Helen Clark: « Pourquoi la prise en compte des changements climatiques a de l’importance pour le développement »

08 nov. 2012

« Pourquoi la prise en compte des changements climatiques a de l’importance pour le développement »
Conférence d’Helen Clark, Administrateur du PNUD et Président du GNUD
Événement organisé conjointement par le Stanford Woods Institute for the Environment et le Stanford Program in Human Biology
Stanford (Californie), Etats-Unis
Jeudi 8 novembre 2012, 12h15

 
Les progrès en vue de la conclusion d’un nouvel accord mondial sur le climat ont été d’une extrême lenteur.

Dans mes propos d’aujourd’hui, j’évoquerai les grandes questions en jeu dans les négociations et les raisons qui font qu’une action internationale concerté pour prendre en compte les problèmes du réchauffement mondial est d’une telle importance pour les pauvres et pour les pays pauvres situés aux premières lignes des changements climatiques.

Ma thèse est qu’en l’absence d’une action mondiale plus concertée pour faire face aux changements climatiques dans un avenir proche, il deviendra de plus en plus difficile de réduire la pauvreté, sous toutes ses aspects, en particulier dans les pays les plus pauvres du globe. Les coûts de l’adaptation subiront également partout une hausse considérable.

Les changements climatiques menacent de miner les progrès durement acquis en matière de développement et dans d’autres domaines. En fait, l’impact des graves sécheresses et inondations de par le monde tendent à indiquer qu’ils ont déjà cet effet.

La dévastation due à l’ouragan Sandy aux États-Unis et dans les Caraïbes ces derniers temps nous rappelle à quel point les phénomènes météorologiques peuvent être destructeurs, extrêmes et instables.

Toutefois, chaque problème s’accompagne d’une opportunité. Il existe d’ores et déjà des moyens financiers importants pour l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation de leurs effets. Nous pourrions, en appliquant des stratégies intelligentes, opérer en tant que communauté mondiale la transition qui mène à des économies vertes et inclusives qui s’attaquent aux inégalités, font progresser le développement et enrayent la dégradation des écosystèmes.

La prise en compte des changements climatiques peut contribuer à accélérer les transformations dans les domaines de l’économie et de l’énergie, impulser des révolutions technologiques et encourager la création de nouveaux modèles de production. Elle peut stimuler la création de nouveaux biens, services, emplois et exportations. Elle peut offrir de nouvelles opportunités aux pays en développement ainsi qu’aux pays développés.

Les changements climatiques sont à la fois le résultat des modèles de développement actuels et une menace pour ceux-ci. Il faut, pour y faire face, que le monde entier se développe différemment.

Cela exige des populations engagées et des dirigeants hardis, disposés à s’attaquer aux intérêts bien établis, capables de le faire et prêts à tourner le dos aux modèles en faillite. Les problèmes et les politiques sont ardus et complexes. Il est crucial de rejeter les divisions et l’inaction pour parer aux impacts les plus durs et pour gérer efficacement la crise climatique mondiale.

Les approches pluridisciplinaires promues ici par le Stanford Woods Institute et le Program in Human Biology contribuent à l’élaboration de solutions. De même que la résolution des problèmes de santé exige non seulement une amélioration des hôpitaux mais aussi une éducation et une nutrition appropriées, un environnement propre et la paix, celle du réchauffement mondiale demande que nous fassions porter notre attention sur la façon dont nous développons nos économies et nos sociétés. Il s’agit d’intégrer dans notre discours national et mondial une meilleure compréhension des interrelations qui existent entre les défis auxquels nous sommes confrontés.

Car les changements climatiques ne peuvent pas être relégués sur la touche comme un problème relevant de la seule compétence des scientifiques et des environnementalistes. Ils doivent au contraire trouver leur place dans les débats sur la façon de stimuler la croissance économique, de réduire les déficits, de générer des emplois décents, de parvenir à la sécurité énergétique et de jeter les bases d’un monde plus stable et d’une paix plus générale. Un coup d’œil rapide au site Web de Stanford me dit qu’il y a ici de nombreux dirigeants qui contribuent à établir ces connexions .

Dans mon exposé d’aujourd’hui, je commencerai par examiner les façons dont les changements climatiques affectent le développement. Je porterai ensuite mon attention sur la disproportion entre les dimensions du défi des changements climatiques et la lenteur des progrès des efforts multilatéraux visant à le relever.

Je conclurai en suggérant ce que l’on pourrait faire pour résoudre les crises du climat et du développement crises de manière intégrée, y inclus dans le cadre des négociations de la XVIIIe Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui se réunira à Doha d’ici quelques semaines.

1. Comment les changements climatiques peuvent enrayer et inverser le développement

Pour les habitants des pays en développement, et en particulier des pays les moins avancés et des petits États insulaires en développement, les changements climatiques peuvent avoir un impact catastrophique. Peu capables de planifier en prévision des catastrophes ou de s’adapter aux changements des régimes météorologiques, ce sont les populations et les pays pauvres qui pâtissent le plus des sécheresses, des tempêtes intenses et des inondations plus fréquentes.  

