Kemal Dervis: Première session du Conseil d’administration

19 janvier 2009

Déclaration de Kemal Derviş Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement à l’occasion de la Première session ordinaire du Conseil d’administration du PNUD/FNUAP

Monsieur le Président,
Membres du Conseil d’administration,
Chers collègues et amis,

Je souhaiterais commencer en félicitant son Excellence M. Mohammad Khazaee, Représentant permanent de la République islamique d’Iran auprès des Nations Unies, pour son élection au poste de Président du Conseil d’administration du PNUD/FNUAP. J’ai travaillé avec l’Ambassadeur Khazaee lorsque je me trouvais au Conseil d’administration de la Banque mondiale, et nous partagions des travaux et des amitiés communes. Je souhaiterais féliciter également les personnes suivantes pour leur élection aux poste de Vice-présidents de leur groupe respectif : pour le groupe d’Etats d’Europe occidentale et autres Etats, M. Jeroen Steeghs (Pays-Bas); pour le groupe des Etats d’Europe orientale, M. Dragan Mićić (Serbie); pour le groupe des Etats d’Afrique, M. Omary Mjenga (République Unie de Tanzanie); et pour le groupe des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes, M. William Exantus (Haïti).

Permettez-moi également de remercier chaleureusement le Président sortant du Conseil d’administration, Son Excellence M. Jean-Marie Ehouzou, qui, comme vous le savez, est Ministre des Affaires étrangères du Bénin depuis octobre 2008. Mille mercis également à tous les Vice-présidents sortants pour leur travail acharné au cours de l’année dernière.

Le temps passe extrêmement rapidement. Plus on prend de l’âge, et plus il passe vite. Je pense que cela fait presque quatre ans, en juin 2005, qu’ayant été confirmé par l’Assemblée générale, je me suis adressé pour la première fois au Conseil d’administration du PNUD en session officieuse. Je souhaiterais tout d’abord souligner aujourd’hui à quel point je vous suis reconnaissant de l’appui que vous témoignez au PNUD depuis 2005. Si nous avons connu certains moments difficiles, il n’en reste pas moins qu’un sens des engagements communs en faveur des objectifs de l’institution, de son mandat et des valeurs inscrites dans la Charte des Nations Unies  ont toujours prévalu. Ce Conseil représente les 192 nations de la communauté internationale. Il existe bien entendu des différences de vues entre ces nations, qui reflètent leurs histoires différentes, leurs situations nationales différentes et, bien entendu, il faut le reconnaître, parfois aussi des intérêts à court terme différents. Mais sur le long terme, il est absolument clair qu’il existe des intérêts humains communs : la préservation de la paix et la protection contre la violence ; le respect des droits de l’homme, y compris des droits des femmes et des droits des enfants ; le respect de l’état de droit, dont le droit international ; le développement – notre mandat – et l’éradication de la pauvreté ; la préservation de notre environnement et de notre climat, et les autres objectifs mondiaux que défendent les Nations Unies. Le PNUD a joué son rôle, et continuera de le faire, pour renforcer ces objectifs, avec votre appui actif. Cet appui et cette volonté de trouver des terrains d’entente sont indispensables. Vous les avez démontrés lorsque nous avons finalisé le Plan stratégique l’été dernier. Vous les avez démontrés une nouvelle fois lorsque vous avez approuvé le Cadre de responsabilisation en septembre dernier. Et ce ne sont que quelques exemples. J’émets l’espoir que dans l’avenir aussi, la volonté de trouver des terrains d’entente prévaudra toujours et nous permettra de progresser encore.

Trouver un terrain d’entente

J’ai été économiste toute ma vie. J’ai étudié l’économie dès l’âge de 17 ans. Les économistes tentent de maximiser l’efficacité, de gérer les ressources, d’augmenter les taux de croissance. Mais on réalise, en tant qu’économiste, combien il est important de trouver un terrain d’entente lorsque celui-ci fait défaut.

Rien n’est plus coûteux que la violence de la guerre. J’ai connu au cours de ma vie des périodes où j’ai vu et fait l’expérience de ce fait avec grande détresse. A l’époque des guerres dans les Balkans, par exemple. Je travaillais à la Banque mondiale. Nous avions essayé de construire des routes, des hôpitaux et de promouvoir le développement… et c’est alors que notre incapacité à trouver un terrain d’entente a détruit une grande partie de ce que nous avions édifié. Je suis le dernier à minimiser l’importance de l’économie ou de la politique économique, mais je pense que la chose primordiale pour le bien-être humain et le progrès est la capacité à trouver un terrain d’entente. Et c’est ce qui est extrêmement important aux Nations Unies, et tout aussi important pour le PNUD.

L’économie mondiale

C’est devenu en quelque sorte une tradition pour moi au tout début de ces réunions de passer quelques minutes à faire un tour d’horizon de l’économie mondiale, tant il est vrai que dans le monde actuel, le développement de tous les pays intervient dans le contexte d’une économie mondialisée. Permettez-moi de vous faire partager mon point de vue sur la manière dont l’économie mondiale est en train d’évoluer. Tout au long de l’année dernière, nous avions tous ensemble, déjà, exprimé nos préoccupations. Malheureusement, nos inquiétudes se sont avérées. Nous sommes en train de traverser ce qui va probablement être la récession mondiale la plus grave depuis la Grande Dépression des années 1930. On peut affirmer sans se tromper que la période que nous traversons aujourd’hui ne ressemble à rien de ce que nous avons connu ces dernières décennies. Et il est clair que cette situation a des conséquences négatives sur le développement. Elle touche les pays en développement. Elle touche tout le monde. Et elle a des conséquences sur le travail que le PNUD doit réaliser.

