Madagascar mise sur les élections pour une sortie de crise

25 oct. 2013

Près de huit millions de Malgaches ont été appelés aujourd’hui à élire un nouveau président de la République lors d’un scrutin plusieurs fois reporté et qui devrait permettre au pays de sortir de l’impasse politique qu’il traverse depuis cinq années.

En effet, depuis fin 2008, la Grande Ile vit une crise politique qui a contribué pour beaucoup à plonger le pays dans une précarité économique et sociale avec la dégradation de tous les indicateurs sociaux. Neuf Malgaches sur dix vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté.

Les Malgaches nourrissent l'espoir que ces élections permettront non seulement le retour du pays à l’ordre constitutionnel, mais aussi une reprise de la croissance économique plombée par cette crise qualifiée de la plus longue de l'histoire politique de Madagascar.

Dans la capitale Antananarivo, où la campagne électorale et les élections se sont déroulées dans le calme, de longues files d’attente ont été observées dès l’ouverture des bureaux de vote à 6 heures du matin.

« Non seulement, je vais accomplir mon devoir de citoyen, mais j'ai été motivé à voter aujourd’hui pour enfin choisir un président élu démocratiquement,» explique Viviane, qui travaille comme agent de banque.

Edoany Govin, un pasteur de 47 ans évoque quant à lui la stabilité et le retour à la normale : « Nous voulons sortir de la crise, nous avons besoin d’un président démocratiquement élu et qui va développer le pays ».

La Commission électorale nationale indépendante pour la transition (CENIT) malgache a mené une vaste opération électorale pour couvrir les 594 000 kilomètres carrés du pays.

Urnes, isoloirs, bulletins de vote, feuilles de dépouillement et autres matériels électoraux ont été acheminés à travers les 20 000 bureaux de vote disséminés dans tout le pays par avions, camions, pirogues, charrettes et bicyclettes, sans compter ceux transportés à pied en raison du total enclavement de certaines localités.

« La CENIT n’a pas droit à l’erreur», a déclaré Béatrice Atallah, Présidente de la CENIT, et de renchérir : « Avec ces élections de sortie de crise », Madagascar doit « rentrer dans le concert des nations, pour que le peuple puisse vivre ensemble dans la paix et la sérenité ».

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a été chargé de soutenir la CENIT dans l’organisation du scrutin.

Le PNUD a notamment aidé la commission à mettre à jour le fichier électoral et à centraliser la liste électorale au niveau de la capitale, une première dans l'histoire électorale du pays. Neuf millions de bulletins de vote, autant de cartes d'électeurs, 24 000 urnes et autant d'isoloirs ont été acquis à travers une centrale d'achat du PNUD.

Environ 140 000 membres de bureau de vote, 62 000 membres de la CENIT, 23 000 agents électoraux, 112 journalistes, 60 officiers supérieurs de l'armée, de la police et de la gendarmerie ont été formés dans plus de 1500 communes sur divers modules relatifs à leurs fonctions et responsabilités en période électorale.

Dans un contexte pré-électoral souvent tendu, et émaillé par plusieurs incidents, quatre cent soixante-dix membres d’organisations de la société civile dont 48 pour cent de femmes ont été formés en techniques de prévention des conflits, médiation et alerte précoce.

Déployés dans les 119 districts, ils ont eu pour tâche d'alerter les autorités en cas d’éruption de cas de violence.

Par ailleurs, une vaste campagne d’éducation civique et de mobilisation portant sur l'utilisation pour la première fois du bulletin de vote unique a été menée dans tout le pays avec deux caravanes de sensibilisation composées d'artistes de renom.

En début de lancement de la campagne de sensibilisation un concert à l’attention de 40 000 personnes a été organisé à Antananarivo, et 12 spots en langues locales sur les différentes étapes du processus électorale diffusés à travers les chaînes de radio et télévision nationales.

«L'appui du PNUD a touché à tous les aspects du vote et perdurera au-delà des élections dans le cadre du programme de consolidation de la démocratie. L’objectif visé étant de mettre un terme à la chute libre observée dans la dégradation des conditions de vie de la population depuis le début de la crise, » a souligné Fatma Samoura, Représentante résidente du PNUD à Madagascar.

Il s’agit « de réconcilier les malgaches avec eux mêmes et de poser les bases d'une développement durable plus juste et plus égalitaire» a-t-elle conclu au bout de la première journée de scrutin.