Rebeca Grynspan: Remarques introductives à l’occasion du lancement du Rapport parlementaire mondial

02 avril 2012

Remarques introductives de Mme Rebeca Grynspan,
Sous-secrétaire générale des Nations Unies et Administratrice associée du PNUD

A l’occasion du lancement officiel du Rapport parlementaire mondial lors de l’Assemblée de l’UIP
Kampala (Ouganda), 2 avril 2012

Honorable Rebecca Alitwala Kadaga, Présidente du Parlement ougandais,
Honorable Abdelwahed Radi, Président de l’UIP,
Honorables parlementaires,
Monsieur le Secrétaire général de l’UIP, Anders Johnsson

Distingués invités, Mesdames et Messieurs,

Je suis honorée  de pouvoir me joindre à vous aujourd’hui à l’occasion de la 126ème Assemblée de l’Union interparlementaire.

J’adresse mes remerciements à nos hôtes ougandais pour avoir tout mis en œuvre pour rendre possible cet événement et pour être un partenaire précieux et engagé, tant pour le Programme des
Nations-Unies pour le développement, l’organisation que je contribue à diriger, que pour l’Union interparlementaire.

Le PNUD, aux côtés de l’UIP – le plus vaste réseau d’organisations parlementaires au monde –, a le plaisir de lancer officiellement le tout premier Rapport parlementaire mondial, intitulé « L’évolution de la représentation parlementaire ». Le PNUD est fier de travailler en partenariat avec l’UIP pour aider les pays à travers le monde à construire « de meilleurs parlements pour des démocraties plus fortes ».

Nous disposons pour ce faire d’une riche histoire. Depuis sa création en 1889, l’exemple donné par l’UIP et son action de  sensibilisation, ont contribué à jeter les bases d’une coopération multilatérale qui a finalement pris forme au sein des Nations Unies .

L’étendue de notre coopération ressort avec évidence de la préparation du rapport que nous lançons aujourd’hui.  L’UIP et le PNUD ont collecté des informations et des témoignages auprès  de plus de 650 parlementaires (dont 69 entretiens en profondeur ont été conduits par l’auteur principal, comme l’a indiqué le Président de l’UIP dans son intervention), et recueilli les éléments transmis par plus de 65 % des parlements du monde. Nous vous sommes reconnaissants de votre soutien et de votre participation à cet effort collectif sans précédent.

Vos contributions ont donné lieu à un rapport qui, nous le croyons, peut aider les parlementaires en rassemblant des expériences et des pratiques innovantes, qui relient les parlements et les citoyens à travers le monde, et peuvent faciliter leur adaptation à une nouvelle époque et à de nouvelles aspirations.

L’affirmation selon laquelle « la démocratie est préférable à toute autre forme de système politique » reçoit un soutien grandissant. Toutefois, cette tendance positive s’accompagne d’exigences croissantes à l’égard des gouvernements et des parlements, mais aussi d’une surveillance accrue en matière de transparence et d’information, et d’attentes plus fortes en matière de participation aux décisions et de possibilité de les influencer.
Ce rapport peut offrir de formidables opportunités pour relever ces défis et éviter l’érosion du soutien aux parlements. Il doit aussi inclure les changements auxquels font actuellement face les partis politiques dans de nombreuses régions du monde.

Nous sommes également à une période décisive. Alors que nous approchons de la date butoir de 2015 pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), les raisons de se réjouir ne manquent pas, parmi lesquelles le fait de voir que les objectifs des OMD visant à diviser par deux la pauvreté extrême et le nombre de personnes n’ayant pas  accès à l’eau potable ont été atteints, et que de grands progrès sont enregistrés même dans les régions du monde les plus pauvres.

Nous ne sommes pas loin, non plus, de voir chaque enfant, garçon ou fille, accéder à l’école primaire. En outre, comparé à 1990, la mortalité due à la tuberculose a baissé de 40 %, et celle due au paludisme, de 30 %. Les nouveaux cas d’infection par le VIH ont diminué de 21 % depuis le pic de l’épidémie en 1997, et selon certaines estimations,  les traitements auraient permis d’éviter 2,5 millions de décès depuis 1995.