Ce qui est en train de se passer peut être expliqué de la manière suivante : il y a eu une chute considérable du prix des actifs : le prix des logements, le prix du capital, les prix de toutes sortes de biens que nous tous possédons. La propriété d’actifs est devenue bien entendu beaucoup plus généralisée dans le monde. Cette chute des prix, notamment dans les pays riches, amène les gens à réduire leurs dépenses. Les gens se sentent plus pauvres ou moins riches. Le riche se sent moins riche et le pauvre se sent plus pauvre qu’il y a deux ans. Même ceux qui ne possèdent pas d’actifs s’inquiètent pour leur travail, leurs revenus, leur retraite. L’économie mondiale fait donc face à une importante réduction des dépenses. Dans le même temps, nous voyons tous qu’il y a une désorganisation complète des marchés du crédit et des systèmes financiers, et, par voie de conséquence, une réduction des ressources financières disponibles pour les entreprises. Les entreprises se mettent donc à réduire leurs investissements, à la fois parce que la demande est en baisse et parce que l’accès au crédit devient dans le même temps de plus en plus difficile. Ces deux forces – la désorganisation des marchés du crédit et la chute et les réductions de la demande – sont en train de mener actuellement les économies des pays riches à une contraction réelle du PIB, à un niveau très probablement inférieur à 1% du PIB en moyenne en 2009. Et dans le monde entier, la contraction touche tous les pays. Il est toujours vrai que les économies de certains marchés émergents vont relativement bien. En Chine, en Inde, et en Asie de manière plus générale, la croissance se poursuivra. Cela est également vrai pour certains pays d’Amérique latine et d’Afrique, mais la croissance sera beaucoup moins rapide qu’elle ne l’était ces dernières années, et probablement pas assez rapide pour permettre à l’économie mondiale dans son ensemble de croître.    

Des réponses sont bien entendu en train d’être apportées en termes de politique monétaire, de politique fiscale et de coopération internationale. Ce qui me semble très clair étant donné la chute de la demande par le secteur privé – la demande d’investissement comme celle de la consommation – est que le secteur gouvernemental – la dépense publique – doit compenser le creux de la demande privée. La demande compensatrice doit venir du secteur public. Dans quelle mesure, et sous quelle forme exacte, cela reste à débattre. Bien entendu, cela fait l’objet d’une discussion. Mais il est de fait que la contraction de la demande privée dans de nombreuses économies atteint 4, 5 ou 6 points de pourcentage. Le secteur public doit générer une demande compensatoire et compensatrice. Ce qui pose un grand défi est la manière d’organiser cela de manière à ce que la demande compensatoire venant du secteur public, les dépenses du secteur public, ne génère pas de problèmes à long-terme de durabilité fiscale mais créée plutôt les meilleurs résultats possibles, y compris de rapides créations d’emplois, permettant avec un peu de chance de promouvoir, comme le Secrétaire général l’a souligné dans plusieurs de ses discours, des changements désirables dans le secteur énergétique, en faveur d’une économie plus verte et plus efficace au niveau énergétique.  
 
Mais la crise est d’une envergure considérable. Et elle va nous toucher tous. D’où l’importance qu’il y a à éviter des erreurs politiques de même envergure. Lorsqu’on réfléchit sur ce qui s’est passé, il semble que certaines des erreurs faites étaient assez évidentes. Et pourtant, il semble que de nombreuses institutions ne l’aient pas vu. Laissez-moi vous donner un exemple : les agences de notation. Nous avons souvent discuté de la responsabilité au sein de ce Conseil. Et l’on s’aperçoit que les agences de notation étaient payées par les institutions financières qu’elles notaient ! Si cela n’est pas un conflit d’intérêts, quelle définition doit-on donner d’un conflit d’intérêts ? C’est à n’en pas douter un échec complet. Les titres étaient notés AAA alors qu’ils étaient loin d’être AAA. Et combien de décisions cruciales ont-elles été prises dans le secteur financier qui ont entraîné des erreurs encore plus importantes jusqu’à ce que l’édifice dans son ensemble s’écroule. Je souligne ce fait pour souligner combien l’analyse politique est importante et combien il sera décisif d’éviter de telles considérables erreurs politiques dans l’avenir.  

Permettez-moi de saisir cette occasion pour féliciter certains de mes collègues des Nations Unies qui ont travaillé sur les prévisions macroéconomiques en 2006 et 2007 – pas au PNUD, puisque nous ne nous réalisons pas de prévisions macroéconomiques en tant que telles. Nous participons à certains de ces exercices, mais ce sont véritablement nos collègues du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU qui réalisent ce travail. Lorsque nous regardons leurs projections et leurs analyses de l’économie mondiale au cours des deux ou trois années passées et que nous les comparons à beaucoup d’autres projections, les projections de l’ONU se sont révélées plus précises pour ce qui est de se focaliser sur les problèmes réels que les projections de nombreuses institutions disposant de beaucoup plus de ressources pour faire ce travail. Cela nous montre qu’en dépit des contraintes au niveau des ressources et des faiblesses que nous avons aux Nations Unies, nous disposons de très bons analystes. Et peut-être que leur objectivité et leur approche globale, le fait qu’ils ne sont pas excessivement influencés par une partie de l’économie mondiale ou par un secteur en particulier, leur permet de réaliser de bonnes analyses qui sont parfois meilleures et plus précises que les analyses des institutions qui disposent de davantage de ressources, mais ne sont aussi objectives que ce que l’ONU peut parfois heureusement l’être.
 
En regardant notre travail, le propre travail du PNUD, je souhaiterais souligner qu’il est bien entendu en premier lieu centré et orienté sur les pays. Le mandat du PNUD opère au niveau national. Et je vais dire quelques mots sur cela. Mais en même temps, les événements auxquels nous sommes récemment confrontés nous montrent que nous ne pouvons pas analyser le niveau national de manière isolée. Le niveau national s’inscrit dans l’économie mondiale, et nous devons tenir compte de cela lorsque nous examinons le système des Nations Unies et le développement. Je reviendrai sur cela également.
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Unis dans l’action : rendre l’ONU plus cohérente, efficace et efficiente

Je souhaiterais dire quelques mots sur le niveau national. Au cours des deux dernières années, « Unis dans l’action » a démontré le potentiel d’un système des Nations Unies plus cohérent. Nous préférons tous, je pense, l’expression « Delivering as One » (NdT : expression anglaise pour « Unis dans l’action ») à celle de « One UN ». Ce n’est pas « One UN » mais « Delivering as One » qui a été notre objectif commun. Les mécanismes-pilotes par lesquels nous avons réuni nos forces sur un programme unique, sur le cadre budgétaire, sur la mobilisation commune des ressources, sur la communication commune, sur les pratiques de fonctionnement et sur le rôle de direction du Coordonnateur résident, ont donné à nos Etats membres une vision globale du champ de l’aide qu’ils peuvent attendre du système des Nations Unies, leur permettant de prendre l’initiative pour ce qui est d’identifier les priorités au niveau de l’appui de l’ONU. Les mécanismes aident « à réduire la fragmentation, la duplication et la compétition pour les ressources au sein du système des Nations Unies », un mandat issu de l’Examen triennal complet (TCPR). « L’appropriation nationale » du processus, et non pas une approche « taille unique », a été le principe directeur d’ « Unis dans l’action » et le demeure.