Si les populations des pays développés doivent elles aussi consentir des efforts supplémentaires pour financer la construction de systèmes complexes de défense contre les inondations, dédommager les agriculteurs et régler leurs thermostats car les étés sont plus chauds, les changements des régimes météorologiques en Afrique se traduisent par de mauvaises récoltes, des populations qui souffrent de la faim, et des filles qui passent moins de temps en classe et plus de temps à la corvée d’eau . Les crises d’insécurité alimentaire dans la Corne de l’Afrique l’année dernière et au Sahel cette année ont été très graves et les effets des sécheresses se font sentir bien plus loin au sud de ces régions. Je suis allée récemment au Malawi, où 15 % de la population a besoin d’aide alimentaire parce que la dernière récolte a été mauvaise.

Le Rapport sur le développement humain (rapport du PNUD) de 2008, consacré à la lutte contre les changements climatiques, a estimé qu’en ne faisant pas face aux changements climatiques, le monde condamnerait 40 % de sa population la plus pauvre, quelque 2,6 milliards de personnes, à un futur offrant moins d’opportunités .

Ce rapport décrit cinq mécanismes principaux par lesquels les changements climatiques minent les efforts déployés pour réduire la pauvreté extrême  et réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement.

  • Effets sur l’agriculture et la production alimentaire

Selon les projections du GIEC, un climat de plus en plus sec et chaud rendra l’Afrique subsaharienne moins propice à l’agriculture, en raccourcissant les saisons agricoles, en réduisant les rendements et en diminuant les revenus. Certains pays d’Afrique pourraient voir leurs rendements agricoles diminuer de moitié d’ici 2050 .

Des chercheurs étudiant l’océan Indien  ont conclu que le réchauffement dû à des causes anthropiques dans cette région viendrait accroître encore l’imprévisibilité des pluies et la gravité des sécheresses dans la Corne de l’Afrique.

Les régimes météorologiques variables, plus chauds et plus extrêmes mèneront à des mauvaises récoltes plus nombreuses et, selon les modes de production actuels, à une réduction de la production agricole dans toutes les régions. Les fortes températures et les graves sécheresses qu’a connues cet été la région centrale des États-Unis, les pires depuis un demi-siècle, ont affaibli les récoltes et réduit les rendements. À ce que je comprends, ici en Californie, la hausse des températures affecte déjà la production des cerises et du raisin  et, selon les projections, infligera des dégâts coûteux à l’industrie vinicole et à l’industrie laitière .

Ainsi que les directeurs des trois grands programmes alimentaires et agricoles des Nations Unies en ont averti le public récemment, l’impact cumulé de la hausse des températures et du stress hydrique, tout particulièrement sur les cultures de base telles que le maïs, le blé, le riz et le soja, viendra accroître encore la volatilité des prix des denrées alimentaires au niveau mondial .

Ces cinq dernières années, le monde a été témoin de deux brusques hausses de ces prix, causée en majeure partie par la convergence d’un accroissement de la demande et de bouleversements météorologiques. La sécheresse et les vagues de chaleurs qui ont frappé cette année de nombreux pays producteurs de cultures vivrières, dont les États-Unis et l’Inde, ont provoqué une nouvelle flambée des prix de certaines denrées alimentaires.

Si ces hausses subites des prix alimentaires nous affectent tous, elles ont un impact disproportionné sur les populations pauvres du monde dont les dépenses alimentaires représentent jusqu’à 75 % de leur revenu. Leur incidence ces dernières années sur les populations urbaines pauvres a déclenché des émeutes et causé une instabilité certaine. Le prix moyen des produits alimentaires de base doit à présent, selon les prévisions, augmenter dans le long terme, certains scénarios estimant que les prix du blé s’établiront de façon permanente à un niveau de 15 % plus élevé en 2050 . Le Programme alimentaire mondiale estime que les changements climatiques exposeront 20 % d’habitants du globe de plus à des risques de faim d’ici le milieu du siècle.

  • Accroissement du stress hydrique et insécurité de l’approvisionnement en eau

Les projections indiquent qu’une hausse des températures de plus de deux degrés au-dessus des niveaux préindustriels modifiera fondamentalement la répartition des ressources mondiales en eau . On estime que les caractéristiques du ruissellement et de la fonte glaciaire pourraient augmenter de 1,8 milliard le nombre de personnes confrontées à des pénuries d’eau d’ici 2080 .  

La fonte accélérée des glaciers de l’Himalaya accentuera les problèmes écologiques dans le Nord de la Chine, en Inde et au Pakistan, en commençant par renforcer les inondations avant de réduire le débit de l’eau vers les principaux fleuves, éléments vitaux de l’irrigation. En Amérique latine, la fonte accélérée des glaciers tropicaux menacera l’approvisionnement en eau pour l’agriculture et la production d’hydroélectricité.

La rareté et la fragilité des ressources peuvent constituer une source de conflits intranationaux et internationaux. Les causes du conflit dans la région du Darfour, au Soudan, sont complexes, mais elles ne sont pas sans rapport avec la dégradation des écosystèmes et la raréfaction de l’eau. Le conflit, en général, inflige des revers majeurs au développement dont il peut falloir longtemps pour se remettre.

