Changement climatique : les voix du terrain

06 déc. 2011

Arrivés à bon port à Durban, au terme d'un voyage débuté à Nairobi, cinq journalistes africains embarqués à bord de la caravane affrétée par le PNUD, dans le cadre d'une campagne de sensibilisation sur le changement climatique, ont réservé la primeur de leurs impressions sur cette aventure extraordinaire aux participants à la  Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques.

Baptisé « We have faith: Act Now for Climate Justice » (Nous avons la foi : agissons maintenant pour la justice climatique), le convoi était parti de Nairobi pour atteindre Durban en traversant la Tanzanie, le Malawi, la Zambie et le Botswana, organisant des concerts et des rassemblements à chacun de ses arrêts pour appeler à la signature d'une pétition exigeant des décideurs qu'ils prennent des mesures d'urgence sur les questions liées au climat.

À son arrivée à Durban, le convoi qui transportait 150 jeunes accompagnés d'artistes de différents pays africains, a été salué par l'archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix et Christiana Figueres, Directrice exécutive de la  Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui coordonne les discussions sur le climat.

Les journalistes ont été invités à faire partie du voyage dans le cadre d'une formation sur le changement climatique organisée à l'intention des médias et prise en charge par le Programme d'adaptation en Afrique (PAA). Ce dernier a été créé au titre du Cadre commun Japon-PNUD, un projet de 92 millions de dollars USD financé par le gouvernement japonais et visant à aider une vingtaine de pays africains à concevoir et mettre en œuvre des programmes nationaux d'adaptation au changement climatique.  

Dès leur arrivée à Durban, nos journalistes ont poursuivi leur mission en réalisant une série d'entretiens pour continuer d'assurer la couverture des questions relatives au climat, sur le lieu-même où tous les experts du domaine sont réunis. Ils ont également eu la possibilité de raconter leur expérience à bord de la caravane aux participants de la Conférence.

Audrey Wabwire, du Kenya, a évoqué qu'elle avait rencontré au cours du voyage une jeune mère de famille de 24 ans, mariée depuis dix ans, ayant deux enfants, et qui avait opté pour la contraception de crainte de tomber enceinte à nouveau car elle n'avait plus les moyens de nourrir ses enfants.

Bernice Atabong, du Cameroun, a rapporté que les inondations avaient forcé certaines familles rencontrées au Malawi à déserter leur logement pendant six mois, dans l'espoir que leurs habitations puissent être complètement séchées. Lorsqu'elle sera de retour dans son pays, Bernice a l'intention de créer un réseau sur le changement climatique pour les jeunes afin que la voix de la jeunesse soit entendue par les décideurs et pèse dans la balance.

Lily Mengesha, jeune éthiopienne membre d'une association de journalistes environnementaux, s'est dite particulièrement frappée par le fait que les gens sont conscients du changement climatique mais qu'ils en ignorent la cause. « En tant que journaliste, j'ai senti qu'il était de mon devoir d'informer le public et de mobiliser l'opinion dans les communautés à ce sujet », a-t-elle confié.

Tina Ogbonna, journaliste nigériane, a noté qu'en raison de la récurrence des épisodes de sécheresse, les Massaïs du Kenya avaient de moins en moins la possibilité d'élever du bétail sur leurs propres terres. Contraints dès lors de quitter leur village, ils s'installent dans les villes pour chercher du travail, notamment dans les pays limitrophes tels que la Tanzanie, s'exposant ainsi à perdre leur culture de manière définitive.

Youssouph Bodian, du Sénégal, ne s'attend pas à ce que la Conférence de Durban débouche sur un accord ambitieux, qui ait force obligatoire en matière de climat, mais il espère qu'une feuille de route sera établie, qui permettra de faire avancer progressivement toutes ces questions cruciales dans les années à venir.

Le 7 décembre, les cinq journalistes rencontreront un groupe de jeunes confrères sud-africains en marge de la Conférence des Nations Unies sur le climat à Durban pour échanger leurs points de vue sur leurs compétences respectives et partager leurs connaissances des grands dossiers du moment.