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais certaines évaluations initiales et commentaires des équipes de pays elles-mêmes et des gouvernements-hôtes, des pays de programme, montrent que beaucoup de progrès ont été réalisés au niveau pilote. Avec les TCPR de 2001, 2004 et 2007, la Résolution sur la cohérence de l’action du système adoptée par l’Assemblée générale en septembre dernier, qui comprend des conclusions et recommandations très constructives et perspicaces des Co-présidents, fournit un appui renouvelé en faveur des réformes du système des Nations Unies au niveau opérationnel. La phase-pilote s’achève en 2010, au moment où les évaluations de l’expérience-pilote auront été terminées et qu’il aura été fait rapport au Conseil des chefs de secrétariat du système de l’ONU. Il n’y a actuellement aucun projet de pilotes supplémentaires, mais des plans sont en cours pour intégrer certaines leçons constructives et positives des pilotes dans le monde au sein des mandats et des directives des TCPR.  

C’est une évolution excellente, par exemple, qu’un certain nombre de pays du PNUAD auto-sélectionnés de la phase de lancement de 2007 et 2008, dont le Malawi, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Botswana, les pays des îles du Pacifique, le Suriname et la Zambie, aient initié le processus en suivant une grande part de l’expérience des pays-pilotes pour ce qui est de mettre au point un programme de pays commun. Davantage de pays sont mentionnés dans les Rapports des Co-présidents pour avoir adopté des pratiques plus cohérentes. Le GNUD est en train de renforcer ses mécanismes existants en vue d’aider les pays qui entreprennent des initiatives tous seuls à rendre l’ONU plus cohérente, efficace et efficiente – des initiatives reflétant le plein leadership gouvernemental.

Aujourd’hui, le processus est lent. C’est un processus progressif et continu au niveau national mais il est lent. Je suis convaincu qu’il mérite votre appui persistant. Il demeure fortement poussé par les pays et il est ajusté aux conditions particulières des divers pays. Je pense que nous avons essayé de trouver, et que nous avons trouvé, un bon équilibre entre deux extrêmes qui ne sont pas désirables. Un extrême est de faire continuer à travailler les agences, fonds et programmes de l’ONU comme dans le passé, de la même manière qu’il y a dix ans, de manière très isolée, avec un faible niveau de coopération, mais fondamentalement en tant qu’organisations distinctes. Je pense que les conséquences générales de cela, les inefficacités, chevauchements, l’incapacité pour les pays à avoir un système des Nations Unies partenaire qui agisse comme un ensemble, sont très coûteuses et ont affaibli les Nations Unies au niveau national. Voilà pourquoi l’agenda général de la cohérence a été lancé, et pourquoi nous l’avons appuyé. Dans le même temps, il y a à mes yeux un autre extrême, qui consisterait d’une manière ou d’une autre à fusionner toutes ces agences, fonds et programmes du système des Nations Unies en une seule organisation. Il n’y a pas une seule organisation. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), par exemple, est dotée de son propre Conseil et de ses propres mécanismes de financement. Elle a une véritable force politique par rapport aux ministres de la Santé. Nous ne pouvons pas faire fusionner l’OMS et le PNUD, par exemple. Nous ne pouvons même pas fusionner les fonds et programmes. L’UNICEF a son propre mandat, son propre appui, ses propres mécanismes de financement, et sa propre image de marque – une image de marque très utile et précieuse. Même chose pour ce qui concerne le PNUD et le PAM. Et je pense que ce serait une erreur d’avoir des velléités d’essayer de fusionner tout cela en une seule organisation. Cela est impossible. Cela impliquerait une réorganisation complète du système des Nations Unies dans son ensemble. Et je pense que l’on doit tenir compte de ce fait et s’interdire de tirer dans une direction que l’on ne pourra - et qu’il n’est probablement pas désirable - d’atteindre.

Nous devons donc trouver ici une solution médiane afin de bénéficier d’un système plus cohérent d’organisations travaillant ensemble, et d’un Coordonnateur résident qui préside vraiment le système ; il ou elle dirige au niveau national, mais chaque organisation garde son propre mandat, sa spécificité, sa marque de même que l’expérience et les qualifications accumulées. Et c’est ce que « Unis dans l’action » essaie de réaliser sous des formes flexibles de coopération construites autour du programme de pays, de manière à ce que les pays aient une vision générale des atouts et compétences qui existent au sein du système des Nations Unies, mais également afin que chaque organisation puisse continuer de travailler avec sa propre responsabilité, ses propres obligations redditionnelles et sa propre capacité à mener à bien son mandat. C’est la manière dont, me semble-t-il, nous avons procédé ces quatre dernières années. C’est la manière dont je vois les choses. Les détails de cet équilibre peuvent être débattus. Mais je veux sincèrement faire passer le message aujourd’hui que nous devrions éviter des visions extrêmes qui, à mes yeux, ne sont ni réalistes, ni utiles, ni désirables.