  • Hausse du niveau des mers et fréquence accrue des catastrophes climatiques

Selon les estimations, une augmentation de la température mondiale de 3 à 4 °C pourrait provoquer des hausses rapides du niveau des mers et des inondations qui pourraient déplacer temporairement ou en permanence plus de 300 millions de personnes. Certaines prévisions indiquent que plus de 70 millions de personnes vivant au Bangladesh et 22 millions au Viet Nam risquent d’être touchées .

Les petits États insulaires des Caraïbes, de l’océan Indien et du Pacifique Sud risquent également de connaître des inondations catastrophiques et pourraient, dans certains cas, devenir inhabitables. Nous devons aussi à présent nous préoccuper de l’avenir à long terme de zones telles que le sud de l’île de Manhattan et de moyens d’en assurer la sécurité.

Les glaces de mer de l’Arctique viennent d’atteindre leur niveau le plus bas depuis des millénaires. Conformément aux modèles climatiques, la désintégration rapide de la calotte glaciaire de l’Arctique et le réchauffement des mers induisent d’ores et déjà des tempêtes tropicales plus intenses.  L’intensité de l’ouragan Sandy et sa trajectoire ont été liées à ces deux tendances . Pour les plus de 340 millions de personnes actuellement exposées aux cyclones tropicaux, l’intensification des tempêtes constitue une menace pour leur vie, leurs biens et leurs moyens d’existence .  

Si le traitement de ces graves chocs dans les médias est transitoire, leurs impacts, eux, perdurent. Des analyses effectuées en Inde indiquent que les femmes nées durant une inondation sont en général moins scolarisées dans le primaire, à 19 %, que les autres. Les ménages en situation désespérée, disposant de peu de revenus et de maigres avoirs, sans assurances, s’adaptent aux chocs de leur mieux, y inclus en mangeant moins ou en interrompant les études de leurs enfants, souvent de leurs filles. De telles mesures d’adaptation contribuent à des cycles de handicap à vie .

  • Changements massifs des écosystèmes de la planète.

L’augmentation de l’acidité des océans menace les récifs coralliens et les millions d’espèces qui en dépendent. Rien qu’en Asie, environ un milliard d’habitants tirent leur nourriture et leurs revenus de pêcheries récifales. Les économies locales basées sur les huîtres, les palourdes ou les coquilles Saint-Jacques sont menacées .

Certaines espèces seront capables de s’adapter, mais ne le seront pas, en raison de la rapidité des changements climatiques. Avec une hausse de température de 3° C, on estime que 20 % à 30 % des espèces terrestres pourraient faire face à la disparition , ce qui aurait des effets dévastateurs pour les écosystèmes et les gens dont la vie et les  moyens d’existence en dépendent.

  • Impact sur la santé humaine.

 La variabilité climatique et les événements extrêmes tels que les inondations peuvent déclencher des épidémies de maladies diarrhéiques, paludisme, dengue et méningite. Les pays riches font déjà des préparatifs pour permettre à leurs systèmes de santé publique de faire face aux chocs climatiques, tels que la vague de chaleur de 2003 en Europe. C’est toutefois dans les pays en développement ayant peu de capacités de réaction que se feront sentir les impacts les plus rudes sur la santé.

Les grandes maladies mortelles pourraient se répandre plus largement. On estime par exemple que 220 à 400 millions de personnes de plus pourraient être exposées au paludisme, maladie qui fait aujourd’hui environ un million de morts par an. La dengue a déjà fait son apparition à des altitudes plus élevées que dans le passé, notamment en Amérique latine et dans certaines régions de l’Asie de l’Est .

Un resserrement de la coopération entre la communauté météorologique et la santé publique au niveau international, national et local sera essentiel pour sauver des vies. Le nombre des décès causés par les cyclones au Bangladesh, par exemple, est passé d’environ 500 000 en 1970 à 3 000 en 2007, grâce en partie à l’amélioration des systèmes d’alerte avancée . Pour faciliter de tels efforts, l’Organisation mondiale de la Santé et l’Organisation météorologique mondiale ont publié récemment un atlas illustrant les multiples points de convergence de la santé et du climat.

Dans l’ensemble, les faits sont là : les changements climatiques menacent les progrès en matière de développement dans les pays, riches et pauvres.

Comme la Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, Christina Figueres, l’a noté, « les changements climatiques sont devenus l’amplificateur et le multiplicateur de toutes les crises auxquelles nous sommes confrontés, qu’il s’agisse de la santé humaine, de la croissance démographique, des pressions imposées à l’eau, à la nourriture et aux autres ressources, ou de l’insécurité énergétique » .

Et l’on prévoit, en outre, qu’au vu des tendances actuelles les émissions de carbone auront plus que doublé d’ici 2050 par rapport à leurs niveaux de 1990 . La Terre s’est réchauffée d’environ 0,8° C par rapport à l’époque préindustrielle alors que nous continuons de rejeter dans l’atmosphère des gaz à effet de serre .

