Mesurer la durabilité du développement humain

20 juin 2012

imagePoissons géants fabriqués à partir de bouteilles en plastique provenant de la plage de Botafogo à Rio de Janeiro. (REUTERS)

Rio de Janeiro, Brésil — Lors d’une réunion de haut niveau tenue ce jour à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a présenté les bases conceptuelles d’un futur “Indice du développement humain durable”, qui tiendrait compte du coût du développement humain à la charge des générations futures.

La réunion du PNUD fait suite à l’appel lancé par de nombreux participants à Rio pour que les Nations Unies examinent des options autres que des mesures purement économiques du progrès national ou mondial, a déclaré l’Administrateur du PNUD, Helen Clark, qui a animé le débat de la réunion d’experts.

Parmi les autres intervenants à la réunion d’aujourd’hui, intitulée “Au-delà du PIB : mesurons l’avenir que nous voulons”, figuraient le Président zambien Michael Chilufya Sata, et le Premier ministre du Danemark, Helle Thorning-Schmidt, actuellement Présidente de l’Union européenne.

À la suite du dialogue avec ces dirigeants mondiaux, les experts, notamment Roberto Bissio, Coordonnateur de Social Watch, le consortium de la société civile ; Mary Barton-Dock, Chef du Département de l’environnement à la Banque mondiale ; et Enrico Giovannini, Chef de l’Office national italien de statistique et ancien chef statisticien à l’OCDE, ont examiné les incidences de la proposition du PNUD.

“Équité, dignité, bonheur, durabilité – ces facteurs sont d’importance fondamentale dans notre vie, et pourtant ils ne sont pas pris en compte dans le PIB”, a déclaré Helen Clark aujourd’hui. “Le progrès doit être défini et mesuré en tenant plus largement compte du développement humain et de son contexte.”

Le projet du Bureau du rapport sur le développement humain, qui cherche un moyen de mesurer la durabilité, s’inscrit dans la continuité des travaux entamés il y a plus de 20 ans – à commencer par l’indice du développement humain (IDH), un outil de mesure composite du niveau de santé, d’éducation et de revenu qui, se substituant au PIB, est désormais largement admis pour évaluer le progrès des pays. En 2010, à l’occasion du 20e anniversaire du Rapport sur le développement humain, le New York Times déclarait : “Jusqu’ici, un seul moyen de mesurer a réussi à mettre en question l’hégémonie de la conception du développement centrée sur la croissance. C’est l’IDH et il a 20 ans cette année.”

Au début de cette année, dans son rapport intitulé ‘Pour l’avenir des hommes et de la planète : choisir la résilience’, le Groupe de haut niveau sur la viabilité mondiale, établi par le Secrétaire général Ban Ki-Moon, a conclu que “la communauté internationale devrait mesurer le développement en ne se préoccupant pas uniquement du produit intérieur brut (PIB) et mettre au point un nouvel indice ou toute une série d’indicateurs du développement durable”.

Ainsi qu’on l’a noté lors de la réunion d’aujourd’hui, les autres institutions internationales et les décideurs, notamment l’Initiative Vie meilleure de l’Organisation de coopération et de développement économiques ainsi que la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, ont recommandé qu’une large panoplie d’indicateurs sociaux soit mise au point pour compléter les chiffres du PIB.

Le Système de comptabilité environnementale et économique du Bureau de statistique de l’ONU, le partenariat de la Banque mondiale pour la comptabilisation des richesses naturelles et l’évaluation des services écosystémiques (WAVES) et l’Indice de richesse globale qui vient d’être publié par le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’Université des Nations Unies, figurent parmi d’autres initiatives multilatérales récentes qui intègrent des facteurs environnementaux aux évaluations économiques du progrès aux niveaux national et mondial.

Les négociations qui ont précédé la Conférence Rio+20 ont fait écho à ce point de vue, la déclaration de la conférence soumise aux États Membres des Nations Unies pour adoption affirmant : “Nous reconnaissons qu’une conception du progrès moins étroite que le PIB est nécessaire afin de mieux saisir les grandes orientations, et à cet égard nous demandons à la Commission de statistique des Nations Unies de mettre en route un programme de travail dans ce domaine, en consultation avec les entités pertinentes du système des Nations Unies et autres organisations appropriées et en s’appuyant sur les initiatives déjà en place”.

Lors de son exposé d’aujourd’hui à la conférence de Rio, Khalid Malik, Directeur du Bureau du Rapport sur le développement humain, a examiné les avantages et les inconvénients que présente la mesure de la durabilité selon une conception du développement humain fondé sur les personnes. Le cadre conceptuel pour une évaluation de la durabilité fondée sur l’IDH reflète la notion d’équité intergénérationnelle, reposant sur des principes de justice mondiale, étant entendu que les choix d’aujourd’hui ne doivent pas limiter les choix qui se présenteront à l’avenir. La méthode de mesure de la durabilité, étayée par l’IDH et centrée sur les êtres humains, englobe aussi le concept de limites planétaires. Elle montre comment le changement climatique en particulier pose de graves risques à long terme pour le développement humain, surtout dans les nations et les communautés pauvres.

“Du point de vue des politiques à suivre, cela implique que le droit au développement actuel est fondamental, mais que ce développement doit être réalisé sans réduire les choix qui se présenteront à l’avenir”, a déclaré M. Malik.

Au cours des 20 dernières années, les rapports du PNUD sur le développement humain ont systématiquement souligné des préoccupations concernant le développement humain durable. Ainsi que le Rapport de 1994 l’a clairement exprimé s’agissant du principe sous-jacent du PNUD concernant le développement humain durable : “L’objectif du développement est de créer un environnement dans lequel toutes les personnes peuvent s’épanouir, et où les possibilités peuvent être élargies pour les générations présentes et futures. ”

Les créateurs de l’IDH, l’économiste pakistanais Mahbub ul-Haq et son collaborateur Amartya Sen, l’économiste indien lauréat du prix Nobel, ont conçu l’indicateur comme un instrument d’évaluation des progrès au niveau des êtres humains, qui soit facilement compréhensible et qui mette la santé et l’éducation au même niveau que la croissance économique. Depuis 1990, le classement annuel de l’IDH dans le Rapport sur le développement humain du PNUD a été largement suivi par les gouvernements, les médias, la société civile et les spécialistes du développement partout dans le monde. De nombreux pays, dont l’Inde, le Mexique, le Maroc et les Philippines ont également adopté l’IDH pour leurs besoins de planification aux niveaux national et local.

“Le PNUD est convaincu que l’indice de développement humain peut constituer une outil de mesure plus complet du développement durable”, a déclaré Helen Clark aujourd’hui, en mettant l’accent sur la nécessité d’une recherche et de consultations plus poussées avec les gouvernements, la société civile et les universitaires spécialistes de ce domaine, en collaboration avec d’autres institutions des Nations Unies et institutions multilatérales.

Pour tout complément d’information:

Rio de Janeiro :
Satinder Bindra, Portable : +1 917-587-9579, satinder.bindra@undp.org

New York :
William Orme, Tél : +1 212-907-6763, william.orme@undp.org

Rapport sur le développement humain 2011
Durabilité et équité : Un meilleur avenir pour tous

Le Rapport sur le Développement humain 2011 avance que les défis pressants en matière de durabilité et d’équité doivent être traités conjointement et identifie les mesures à prendre aux niveaux national et mondial qui pourraient encourager les progrès en direction de ces deux objectifs étroitement liés.