Interdépendance mondiale

Passons maintenant du niveau national à l’interdépendance et à la cohérence mondiales. Cette crise a démontré une fois de plus à chacun d’entre nous à quel point l’économie mondiale est interdépendante. Pas moyen d’avoir une politique de développement, notamment dans les petits pays en développement, qui ne serait pas impactée par les facteurs régionaux et mondiaux. Même les plus grandes économies du monde sont extrêmement touchées par ce qui se passe sur le marché mondial dans son ensemble. Un grand nombre de pays en développement sont toujours très dépendants par rapport aux produits de base. Comment pouvez-vous avoir une stratégie nationale à l’égard des produits de base si celle-ci ne s’insère pas dans une stratégie mondiale à l’intention des pays en développement qui sont exportateurs de produits de base ? Comment peuvent-ils avoir une stratégie agricole qui ne tienne pas compte des développements du marché et des prix mondiaux ? Il est donc très important que ces stratégies nationales sur lesquelles nous travaillons ensemble, et pour lesquelles le PNUD joue son rôle en renforçant les capacités, en constituant des réseaux, en appuyant les décideurs politiques nationaux, bénéficient du contexte mondial général, des expériences politiques accumulées à travers le monde, y compris des mécanismes de coopération Sud-Sud pour le développement. Et l’établissement de réseaux se fait de la manière la plus efficace en confrontant ces expériences et ces connaissances avec les expériences nationales individuelles.

Les Rapports sur le développement humain du PNUD constituent à mon avis une importante contribution dans ce contexte. Et je veux souligner que je ne parle pas seulement du Rapport mondial sur le développement humain mais aussi des Rapports régionaux et nationaux sur le développement humain, de toutes les connaissances et expériences du réseau du développement disponibles. Je veux ici aller au-delà du PNUD, et en fait au-delà des fonds, des programmes et des institutions spécialisées, et mentionner que le travail, la politique et les connaissances du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, de la CNUCED ainsi que des Commissions régionales devrait jouer un rôle important. Même chose pour les institutions spécialisées telles que l’OIT au niveau du marché du travail. Comme vous le savez, notre coopération avec l’OIT est très étroite au niveau du travail décent et de la lutte contre la pauvreté.
 
Je pense donc que nous devons probablement lier davantage les réseaux de connaissances et le travail normatif de la famille des Nations Unies avec le travail réalisé au niveau national. Il n’est pas productif de disposer de toutes les connaissances et de ne pas les relier au le travail au niveau national. Ce lien doit exister.

Je considère que nous n’avons pas accompli suffisamment de progrès à ce niveau. Nous devons nous focaliser sur le niveau national, et si des progrès ont été réalisés, le lien entre le niveau national et les questions mondiales est encore insuffisant. Les analyses mondiales bénéficient des connaissances et de l’expérience sur le terrain des pays. Nous devons à mon avis vraiment faire beaucoup plus à ce niveau. Dans ce contexte, nous devons faire davantage par rapport aux Institutions de Bretton Woods – la Banque mondiale et le FMI. Les segments que nous avons dans le cadre de l’ECOSOC sont à mes yeux importants, mais ils doivent être approfondis et améliorés, et les questions organisationnelles qui se posent ici doivent être traitées. Dans ce contexte, d’ailleurs, je ne considère pas forcément que les ressources nous manquent. Quand on pense à toutes les ressources qui sont disponibles au sein des Commissions régionales, du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, à l’OIT, au PNUD, au FNUAP, à l’UNICEF, au PAM et autres – je ne veux pas tous les mentionner, mais notamment celles que je mentionne en terme de politiques -, celles-ci sont tout-à-fait significatives. Nous n’avons toutefois pas trouvé le moyen de les déployer d’une manière qui permette à nos Etats membres à travers le monde d’en tirer les bénéfices maximums. Et il existe ici des contraintes, notamment au niveau organisationnel, qui, à mon avis, doivent être surmontées.

Il y a trois ans, sous la direction des Premiers ministres du Mozambique, de Norvège et du Pakistan, le Groupe de haut niveau sur la cohérence s’est réuni et a examiné ces questions. Mais celle-ci n’a pas fait beaucoup l’objet de discussions au sein de l’Assemblée générale, dans les divers conseils sur les questions mondiales concernant davantage le Siège. La discussion s’est presque entièrement concentrée sur le niveau national, qui était une priorité, ce que je reconnais bien volontiers. Mais certaines des réflexions et des recommandations qui concernent le niveau politique mondial auraient également dû, à mon sens, être traitées. Je dirais que la crise récente a prouvé que les problèmes auxquels nous serons confrontés au cours des prochaines années, les questions de l’énergie, de l’établissement des prix de l’énergie, de leur volatilité, les questions alimentaires,  le système commercial mondial et le ralentissement général de l’économie mondiale, exigent que les Nations Unies actionnent d’un seul mouvement les ressources politiques provenant des divers partenaires, et travaillent ensemble de manière plus efficace.  

Le défi de la sécurité


Permettez-moi d’évoquer très brièvement certaines des questions auxquelles nous sommes confrontées. Le défi de la sécurité est bien entendu l’un des problèmes les plus dramatiques. L’ONU, le PNUD et les autres institutions des Nations Unies ont été visés et ont perdu des collègues. En octobre 2008, le responsable local du bureau du PNUD à Mogadishu en Somalie a été délibérément visé par un assassin. Au moment où nous parlons, un membre du personnel du PNUD est toujours déclaré disparu au Niger depuis plus d’un mois. Et les récents événements de Gaza ont vu le personnel du PNUD et de l’ONU placé dans une situation de danger sans précédent dans l’exercice de leurs devoirs humanitaires civils et au niveau du développement.

Qu’est-ce que le PNUD doit faire dans un monde comme celui-ci afin d’assurer qu’il est en mesure de continuer à mener à bien son importante mission ? Nous avons accéléré les efforts visant à améliorer et renforcer les locaux du PNUD dans un certain nombre des endroits les plus vulnérables, et même à nous déplacer si nécessaire, mais cela nécessite du temps et de l’argent, et des locaux plus appropriés ne sont pas toujours à disposition tout de suite. Nous devons faire face à des coûts de location sensiblement croissants  chaque fois que nous déplaçons notre bureau, et nous prévoyons que cela va continuer. Ceci pose bien entendu la question du coût d’opérer dans les régions où les dépenses liées à la sécurité sont si élevées ; il se peut que nous soyons obligés d’explorer d’autres modes de fonctionnement.

