Communiqué final: Conférence Internationale des Donateurs pour Haïti

31 mars 2010

  1. Le séisme qui a touché Haïti le 12 janvier 2010 a tué des centaines de milliers de personnes, laissé plus d’un million de personnes sans abri et provoqué des dégâts considérables à Port-au-Prince ainsi que dans d’autres villes et zones habitées du pays. Immédiatement après la catastrophe, le peuple haïtien, les pays, les organisations et les hommes et les femmes tout autour du monde ont unis leurs efforts pour répondre aux besoins humanitaires les plus pressants. À présent, Haïti est engagé dans un plan de reconstruction porteur d’une opportunité historique de poser à nouveau les fondations du pays en reconstruisant ce qui a été détruit, mais en mieux, afin de transformer cette nation en une démocratie vibrante et prospère, unifiée et résiliente. Pour soutenir cet effort, les délégations de 150 pays et organismes internationaux ainsi que les représentants de la société civile haïtienne, d’organisations non gouvernementales, de gouvernements locaux, de la diaspora haïtienne et du secteur privé, se sont réunis au Siège des Nations Unies à New York, le 31 mars 2010.

  2. La Conférence internationale des donateurs pour un nouvel avenir en Haïti a démontré l’engagement international déployé en faveur du relèvement d’Haïti dans le court et le long termes en récoltant un total de 9 milliards de dollars des États-Unis au profit de la reconstruction d’Haïti et en appui aux services sociaux essentiels, à la gouvernance et au développement durable à base élargie, et à la protection de l’île contre les risques de nouvelles catastrophes naturelles. De ce montant, plus de 5 milliards de dollars ont été promis pour 2010 et 2011. Une aide généreuse en nature a également été annoncée. Toutes les promesses de contributions ainsi que l’ensemble des débats sont accessibles via le site Web à l’adresse suivante : www.haiticonference.org. L’aide devrait permettre d’appuyer la vision et le Plan d’action présentés par le gouvernement haïtien, en incorporant les résultats de l’évaluation des besoins dans les situations après catastrophe. Elle sera fournie dans le but de renforcer l’autorité de l’État, d’améliorer l’efficacité des gouvernements locaux, de renforcer les capacités des institutions nationales et locales, d’atténuer les risques de vulnérabilité aux catastrophes à l’avenir, de protéger l'environnement, de promouvoir et de protéger les droits de l'homme et l'égalité entre les sexes, et de créer un environnement favorable à l’essor du secteur privé et de la société civile, autant d’objectifs critiques pour assurer la stabilité et la prospérité d’Haïti sur le long terme. L’aide devrait également renforcer les obligations réciproques de responsabilité et de transparence à l’égard des Haïtiens aussi bien que de l’ensemble des publics concernés. Les participants ont accueilli favorablement le concept de décentralisation politique, institutionnelle et économique préconisé par la vision haïtienne, afin de promouvoir un développement à base plus élargie. Ils ont pris bonne note des propositions soumises par les autorités locales à cet effet. Ils ont également réaffirmé que les Haïtiens de tous bords devaient être inclus dans les efforts de relèvement à long terme en reconnaissant que la participation et le leadership des femmes était d’une importance capitale dans le processus.

  3. La réponse apportée aux besoins de financements à court terme en Haïti devra aussi se focaliser sur la protection des plus vulnérables, particulièrement les femmes et les enfants, sur la gestion des services sociaux essentiels et la poursuite des programmes liés à la santé, à l’éducation et à la protection sociale. À la lumière de l’effondrement des recettes publiques résultant du séisme, les participants ont approuvé l’appui budgétaire extraordinaire alloué au gouvernement haïtien pour l’exercice en cours et l’exercice suivant afin de contribuer à financer les dépenses critiques telles que les salaires des fonctionnaires et des membres de la police nationale ainsi que le fonctionnement des écoles et des hôpitaux.

