"Atteindre les OMD signifie offrir une vie meilleure à des milliards de gens"

17 juin 2010

Helen Clark, Administrateur du PNUD, Commentaires dans le cadre du lancement de l’évaluation internationale, Point de presse de milieu de journée à l’ONU

New York, le 17 juin 2010

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Dans un peu moins de 100 jours, les leaders du monde entier se réuniront à New York pour prendre part à un Sommet de suivi spécial sur les OMD. La voie choisie lors de ce Sommet nous aidera à déterminer la direction à suivre pour la réalisation de ces objectifs.

Pour les personnes vivant dans la pauvreté, les OMD n’ont jamais été des cibles abstraites ou ambitieuses. Ils ont ouvert la voie vers une vie meilleure, une vie avec un accès à une nourriture et un revenu adéquats ; à une éducation et des services de santé de base ; à une eau propre et à l’assainissement ; et à l’autonomisation des femmes. En clair, faire progresser les OMD constituera une étape importante dans notre quête vers un monde en paix et plus juste.

L’enjeu est donc de taille. En septembre prochain, l’objectif des leaders de la planète doit être de se mettre d’accord sur un programme d’action concret qui nous conduira avec succès vers 2015.

Pour garantir les progrès des OMD, il existe toute une gamme de politiques qui ont fait leurs preuves. Si celles-ci sont appuyées par de solides partenariats internationaux, le monde peut atteindre les objectifs du Millénaire.

Aujourd’hui, nous lançons une évaluation internationale préparée par le PNUD comportant les mesures à prendre pour atteindre les OMD d’ici 2015.

S’appuyant sur des études menées dans 50 pays, y compris plus de 30 études approfondies spécialement commandées , cette évaluation du PNUD identifie ce qui a fonctionné correctement pour la réalisation des OMD et souligne les obstacles fréquents entravant les progrès au niveau national comme au niveau international. À partir de cette évaluation, nous proposons un programme d’action visant à accélérer et soutenir les progrès des OMD au cours des cinq prochaines années.

Notre espoir est que ces preuves et ce programme d’accélération du rythme de la réalisation des OMD seront pleinement pris en compte dans les résultats du Sommet des OMD qui se tiendra à New York en septembre prochain.

Programme d’action

Bien que tout programme d’action doive être adapté au contexte particulier de chaque pays, notre évaluation et notre expérience ont permis jusqu’à présent de dégager huit domaines communs et opportunités sur lesquels doivent se porter en priorité nos interventions.
Premièrement, nous devons apporter notre appui au développement induit par les pays eux-mêmes :

Pour accélérer et soutenir un progrès durable, les stratégies de développement doivent être élaborées au niveau local et reposer sur un consensus général au niveau national. Les institutions d’un pays qui font preuve de réactivité et de redevabilité et ont la capacité de mettre en œuvre des politiques et des programmes en faveur des OMD sont d’une aide considérable dans le processus.

L’Albanie, par exemple, a adopté un OMD supplémentaire, le neuvième OMD, pour renforcer la bonne gouvernance et améliorer le degré de redevabilité. Ce choix implique une réforme des systèmes gouvernementaux de l’administration publique, de la législation et des politiques visant à optimiser leur performance et à faire progresser les résultats en termes de développement.

Les partenaires au développement peuvent apporter leur aide en encourageant des plans de développement inclusifs qui reflètent les perspectives des populations pauvres et marginalisées, tout en appuyant le renforcement des capacités locales et nationales nécessaires à la mobilisation des ressources, la prestation des services et la prise de décisions politiques reposant sur des informations probantes.

Deuxièmement, nous devons encourager une croissance économique inclusive :

Tout porte à croire que, dans des pays où une grande partie de la population vit de la terre, une croissance économique génératrice d’emplois et axée spécifiquement sur l’agriculture entraîne une réduction rapide de la pauvreté et de la faim. Une distribution équitable des revenus, des actifs et des opportunités serait aussi d’une aide non négligeable.

Dans les pays en développement, 2,5 milliards de personnes dépendent de l’agriculture pour leur subsistance. Encourager la production agricole peut réduire la pauvreté tout en améliorant en même temps la sécurité alimentaire. Afin de produire plus, les agriculteurs ont besoin d’engrais, de semences, de services d’information, de droits fonciers sûrs et d’un accès aux marchés.