Lors de la dernière réunion du Conseil des chefs de secrétariat en octobre 2008, les responsables des agences ont approuvé le concept « pas de programme sans sécurité », ce qui signifie que les coûts de sécurité doivent être intégrés ou couverts d’avance avant qu’un programme ne soit lancé. Bien entendu, ici encore, la perfection est impossible à atteindre : on ne peut jamais garantir la sécurité à 100%. Mais il est de notre devoir d’appuyer notre personnel autant que possible. Et comme vous le savez, malheureusement, cet appui est coûteux.

Un rapport sur l’état d’avancement de ces questions sera réalisé en juin, et je voudrais signaler dès aujourd’hui que les besoins en matière de sécurité s’accroissent d’une manière exponentielle, et que nous n’avons pas d’autre choix que d’y répondre afin de permettre à notre personnel de mener à bien nos projets et programmes sans devenir lui-même une victime.

Le Conseil des chefs de secrétariat (CEB) a demandé au Comité de haut niveau sur la gestion (HLCM) de continuer à élaborer un plan global en vue d’établir un système de gestion de la sécurité amélioré à l’échelle du système, qui serait examiné lors de la session de printemps 2009 du CEB et décidé que, jusque là, tout besoin immédiat serait financé dans les cadres existants. D’ici juin, nous connaîtrons les résultats de cet effort, résultats dont nous vous informerons à ce moment-là.

Mobilisation et gestion des ressources
Comme vous le savez, un rapport détaillé sur la situation du financement de l’organisation vous sera soumis pour la session annuelle du Conseil en juin, conformément au calendrier normal d’établissement des rapports. Toutefois, étant donné le contexte actuel de crise financière et économique, une brève mise à jour sur les contributions reçues en 2008 est nécessaire, même si tous les chiffres doivent demeurer provisoires à cette date précoce de l’année.

J’ai le plaisir de vous indiquer que les contributions ordinaires aux ressources de base faites au PNUD en 2008 ont atteint une somme proche de 1,1 milliard de dollars E.U., atteignant ainsi l’objectif annuel établi dans le Plan stratégique pour les contributions. Cela constitue une augmentation par rapport au niveau d’il y a quatre ans -  921 millions de dollars – lorsque j’ai pris mes responsabilités. Les fluctuations du taux de change ne doivent pas être oubliées lorsqu’on examine ces chiffres. Comme vous le savez, le dollar s’est déprécié considérablement au cours de la période 2005-2007, puis a repris de la valeur à la fin du deuxième semestre de 2008. Mais même lorsqu’elles sont exprimées en taux de change constants, les ressources de base ont augmenté de manière significative au cours de la période, y compris en 2008. Et je veux tous vous remercier pour cela, ainsi que pour les efforts que vous avez consentis.  

Presque tous les Etats membres contributeurs ont rempli leurs engagements pour l’année, et je suis profondément reconnaissant à l’égard de ces donateurs. Certains ont considérablement augmenté leurs engagements. Certains ont également augmenté leurs engagements au niveau des ressources flexibles autres que les ressources de base. Nous savons tous que les ressources de base sont extrêmement importantes, mais les ressources flexibles autres que les ressources de base, destinées à la prévention des conflits ou aux OMD, qui ont été fournies par certains pays sont également très importantes. Il existe également une plus grande flexibilité au niveau national, certains pays commençant à appuyer directement le budget des programmes de pays d’une manière flexible au niveau national dans le cadre des mécanismes « Unis dans l’action ».

Je suis pleinement conscient que, dans la situation économique mondiale qui prévaut, l’APD et les contributions volontaires aux organisations multilatérales sont particulièrement vulnérables. Des efforts supplémentaires seront nécessaires pour plaider en faveur de l’appui nécessaire dont auront besoin le PNUD et les autres organisations du développement de l’ONU en vue de poursuivre notre travail pour ce qui est de réaliser les OMD. Je souhaiterais souligner que, ainsi que nous avons tous convenu à Doha, la poursuite de l’investissement et le fait de continuer à honorer les engagements passés au niveau de l’APD est une action très importante que la communauté internationale doit prendre afin d’éviter des conséquences qui frapperont le plus durement les plus pauvres des pays les plus pauvres, au moment où leurs besoins ont augmenté et où ils pâtissent des erreurs politiques que les autres ont fait. Nous vivons dans une économie mondialisée où, comme toujours, – où que ce soit, dans n’importe quel pays -, les plus pauvres et les plus vulnérables pâtissent le plus des erreurs dont ils ne sont absolument pas responsables. Il est donc éthiquement, moralement mais aussi politiquement important en cette période que l’appui aux plus vulnérables ne soit pas diminué.

Responsabilité et transparence

Ainsi que le Conseil le sait suite à nos discussions de septembre, le PNUD reconnaît que nous avons l’entière responsabilité d’être aussi responsables et transparents que possible. Lors de la dernière session du Conseil, le Conseil d’administration a approuvé un cadre renouvelé pour une plus grande transparence et responsabilité.

Au niveau de l’information fournie, nous avons travaillé extrêmement dur depuis l’été 2007 avec les bureaux de pays afin de nous assurer que leurs sites Internet offrent une information globale et transparente sur les programmes, les finances, les achats, les ressources humaines et la documentation juridique du PNUD. Cette information liée à la transparence est cruciale. Elle aide tous nos partenaires – donateurs, société civile, gouvernements -  à mieux comprendre comment fonctionne l’organisation, comment elle est financée et à quoi elle consacre son argent. Nous voulons arriver à une situation où chacun peut voir ce qui se passe : ce qui se passe au niveau des ressources, à quelle vitesse les projets sont mis en œuvre, quels sont les problèmes, et pourquoi ces problèmes existent.

Nos efforts continuent, mais les réalisations sont d’ores et déjà des plus significatives. Nous trouvons aujourd’hui sur les sites des bureaux de pays du PNUD une plus grande richesse d’information qu’avant, et un degré d’ouverture qui répond aux standards modernes de responsabilité. Au 16 janvier 2009, 90% de nos bureaux de pays ont accompli de substantiels progrès pour ce qui est d’afficher des informations liées à la transparence. Pour la toute première fois, des standards de gestion ont été établis, qui doivent être obligatoirement respectés par tous les bureaux de pays, lesquels sont en train de les appliquer. Cela demande un travail considérable de la part des bureaux de pays. Nous espérons pouvoir achever ce changement majeur pour notre organisation dans les mois qui viennent. 

