des moments adaptés pour combler des lacunes particulières en matière de protection des droits et dans des domaines d'exclusion, ainsi que pour garantir l'égalité des chances en vertu de la loi. Les citoyens ont besoin de preuves que les lois sont équitables et leur offrent davantage de chances, plutôt que de restreindre leurs chances.  

Lors de la Réunion de haut niveau de l'Assemblée générale de l'ONU au mois de septembre, les États membres ont affirmé leur conviction que :  
« l’État de droit et le développement sont fortement interdépendants et se renforcent mutuellement, que la promotion de l’État de droit aux niveaux national et international est indispensable à une croissance économique durable et inclusive, au développement durable, à l’élimination de la pauvreté et de la faim et à la pleine réalisation de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales qui renforcent à leur tour l’État de droit, comme  le droit au développement... »  

Si nous retournons cette déclaration, nous pouvons en déduire que l'absence d'État de droit est en grande partie responsable du manque de dynamique de développement.

Les déficits de gouvernance et l'État de droit dans la région arabe

La série de Rapports arabes sur le développement humain, commandée par le PNUD depuis 2002, a montré que les progrès réalisés sur la voie du développement humain sont sérieusement compromis par une mauvaise gouvernance et par le non-respect de l'État de droit par certains pays.

Le premier rapport, publié en 2002 et intitulé « Créer des opportunités pour les générations futures », a mis en évidence ce qu'il appelait « un retard par rapport aux autres régions en matière de gouvernance et de participation aux processus de décision », expliquant que ce « déficit de liberté » allait à l’encontre du développement humain dans la région. Il citait en outre l'inégalité entre les sexes, un taux élevé de chômage et le népotisme comme des obstacles au développement économique et humain.  

En 2004, le Rapport arabe sur le développement humain « Vers la liberté dans le monde arabe » soulignait que la liberté est une question de dignité humaine ; pour la conserver et la garantir, elle « nécessite un système de bonne gouvernance qui repose sur une représentation populaire efficace et qui puisse répondre devant la population, et qui défende l'État de droit et garantisse qu'un pouvoir judiciaire indépendant applique la loi de manière impartiale. »

Ce rapport considérait l'occupation et l'intervention étrangères comme des menaces particulières de la région.  Il commentait également le contraste existant au sein même des pays entre « des constitutions octroyant des droits et des lois les confisquant. »   Il recommandait davantage de pluralisme et un dialogue plus ouvert, des droits et libertés fondamentaux garantis pour toutes et tous, une réforme des services de sécurité, ainsi que des politiques qui permettent aux femmes et aux minorités de contribuer à tous les aspects de la société.

Le dernier Rapport arabe sur le développement humain en date, publié en 2009, analysait la sécurité humaine dans la région.  Il décrivait le rôle d'un « État légitime » comme suit :
« Le rôle traditionnel de l’État consiste à conquérir l’allégeance de ses citoyens et à défendre leur droit à la vie et à la liberté. Il les protège contre les agressions et met en place des règles qui garantissent l’exercice des libertés fondamentales. L’État assumant ce rôle est donc un « État légitime » qui impose la primauté du droit et qui sert l’intérêt public et non celui d’un groupe particulier.

Le Rapport poursuivait ainsi : « En revanche, l’État qui n’adhère pas à ces règles représente une source de danger menaçant la vie et la liberté.  »

Il faisait remarquer que le bilan de certains États de la région « était mitigé » dans ce domaine, et citait de sérieux obstacles au progrès tels que les sérieuses lacunes constitutionnelles, notamment concernant les droits des femmes, « l'écart considérable entre les textes constitutionnels et la pratique juridique réelle », ainsi que la répression et les restrictions limitant le dialogue civique et l'ouverture de l'espace politique.

Cette série de Rapports sur le développement humain suggérait que des réformes de grande envergure s'imposaient de toute urgence pour réhabiliter la légitimité de l'État vis-à-vis des citoyens et pour répondre aux besoins naissants des populations de la région. Néanmoins, les appels à la réforme n'ont pas été lancés que par ces rapports et par des activistes.