2. Dans ces conditions, pourquoi le monde n’agit-il pas plus rapidement face aux changements climatiques ?

Question qui en appelle une autre : pourquoi le monde n’en fait-il pas davantage pour maîtriser les coûts élevés et multidimensionnels des changements climatiques ?

Les négociations mondiales progressent lentement et les mesures de politiques marquent un temps de retard très net sur ce que les scientifiques recommandent. Pour que l’augmentation de la température mondiale se maintienne à moins de 2° C, seuil au-delà duquel on pense que notre climat subira des changements catastrophiques et irréversibles, nous devons tous en faire davantage, dans un premier temps pour stabiliser les émissions, puis pour les réduire radicalement.

Il faut pour cela parvenir à un accord sur ce qui doit être fait, sur ceux qui doivent le faire, sur le cadre temporel dans lequel cela doit se faire et sur le mécanisme nécessaire pour opérer la transition qui mènera à une économie verte et inclusive. Tous les pays doivent pouvoir adopter des technologies non polluantes, accroître leur efficacité énergétique, et adopter des sources d’énergie et de modes de production et de consommation plus durables.

Parmi les raisons qui expliquent la lenteur des progrès réalisés à ce jour, j’en retiendrai trois :

  • Une tendance à penser dans le court terme et donc à ne pas peser les coûts et les avantages d’une prise en compte appropriée des changements climatiques;
  • La non-compréhension, jusqu’à présent, des effets négatifs des changements climatiques sur l’équité et la justice;
  • L’impression que les pourparlers mondiaux sur les changements climatiques ne mènent à rien.

Je me propose d’examiner maintenant ces trois raisons successivement.

  • La pensée à court terme et comment y remédier

La brièveté des cycles politiques n’encourage pas à la pensée à long terme, tout particulièrement lorsque les coûts initiaux peuvent être élevés. Ceci est d’autant plus vrai en ces temps de contraintes financières et de croissance anémique. Toutefois, comme Nicholas Stern en lançait l’avertissement dans son rapport révolutionnaire de 2006 , les coûts de l’inaction dans le domaine des changements climatiques seront considérablement plus élevés. Par ailleurs, la transition qu’il s’agit d’opérer est également porteuse d’opportunités notables de croissance et de génération d’emplois.

Une analyse récente effectuée par le PNUD a permis de constater que si l’on ne conteste guère l’opinion que l’intégration du développement et des changements climatiques dans les solutions applicables peut offrir des options de politiques efficaces par rapport au coût et porteuses de bénéfices multisectoriels, les pouvoirs publics hésitent à réallouer les ressources nécessaires en raison de ces coûts initiaux, politiques et financiers, perçus comme étant élevés.

Jusqu’à une date relativement récente, les changements climatiques étaient largement considérés comme se situant dans un avenir très lointain. La survenue fréquente d’événements météorologiques extrêmes produit à présent des modifications rapides de cette perception.  De même, l’amélioration des méthodes de détection et d’attribution permet aux scientifiques de relier les événements météorologiques, avec un certain degré de probabilité, au réchauffement planétaire d’origine anthropique. Les gens sont plus nombreux à comprendre que les changements climatiques ont des répercussions sur eux et sur leur avenir. C’est ainsi, par exemple, qu’une enquête récente de l’Université de Yale a déterminé que 74 % des Américains étaient d’accord pour dire que « le réchauffement mondial influe sur le temps qu’il fait aux États-Unis » .

Une population engagée et comprenant bien les coûts des changements climatiques dispose d’armes qui lui permet de faire pression auprès de ses dirigeants pour les amener à agir. Il était évident en juin, à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable Rio +20, que la population se fait plus active et s’implique davantage. On a pu, à cette occasion, constater clairement que certains segments du secteur privé et de nombreuses instances gouvernementales sous-nationales, y inclus aux États-Unis, sont bien en avance sur le consensus qui existe actuellement entre les États Membres des Nations Unies sur ce qu’il faut faire.

En fait, les engagements volontaires pris par les particuliers encouragés par les efforts de diffusion massifs des Volontaires des Nations Unies et par les ONG, les organisations de la société civile, les entreprises, les municipalités, les régions et les institutions multilatérales figurent au nombre des résultats les plus notables de Rio. Plus de 700 engagements formels de la part d’organisations et d’entreprises ont été enregistrés, assortis d’annonces de contributions de plus de 500 milliards de dollars en faveur d’initiatives de développement durable. Nombre de ces engagements visaient spécifiquement la lutte contre les changements climatiques. Par exemple :

  • Les 1 800 entreprises les plus importantes cotées à la Bourse de Londres se sont engagées à divulguer leurs émissions de gaz à effet de serre ;
  • Les maires de 58 mégalopoles, réunis dans le cadre du Groupe des C40 (Association des grandes villes pour un développement durable), ont convenu de mesures qui pourraient réduire les émissions de gaz à effet de serre de plus d’un milliard de tonnes d’ici 2030. 