Le Ghana est un bon exemple illustrant les initiatives qui ont fonctionné dans ce secteur. Grâce à un programme national de subvention des engrais, ce pays a réussi à accroître sa production alimentaire de 40 pour cent. Cette initiative a contribué à la baisse de 9 pour cent du nombre de personnes souffrant de la faim au Ghana entre 2003 et 2005.

Relancer la production agricole nécessite aussi des améliorations au niveau des infrastructures rurales. En outre, il serait utile de conclure un accord commercial international favorable aux populations et aux pays pauvres.

Ces dernières décennies ont vu un net déclin de la part de l’aide officielle au développement consacré au secteur agricole. Cependant, l’accord du G8, conclu l’année dernière à L’Aquila et qui portait sur l’investissement dans la sécurité alimentaire mondiale, a été une mesure très positive pour freiner cette tendance. Il est maintenant indispensable que les partenaires tiennent les engagements qu’ils ont pris à L’Aquila de façon opportune.

Troisièmement, nous devons améliorer les opportunités pour les femmes et les filles :

Il s’agira là d’un stimulant puissant pour faire progresser les OMD dans leur ensemble. Par exemple, il existe des indications probantes à l’effet que les enfants dont la mère a bénéficié d’un enseignement de type scolaire ont plus de chances de survivre jusqu’à leur cinquième année d’existence, de recevoir une alimentation adéquate, d’être vaccinés et scolarisés.

Au Viet Nam par exemple, d’où je reviens, les enfants dont la mère a suivi un cycle d’études primaires ont un taux de mortalité de 27 décès pour mille naissances vivantes, alors que chez les enfants dont la mère n’a pas été scolarisée, ce taux est de 66 pour mille.

L’autonomisation des femmes et des filles doit constituer une des priorités majeures. Elle doit comprendre des mesures pour réduire la charge des activités domestiques et permettre aux femmes d’avoir une activité rémunérée, de s’occuper de leurs enfants et d’envoyer leurs filles à l’école, ainsi que de leur octroyer une émancipation politique accrue.

Certains pays abordent ce problème en introduisant des quotas constitutionnels en faveur des femmes. Un cas remarquable est illustré par le Rwanda, qui a la plus forte proportion de femmes parlementaires au monde, en l’occurrence plus de 50 pour cent des responsables élu(e)s à la Chambre des députés et 35 pour cent au Sénat sont des femmes. En outre, les femmes forment 36 pour cent du Cabinet ministériel du Rwanda.

Quatrièmement, nous devons orienter les investissements vers la santé et l’éducation, une eau propre et l’assainissement, et vers les professionnels en charge de ces services.

De rapides améliorations se sont produites dans les domaines de l’éducation et de la santé là où un investissement public adéquat a été accompagné de la suppression des frais d’inscription. Des pays comme l’Éthiopie le Ghana, le Kenya, le Mozambique, le Malawi, le Népal et la Tanzanie, par exemple, ont connu une forte hausse des inscriptions dans les écoles primaires à la suite de la suppression de ces frais.

Des partenariats internationaux ont permis d’accroître massivement les vaccinations, la distribution de moustiquaires et de médicaments antirétroviraux aux personnes vivant avec le VIH/Sida et la présence de personnel formé lors des accouchements.

Par exemple, 700 millions d’enfants ont pu être vaccinés contre la rougeole à travers le monde entre 2000 et 2008, ce qui a fait chuter le taux de mortalité de 68 pour cent pendant la même période.

Nous savons que ces interventions fonctionnent. À présent, il nous faut produire un effort concerté pour les généraliser et garantir que les avantages soient durables, même en temps de crise économique.

Cinquièmement, nous devons accroître les programmes de protection sociale et d’emploi.

Les programmes de transfert monétaire Bolsa Família au Brésil et Oportunidades au Mexique ont permis d’augmenter les taux de scolarisation et de présence scolaire et de diminuer le travail des enfants. Leur succès dans le domaine de l’éducation est dû en partie aux mesures incitatives monétaires supplémentaires visant à encourager les inscriptions des enfants à l’école.

Au lieu d’être considérée comme une ponction du budget national, la protection sociale doit être perçue comme un investissement essentiel pour renforcer la capacité à faire face aux chocs actuels et futurs et à préserver les avantages durement acquis.

Sixièmement, nous devons élargir l’accès à l’énergie et promouvoir des solutions de développement à faibles émissions de carbone :

L’élargissement de l’accès à l’énergie a un effet multiplicateur sur la réalisation des OMD. Il accroît la productivité, réduit les décès liés au tabac, apporte l’électricité dans les foyers, les écoles et les hôpitaux, et libère les femmes et les filles de corvées domestiques longues telles que le moulinage de grains.