Dès mai 2004, le Sommet arabe lui-même publiait une « Déclaration sur les processus de réforme et de modernisation » appelant à consolider « les fondements de la démocratie et de la concertation, et à élargir la participation à la vie politique et à la prise de décisions, parallèlement à l'État de droit, à l'égalité des citoyens, au respect des droits de l'homme... en vue de renforcer les rôles joués par toutes les composantes de la société, y compris les organisations non gouvernementales, ainsi que la participation de tous les groupes sociaux, hommes et femmes. »  

Certains États ont entendu cet appel à la réforme et à la modernisation.  Dans d'autres États, la réforme n'a eu lieu que lorsque les citoyens sont descendus dans la rue pour réclamer des changements.  

Une période de défis et d'opportunités
Lors des événements tumultueux associés aux changements dans la région des États arabes ces deux dernières années, de nombreuses personnes ont affronté les balles et les matraques pour exprimer leur opposition au statu quo. Provenant de toutes les couches de la société – des jeunes et des vieux, des femmes et des hommes, des travailleurs, des étudiants et des sans-emploi – ces personnes ont exprimé leur désir d'assister à des changements fondamentaux au sein de leurs sociétés et dans la manière dont elles étaient gouvernées.

Cet appel au changement, exprimé de diverses façons dans toute la région, a été alimenté par de nombreux facteurs, allant de la stagnation économique à l'exclusion sociale et à la marginalisation politique. Il découlait également d'un sentiment d'aversion pour la corruption, d'un rejet de la répression, et d'un désir d'autonomisation, de dignité et de droits.

Un élément particulièrement pertinent dans le cadre de notre discussion sur l'État de droit tient au fait que dans plusieurs pays, des institutions telles que le pouvoir judiciaire, la police, les forces de sécurité et les parlements, qui auraient pu défendre l'État de droit, étaient considérées par de nombreuses personnes comme corrompues, dépourvues du sens de responsabilité et/ou illégitimes. Dans d'autres pays, les lois elles-mêmes étaient considérées tout au moins comme obsolètes, et souvent comme répressives et discriminatoires.

L'époque actuelle présente à la fois des défis et des opportunités pour les pays de la région. Les citoyens ont réclamé des changements et s'attendent à les voir se matérialiser.

Des processus politiques, économiques et sociaux importants et souvent fortement contestés sont en cours dans toute la région, dans des pays qui effectuent une transition rapide suite à la chute de leur régime précédent, et d'autres qui poursuivent une réforme plus graduelle.  Le chemin qu'il leur reste à parcourir ne sera certes ni simple ni facile, mais le renforcement de l'État de droit aidera ces pays à trouver place sur la voie du développement humain au sens le plus large.

Cela pourra se faire par la rédaction de nouvelles constitutions, par le renforcement des institutions de gouvernance, par la lutte contre l'exclusion et la discrimination, ainsi qu'en aidant ces sociétés à affronter l'héritage d'un régime autoritaire et d'atteintes aux droits de l'homme perpétrées par le passé. Si ces opportunités ne sont pas saisies, les transitions seront risquées, car les griefs ignorés peuvent attiser le mécontentement et favoriser la violence, entraînant alors une instabilité prolongée.

La manière de renforcer l'État de droit doit être dirigée par les citoyens de chaque pays.

Dans les pays qui subissent d'importantes transitions politiques, tels que la Libye, l'Égypte, la Tunisie et le Yémen, ainsi que dans d'autres pays qui ont entamé une réforme plus graduelle, le renforcement de l'État de droit peut contribuer à répondre aux revendications relatives à l'inclusion politique, aux droits de l'homme, ainsi qu'à la suppression de politiques sociales et économiques inéquitables.

En Somalie, où un règlement politique est en cours d'obtention, lentement mais sûrement, après des années de fragilité, le nouveau gouvernement considère l'avancement de l'État de droit comme primordial pour favoriser le développement.

La Syrie est toujours en proie à un conflit meurtrier qui a entraîné la mort de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants et la fuite de plus de 400 000 Syriens vers les pays voisins . L'établissement de la paix et de l'État de droit y sera crucial pour permettre à la Syrie de reprendre ses progrès dans le domaine du développement.