 

  • Comprendre des incidences des changements climatiques sur l’équité et la justice

Selon la récente enquête de Yale, les Américains sont de plus en plus nombreux à convenir que le réchauffement mondial est une réalité et aussi qu’il a déjà des effets nuisibles sur les populations aux États-Unis et ailleurs.

Ceci reflète une conscience croissante des répercussions sociales de la crise climatique, l’étape suivante étant la compréhension que ces répercussions constituent des violations des concepts fondamentaux d’équité et de justice. Les populations et les pays pauvres sont vulnérables dans une mesure disproportionnée à l’impact du réchauffement mondial, auquel ils ont peu contribué. C’est là une injustice.

Ce fardeau disproportionné qui leur est imposé par les changements climatiques a pour effet d’aggraver les inégalités actuelles et, ce faisant, de réduire les perspectives d’avenir de ceux qui sont les moins responsables du stock de carbone actuel et des émissions causes de la hausse des températures mondiales.

C’est cette relation inverse entre la responsabilité des changements climatiques et la vulnérabilité à ces mêmes changements qui fait de l’absence d’action résolue en la une violation des principes fondamentaux d’équité et de justice. En n’agissant pas, nous minons la vision de coopération mondiale et de responsabilité mutuelle énoncée par les rédacteurs de la Charte des Nations Unies à San Francisco en 1945 et de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.

Il faut, pour éliminer la pauvreté extrême et bâtir un monde exempt de faim, de discrimination et de dépravation, réviser les modèles de développement et les modes de vie qui nuisent à autrui.

Il s’agit fondamentalement ici d’offrir un avenir décent à tous, et les pays développés ainsi qu’en développement doivent convenir des solutions mondiales requises à cette fin.
 
Dans de nombreux domaines des relations internationales, l’inaction ou les retards affectant la conclusion d’accords ont des coûts limités. En revanche, pour les changements climatiques, chaque année de retard ajoute aux stocks de gaz à effet de serre qui produisent les hausses de températures de notre planète . Les pays les plus pauvres sont les premiers à en souffrir et donc les plus durement touchés par les atermoiements et l’inaction. C’est pourquoi les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement ont émis des propositions ambitieuses visant à réduire les émissions mondiales et à faire en sort que leur propre parcours de développement soit durable. Leurs voix ont toutefois souvent beaucoup de mal à se faire entendre.

Il était important pour les résultats du Sommet Planète Terre de Rio de 1992 de convenir du principe suivant : « Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature. » C’est ce qui a permis aux dirigeants mondiaux réunis à cette occasion de conclure un accord entre les pays en développement et les pays développés .  

C’est ce qu’il s’agit de faire à présent avec un nouvel accord climatique mondial et il peut en aller de même des négociations relatives au climat. Les pays développés doivent s’engager à des réductions importantes des émissions et à apporter des appuis pour le transfert de technologies, le financement et le renforcement des capacités dont ont besoins les autres pays pour se développer de manière durable .


  • Mettre fin à cette idée que les négociations sur le climat et les actions correspondantes ne peuvent pas aboutir

Il y a lieu de se préoccuper de la lenteur des progrès des négociations sur les changements climatiques, mais il serait catastrophique d’y renoncer.
La Conférence des Parties de Copenhague, en décembre 2009, n’a pas produit les résultats envisagés dans la Feuille de route de Bali de 2007. Toutefois, malgré cette déception et la crise financière avec ses répercussions, la communauté internationale a poursuivi les négociations et a réalisé d’importants progrès.

À Cancún il y a deux ans, les pays se sont officiellement engagés à examiner régulièrement les progrès de leurs initiatives visant à maintenir la hausse de la température mondiale moyenne à moins de 2° C  ce qui, de l’opinion des scientifiques, éviterait que nous dépassions de dangereuses limites néfastes pour notre planète.

L’année dernière à Durban, les pays ont convenu que, pour être légitime et réalisable, le nouveau régime relatif aux changements climatiques devait être un régime mondial, adopté par les pays développés comme par les pays en développement.

Cela constituait une percée importante qui portait le débat au-delà de la question de savoir « qui commencera le premier ». La réalité est que tout le monde doit en faire davantage pour résoudre la problématique des changements climatiques.

Le nombre élevé et croissant de pays grands émetteurs est un argument qui milite en faveur d’un accord mondial sans ambiguïté. Quinze à vingt pays sont responsables de 75 % des émissions mondiales, mais aucun pays à lui seul ne dépasse environ 26 %. À Durban, les négociateurs ont compris qu’un accord mondial juridique contraignant serait le seul moyen de s’assurer que tous les pays assument la responsabilité de réduire leurs émissions et que les marchés du carbone puissent opérer en grandeur réelle. Ils ont également compris l’importance de la large appropriation et de la légitimité qu’un accord des Nations Unies peut offrir, en particulier au fur et à mesure que les coûts des changements climatiques augmentent et que de nouveaux émetteurs entrent en scène.