Des efforts particuliers sont accomplis pour réduire la mortalité maternelle et infantile, progresser sur la voie du développement durable et combattre les inégalités criantes à l’intérieur des pays, mais aussi entre eux. D’autres efforts seront nécessaires pour conserver et augmenter ces acquis compte tenu des menaces posées par la crise économique et financière, la volatilité des prix de la nourriture et de l’énergie, ainsi que par la répétition des catastrophes naturelles qui ont laissé pour compte, ou risquent de laisser pour compte, de nombreuses personnes, qui n’apparaissent pas bien dans les données d’ensemble, à savoir : les plus démunis et ceux qui sont défavorisés, stigmatisés ou victimes de discrimination en raison de leur sexe, de leur âge, de leur race, de leur ethnie, de leur lieu de vie ou de leur invalidité.

Pour maintenir et accélérer les progrès et faire face aux défis que nous venons d’évoquer, les pays ont besoin d’institutions fortes et de politiques intelligentes.

En tant que parlementaires, votre rôle est crucial. Vous façonnez la démocratie même, vous préparez et décidez des lois, des équilibres budgétaires et des paramètres de la fiscalité, qui sont les cadres fondamentaux pour étendre le bénéfice de la croissance aux populations pauvres et pour les rendre moins vulnérables à l’avenir. Le PNUD se tourne de plus en plus vers ce que nous appelons « le soutien à la démocratie au-delà des urnes ». Cela implique de travailler très étroitement avec les parlements, de façon à davantage axer la démocratie sur les populations  ; en d’autres termes, comme nous le disons au PNUD, aller vers une « démocratie des citoyens ».

Comme le souligne le rapport, les parlements tirent leur autorité du peuple, et maintenir cette autorité suppose d’évoluer et de s’adapter en permanence aux attentes des citoyens. Ils doivent établir un lien vital entre le public et le système de gouvernement, en leur qualité de principal forum de discussion des enjeux d’intérêt général et ils doivent remplir des fonctions qu’aucune autre institution ne pourrait assumer. Les formes de démocratie directe ne peuvent pas remplacer le processus parlementaire. Les nouvelles formes de participation qui se sont avérées le plus efficace ont consisté à compléter et renforcer le processus représentatif, plutôt qu’à le contourner.

Toutefois, les parlements doivent produire des résultats et montrer leur efficacité dans l’accomplissement de trois fonctions centrales, dont nous savons qu’elles sont interdépendantes : la législation, le contrôle du pouvoir exécutif et la représentation.

Le rapport mondial que nous lançons aujourd’hui se concentre sur cette troisième fonction et sur le besoin d’être attentif et réceptif aux demandes de la société civile et des citoyens, ainsi que de maintenir un dialogue constructif.
C’est seulement ainsi qu’ils deviendront vraiment représentatifs et, par là même, accessibles à tous ceux qu’ils représentent.

Le rapport offre des exemples concrets de la manière dont les visites de terrain, le travail de circonscription, les auditions de citoyens et d’experts permettent aux parlementaires de percevoir, refléter et apaiser les préoccupations des citoyens et des populations.

Il reconnaît  toutefois  que, si les méthodes employées peuvent être similaires, les coutumes, pratiques et modalités qu’impliquent ces approches sont propres à la culture de chaque pays. La diversité des systèmes parlementaires reflète l’histoire particulière et le contexte politique des pays. Nous savons que, pour être durables, les initiatives de développement doivent être conduites au niveau national  et appuyées par une gouvernance efficace.

Le rapport ne propose donc pas un modèle ou une approche universelle. Il cherche plutôt à fournir aux responsables politiques, aux experts et aux citoyens des informations sur la manière dont les parlements travaillent à travers le monde, ainsi que des données d’expérience qui illustrent les défis et donnent des enseignements sur la manière dont ils pourraient être surmontés.

Le rapport souligne, par exemple, que la retransmission des séances plénières est une façon d’établir la confiance dans les systèmes parlementaires et de permettre un engagement significatif. Lorsque les citoyens sont en mesure de voir les interconnexions entre les institutions qui les gouvernent, la coopération entre les partis est encouragée et la compréhension du public renforcée.