Au PNUD, nous sommes pleinement conscients du fait que chacun des pays de la région s'est engagé dans un processus politique distinct et personnel, et que les calendriers et les priorités des différents pays sont donc différents. Notre objectif est de collaborer avec les gouvernements, la société civile et les communautés pour soutenir les transitions en cours afin qu'elles puissent conduire à une amélioration du développement humain et de la sécurité humaine. Nous voyons un réel potentiel humain dans cette région et une grande capacité à bâtir un avenir meilleur pour toutes celles et pour tous ceux qui ont souffert de l'exclusion et de la répression.   

Nos programmes nous donnent l'occasion de travailler avec les instances de la justice formelle et informelle, y compris les instances traditionnelles et religieuses, et de soutenir la construction d'institutions pour une gouvernance inclusive et transparente.  Parmi les exemples de notre travail dans la région, citons les suivants :

  • En Tunisie, l'Assemblée constituante nationale, élue fin 2011, rédige un projet de nouvelle constitution. Le PNUD appuie cette initiative et collabore à la fois avec le gouvernement et avec des groupes de la société civile afin de faire participer le grand public au débat concernant ce qu'il veut voir apparaître dans la nouvelle constitution.  Nous appuyons aussi les efforts du ministère de la Justice en vue de dégager les formules envisageables pour permettre à la justice de transition de punir les atteintes aux droits de l'homme commises par le passé.
  • En Libye, conscient du fait que les jeunes sont souvent exclus du discours politique, le PNUD a apporté son soutien à un certain nombre de jeunes activistes lors de la période précédant des élections récentes afin qu'ils deviennent animateurs et qu'ils puissent motiver d'autres jeunes à y participer. Les pairs éducateurs se sont exprimés à la radio et lors de journées portes ouvertes dans dix universités pour encourager les jeunes à voter et pour les informer des procédures de vote.  
  • Au Yémen, qui s'est engagé dans un calendrier de transition sur deux ans, le PNUD et d'autres organes des Nations Unies soutiennent l'État de droit, la justice et la programmation dans le domaine du secteur de la sécurité qui comprend une aide au renforcement de l'architecture nationale des droits de l'homme, les processus de justice transitionnelle et le dialogue national.  
  • Dans les Territoires palestiniens occupés, l'Autorité nationale palestinienne s'est engagée à rendre la justice responsable et sensible aux besoins de la population et à fournir des services de sécurité.  Le PNUD soutient les efforts de l'autorité pour renforcer sa capacité à ce faire, notamment par le biais de réformes de la discipline interne et de la gouvernance de la police.  
  • Somalie, le PNUD collabore avec les autorités afin de garantir l'établissement de réseaux d'aide juridique pour les communautés et l'accessibilité de ces services aux femmes et aux groupes marginalisés. En soutenant ces services, notamment en assurant la présence de tribunaux permanents et mobiles dans toute la Somalie, le PNUD aide les femmes, les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays et les prisonniers à bénéficier d'une aide juridique et à demander réparation pour les violations de leurs droits ignorées jusque-là, qui vont des violences sexuelles aux différends fonciers en passant par des atteintes aux droits de l'homme.
  • Au Liban, le PNUD contribue à renforcer les capacités institutionnelles du ministère de la Justice, à améliorer les services d'assistance juridique de l'État et à promouvoir l'accès à la justice et à l'information juridique par le biais des technologies de l’information et de la communication. Un nouveau système de gestion des cas dans les tribunaux a permis d’améliorer leurs méthodes de travail. Le site Web du ministère de la Justice offre désormais plus d'informations, et la bibliothèque en ligne aide les juges et les autres membres du personnel des tribunaux.
  • Aussi bien en Jordanie qu'au Maroc, le PNUD a mené des études sur le rôle joué par les femmes dans l'administration publique afin d'orienter les initiatives en faveur du leadership féminin et de l'autonomisation des femmes.  Un appui sera apporté en 2013 pour renforcer les réseaux de femmes, développer des initiatives relatives au leadership des jeunes femmes, promouvoir des cadres législatifs sensibles au genre et élaborer des lignes directrices en matière de genre destinées à l'administration publique.

Pour le PNUD, les questions liées à la gouvernance démocratique, à l'État de droit, à la justice sociale et au travail décent sont interdépendantes. Un rapport que nous avons lancé l'année dernière au sujet des défis que doit relever cette région en matière de développement affirmait que la réussite des transitions serait subordonnée à la compréhension et à l'attention prêtée aux revendications des citoyens qui réclament simultanément l'inclusion politique, économique et sociale.  