Il a également été reconnu à Durban que les cibles de réduction des émissions devaient être plus ambitieuses. Même si tous les pays tenaient les promesses de réduction des émissions qu’ils avaient déjà faites, cela ne représenterait que 60 % des réductions nécessaires pour maintenir la hausse de la température à moins de  2° C. Ce qui a amené les États Membres présents à Durban à convenir :

  • de négocier d’ici 2015 un accord à base juridique couvrant tous les pays à partir de 2020; et
  • d’envisager les mesures nécessaires pour viser plus haut et pour couvrir « l’écart des  2° C » avant 2020.

En novembre, à Doha, la Conférence des Parties se concentrera sur l’application des accords conclus à ce jour, tout en s’intéressant par ailleurs aux domaines dans lesquels il n’y a pas encore eu accord.

D’importantes questions non résolues restent à traiter dans les pourparlers, mais il est toutefois des motifs d’optimisme et de penser que le monde progresse inexorablement vers un nouveau régime planétaire face aux changements climatiques. Ce que le monde ne fait pas encore, c’est d’agir à la vitesse et avec l’envergure que la science exige.

  • Progrès nationaux

Pour se faire une idée plus claire de la voie à suivre, les négociateurs mondiaux seraient sages de suivre les exemples de pays, de sous-régions et d’États, tels que la Californie, qui sont conscients des opportunités dont les changements climatiques sont porteurs en vue de la réalisation de multiples objectifs.

Au cours des trois dernières années, tous les pays industrialisés et 55 pays en développement ont pris des engagements d’atténuation volontaires couvrant environ 80 % des émissions mondiales. Par exemple :

  • La Chine entreprendra l’année prochaine à titre pilote un programme d’échange de droits d’émissions dans sept de ses villes et provinces les plus importantes.
  • Un mécanisme d’échange de droits d’émission de très grande envergure sera lancé en Californie l’année prochaine.
  • L’Union européenne possède le plus grand système d’échange de quotas d’émission du monde, système bien établi qui couvre 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre.
  • En juillet, l’Australie a adopté une taxe sur le carbone de vaste portée et elle se joindra au mécanisme d’échange de quotas d’émission de l’UE en 2015. Au milieu d’un âpre débat politique, la perspective de se joindre au mécanisme d’échange de l’UE a contribué à réduire la critique selon laquelle une taxe sur le carbone placerait les entreprises australienne en position défavorable sur le plan international. La décision de se joindre à des marchés au-delà des frontières nationales donne un élan à l’instauration d’un mécanisme international d’échange de droits d’émission .
  • L’Inde prévoie d’entreprendre les échanges de droits d’émission en 2014, pour couvrir 54 % de sa consommation énergétique industrielle.
  • La Thaïlande a des projets de mécanisme volontaire d’échange de droits d’émission pour 2014.
  • L’an dernier, l’Éthiopie, l’un des pays les plus pauvres du monde, a lancé une ambitieuse stratégie d’économie verte et de développement résilient au climat et sobre en émissions de carbone, selon laquelle le gouvernement investira 150 milliards de dollars des États-Unis pour combattre la pauvreté tout en réalisant une croissance à zéro émission de carbone.


De nombreux pays, localités et entreprises du Nord et du Sud reconnaissent le potentiel de modes d’opération durables qui sont transformationnel sur le plan économique, social et environnemental.

3. Action sur tous les fronts à Doha

Lors de la réunion de la CCNUCC qui se tiendra dans le courant du mois à Doha, les négociateurs pourraient progresser dans plusieurs domaines.

a) Il faut d’abord mener à bien les longues négociations portant sur une deuxième période d’engagement au titre du Protocole de Kyoto pour sa mise en œuvre à compter du 1er janvier 2013.
 
L’an dernier à Durban, les États Membres ont convenu de cette seconde période d’engagement, pour s’assurer que les pays industrialisés continueraient de mener les efforts en vue de réductions des émissions juridiquement contraignantes.

Il est compris sans équivoque que le Protocole de Kyoto est de très loin insuffisant sous sa forme actuelle, puisqu’il ne couvre que 10 à 12 % du total mondial des émissions de gaz à effet de serre. Mais il est cependant important de le maintenir étant donné qu’il est juridiquement contraignant et qu’il contient des règles relatives à l’infrastructure et à la comptabilisation qui sont essentielles pour assurer la viabilisé d’un régime mondial sur les changements climatiques.

Pour maintenir le cadre de règles et d’institutions de comptabilisation du Protocole, et pour éviter un « hiatus juridique » dans son application, les négociateurs devront, à Doha, aller plus loin que leurs décisions de Durban et s’entendre sur une seconde période d’engagement à partir du 1er janvier 2013, c’est-à-dire du lendemain de l’expiration de la première période d’engagement.

Doha offre pour le Protocole de Kyoto la dernière chance de transition sans heurt d’une période d’engagement à l’autre. Une absence d’accord pourrait affecter gravement les négociations futures. Et inversement, un accord de toutes les parties sur un amendement prorogeant le Protocole et sur l’expression d’engagements ambitieux et inconditionnels en matière de réduction des émissions pourrait contribuer à une accélération des progrès en vue de la conclusion d’un nouvel accord climatique mondial.  Les éléments d’une décision sur un tel amendement ont fait l’objet de débats en septembre et les négociateurs s’emploient depuis à en arrêter le texte.

b) À Durban, tous les pays ont convenu de procéder à des examens internationaux réguliers, à partir de 2013, pour prendre acte de la réalité des mesures prises et prévues dans le domaine du climat, par rapport à l’objectif général de la Convention de relever les défis posés par les changements climatiques. Ceci pourrait avoir son importance pour sensibiliser aux problèmes et favoriser l’implication des populations au niveau mondial. À Doha, les pays chercheront à mieux définir et façonner ces examens.

c) Il faut également à Doha progresser sur la question des arrangements relatifs au financement de la lutte face aux changements climatiques.

