Helen Clark à la réunion des ministres du développement du G8

27 avril 2010

Principaux points du discours d’Helen Clark, Administratrice du PNUD, à la réunion des ministres du développement du G8 à Halifax, mardi 27 avril 2010

Introduction

Dans un peu moins de 150 jours, un Sommet spécial va se réunir à New York pour évaluer les OMD. Nous espérons qu’il en sortira un plan d’action qui accélérera les progrès pour la réalisation des Objectifs avant la date boutoir de 2015.

Le message que je tiens à vous transmettre aujourd’hui, c’est que les OMD sont réalisables. Il existe toute une gamme d’interventions qui ont fait leurs preuves et donnent des résultats. Avec des partenariats mondiaux solides pour les appuyer, nous pouvons atteindre les Objectifs.

L’engagement de dirigeants à tous les niveaux (y compris les participants à cette réunion) peut faire en sorte que les choses s’accélèrent. Le Sommet des OMD peut aider àen faire une réalité.

Progrès en faveur des OMD à ce jour

La bonne nouvelle, c’est que des progrès importants ont été réalisés pour un certain nombre d’OMD, notamment dans certains des pays les plus pauvres du monde.

Au niveau mondial, nous avons fait des progrès pour certains OMD, comme l’éducation primaire universelle, même si nous n’avançons pas assez vite pour qu’elle se réalise d’ici la date prévue de 2015.

Le taux de mortalité des moins de cinq ans est en baisse constante dans le monde entier, même si là aussi, les progrès ne sont pas assez rapides pour réaliser l’OMD qui s’y rattache.

Un certain nombre de pays, dont certains parmi les plus pauvres, ont enregistré des résultats impressionnants dans la lutte contre l’extrême pauvreté et la faim, l’accès accru à l’eau salubre et le traitement du VIH/sida.

Malgré cela, les progrès restent inégaux et souvent trop lents pour que la date limite de 2015 soit respectée. Nous sommes encore loin d’atteindre la cible mondiale prévoyant une réduction de 75 pour cent des taux de mortalité maternelle entre 1990 et 2015.

Je suis heureuse que vous ayez prévu une session spéciale consacrée à la santé infantile et maternelle aujourd’hui. Ces deux domaines sont importants en soi, mais ils le sont aussi pour la réalisation d’autres OMD.

Une série de catastrophes naturelles dévastatrices, une récession mondiale, les effets latents des crises alimentaire et énergétique et un changement climatique bien réel ont montré combien les progrès en matière d’OMD pouvaient être fragiles. L’absence de progrès au Cycle de négociations de Doha mené par l’OMC ne favorise pas le développement.

Les pays qui sont plongés dans un conflit ou sont en train d’en sortir, et d’autres qui souffrent d’un niveau élevé de violence armée, se trouvent confrontés à des obstacles supplémentaires.

Les défis sont particulièrement importants en Afrique subsaharienne, où à l’heure actuelle, aucun pays n’est en passe d’atteindre tous les OMD d’ici 2015.

La contribution du PNUD à l’année d’évaluation et au Sommet des OMD

Alors qu’il ne reste que cinq ans pour réaliser les OMD, le Sommet de septembre représente une excellente occasion de redonner de l’élan aux efforts mondiaux en faveur de ceux-ci et de convenir d’un plan d’action concret pour faire progresser les choses. L’appui des membres du G8 est essentiel pour faire avancer ce programme.

Nous voulons que soient présentées au Sommet des preuves solides de ce qui fonctionne en matière de réalisation des OMD. Avec d’autres agences des Nations Unies, nous aidons quelque trente États à préparer des rapports nationaux détaillés sur les Objectifs. Ces rapports mettront en lumière les progrès accomplis à ce jour et évalueront ce qui a marché et ce qui reste à faire. Une synthèse en sera publiée en juin.

Sur la base de ces acquis nationaux nous préparerons une « Évaluation internationale » de ce qu’il faudra faire pour atteindre les OMD d’ici 2015. Celle-ci mettra en évidence les facteurs structurels de succès que ces pays ont en commun, qu’il s’agisse de solides cadres d’orientation, du bon fonctionnement des institutions ou d’une meilleure allocation des ressources.

L’évaluation montrera aussi quels sont les obstacles récurrents, tant au plan national qu’international, qui empêchent les progrès en matière d’OMD et suggérera différents moyens pour les pays de résister aux chocs et de développer leur résilience face à la volatilité économique et aux changements climatiques. Cette analyse donnera lieu à des recommandations sur les mesures concrètes qui peuvent donner un coup d’accélérateur aux progrès en faveur du développement.

Un groupe consultatif a été créé pour guider notre travail. Il comprend vingt experts techniques réputés provenant d’États Membres et d’organisations multilatérales. Il est chargé de veiller à ce que l’Évaluation internationale soit d’une qualité irréprochable et qu’elle prenne en compte un grand nombre de perspectives et de publics.