Autrement dit, comme l'affirmait l'Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre, l'instauration de l'État de droit et l'accélération du développement doivent aller de pair.

Conclusion

Le Secrétaire général de l'ONU a déclaré que « Paix, sécurité et développement sont interdépendants. »    Dans cette région, les transitions politiques offrent de nouvelles opportunités d'instaurer l'État de droit et le respect des droits de l'homme. Ces transitions ont le potentiel de mettre des pays sur la voie d'un développement inclusif et durable, à condition que l'État de droit soit solidement instauré et qu'il respecte les normes internationales.  

Les transitions de l’ordre de celles qui ont lieu dans la région nécessitent du temps, et s'il nous faut prendre pour exemple les transitions qui ont eu lieu par le passé dans d'autres régions du monde, nous constatons qu'il y a toujours eu quelques heurts en chemin. Et pourtant, nous pouvons également avoir beaucoup d'espoir, et de nombreuses expériences peuvent être partagées avec ceux qui ont opéré de tels changements ailleurs.  En juin de l'année dernière, le PNUD a apporté son soutien à une importante conférence au Caire dont l'objectif  était justement de rassembler les responsables qui avaient entamé une transition à cette époque, en Égypte et dans d'autres pays de la région, et leurs homologues d'Amérique latine, d'Afrique du Sud et d'Indonésie.   

De nombreux diplômés de cette Faculté de droit se mettront sans aucun doute au service de leur société, que ce soit au sein des structures gouvernementales ou des services juridiques ou judiciaires, ou en s'engageant dans le secteur privé ou dans des organisations de la société civile. Vous disposerez des compétences et des connaissances nécessaires pour contribuer à l'avancement de l'État de droit, et ainsi bâtir le fondement d'un développement durable et inclusif. Par le biais d'échanges régionaux et de forums de dialogue concernant la justice, la sécurité et le développement tels que celui-ci, nous pouvons toutes et tous apporter nos idées afin de contribuer à ce processus.

Au niveau mondial, un débat est lancé pour savoir comment définir les objectifs mondiaux de développement après la date cible 2015 afin de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement.  La réunion de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies sur l’État de droit a explicitement affirmé que l'interdépendance entre l'État de droit et le développement devrait être prise en considération dans les priorités post-2015.   

Les gouvernements, les organisations de la société civile et les citoyens sont tous invités à participer à l'élaboration de ces priorités. J'encourage le personnel et les étudiants de cette université à y participer, notamment par le biais des médias sociaux et des plateformes informatiques qui ont été créées.

À ce stade, nous ne devons pas non plus oublier que le développement humain ne peut être envisagé sans développement durable, car les progrès réalisés doivent être conservés pour les générations à venir. Voici qui se trouve véritablement au cœur des défis abordés en ce moment même par la grande conférence mondiale sur le climat qui a lieu à Doha.  

Dans cette ville, réputée pour accueillir des réunions internationales de premier plan, depuis le lancement du Cycle de Doha à l'OMC en 2001 jusqu'à l'accord sur la Déclaration de Doha sur le financement du développement (lors de la Conférence internationale de suivi sur le financement du développement, chargée d'examiner la mise en œuvre du Consensus de Monterrey) en 2008, j'espère que nous pourrons nous rapprocher de l'objectif d'un monde doté d'un nouvel ensemble de règles et d'un accord international concernant la lutte contre le changement climatique. Ainsi, Doha pourra contribuer à l'instauration d'un ordre international efficace pour notre écosystème climatique basé sur l'État de droit. En effet, comme l'a fait remarquer l'Assemblée générale des Nations Unies elle-même au mois de septembre, l'État de droit « revête une importance fondamentale pour le dialogue politique et la coopération entre tous les États, ainsi que pour le renforcement des trois principaux piliers sur lesquels les Nations Unies sont établies : la paix et la sécurité internationales, les droits de l'homme, et le développement. »


L'Administrateur du PNUD
Helen

Helen Clark a pris ses fonctions d'Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement le 20 avril 2009. Elle est la première femme à assumer la direction de l’organisation et assure également la présidence du Groupe des Nations Unies pour le développement.

pour en savoir plus