Des moyens considérables sont nécessaires pour financer des stratégies intégrées de développement et d’action climatique. Pour accéder aux financements actuellement disponibles, les pays doivent évoluer dans un labyrinthe de plus de 50 fonds publics internationaux, 60 mécanismes d’échange de droits d’émission de carbone, et quelque 6 000 fonds de capital-investissement privés. Ils doivent se conformer à divers critères pour obtenir les financements et être capables de faire usage de fonds publics de manière catalytique pour mobiliser des fonds supplémentaires, fonds privés dans la plupart des cas. Un grand nombre d’entre eux ne possèdent toutefois pas les capacités institutionnelles nécessaires pour accéder aux financements disponibles et ils laissent ainsi passer des possibilités intéressantes. Ils ont besoin d’un soutien pour accroître leur « état de préparation au financement climatique » par le biais d’un renforcement de capacités, domaine dans lequel le PNUD est extrêmement actif.

Il faut, à Doha, parvenir à un accord pour opérationnaliser rapidement le Fonds vert pour le climat, étant donné qu’une partie des moyens financiers climatiques additionnels engagés en vertu des négociations internationales doit passer par  ce fonds. Le Fonds vert pourrait devenir une plaque tournante du financement de l’action climatique, en fournissant un soutien catalytique aux pays, de manière à ce que ceux-ci puissent obtenir les ressources dont ils ont besoin pour l’adaptation aux changements climatiques et pour l’atténuation de leurs effets.

Mais pour qu’il puisse jouer ce rôle, les décisions concernant les règles et procédures du Fonds qui seront prises à Doha doivent viser à réduire les coûts transactionnels d’accès à ses ressources. Il faut également que le Fonds soit suffisamment doté en ressources. Après la décision de l’établir, prise l’an dernier à Durban, il n’a été promis pour le Fonds vert pour le climat que 50 millions de dollars de dotation initiale. Il faut accroître ce montrant, dans la ligne des engagements pris à Copenhague par les pays développés de fournir  100 milliards de dollars par an d’ici 2020.  Pour les pays en développement, il est important par ailleurs que les fonds engagés ne soient pas une simple réallocation déguisée de fonds déjà alloués au titre d’enveloppes d’aide existantes .

Le financement privé de l’action climatique est, lui aussi, essentiel. Le secteur privé peut être encouragé à investir dans l’énergie durable et dans les solutions à faibles émissions de carbone.

Les marchés de droits d’émission de carbone offrent une solution à échelle réelle. Comme je l’ai noté précédemment, des pays et des États en nombre croissant, dont la Californie, organisent de tels marchés. À ce propos, la Banque mondiale a noté récemment que les marchés de droits d’émission de carbone se développent à un rythme accéléré .

À Durban, les gouvernements ont convenu que les mécanismes de marché seraient une composante importante d’un nouvel accord d’action climatique plus ambitieux. Ils devraient décider à Doha, non pas d’éliminer mais d’améliorer en remédiant à ses faiblesses le seul marché de droits d’émission de carbone réservé aux pays en développement, à savoir le mécanisme pour un développement propre (MDP).

Établi en vertu du Protocol de Kyoto, le MDP permet aux projets qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement de recevoir un crédit de carbone pour chaque tonne de dioxyde de carbone évitée. Ce mécanisme a contribué à réduire les émissions de carbone d’un milliard de tonnes et a attiré 215 milliards de dollars d’investissements écologiques dans les pays en développement .

Il y a eu des difficultés, des lenteurs des processus d’approbation et des gaspillages, mais le MDP fait actuellement l’objet d’importantes réformes. Une action politique est nécessaire, y compris à Doha, pour accélérer ces réformes et faire en sorte que le MDP reste pertinent et durable. Un MDP réformé a sa place pour financer des projets – d’adaptation et d’atténuation - et attirer des financements dans les pays les moins avancés et les plus vulnérables.  

Des mesures pourraient également être prises à Doha pour faciliter aux gouvernements la tâche de l’établissement de liens entre leurs systèmes d’échange de droits d’émission. Ce n’est qu’avec ce type d’innovation que nous serons en mesure de gérer les coûts élevés de la lutte contre les changements climatiques .

d) Une quatrième façon selon laquelle les négociateurs pourront progresser à Doha consistera à convenir d’intensifier la coopération pour élaborer, déployer et partager des technologies appropriées et des savoir-faire sur l’adaptation aux changements climatiques et sur l’atténuation de leurs effets.  

