Helen Clark: Déclaration à l'occasion de la journée de la femme

08 mars 2010

La Commission des Nations Unies sur la condition de la femme est en train de se réunir à New York pour examiner les progrès accomplis en faveur de l’égalité des sexes depuis la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes qui  s’est tenue à Beijing en 1995. Cette conférence historique a reconnu qu’il existait des barrières qui empêchaient les femmes d’atteindre la pleine égalité, et un plan approuvé au niveau international pour résoudre ce problème a été adopté sous le nom de Plan d’action de Beijing.

Au cours des quinze années qui se sont écoulées depuis, en dépit de réelles avancées sur bien des fronts, les progrès en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes ont été lents et inégaux.

La participation des femmes à la vie politique augmente trop lentement, les femmes restent plus vulnérables sur le front de l’emploi et les taux de mortalité maternelle restent beaucoup trop élevés dans bien des régions.

Même si de plus en plus de femmes occupent une fonction politique, les élues ne constituent que 18 pour cent des parlementaires dans le monde. On est loin de la cible de 30 pour cent annoncée dans la Déclaration et le Plan d’action de Beijing. À l’allure actuelle, il faudra encore 40 ans pour arriver à la parité entre les sexes.

Bien que la main d’œuvre comprenne un nombre croissant de femmes, près de deux tiers des femmes du monde en développement ont des emplois précaires, soit comme indépendantes, soit comme travailleuses familiales non rémunérées dans l’économie informelle. Dans les pays en développement, les femmes sont systématiquement à la traîne des hommes pour la participation à la main d’œuvre officielle et l’entrepreneuriat ; à travail égal, elles gagnent moins que les hommes, elles ont moins facilement accès au crédit et ont moins de droits à l’héritage et à la propriété.

La santé féminine, et en particulier la santé génésique, restent un problème grave. Chaque année, plus d’un demi-million de femmes (c’est-à-dire une femme toutes les 60 secondes) meurent de complications liées à la grossesse et à l’accouchement.

En 2008, la Résolution 1820 du Conseil de sécurité a été la première à reconnaître que la violence sexuelle liée à un conflit est une question de paix et de sécurité internationales. Cette étape importante doit être suivie de mesures qui garantissent que les auteurs de violence sexuelle et sexiste seront poursuivis et jugés. La nomination récente de Margot Wallstrom comme première Secrétaire Générale adjointe chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit garantira que ce problème reste une des grandes priorités des Nations Unies.

Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) souffrent partout où les besoins et la condition de la femme ne sont pas prioritaires. Si la condition des femmes s’améliore, on aura plus de chances de réaliser ces objectifs, pour le plus grand profit des femmes, des hommes et des enfants.

Ainsi, une réduction de la mortalité maternelle aurait des effets positifs sur les objectifs qui visent à améliorer la santé des enfants et l’accès à l’éducation ou à réduire la pauvreté et la faim. Si l’on donne une éducation aux filles, cela s’avérera positif à la longue en réduisant la mortalité infantile et en améliorant la nutrition et la santé des générations futures. Lutter contre ce fléau qu’est la violence sexuelle et sexiste n’est pas seulement une question de droit humain fondamental, cela aide aussi à limiter la propagation du VIH/sida.

Beaucoup de pays sont  arrivés à faire progresser la parité entre les sexes en promouvant avec succès l’éducation des filles, mais des disparités significatives persistent en Afrique subsaharienne, en Océanie et en Asie de l’Ouest. Malheureusement, au taux actuel de progrès, les objectifs du Millénaire pour le développement visant à éliminer les disparités entre les sexes à tous les niveaux d’enseignement d’ici 2015 seront loin d’être atteints.

Le Sommet des OMD qui se tiendra en septembre à l’ONU représente une occasion majeure de montrer que répondre aux besoins des femmes peut transformer les avancées en matière de développement.

Pour arriver à une réelle égalité entre les sexes, nous devons continuer d’œuvrer en faveur de l’autonomisation politique, économique et sociale des femmes. La nouvelle instance chargée des questions de genre qui devrait être créée par l’ONU sera une avocate écoutée des femmes et des filles dans ces domaines, et nous attendons d’elle qu’elle fasse réellement bouger les choses pour les femmes au cours des années à venir.

Pour citer le Secrétaire Général, en 2010, nous devons « habiliter les femmes comme jamais auparavant. »

En cette Journée internationale de la femme, notre conviction que « le progrès en faveur des femmes est un progrès en faveur de tous » est plus forte que jamais. Avec des partenariats solides, des ressources spécialisées et un leadership politique inébranlable, nous pouvons bâtir des sociétés inclusives et équitables où chacun comprend que toute avancée en faveur des femmes profite à tous.