Les audits et les rapports d’audits ayant été l’un des thèmes-clés de la dernière session du Conseil d’administration, je ne rentrerai donc pas trop dans les détails sur ce sujet non plus. Il faut toutefois souligner que nos auditeurs externes, le Comité des commissaires aux comptes de l’ONU (UNBoA), a publié un rapport d’audit sans réserve pour le PNUD pour l’exercice biennal se terminant le 31 décembre 2007. Le PNUD a été l’une des sept agences des Nations Unies (sur les 16 agences auditées par l’UNBoA) à recevoir un rapport d’audit sans réserve. Cela reflète le volume exceptionnel de travail acharné réalisé par l’organisation dans son ensemble, mais aussi la prise de conscience accrue concernant la responsabilité et les contrôles internes. Et je veux également remercier le Conseil pour nous avoir aidés là-dessus, en nous encourageant à faire mieux et en établissant des standards supérieurs.

En ce qui concerne les audits internes, nous avons mis en œuvre depuis janvier 2007 une politique grâce à laquelle les membres de ce Conseil, et d’autres Etats membres, peuvent également avoir accès aux informations de nos audits internes, contenant des détails plus importants que ce qui est disponible dans les audits externes. Nous reconnaissons tous que, dans le monde d’aujourd’hui, l’accès aux informations et aux chiffres est extrêmement important. La transparence est l’une des meilleures manières d’améliorer l’efficacité de toute organisation, privée ou publique.
Et au fur et à mesure que nous progressons, il faut s’attacher à garantir que cela s’équilibre par une reconnaissance de la nature des organisations multilatérales et qu’on veille dûment que l’information qui n’est pas finalisée, ou qui pourrait être mal interprétée, n’est pas mal utilisée.

Les activités du PNUD dans le monde

Je peux citer quelques exemples des activités menées par le PNUD dans le monde qui reflètent la diversité de ce que nous faisons. Et cette diversité, bien entendu, amène parfois avec elle des risques ; on doit parfois prendre des risques, faute de quoi, on ne réalise pas grand-chose, mais il est très important d’établir un bon équilibre entre ces risques et les contrôles.

Je crois vraiment que nous avons connu beaucoup de réussites, mais permettez-moi de partager avec vous quelques-uns des points les plus marquants.

Au niveau de l’appui aux élections, le Bangladesh a constitué un cas particulièrement important. En raison d’une qualité insuffisante de l’inscription des électeurs, il a été difficile d’organiser une élection véritablement transparente au Bangladesh. Le PNUD s’est joint au Gouvernement, sous la direction gouvernementale, pour organiser cette inscription électorale. 80 millions de Bangladeshis, dont des millions de femmes et de personnes votant pour la première fois, se sont rendus dans les bureaux de vote le 29 décembre 2008 afin d’élire un nouveau gouvernement démocratique. Avec une participation record de 87% des électeurs inscrits, l’élection a été saluée avec raison comme l’élection la plus crédible et transparente qu’ait jamais connue le pays, et comme l’une des plus non-violentes de son histoire. Ce succès a marqué un moment historique non seulement pour le pays mais aussi pour toute l’Asie du Sud. Ailleurs dans la région aussi, par exemple au Népal, au Bhoutan, aux Maldives et dans d’autres pays, le PNUD a été en mesure d’appuyer le processus démocratique, en réponse aux demandes nationales. Et en Afrique, on a connu beaucoup d’exemples de cet appui électoral.

Dans la région de l’Asie et du Pacifique, le PNUD a joué un rôle-clé dans les efforts de relèvement, quatre ans après le tsunami qui a eu lieu dans l’océan Indien. Au cours des autres années passées, le PNUD, avec d’autres partenaires, a contribué aux efforts de relèvement post-tsunami par la reconstruction des logements, l’élimination et la gestion des déchets, l’embauche temporaire de 54.000 personnes et l’appui aux moyens d’existence à près de 100.000 foyers dans les pêcheries en pleine renaissance, dans l’agriculture, les petites entreprises et les activités commerciales des régions touchées.  

Vous le savez : 50% de toutes les dépenses des programmes de base du PNUD sont consacrées à l’Afrique. Le PNUD est présent sur le terrain dans chaque pays africain, travaillant à appuyer de nombreuses initiatives. Permettez-moi de souligner ici l’effort considérable que le PNUD a été en mesure de faire au Kenya, après que la violence ait surgi au terme des élections générales en décembre 2007. Cette crise a révélé de graves faiblesses dans le cadre institutionnel, structurel, juridique et de régulation du pays, ainsi que des problèmes associés fondamentaux au niveau du développement, tels que l’inégalité, la marginalisation et le manque de capacités humaines et institutionnelles. Au lendemain immédiat des violences électorales, le PNUD, avec le Département des affaires politiques et le système des Nations Unies sur le terrain, a appuyé les efforts de médiation du Groupe de personnalités africaines éminentes mandaté par l’Union africaine dans ses efforts visant à trouver un règlement à la crise. Le Bureau de la prévention des crises et du relèvement a travaillé avec rapidité avec le Bureau régional pour l’Afrique afin d’appuyer la coordination humanitaire et le cadre de relèvement rapide. C’était une crise difficile, mais je pense que l’action du peuple kenyan lui-même, associée à celle de la communauté internationale, a contribué à éviter une crise plus grave.

Dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, nous mettons en œuvre une approche particulièrement intéressante du développement humain. Beaucoup de pays ont adopté l’approche du développement humain dans leurs politiques, tant au niveau national que local. Au cours des deux dernières années, 13 Rapports sur le développement humain nationaux et locaux ont été publiés sur des questions telles que le rôle de l’Etat, le développement rural et local, l’emploi, l’économie, les migrations, l’équité et la politique publique. Une Ecole virtuelle sur le développement humain a été créée, et plus de 200 praticiens et acteurs stratégiques ont été formés sur la manière d’appliquer le concept d’élaboration et de mise en application de la politique publique. Un Journal latino-américain consacré à cette question a également été publié chaque mois, et un réseau vigoureux et actif du PNUD sur le développement humain a été consolidé.  
 
