Salvador : les femmes parlementaires se mobilisent contre la violence

21 mars 2011

Des parlementaires salvadoriennes célèbrent
l’adoption de la nouvelle loi sur la violence faite
aux femmes (Photo: Assemblée législative du Salvador)

Une loi révolutionnaire visant à mettre un terme aux niveaux élevés de violence exercée à l'encontre des femmes au Salvador, le pays d'Amérique centrale qui détient le triste record du plus grand nombre d'assassinats de femmes, a été rendue publique la semaine dernière après avoir été approuvée par une majorité écrasante des membres de l'assemblée nationale il y a cinq mois.

Ce texte de loi est le premier du genre et le plus exhaustif en la matière. Il prône explicitement le droit des femmes à vivre sans violence et contient 61 articles visant à soutenir les droits fondamentaux de la femme grâce à un arsenal de politiques portant, notamment, sur la détection et la prévention de la violence ainsi que l'assistance et la protection des victimes.

La loi, qui entrera en vigueur l'an prochain, a été adoptée à la suite d'une marche, entamée par 4 000 femmes venues manifester devant le bâtiment de l'assemblée nationale pour réclamer l'approbation du projet de loi, le 25 novembre 2010, Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.

« Par le passé, nous avons vu des femmes parlementaires des différents partis politiques en désaccord sur certains problèmes, mais à cette occasion, nous avons toutes uni nos forces en vue de réaliser un objectif commun : faire reconnaître et respecter les droits des femmes », a déclaré Carmen Elena de Escalón, membre de l’assemblée et secrétaire du groupe des femmes parlementaires salvadoriennes.

La loi punit toute forme de violence à l’encontre des femmes, depuis les assassinats (passibles de 20 à 35 années d’emprisonnement pour les coupables), jusqu’aux remarques dégradantes, en passant par l’isolement infligés aux femmes, sur le lieu de travail, dans les communautés ou les écoles (actes punis par des amendes représentant 2 à 25 fois le salaire minimum mensuel ou par des condamnations à des peines de travail d’intérêt général).

Moins de six pour cent des 477 meurtres de femmes intervenus entre janvier et octobre 2010 ont abouti à des condamnations fermes. Sur 7 000 cas de crimes sexuels à l'encontre de femmes recensés entre 2008 et 2009, seuls 436 ont abouti à des condamnations.

L’Institut salvadorien du développement de la femme a traité plus de 6 000 dossiers de violences exercées à l’égard des femmes entre janvier et novembre 2010, regroupant des cas de violence domestique, d'abus sur mineures, de tentatives de viol, de harcèlement sexuel, d'exploitation sexuelle et de traite des êtres humains.

« Les droits des femmes, et les violences faites aux femmes sont des défis majeurs pour la coopération internationale en Amérique centrale », a indiqué Nidia Hidalgo, spécialiste des questions liées au genre rattachée au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Salvador, qui a mené campagne autour de ce thème et organisé des réunions avec les femmes parlementaires, notamment dans le cadre de forums internationaux.

« Cette nouvelle loi a une signification spéciale car elle inclut, de manière détaillée, l’ensemble des niveaux de responsabilité dans ces affaires, depuis le niveau municipal jusqu’au plus haut sommet de l'État, en passant par les différents échelons intermédiaires, tout en mettant en place, parallèlement, un système institutionnel pour soutenir les femmes victimes de violence », a précisé Nidia Hidalgo.

Lorsque la loi entrera en vigueur l’année prochaine, le gouvernement salvadorien élaborera une politique nationale pour l’accès des femmes à une vie sans violence, afin d’orienter et d’appuyer les mesures nationales et sous-nationales en faveur des victimes de la violence. Généralement, les actes de violence à l’encontre des femmes sont perpétrés par un compagnon ou un proche de la victime.

Entretemps, le PNUD continue de travailler avec le Groupe des femmes parlementaires afin de créer une unité spécialisée pour traiter des droits fondamentaux des femmes au sein de l’assemblée nationale au Salvador et s’assurer que les dépenses consenties au titre du budget national reflètent les besoins et les priorités des femmes et des filles. 

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