Helen Clark : la sécurité alimentaire au Niger

19 juin 2012

Allocution d'Helen Clark, Administrateur du PNUD
La sécurité alimentaire au Niger : Un événement organisé dans le cadre de la Conférence Rio + 20
Mardi 19 juin, 17 h 30

C'est pour moi un plaisir d'être ici aujourd'hui avec le Président du Niger et les membres de son gouvernement pour saluer les efforts du pays en vue de résoudre la crise humanitaire qui le frappe et à éradiquer les causes profondes de l'insécurité alimentaire.

En février dernier, j'ai eu l'occasion de me rendre au Niger, en compagnie de Valerie Amos, la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d'urgence. Cette visite, qui faisait suite à l'alerte rapide lancée par le Gouvernement du Niger, avait pour but d'attirer l'attention sur la menace à la sécurité alimentaire, née de la faible pluviométrie enregistrée dans le pays et dans la région du Sahel de manière générale. La crise alimentaire et nutritionnelle actuelle est la troisième du genre en sept ans.

Avec la sécheresse, la pauvreté, le coût élevé des denrées alimentaires et la dégradation de l'environnement, 19 millions de Sahéliens se trouvent confrontés à la pénurie alimentaire cette année. Selon les estimations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, 6,4 millions de Nigériens, soit 40 % de la population du pays, sont exposés à l'insécurité alimentaire. De plus, la situation a été aggravée par l'instabilité politique et les conflits armés dans la région.

Le plan du Gouvernement du Niger pour surmonter la période de sécheresse bénéficie de l'appui des partenaires au développement, même si celui-ci reste insuffisant.

Au Niger, Valerie Amos et moi avons entendu les messages insistants et sans équivoque du Gouvernement, des associations de paysans, des partenaires au développement, des ONG et de l'équipe de pays de l'ONU. Tous sont déterminés à relever les défis à court et à long terme et ont souligné l'impérieuse nécessité d'élargir et de coordonner les actions en cours, mais aussi d'intégrer les réponses humanitaires et les actions de développement.

La pauvreté, les disparités entre les sexes, la dégradation de l'environnement et les faibles capacités institutionnelles figurent parmi les causes profondes de la vulnérabilité, de la malnutrition et de l'insécurité alimentaire.

Cette réalité a été dûment prise en compte dans la stratégie du Niger pour atteindre l'objectif des 3N (Les Nigériens nourrissent les Nigériens). Cette approche globale du développement, qui vise à réaliser la vision du Président, consiste à satisfaire les besoins immédiats tout en renforçant durablement la capacité des populations à faire face aux sécheresses et aux crises alimentaires récurrentes.

Le PNUD et les autres membres de l'équipe de pays de l'ONU au Niger ont travaillé avec le Gouvernement et les autres parties prenantes au Plan d'accélération des OMD pour la lutte contre la faim en partenariat. Les initiatives qui en découlent ont permis au gouvernement d’identifier les catastrophes naturelles et de s’y préparer, et aux communautés de réduire les vulnérabilités, d'améliorer la nutrition et d'accroître la productivité agricole.

Pendant mon séjour au Niger, j'ai pu constater en personne le contraste saisissant entre un village doté d'infrastructures hydrauliques de base propices à l'agriculture, y compris en cas de sécheresse grave, et un autre, situé à quelques kilomètres de là, dont le centre de santé était envahi par des mères et des enfants affamés et sous-alimentés dont les réserves de vivres commençaient à s'épuiser.

Il est heureux que le Niger ait initié ce débat à l'occasion de la présente conférence sur le développement durable. Les sécheresses récurrentes dans la région exacerbent les défis de la pauvreté et du sous-développement. Il faut trouver les moyens de renforcer la résilience aux catastrophes naturelles et de promouvoir le développement humain.

Dans un rapport récent du PNUD sur les politiques de « triple gain », qui visent à la fois des objectifs sur le plan  économique, social et environnemental, nous citons en exemple les initiatives de reboisement du Niger.  

Les arbres servent de brise-vent, qui aident les paysans à protéger leurs cultures contre les vents de sable et à préserver la qualité des sols. Cela permet de réduire la pauvreté et de reconstituer les écosystèmes. À ce jour, le Niger a reboisé cinq millions d'hectares, soit environ quatre pour cent de sa superficie. Les zones reboisées connaissent une augmentation significative de la production agricole et une amélioration des moyens de subsistance. La diversification de la production agricole, l'agroforesterie et les bassins de rétention des eaux pluviales constituent autant de moyens permettant au Sahel de régénérer les sols dégradés et d'accroître les récoltes.

Le Rapport du PNUD sur le développement humain en Afrique, consacré à la sécurité alimentaire, appelle les responsables au sommet à coordonner l'action entre les ministères, à s'attaquer à la malnutrition chronique et à changer de priorités budgétaires. Les infrastructures rurales et les besoins des petits paysans ont été trop longtemps relégués au second plan dans de nombreux pays. Des systèmes de protection sociale sont indispensables pour prévenir les pires impacts des chocs alimentaires et stimuler la demande locale. L’autonomisation des femmes, qui représentent près de la moitié de la main-d'œuvre agricole en Afrique, constitue également un puissant facteur de productivité agricole et de développement inclusif.

La stratégie des 3N du Gouvernement nigérien mérite notre appui. Elle nous interpelle et nous exhorte à intégrer les réponses humanitaires et les actions de développement en vue d'éradiquer les causes profondes de l'insécurité alimentaire et de renforcer la capacité des populations à résister durablement aux catastrophes naturelles et aux autres chocs.

L'Administrateur

Helen Clark a pris ses fonctions d'Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement le 20 avril 2009. Elle est la première femme à assumer la direction de l’organisation et assure également la présidence du Groupe des Nations Unies pour le développement, un comité regroupant les directeurs de l’ensemble des fonds, programmes et départements spécifiquement chargés des questions de développement.

Plus
Rapport sur le développement humain en Afrique 2012
Vers une sécurité alimentaire durable

Ce rapport indique clairement que l’amélioration de la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne ne repose pas seulement sur l’augmentation de la production agricole, ni même sur le renforcement de la nutrition, même si ces deux éléments sont essentiels. Il repose sur la mise en place d’un changement structurel profond.

Télécharger le rapport