L’Évaluation internationale sera terminée avant la réunion des dirigeants du G8 en juin. Elle pourra apporter une contribution tant à leurs délibérations qu’aux négociations intergouvernementales sur le document final du Sommet des OMD.

Pour promouvoir ses conclusions sur les méthodes qui marchent, le PNUD participera à une série de manifestations mondiales ou régionales, telles que celle-ci, pendant les mois qui précéderont le Sommet, afin d’obtenir des appuis en faveur d’un bon document final.

Sur le terrain, le PNUD et ses partenaires au sein des équipes de pays de l’ONU ne rateront pas une occasion de travailler avec les pouvoirs publics et les partenaires du développement sur des initiatives visant à accélérer les progrès.

Grâce à ces données réelles, le PNUD a élaboré un nouveau cadre diagnostique en vue d’une telle tâche. Il pourra ainsi guider les équipes de pays des Nations Unies qui entreprendront un processus permettant d’identifier tant les obstacles à la réalisation des OMD que les solutions qui pourraient aider.

Notre objectif est de créer des partenariats solides centrés sur des plans d’action spécifiques afin d’atteindre les OMD.

Éléments en train d’émerger pour un plan d’action sur les OMD

Même si les plans d’action nationaux doivent tenir compte du contexte propre à chaque pays, l’analyse du PNUD et son expérience permettent de mettre en avant les domaines prioritaires suivants :

  1. Un des principaux moyens de réduire la pauvreté de façon durable, c’est d’encourager la croissance économique inclusive. Celle-ci s’appuie sur les investissements et l’accès aux marchés, notamment par le biais des échanges commerciaux. Terminer le Cycle de négociations de Doha pour le développement de l’OMC doit être vu comme une priorité.

    Il en est de même pour l’application du Pacte mondial pour l’emploi de l’OIT, qui promeut une relance fertile en emplois pour sortir de la récession mondiale.

    Ensuite, comme la pauvreté a souvent un visage rural, la croissance doit aussi appuyer le développement rural. L’attention renouvelée que nous voyons accordée, au plan international, au développement du secteur agricole, est cruciale.

    Selon la FAO, quelque 2,5 milliards d’habitants du monde en développement dépendent de l’agriculture pour leur survie. Non seulement un accroissement de la production agricole permet d’améliorer la sécurité alimentaire, mais il peut aussi réduire la pauvreté et soutenir une croissance économique inclusive.

    Il est nécessaire d’accroître l’accès aux intrants qui amélioreront la productivité agricole, notamment les engrais et de meilleures semences. Les agriculteurs pauvres, et les femmes en particulier, ont besoin que leurs droits à la propriété soient garantis. L’infrastructure rurale et l’accès au financement et aux marchés doivent être améliorés.

    Citons comme exemple d’innovation en matière d’accès aux marchés la bourse de marchandises agricoles qui s’est ouverte en Éthiopie. Elle est reliée au système de prix international et fait preuve de transparence envers les producteurs. Le PNUD est fier de s’être associé à cette initiative.
  2. Des investissements publics et des interventions ciblées dans les domaines de la santé et de l’éducation permettront aussi de stimuler les initiatives en faveur de tous les OMD.

    On peut réaliser des progrès impressionnants et accroître la scolarisation des enfants les plus pauvres en abolissant les frais de scolarité, en construisant des écoles dans les zones les plus mal desservies et en stimulant le recrutement des enseignants.

    Il y a également une série d’innovations peu coûteuses qui peuvent être portées à échelle dans le domaine de la nutrition, notamment en administrant des micronutriments qui répondent aux besoins spécifiques des jeunes enfants. Il est prouvé que les suppléments alimentaires et nutritionnels réduisent l’incidence des maladies infantiles.

    Nous savons aussi qu’avoir des soignants qualifiés à la naissance aide à prévenir les décès maternels. Ce qu’il faut, c’est un effort concerté pour proposer ce genre d’interventions à plus grande échelle.

    Entre 2005 et 2008, le nombre de femmes recevant un traitement pour empêcher la transmission materno-fœtale du VIH a triplé.

    En tant que principal récipiendaire pour les programmes du Fonds mondial dans 34 pays, le PNUD a aidé à fournir des programmes communautaires d’éducation sur le VIH et la tuberculose ou la prévention du paludisme à plus de 20 millions de personnes entre 2003 et 2008.

    Le PNUD n’est pas une agence spécialisée dans les domaines de la santé et de l’éducation, mais dans notre rôle de coordinateur du système de développement des Nations Unies, nous appuyons les mandats des agences qui ont une telle expertise.
  3. Les programmes de protection sociale et les systèmes de garantie de l’emploipeuvent faire une énorme différence dans la lutte contre la pauvreté et la réduction de la vulnérabilité.