Depuis que la région de l’Amérique latine et des Caraïbes connaît une fréquence accrue des manifestations extrêmes – des catastrophes naturelles – avec de graves conséquences humaines et économiques, le programme régional mobilise des ressources afin d’augmenter les capacités d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques, ainsi que pour la prévention et l’atténuation des catastrophes naturelles. Le PNUD a mené de nombreuses initiatives en matière de réduction des risques de catastrophes, d’intervention d’urgence et de relèvement rapide. Nos activités en Haïti et au Costa Rica en sont deux exemples.
 
Dans la région des Etats arabes, le PNUD travaille à aider la population de Gaza à surmonter l’énorme crise socioéconomique à laquelle elle est confrontée suite à la violence des dernières semaines, qui a entraîné le décès de nombreux civils innocents et a détruit de manière significative les infrastructures civiles. Une opération de relèvement de grande envergure est devant nous. Le PNUD est engagé avec ses partenaires locaux, les agences de l’ONU, la Banque mondiale et d’autres partenaires, en vue de travailler à des opérations de relèvement rapides et efficaces à Gaza. En vue d’assurer la bonne coordination des acteurs-clés – ce qui est toujours tellement important dans ce genre d’efforts -, un Groupe de relèvement rapide a été lancé par le Coordonnateur résident et humanitaire des Nations Unies. Mené et facilité par le PNUD, le groupe réunit l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), la Banque mondiale et d’autres entités pertinentes des Nations Unies, en vue d’assurer un appui amélioré et bien coordonné au peuple palestinien pour ce qui est de fournir l’aide nécessaire dont il a besoin.

Pour ce qui est de la région à un niveau plus large, le PNUD a appuyé cette semaine le tout premier Sommet économique, du développement et social de la Ligue des Etats arabes, qui est organisé dans le contexte du conflit qui perdure et de la très grave crise de l’économie mondiale. Le PNUD a été le principal conseiller politique et a fourni de l’aide technique pour préparer le Sommet, en particulier par le biais d’un document régional de deux volumes. Le premier volume est un rapport régional sur « les défis du développement dans les pays arabes : croissance, mondialisation, emploi et pauvreté ». Nous attendons avec impatience les travaux de ce Sommet.

En Europe et dans la Communauté d’Etats indépendants, le PNUD a fourni une réponse prompte et ciblée en Géorgie pour répondre aux besoins prioritaires en matière de relèvement rapide dans les régions touchées parle conflit d’août 2008. Le projet « Renforcer une transition durable et le relèvement rapide » a permis aux agriculteurs de semer du blé d’hiver, et lancé les premiers petits projets d’infrastructure destinés à employer des groupes de personnes déplacées et des populations vulnérables. Le projet a également vu le départ d’une formation de formateurs pour des cours professionnels courts, augmentant les opportunités d’emploi ouvertes à la population locale.

En Ouzbékistan, en 2008, le PNUD a signé le premier Accord d’achat de réduction des émissions entre le Mécanisme de financement Carbone et objectifs du Millénaire et l’opérateur de gaz du pays, qui aidera à parvenir à une réduction de trois millions de tonnes d’équivalent Co2. Je pense que cela est un très bon exemple de la manière dont nous essayons d’aider les pays qui n’ont pas facilement accès au financement carbone.
   
Et du côté politique, le PNUD a bien entendu participé au suivi de la Déclaration de Paris. Nous avons travaillé de manière acharnée avec nos partenaires afin d’obtenir de bons résultats lors du Forum de haut niveau d’Accra sur l’efficacité de l’aide ainsi que lors de la Conférence sur le financement du développement de Doha, qui se sont tenues toutes les deux l’an dernier. Le Bureau des politiques de développement (BDP) a également contribué dans une large mesure aux questions de politique alimentaire et au groupe de travail que le Secrétaire général a réuni sur la croissance des prix alimentaires, les questions de diagnostic de sécurité alimentaire et les options politiques. Dans ce contexte, bien sûr, nous sommes confrontés à une situation différente : celle de la chute des prix des produits de base au lieu de la montée en flèche des prix des produits de base que nous avons connue l’été dernier. Mais le point que je désire souligner que cette volatilité constitue en elle-même un immense problème. Des prix qui changent de manière aussi irrégulière ne sont une bonne chose ni pour les producteurs ni pour les consommateurs. Traiter de la volatilité en elle-même constitue un grand défi de développement. Et je veux souligner une fois encore que beaucoup de pays demeurent dépendants au niveau des produits de base, en tant qu’exportateurs de produits de base, et construisent leurs budgets sur cela en grande partie. Et beaucoup d’autres sont de gros importateurs. Pour tous, cette volatilité excessive créée de gros problèmes politiques. Le BDP s’emploie à traiter de ces questions.

Je voulais juste vous donner quelques exemples de ce qui est en train de se passer sur le terrain : un grand nombre d’activités sur la ligne de front, de projets, de programmes et d’appui des priorités nationales. Nous essayons de progresser vers une approche très programmatique et non pas vers des projets isolés. Une des choses sur lesquelles nous comptons le plus pour ce faire, et qui est primordiale d’un point de vue de l’efficacité, sont les engagements de financement pluriannuels que certains d’entre vous ont présentés. Plus nous pouvons planifier dans un cadre pluriannuel, plus efficaces seront nos programmes, et plus il sera possible de mettre en œuvre les programmes avec les pays dans un cadre de moyen à long terme. Lorsque notre financement est à très court terme, il est difficile de planifier nos partenariats à long terme.