À Cancún, les États Membres ont convenu d’établir un centre et réseau des technologies climatiques. Ils auront l’occasion à Doha de définir les modalités de fonctionnement de celui-ci, de déterminer où il sera hébergé et d’assurer son opérationnalisation. Ce centre et réseau pourra contribuer à systématiser la coopération actuelle et à apporter des technologies et des savoirs aux pays pauvres et vulnérables, à l’échelle nécessaire pour les aider à atténuer les effets des changements climatiques et à  s’y adapter.

Le PNUD a appris, par exemple, l’importance des systèmes d’alerte rapide pour sauver des vies humaines. Nous aidons les pays à se doter de tels systèmes partout où nous le pouvons. Nous l’avons fait au Bhoutan, pour les habitants qui vivent en aval de lacs glaciaires, pour les avertir des dangers durant les périodes de fonte excessive des neiges.

Pour prévenir les catastrophes et planifier l’action face aux changements climatiques, nous facilitons également la coopération qui permet aux pays pauvres d’accéder aux prévisions climatiques et aux données issues de méthodologies améliorées. Le nombre de gens pauvres déjà touchés par les changements climatiques fait de l’amplification de tels efforts de coopération une priorité urgente.

Par son travail, le PNUD a appris que certaines des innovations les plus importantes proviennent de collectivités et de gens qui agissent déjà pour s’adapter à un environnement en évolution.   Il est important que dans les débats portant sur la technologie et l’innovation, y inclus à Doha, les États Membres songent au soutien dont les pays pauvres ont besoin pour identifier, encourager et reproduire les bonnes pratiques locales.

e) Une cinquième possibilité offerte à Doha aux États Membres est celle de s’attaquer aux moteurs et aux causes sous-jacentes du déboisement et de la dégradation des forêts, auxquels est attribuable jusqu’à un cinquième des  émissions mondiales de carbone.

L’accent qui sera mis à Doha sur la prévention du déboisement reflète une reconnaissance de l’interconnexion des facteurs économiques, sociaux et environnementaux contribuant aux changements climatiques. Les faits indiquent, par exemple, que la corruption et la faiblesse des organismes d’application des lois jouent un rôle dans une grande part du déboisement de par le monde.

Une récente étude du Programme des Nations Unies pour l’environnement a conclu que la criminalité organisée intervenait dans pas moins de 90 % des activités d’exploitation illégale des forêts dans certaines régions de l’Afrique centrale et de l’Asie du Sud-Est . À Doha, les négociateurs devraient convenir de l’adoption de mesures résolues pour prévenir le déboisement, y inclus en s’attaquant aux activités criminelles.

Il faudra pour cela, et pour entreprendre de même de manière globale des actions dans d’autres domaines des changements climatiques, une augmentation des appuis financiers et techniques, pour soutenir les pays qui cherchent à accroître l’efficacité de leurs instances gouvernementales, à combattre la corruption et à mieux répondre aux besoins des populations vulnérables. En puisant à son expérience en matière de bonne gouvernance dans les pays de par le monde, le PNUD œuvre et peut œuvrer davantage avec les pouvoirs publics pour effectuer les réformes et les investissements nécessaires.


Conclusion

À Doha, les négociations relatives au climat doivent se concentrer sur l’application des accords déjà conclus et sur les mesures à prendre pour traiter les questions non résolues. Les efforts actuels ne produisent tout simplement pas les résultats voulus à la vitesse requise ni à l’échelle requise.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a averti, en avril de cette année, que d’après les tendances et du fait des politiques actuelles en matière d’énergie, les températures mondiales se réchaufferaient d’au moins 6° C  d’ici 2100, le monde s’engageant ainsi dans un territoire dangereusement inexploré .

Les coûts de l’inaction se font de plus en plus clairs pour tous, mis en évidence par les événements météorologiques extrêmes infligent aux communautés de par le monde des pertes de vie et de moyens d’existence et des destructions de biens et d’ouvrages d’infrastructure.
    
Des estimations récentes suggèrent que nos économies à forte intensité de carbone coûtent au monde environ 1,2 billion de dollars des États-Unis par an, soit 1,6 % du montant total du PIB mondial . Selon ces mêmes estimations, au niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre et de pollution par le carbone, ces coûts pourraient doubler d’ici 2030. Il est donc d’une importance vitale que les coûts de l’inaction soient rendus aussi visibles que ceux de l’action. Plus nous attendons pour agir, plus les dégâts causés et les solutions à appliquer deviennent coûteux. La courbe des coûts a déjà marqué une forte hausse.

Tous les pays peuvent agir pour éviter les impacts les plus graves des changements climatiques, tout en générant de nouvelles industries et de nouveaux emplois et en adoptant des modes de vie plus durables.

À Doha, les États Membres devront faire fond sur les accords déjà conclus pour élaborer un régime d’action climatique suffisamment ambitieux, équitable et juridiquement contraignant.

L'administrateur du PNUD
Helen

Helen Clark a pris ses fonctions d'Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement le 20 avril 2009. Elle est la première femme à assumer la direction de l’organisation et assure également la présidence du Groupe des Nations Unies pour le développement.

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