  4. Les participants ont également admis la nécessité de fournir une assistance humanitaire continue, particulièrement à l’approche de la saison des pluies et des ouragans. Les besoins en abris sont particulièrement pressants et requièrent une action urgente de la part du gouvernement haïtien et de la communauté des donateurs. L’agriculture est un autre secteur auquel il convient d’accorder une attention toute particulière, car il permettra à la fois d’assurer la sécurité alimentaire du peuple haïtien et de répondre aux exigences de la décentralisation. La réduction des risques de catastrophes fait partie intégrante de tous les efforts visant à reconstruire en mieux. Les participants ont approuvé la demande émanant du gouvernement haïtien relative à la nécessité de fournir un accès égalitaire aux services de santé à tous les Haïtiens et de commencer à établir un système d'assurance maladie.

  5. Tous les participants ont convenu de l’importance du rôle du secteur privé comme catalyseur du développement économique durable à Haïti et de la nécessité d’établir de solides partenariats public-privé. Les Haïtiens ont besoin d’accéder à l’emploi. Ils ont exprimé leur désir ferme de participer à la reconstruction de leur pays. Ils possèdent les talents et la motivation nécessaires pour mener à bien la croissance économique durable en Haïti à long terme. Cependant, ils ont besoin de bénéficier d’opportunités réelles pour soutenir leur famille et contribuer de manière significative au progrès de leur nation. Pour appuyer les efforts du peuple haïtien, les donateurs se sont engagés à faire appel, dans la mesure du possible, aux entreprises et aux travailleurs d’Haïti et à renforcer les normes du travail dans le pays. Le gouvernement haïtien a également promis de mettre en œuvre des réformes permettant d’établir un climat d’investissement plus favorable aux entreprises, comme par exemple, en appliquant une politique de propriété foncière aux contours plus clairement définis et en procédant à la mise à jour systématique du cadastre et des registres fonciers.
  6. La conférence a également mis en avant les principes convenus durant la Conférence ministérielle préparatoire sur Haïti, qui s’est tenue à Montréal le 25 janvier 2010, à savoir :

  7. Appropriation : Les participants ont convenu d’aligner leur aide sur les priorités du gouvernement d’Haïti et d’impliquer le peuple haïtien dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets et des programmes. Les participants ont favorablement accueilli l’engagement pris par le gouvernement haïtien d’établir une Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti, qui devrait aboutir à la création d’une Autorité de développement haïtienne, appelée à conforter le rôle de leadership du gouvernement haïtien dans la définition des priorités en matière d’aide internationale et dans la coordination, l’expédition et la mise en œuvre de cette assistance. Dans le même temps, les participants se sont engagés à soutenir le renforcement des capacités administratives du gouvernement haïtien, qui a subi des pertes dévastatrices, et à appuyer une transition politique sans heurt vers la tenue d’élections démocratiques aussitôt que possible.

  8. Coordination : Les participants ont également convenu de renforcer leur coordination en se consultant régulièrement et en appliquant une transparence sans précédent à la coordination de leurs efforts, notamment par le biais de la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti et l’Autorité de développement haïtienne. Ils ont également approuvé la création d’un Fonds de reconstruction d’Haïti pour lequel la Banque mondiale devrait servir d’Agent fiscal, afin de canaliser les ressources d’aide significatives de manière plus efficace et d'améliorer la coordination. Les participants ont convenu de concentrer l'aide sur les secteurs prioritaires, en étroite collaboration avec le gouvernement d’Haïti et les autres donateurs.

  9. Efficacité : Les participants et le gouvernement d’Haïti ont convenu de travailler ensemble pour garantir l’efficacité de l’aide en adhérant aux principes de l’efficacité de l’aide et des bonnes pratiques d'action humanitaire et en tirant profit des leçons apprises en la matière.