    En mars, j’ai pu voir comment fonctionne la principale initiative de réduction de la pauvreté rurale en Inde. Avec l’appui du PNUD, le Système national Mahatma Gandhi de garantie de l’emploi rural donne le droit à un minimum de 100 journées de travail par an, servant ainsi quelque 46 millions de ménages. Personne ne contestera l’importance de tels résultats.
  4. La satisfaction des besoins énergétiques doit être une priorité, à cause de ses applications pour la productivité et la qualité de vie. C’est particulièrement important pour les femmes.

    Dans des pays d’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso et le Mali, où je me rendrai vendredi, le PNUD a contribué à obtenir l’accès à une énergie fournie par des moteurs au diesel. La vie des femmes s’en trouve transformée, car cela réduit le temps qu’elles consacrent aux tâches ménagères et leur offre des possibilités de se procurer un revenu.

    En cette ère de réduction des émissions de carbone, une croissance axée sur une empreinte carbone moindre est tout aussi vitale. Pour y arriver, un accord sur le climat qui produira suffisamment de fonds pour l’atténuation serait extrêmement utile.
  5. Investir dans les femmes et les filles représente aussi l’un des éléments clés de la stratégie décisive dont nous avons besoin pour stimuler les progrès en faveur des OMD.

    Les bénéfices se transmettent d’une génération à l’autre. Ainsi, le niveau d’éducation de la mère est une variable importante qui affecte le niveau d’instruction de ses enfants et les opportunités qui leur seront offertes.

    Répondre aux besoins des femmes en termes de services de santé sexuelle et génésique pourrait améliorer leurs chances de terminer leurs études et d’échapper à la pauvreté.

    Le PNUD collabore avec les pouvoirs publics dans le monde entier pour accroître les ressources économiques des femmes, renforcer leur statut légal et leurs droits et garantir leur inclusion et leur participation dans les processus décisionnels.

    En Papouasie-Nouvelle Guinée, un projet de loi réservant un certain nombre de sièges à des femmes a été déposé pour faire passer le nombre de parlementaires de sexe féminin de une à 22, ce qui permettrait à ce pays de se rapprocher de la moyenne mondiale de participation des femmes. Le PNUD a appuyé cette initiative.

    Nous faisons cela car nous croyons qu’avec une participation accrue des femmes aux processus décisionnels, une plus grande attention sera accordée aux besoins des femmes et des filles.
  6. Un leadership national solide, ainsi que de fortes capacités et une appropriation nationales sont essentiels pour faire progresser le développement.

    Le développement fleurit là où on trouve un leadership intelligent, qui investit dans les populations, les institutions et les infrastructures. Il fleurira surtout là où les pouvoirs publics sont réactifs et rendent des comptes à leurs citoyens.

    Nous avons appris que pour mettre en œuvre des initiatives efficaces en matière d’OMD, les pays ont besoin de capacités institutionnelles suffisantes et de mécanismes de coordination efficaces et bien huilés, ce qui leur fait souvent défaut. Le PNUD et d’autres ont besoin de soutien pour leur travail dans le domaine du renforcement des capacités.
  7. Il est nécessaire de raviver pleinement l’OMD 8. La planète a besoin de partenariats pour le développement qui aillent au-delà des cadres traditionnels de coopération au développement et reflètent les nouvelles réalités géopolitiques. Les coopérations nord-sud, sud-sud ou triangulaire ont toutes un rôle à jouer, de même que la société civile et le secteur privé.

    La plupart des ressources nécessaires pour atteindre les OMD doivent être trouvées et allouées avec efficacité par le pays lui-même. Mais une APD bien ciblée et prévisible peut avoir un effet catalyseur pour la réalisation des Objectifs. Elle peut aider les pays à développer les capacités et élaborer les programmes dont ils ont besoin pour atteindre les OMD et pour attirer les investissements privés et de nouvelles sources de financement climatique.

    Il serait très important pour la réalisation des OMD d’atteindre les niveaux d’APD déjà engagés, notamment par le G8.

    D’après des prédictions récentes de l’OCDE, en 2010, les niveaux d’APD reflèteront une baisse de 20 milliards de dollars (en prix de 2004) par raport à ce ce que les donateurs avaient promis à Gleneagles. Environ deux milliards de ces fonds manquants résultent d’un PNB moins important que prévu chez les donateurs, suite à la crise économique. Mais près de 18 milliards de dollars vont manquer parce que les dons seront moins importants que promis.

Conclusion

Si nous formons des partenariats mondiaux solides, si nous appuyons ce qui fonctionne, si nous soutenons les individus qui voient clair et agissent, nous pouvons atteindre les OMD.

Profitons de cette réunion et d’autres, avant le Sommet des OMD, pour tomber d’accord sur un plan d’action pour les OMD – un plan qui représentera un réel tournant dans la lutte contre la pauvreté.

Je serai heureuse d’entendre vos commentaires, votre point de vue et vos idées sur ce qu’il faudra faire pour atteindre les OMD.