Laissez-moi revenir une nouvelle fois à l’aspect politique. Le PNUD étant une organisation centrée sur ce qui se passe au niveau politique, je suis persuadé que le contenu politique de ce que nous faisons est d’une importance cruciale. Et en travaillant sur ce contenu politique, nous devons travailler avec d’autres parties du système des Nations Unies qui ont un mandat principalement orienté sur la politique. Le Bureau des politiques de développement, avec le personnel du Siège et ses centres régionaux, fournit l’infrastructure de ce travail politique, mais je pense qu’il doit accomplir ce travail en coopération très étroite avec le système des Nations Unies, notamment aussi avec les commissions régionales. Je dois dire à cet égard que la région de l’Amérique latine et des Caraïbes fournit peut-être le meilleur exemple d’une coopération régionale très productive. Cette coopération dans la région de l’Afrique commence aussi à donner de bons résultats, et nous devons faire de même dans les autres régions.

Mots de conclusion

Permettez-moi de conclure maintenant, car je suis impatient d’entendre vos commentaires, et je ne veux pas prendre plus de temps, bien que cette intervention soit la dernière opportunité de m’exprimer devant vous – au moins de manière officielle – et j’ai beaucoup de choses à partager avec vous.

Nous nous trouvons indubitablement à une période incroyablement critique pour le développement et l’économie mondiale. Nous sommes confrontés à toute une série de défis, dont le moindre n’est pas la crise économique et financière actuelle qui menace les efforts de développement dans le monde entier.

Toutefois, il a été observé par beaucoup – et je ne suis pas le seul dans ce cas – que le mot « crise » en mandarin - « Weiji » - se compose de deux idéogrammes. L’un signifie « danger », l’autre, « opportunité ». En regardant l’Histoire, nous voyons que la crise s’accompagne d’opportunités. Il n’y a aucun doute sur le fait que des changements particulièrement fondamentaux dans le monde, ainsi que beaucoup d’améliorations et de réformes, sont venus après une crise. Je souhaiterais – nous l’espérons tous – que l’histoire humaine fonctionne différemment. Cela serait bien d’être en mesure d’avancer dans les réformes et les améliorations sans avoir besoin d’y être poussés par une crise. Mais la crise créé l’urgence, et l’urgence génère l’élan nécessaire aux réformes.

En ce moment où nous nous trouvons confrontés à cette crise économique profonde, nous devons nous souvenir que, fort heureusement, nous n’avons pas connu de conflit mondial dévastateur. Il y a des conflits au niveau local, ce qui est déjà assez terrible, mais nous n’avons pas connu de guerre mondiale. Nous n’avons pas connu non plus de grande épidémie. La capacité des peuples est donc là; la capacité productive est là aussi, même si elle a besoin d’être améliorée. Cette crise est une crise économique et financière, et l’on devrait être en mesure d’utiliser les compétences et les technologies existantes pour la surmonter rapidement. Nous devons nous souvenir que nous ne sommes pas face à quelque météorite qui aurait touché la Terre de l’extérieur : il s’agit d’une crise qui s’est auto-engendrée, et peut avec un peu de chance être surmontée grâce aux politiques appropriées. Je veux donc le répéter : la crise a créé l’urgence, mais j’espère que l’urgence génèrera l’élan nécessaire pour la réforme.

Etant donné le timing de ma déclaration de ce jour – le jour de commémoration de Martin Luther King aux Etats-Unis – et l’événement important qui va survenir à Washington DC demain, au cours duquel un Africain-Américain va devenir Président des Etats-Unis d’Amérique, je sais que vous me permettrez de féliciter le peuple des Etats-Unis et de lui adresser tous mes vœux au nom de nous tous. Il s’agit en effet d’un événement important qui, il y a encore peu de temps, n’aurait pas été facile à envisager. Il montre que les barrières peuvent être surmontées. Les gens peuvent être rassemblés. Demain va définitivement être l’un de ces jours historiques où les vieilles barrières et les nouveaux horizons apparaissent avec toute leur force.  

Permettez-moi d’achever ma présentation de ce jour en soulignant de nouveau les deux points avec lesquels j’ai débuté. Le besoin de trouver et de construire des terrains d’entente et le rôle crucial joué par la famille des Nations Unies à cet égard. Il existe des différences. Il y a des conflits. Beaucoup de choses nous séparent. Mais je suis convaincu qu’au-delà de ce qui nous sépare, le fait que nous travaillions dans les mêmes couloirs et les mêmes salles, que nous soyons amenés à nous connaître par-delà nos origines, nos nationalités et nos religions, et que nous devenions amis en travaillant ensemble, prend une importance considérable. C’est quelque chose à laquelle j’ai accordé une grande importance au cours de ma carrière internationale – les amitiés que j’ai pu forger, les expériences que j’ai pu partager avec des gens du monde entier. Et le second point que je désire souligner est le besoin d’une analyse appropriée et pénétrante des problèmes auxquels nous sommes confrontés et de leurs solutions possibles.

Sans diagnostic approprié et projet réalisable pouvant mener à une action, il ne peut y avoir de remède efficace. Je peux vous promettre que je continuerai à être actif dans les deux domaines : dans mes tentatives visant à réunir les personnes du monde entier, d’où qu’elles viennent, et dans mes efforts visant à analyser aussi parfaitement que possible les problèmes et à essayer de trouver des solutions pour les surmonter.

Laissez-moi enfin remercier mes collègues à travers le monde de ce qu’ils ont fait et continueront de faire avec votre appui et également, bien entendu, les femmes et les hommes sur le terrain et au Siège, l’équipe de gestion sur place, Ad Melkert, l’Administrateur associé ainsi que les chefs de bureaux. Nous formons une bonne équipe, nous travaillons ensemble extrêmement bien, et nous sommes aussi une équipe d’amis. Je me sens profondément redevable envers eux et envers toutes les femmes et tous les hommes du PNUD. Cela a été un véritable privilège de travailler avec eux.

Au PNUD, nous avons un dicton : « PNUD une fois, PNUD toujours ». C’est vrai. Les gens nous quittent parfois, font d’autres choses, prennent leur retraite ; mais l’esprit du PNUD demeure. J’ai pu en être témoin avec de nombreux de mes collègues, et je souscris de tout mon cœur à cela.

Merci de m’avoir permis de partager mes réflexions avec vous aujourd’hui.