  10. Inclusion : La Conférence a souligné l’importance d’organiser des activités de proximité en coordination avec un grand nombre de communautés clé, notamment le peuple haïtien, la société civile, les ONG, les gouvernements locaux, le secteur privé, la diaspora haïtienne ainsi que l’ensemble des parties prenantes à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Ces communautés ainsi que la CARICOM et d’autres partenaires d’Haïti dans la région sont autant d’acteurs appelés à jouer un rôle vital dans la reconstruction d'Haïti. Ces différents groupes ont tous des perspectives distinctes, des domaines de compétences spécifiques et des ressources critiques. La participation totale et continue des femmes et des hommes dans le façonnement de l’avenir d’Haïti, en cohérence avec la vision du peuple et du gouvernement de ce pays doit être assurée, afin de garantir que les progrès d’Haïti puissent perdurer et bénéficier à toute la population, notamment aux groupes les plus vulnérables. Les participants ont également favorablement accueilli les contributions de ceux qui prêtent leur assistance en matière de sécurité, notamment dans le cadre de l'engagement amélioré de la MINUSTAH en réclamant des contributions conséquentes au titre des ressources en sécurité pour répondre à la demande du Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies afin d’assurer le succès continu des opérations de la MINUSTAH. L’expertise de la MINUSTAH et sa présence consolidée sur le terrain devraient être pleinement exploitées de manière à ce que celle-ci puisse contribuer de manière active aux efforts d’appui et d'assistance à Haïti après le séisme.

  11. Responsabilité et transparence : Le gouvernement d’Haïti et les participants à la Conférence ont convenu de renforcer leurs obligations de responsabilité et de transparence. Les donateurs ont fait état de leurs promesses de contributions avec plus de détails qu’ils ne l’avaient fait à l’occasion des précédentes conférences pour les annonces de contribution. Les participants ont également convenu de la mise en place d’un robuste système de suivi en ligne pour rendre compte de la fourniture de l’aide, en insistant sur les performances et les résultats tangibles des actions menées. Les donateurs ont reconnu l’importance d’un suivi indépendant de la mise en œuvre des promesses de contributions et d’engagements. Dans un souci de renforcement de la transparence et de l’obligation de rendre compte, l’ensemble des débats de la Conférence internationale des donateurs pour un nouvel avenir en Haïti ont été publiquement menés et ont bénéficié d'une couverture complète par le biais d’une diffusion en continu via Internet. Enfin, dans un souci de transparence et de responsabilité, la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti et l’Autorité de développement haïtienne seront dotées d’une unité spéciale, chargée des questions de suivi et de transparence, qui sera tenue d’une obligation de rendre compte au peuple d’Haïti et au public international.

  12. Durabilité : La communauté internationale est fière de témoigner de sa solidarité avec le peuple d’Haïti. Notre appui ne sera pas de courte durée ; nous nous engageons à soutenir Haïti jusqu’à ce que ce pays réussisse à mener à son terme l’effort de reconstruction. Par conséquent, les présidents et les coprésidents de la Conférence ont accepté d'assurer le suivi de la mise en œuvre du plan haïtien et des promesses de contributions des donateurs, en collaboration avec les institutions financières internationales et les Nations Unies. Ils ont décidé de se rencontrer au moins deux fois l’an, à cet effet, dans le cadre de réunions organisées dans les différentes capitales concernées.

  13. Nous envisageons l’avenir d’Haïti avec l’espoir que les dégâts provoqués par le séisme soient réparés, que les habitations, les bâtiments et les routes soient reconstruits encore plus solidement qu’à l’origine, que le pays puisse disposer de meilleurs systèmes de santé et d’éducation qu'auparavant, que l’économie haïtienne se diversifie et bénéficie d’une base étendue d’exportations et de niveaux de recettes plus élevés pour financer les services publics, que la démocratie y prospère, que le tissu social, culturel et intellectuel du pays soit restauré, que l’accès des haïtiens à leurs droits civils, économiques, politiques et sociaux devienne une réalité, et que les femmes et les hommes d’Haïti puissent tous jouir des opportunités d’emploi, de la sécurité, de la prospérité et de la paix.