Nous savons aussi que cela n’a pas que des avantages. Le problème de la retransmission des débats parlementaires tient au fait que les disputes et les images négatives sont beaucoup plus distrayantes que la diffusion de débats positifs et constructifs.

Les exemples du Bénin et de l’Afghanistan montrent que les émissions de radio ont également pu s’avérer des moyens très efficaces pour améliorer les contacts avec les citoyens dans les régions reculées et susciter des réactions.

Des exemples de pays situés dans toutes les régions du monde sont cités dans le rapport.

Pour gagner en confiance et en efficacité, les parlements doivent aussi refléter les sociétés qu’ils représentent. De nombreux progrès ont été enregistrés, mais la moyenne mondiale du nombre de sièges parlementaires occupés par des femmes est encore loin d’atteindre l’objectif de 30 % fixé par la Déclaration de Pékin. Un effort concerté est requis pour augmenter la représentation des femmes, des minorités ethniques et des autres groupes marginalisés.

Certains pays d’Afrique affichent quelques-uns des pourcentages de participation des femmes dans les parlements les plus élevés au monde, le Rwanda détenant le record mondial, devant les Seychelles et l’Afrique du Sud.

Nous devons aussi trouver de meilleures façons d’exploiter le formidable potentiel des nouvelles technologies et des réseaux sociaux pour mettre en relation les décideurs et les citoyens – sans s’attendre à ce qu’une réponse par courriel ou une solution personnalisée soit apportée à chaque demande individuelle. Les parlementaires doivent être capables de maintenir un équilibre entre le besoin d’être des courtiers, négociateurs et facilitateurs, à la fois réactifs et efficaces, d’une part, et celui de répondre aux demandes qui leur sont adressées en tant que représentants du peuple, d’autre part.

Parce que les citoyens sont davantage informés, les parlements doivent être mieux informés. On constate actuellement une nouvelle vague de réformes parlementaires, qui ne visent pas seulement à atteindre des objectifs immédiats d’efficacité, mais aident aussi à renforcer plus fondamentalement la capacité des parlements à répondre aux attentes, en permettant d’améliorer la vie des populations et de parvenir à un développement humain durable.

Le PNUD se tient à vos côtés, prêt à soutenir vos efforts, en se fondant sur l’aide que nous fournissons déjà à près d’un tiers des parlements du monde. Ici en Ouganda, le PNUD travaille avec le Parlement pour accroître son rôle de surveillance de la fourniture de services et soutient ses efforts de sensibilisation auprès du public.

Pour aller ensemble de l’avant, le PNUD et l’UIP espèrent pouvoir mettre à profit les enseignements et les messages tirés du rapport afin de stimuler les débats sur les meilleurs moyens de nous acquitter de nos devoirs démocratiques, dans nos sociétés de plus en plus complexes et interdépendantes.
Mais avant de conclure, laissez-moi souligner que, même s’il reste beaucoup à faire, comme l’indique le rapport, les parlements sont aujourd’hui plus ouverts et accessibles, gérés de façon plus professionnelle, mieux dotés en ressources, et plus efficaces que jamais auparavant.

Je voudrais terminer en remerciant l’auteur du rapport, M. Greg Power, ainsi que son équipe, pour leurs recherches méticuleuses et leur travail de qualité, mes collègues du PNUD et de l’UIP pour leur bonne collaboration, les membres du Conseil consultatif pour leur appui, ainsi que tous les professionnels, parlementaires et nombreux bailleurs de fonds (tels que la Belgique, la France, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse), qui ont rendu possible un tel rapport. Le rapport est à la fois un hommage aux millions d’hommes et de femmes qui, chaque mois, quelque part dans le monde, élisent leurs représentants appelés à siéger au Parlement, et une reconnaissance de l’exercice démocratique entrepris chaque fois qu’un parlement libre procède à un débat national sur les questions prioritaires pour les citoyens qu’il représente.

Je vous remercie.