L’élargissement de l’accès à l’énergie au Burkina Faso, au Ghana, au Mali et au Sénégal a généré des opportunités d’emploi rémunéré pour les femmes, tout en réduisant le temps passé à ramasser du bois à feu et à aller chercher de l’eau et aux autres corvées domestiques.

À une époque où il faut limiter les émissions de gaz carbonique, une croissance fondée sur une empreinte carbone réduite est un facteur vital pour tous les pays. À cette fin, il est essentiel de passer un accord sur le climat permettant de dégager un financement significatif en faveur de solutions énergétiques et de développement à faibles émissions de carbone. Il est primordial que cet élément continue de figurer sur la liste des priorités internationales.

Septièmement,

L’amélioration de la mobilisation des ressources nationales est essentielle à l’accélération des progrès des OMD, qu’il s’agisse d’optimiser la perception des impôts, d’élargir l’assiette fiscale ou de mettre en place des méthodes innovantes.

Les ressources doivent également être dépensées correctement. Les pays devraient systématiquement évaluer et ajuster leurs budgets, afin de maximiser le rendement des investissements des ressources publiques.

Huitièmement, la communauté internationale doit absolument tenir ses engagements consistant à apporter une aide au développement et à améliorer la prévisibilité et l’efficacité de cette aide.

Une aide bien ciblée et prévisible est un catalyseur pour réaliser les OMD et permettre aux pays de renforcer les capacités et programmes dont ils ont besoin pour attirer des investissements privés et de nouvelles sources probables de financement pour la lutte contre le changement climatique.

Le déficit entre l’aide au développement projetée pour 2010 et l’aide promise lors de la réunion du G8 à Gleneagles en 2005 se monte à près de 0,05 pour cent du revenu national brut combiné des pays développés en 2010. Cet écart peut et doit être comblé, même en ces temps difficiles. Certains pays respectent leurs engagements, mais d’autres ne le font pas.


Le PNUD et le Cadre d’accélération

Nous espérons que, lors de la négociation du résultat du Sommet des OMD, les États-membres conviendront d’un programme d’action qui reflètera les résultats probants sur le terrain et inclura des initiatives audacieuses au sein des huit domaines prioritaires décrits dans l’évaluation internationale.

Les équipes de pays du PNUD pilotent actuellement un outil d’accélération des OMD, pour être utilisé conjointement avec ce rapport d’évaluation. Il peut aider les gouvernements, les équipes de pays de l’ONU et les autres partenaires au développement à identifier les obstacles au progrès et les politiques les plus à même d’en venir à bout.

Au cours de ma première année au sein du PNUD, j’ai été très impressionnée par l’ambition des personnes vivant dans les pays en développement à vouloir transformer leurs perspectives.

Il est important de célébrer la réalisation des OMD. Par exemple, la Tanzanie a pu accroître son taux d’inscription dans les établissements primaires de plus de 90 pour cent depuis 1991 ; l’Afrique du Sud a divisé par deux la proportion de personnes n’ayant pas accès à de l’eau potable propre ; le taux de pauvreté en Egypte a été divisé par deux depuis 1999 ; et le Bangladesh a réduit le taux de mortalité maternelle de 22 pour cent depuis 1990.

Ainsi, des progrès remarquables ont été accomplis depuis le lancement des OMD il y a dix ans, mais ces progrès ont été inégaux selon les objectifs et dans les régions et les pays. Si nous voulons atteindre les OMD d’ici 2015, alors 2010 doit marquer le début d’une accélération des progrès pendant cinq ans.

Certes, la récession mondiale, les crises alimentaire et pétrolière ainsi que les défis posés par le changement climatique et les catastrophes naturelles en général ont été des obstacles en travers de la route vers 2015. Mais, ils ne mettent pas les OMD hors d’atteinte si nous décidons ensemble que nous voulons les atteindre.
À présent, nous ne devons pas gaspiller les opportunités de progrès en limitant notre ambition et en baissant les bras de désespoir devant les obstacles. Des partenariats internationaux plus solides peuvent accélérer les progrès. Atteindre ces OMD signifie offrir une vie meilleure à des milliards de personnes. Les décisions que prendront nos pays, nos communautés et nos organisations seront cruciales dans la réalisation des promesses contenues dans ces objectifs.
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